Saint Vincent d'Espagne
Diacre et Martyr
Résumé
Diacre de l'église de Saragosse au IVe siècle, Vincent fut martyrisé à Valence sous le préfet Dacien. Après avoir subi d'atroces tourments avec une sérénité surnaturelle, il mourut en 304. Son corps, protégé miraculeusement des bêtes sauvages par un corbeau puis rejeté par la mer, devint l'objet d'une immense dévotion en Espagne et en France.
Biographie
SAINT VINCENT D'ESPAGNE, DIACRE ET MARTYR
La pauvreté volontaire soufferte avec patience équivaut au martyre.
Thomas à Kempis, serm. XI, Div. 4.
La dispute n'est pas moindre en quelques villes d'Espagne, touchant la patrie de saint Vincent, qu'entre Narbonne et Milan, touchant celle de saint Sébastien. Valence dit qu'elle a servi de théâtre à son martyre ; Saragosse, qu'elle le nourrit ; la ville d'Huesca, qu'elle l'a vu naître, et elle fait encore voir sa maison paternelle changée en une église. Son père s'appelait Eutychius et était fils d'Agreste, très-noble consul, et sa mère Enole, que quelques-uns disent avoir été sœur de saint Laurent ; notre Saint serait donc neveu de ce glorieux Martyr.
Dès qu'il fut en âge d'apprendre les lettres, il fut mis, par un ordre de la divine Providence qui le destinait à être un vase d'élection, sous la sage conduite du bienheureux Valère, évêque de Saragosse, lequel, reconnaissant de très-beaux talents en ce jeune homme, le promut incontinent à l'ordre du diaconat ; et parce que ce prélat se voyait déjà vieux et que, d'ailleurs, il parlait avec peine, il l'employa à la prédication, charge dont il s'acquitta avec beaucoup de gloire pour Dieu et d'édification pour tout le peuple.
En ce temps-là, Dioclétien et Maximien, cruels tyrans et ennemis jurés de Jésus-Christ, envoyèrent Dacien en Espagne, en apparence pour la gouverner, mais en effet pour y être le ministre de leur impiété, car il ne leur cédait point en rage et en fureur contre le Christianisme et contre l'honneur de nos autels.
Dacien, arrivé à Saragosse, persécuta cruellement l'Église de Dieu par les tourments qu'il fit souffrir aux fidèles, inventant mille sortes de supplices horribles pour ébranler la constance des plus fermes. Quand les chrétiens qui étaient parmi le peuple eurent senti les premiers coups de sa rage, il tourna sa fureur contre ceux qui avaient quelque autorité dans l'Église. Apprenant que l'évêque Valère et Vincent, son diacre, y tenaient le premier rang par l'éminence de leur doctrine et la sainteté de leur vie, les fit venir, et parce qu'il voulait instruire leur cause avec plus de loisir, les fit conduire à Valence chargés de fer ; ils y allèrent à pied, avec beaucoup de souffrance de leur part et peu de charité de la part des gardiens qui les accompagnaient.
Étant arrivés en cette ville, ils furent d'abord jetés en un cloaque où ils demeurèrent plusieurs jours entièrement abandonnés pour ce qui était des choses nécessaires à la vie ; mais, en échange, ils étaient visités du ciel et secourus des faveurs de ce Seigneur pour le nom duquel ils étaient affligés sur la terre. Le président espérait, avec le temps, amollir ces cœurs par la rigueur et la lenteur des supplices ; mais il se trompait bien : leur courage s'augmentait par la persécution. Il les fit amener en sa présence, et les voyant en bon état, avec un visage frais, il se fâcha contre le geôlier, pensant qu'il leur avait fourni abondamment tout ce dont ils avaient besoin. « Est-ce là », dit-il, « ce que j'avais commandé ? Il fait beau voir sortir de la prison les
ennemis de notre empire, ainsi forts et en cet embonpoint ». Et, se tournant ensuite vers les saints martyrs, il leur demanda : « Que me dis-tu, Valère ? Veux-tu obéir aux empereurs et adorer les mêmes dieux qu'ils adorent ? » Le saint vieillard répondit doucement et fort bas, à cause de la difficulté qu'il avait à parler, de sorte que sa réponse ne fut pas bien entendue. Vincent lui dit : « Je parlerai, mon père, si vous me l'ordonnez ». — « Mon fils, reprit Valère, je vous ai déjà confié le soin d'annoncer la parole de Dieu ; ainsi je vous charge présentement de répondre pour faire l'apologie de la foi que nous défendons ici ». Le saint Diacre prit donc la parole et dit au gouverneur : « Que vos dieux, Dacien, soient pour vous ; offrez-leur votre encens et vos sacrifices d'animaux, et adorez-les comme les protecteurs de votre empire ; nous autres, chrétiens, nous savons bien que ce ne sont que les ouvrages des mains de ceux qui les ont façonnés ; qu'ils n'ont ni sentiment ni mouvement, et qu'ils sont sourds à vos invocations. Nous reconnaissons le souverain Seigneur qui a créé le ciel et la terre par sa seule volonté et qui, par sa providence, régit et gouverne le monde. Nous ne croyons qu'en ce seul Dieu et en Jésus-Christ, son Fils, lequel, revêtu de notre chair est mort pour nous sur la croix ; et afin de reconnaître, autant qu'il nous est possible, cet amour et cette mort par notre mort, nous désirons répandre notre sang et donner notre vie pour sa gloire ».
Ces paroles eurent des résultats bien divers : les chrétiens qui étaient présents en reçurent une merveilleuse consolation, et Dacien en fut rempli de rage et de fureur ; il commanda que le saint évêque fût banni et Vincent cruellement tourmenté. Les bourreaux le dépouillèrent et le lièrent à un long poteau, puis ils lui serrèrent les pieds avec des cordes attachées à des poulies, et, lui étendant le corps à force de tirer, ils lui disloquèrent tous les membres. Durant ce supplice, Dacien lui disait : « Ne vois-tu pas comme ton corps est tout démembré ; qu'attends-tu davantage pour te ranger à la volonté de nos dieux ? » Le généreux martyr lui répondit d'un visage riant : « J'ai toujours désiré souffrir ; et crois-moi, Dacien, il n'est point d'homme qui me puisse faire un plus grand plaisir que celui que je reçois maintenant de toi et contre ton intention. Tu es plus tourmenté que moi de voir que je ne puis être vaincu par les supplices que j'endure ; c'est pourquoi je te prie de ne pas changer de volonté pour moi ; car le prix de ma couronne et la gloire de mon combat dépendent des excès de ta cruauté ». Ces paroles étaient comme de l'huile jetée sur le feu de la rage, déjà assez ardent dans le cœur de Dacien. Il commanda aux exécuteurs d'inventer quelque nouveau supplice et de déchirer le corps du Saint avec des gaffes et des crochets de fer. Mais, comme si Vincent eût été insensible, il reprochait à ses ennemis leur faiblesse en leur disant : « Que vos forces sont petites et que vos inventions sont courtes ! Je pensais que votre cruauté irait plus loin ». Ils étaient las de le tourmenter, et le martyr n'était pas las de souffrir, car son courage augmentait avec sa joie, et il trouvait de nouvelles forces au milieu de ses douleurs ; Dieu l'ayant armé d'une confiance si parfaite que les tourments mêmes lui semblaient des délices. On eût cru, à voir ce spectacle, qu'il y avait un combat opiniâtre entre la fureur de Dacien et la ferveur du saint martyr : fureur de l'un à faire du mal et ferveur de l'autre à l'endurer ; mais Dacien aurait manqué plutôt de torture que Vincent de courage. De sorte que ce juge, devenu furieux, fit maltraiter les bourreaux mêmes qu'il accusait de lâcheté comme de faibles ministres de la justice des dieux et des empereurs, qui se laissaient vaincre par la patience du criminel. Ceux-ci renouvelèrent donc ses souffrances, et par un détestable raffinement de
cruauté, ils l'étendirent sur un lit de fer, sous lequel ils mirent le feu ; ils lui appliquèrent en même temps des lames de cuivre ardentes sur la poitrine et sur les autres membres, tellement que le sang qui coulait des plaies qu'il avait déjà reçues éteignait le feu qui le dévorait. Sa chair était consumée, il ne lui restait que les os déjà noirs et brûlés, et néanmoins le brave soldat de Jésus-Christ, comme s'il eût été sur un lit semé de roses et de fleurs, méprisait ses bourreaux et l'impiété de Dacien ; de sorte que, pour étudier une nouvelle invention, ce cruel tyran le fit ramener dans une prison qu'il fit semer de têtes de pots cassés, commandant qu'il fût roulé dessus afin de renouveler ses douleurs en tous les membres de son corps.
Le courageux lévite était couché sur ce lit douloureux avec un corps presque mort, mais avec un esprit plein de vie et qui se préparait à de nouveaux combats. Alors Notre-Seigneur le regardant du trône de sa gloire, voulut lui faire de nouvelles faveurs et montrer aux fidèles qu'il n'abandonne jamais ceux qui ont une véritable confiance en lui. Il l'avait comblé d'une allégresse intérieure dans les tourments et lui avait donné le désir d'en souffrir davantage ; mais il voulut achever la mesure de ses grâces et le mettre en état de triompher encore plus glorieusement des ennemis de son nom.
Au milieu de la nuit, lorsque les geôliers croyaient être plutôt commis à la garde d'un squelette que d'un homme, et que, sur cette opinion ils s'étaient endormis, les esprits bienheureux vinrent faire part de leur félicité à ce généreux soldat de leur Roi ; ils éclairèrent la prison, la parfumèrent d'une odeur céleste et la remplirent d'une douce harmonie. Les gardes s'éveillant en sursaut, croyaient déjà que leur prisonnier leur avait été enlevé : Vincent les voyant inquiets leur cria : « Je ne m'enfuis point, non, me voici ; je suis ici au milieu de mes frères, et je goûte les grâces que Dieu me fait ; reconnaissez par là la grandeur du Roi que je sers et pour qui je souffre ; mais, étant témoins de la vérité, allez dire de ma part à Dacien qu'il invente de nouveaux supplices, car je suis déjà tout guéri et plus prêt que jamais à en souffrir davantage ». Les soldats allèrent trouver Dacien pour lui dire ce qui se passait ; il en fut saisi et consterné, mais il persévéra dans son endurcissement, tandis que le geôlier et la plupart des gardes se convertirent à la vue de tant de merveilles et reçurent le baptême. Pendant que Dacien pensait à ce qu'il pourrait faire, les anges chantaient autour du saint diacre, et, comme dit Prudence, l'encourageaient par ces paroles : « Courage, invincible martyre, ne crains plus ; car tu as vaincu les tourments eux-mêmes, ils ont perdu contre toi toute leur force. Notre-Seigneur Jésus-Christ a vu tes glorieux combats, il te veut déjà couronner comme victorieux. Laisse donc là la dépouille de cette faible chair et viens avec nous jouir de la gloire du ciel ».
C'est ainsi que se passa cette nuit, après laquelle Dacien commanda qu'on amenât le Saint en sa présence. Sa cruauté avait été sans succès, il voulut tenter de gagner par la douceur ce cœur invincible qui avait surmonté tant de tourments ; il se mit donc à le flatter par de belles paroles, lui disant : « Tes tourments ont été grands et excessifs ; il est bien raisonnable que tu te reposes à présent sur un lit et que nous cessions de te faire la guerre ». Ce discours de Dacien ne procédait pas du repentir de ce qu'il avait fait souffrir au Saint, mais du seul mouvement de sa rage ; son dessein était de le gagner par les délices, ou, s'il demeurait toujours dans sa résolution, de le tourmenter par de nouveaux supplices. Mais ce fut ici que le glorieux martyr fit bien voir que les douceurs du monde lui étaient plus in-
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supportables que ses plus cruelles rigueurs, et qu'il souffrait plus de mal sur ce lit délicieux où il fut étendu, qu'il n'en avait souffert sur les chevalets et au milieu des supplices; car, comme s'il n'eût voulu avoir la vie que pour souffrir, il refusa de vivre lorsqu'il vit qu'il ne souffrait plus, et il souhaita de mourir dans la douceur qui lui était insupportable comme il avait voulu vivre dans les tourments pour lesquels seuls il semblait avoir aimé la vie. Son âme glorieuse quitta donc, au milieu du repos, ce corps bienheureux dont elle n'avait pu s'éloigner durant les efforts de la cruauté de ses ennemis. Ce fut en cet état que mourut l'invincible martyr saint Vincent, sortant de la vie présente pour aller recevoir la palme des mains de celui qui lui avait donné la force de triompher: ce qui arriva le 22 janvier, l'an 304. Dacien, voyant ses desseins avortés par cet heureux décès, qui mettait Vincent hors du monde et hors de son pouvoir, répandit le reste de sa rage contre ce saint corps qu'il n'avait pu vaincre. Il commanda donc qu'il fût exposé au milieu d'une forêt, pour servir de pâture aux animaux, et priver ainsi les chrétiens de la consolation qu'ils auraient ressentie en rendant honneur à ces précieuses reliques. Mais que peut la malice des hommes impies contre le pouvoir d'un Dieu vivant, qui sait défendre ses serviteurs durant leur vie et après leur mort? Le corps de cet admirable martyr fut jeté tout nu au pied d'une montagne, afin que l'avidité des animaux y fût plus aisément attirée par la solitude du lieu; mais un corbeau fut destiné du ciel à garder ce précieux trésor. La première bête qui en approcha fut un loup: et cet oiseau, fondant sur sa tête, et se perchant entre ses oreilles, le contraignit par les coups de bec qu'il lui portait aux yeux, de laisser entiers les restes mortels arrachés à l'impiété de Dacien et d'aller chercher ailleurs de quoi se repaître. O souveraine bonté de Dieu, qui secourt si puissamment ses amis! O toute-puissance de Dieu, à qui toutes les créatures obéissent! Lequel des deux miracles est le plus grand, ou qu'un corbeau apporte à manger à Elie affamé, ou qu'un autre corbeau famélique ne mange point le corps mort de Vincent, et, ce qui est beaucoup plus, ne permette pas même aux autres oiseaux de proie ni aux bêtes farouches de le manger? O fureur insensée de Dacien! dit saint Augustin, le corbeau sert Vincent, le loup le révère, et Dacien le persécute et n'a point honte de s'opiniâtrer en sa malice et de se montrer plus cruel envers lui que les bêtes sauvages qui oublient en sa faveur leur cruauté naturelle et s'efforcent de le défendre.
Dacien, averti de ce qui se passait, se prit à crier comme un frénétique: « O Vincent! tu triomphes encore de moi après ta mort, et tes membres froids et nus, qui n'ont plus de sang ni de vie, me font encore la guerre; il n'en sera pas ainsi! » Puis, s'adressant aux bourreaux, il leur commanda de prendre le corps du martyr et de le coudre dans une peau de bœuf pour le jeter au fond de la mer, afin qu'il fût mangé par des poissons et qu'on ne le vit plus jamais, espérant vaincre dans la mer celui par qui il avait été vaincu sur la terre, comme si Dieu n'était pas le Seigneur d'un élément aussi bien que de l'autre. Les impies donc prirent le corps et le portèrent dans une barque si avant dans la mer, qu'ils ne voyaient plus que le ciel et l'eau, et l'ayant ainsi jeté en haute mer, ils revinrent à terre, croyant avoir entièrement satisfait au désir du président. Mais la puissante main du Très-Haut, qui avait reçu en son sein l'esprit de Vincent, retira aussi son corps du milieu des ondes et le porta si promptement sur le rivage, que les ministres de Dacien l'y trouvèrent à leur retour, avec la pierre qu'ils lui avaient attachée et qui nageait sur l'eau comme une éponge. Ils en demeurèrent si épouvantés qu'ils n'osèrent plus toucher à ce saint corps; les vagues creusèrent peu à peu une fosse et le couvriront du sable de la mer pour lui donner la sépulture, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu d'en disposer autrement.
La Providence permit que le saint Martyr apparût à un homme du nombre des fidèles, et lui ordonnât de prendre son corps et de lui rendre les devoirs de la charité chrétienne ; mais cet homme, craignant la fureur de Dacien, différa ce bon office. Vincent s'adressa à une pieuse veuve, appelée Ionique, l'avertit du lieu où étaient ses précieuses reliques, et lui commanda de les enterrer. Cette femme courageuse exécuta promptement ce que l'homme timide n'avait osé entreprendre. Elle prit le corps et le mit en terre hors des murs de Valence, dans une église qui fut depuis dédiée sous le nom de cet invincible Martyr.
Voilà quels furent les combats, les victoires, les couronnes et les trophées du glorieux saint Vincent qui, comme dit saint Augustin, énivré de ce vin qui rend fort et chaste, s'opposa aux tyrans qui voulaient ruiner le règne de Jésus-Christ. Il endura patiemment les peines et les tourments, et même il s'en moqua, tant il était constant ; mais s'il fut fort pour résister, il ne fut pas moins humble dans le triomphe, sachant bien que ce n'était pas lui, mais la grâce qui, en lui, remportait la victoire : c'est pourquoi les tourments ne le purent fléchir ni réduire à acquiescer à Dacien, pour faire voir la force du Tout-Puissant, et afin que le serviteur fidèle, quand il sera question d'exposer sa vie pour l'honneur de son Seigneur, ne craigne pas pour sa faiblesse, se souvenant que ce n'est pas lui qui doit combattre, mais Dieu en lui.
Parmi ceux qui parlent avec éloge de saint Vincent, on peut compter saint Augustin, saint Léon pape, saint Bernard, Prudence, Isidore, Métaphraste et tous ceux qui ont écrit les Martyrologes. La France s'enrichit de la plus grande partie de ses saintes reliques. On en transporta, entre autres villes, à Metz, à Castres, à Besançon. En 876, Charles le Chauve passant à Besançon, fit présent à Thierry, évêque de cette ville, de deux vertèbres du célèbre martyr de Saragosse. Le culte de saint Vincent a été en grand honneur au moyen âge dans le diocèse de Besançon et sa fête s'y célèbre encore le 22 janvier, sous le rite double. À Paris, l'abbaye de Saint-Germain des Prés fut bâtie par la piété du roi Childebert, en l'honneur de ce glorieux Martyr qui en est le patron et le titulaire. Ce prince, à son victorieux retour des Espagnes qu'il avait affranchies par la force de ses armes de la tyrannie des païens, se contenta, pour toute récompense, d'un bras de saint Vincent et de sa tunique de diacre, comme il est rapporté dans les Annales de France. L'église du Mans eut le bonheur d'en posséder le chef, qui fut donné à son évêque, saint Domnole, par le même Childebert. Mais l'église du Mans ne possède plus actuellement le chef de saint Vincent, diacre et martyr. Ces précieuses reliques avaient été reçues au Mans par saint Domnole, évêque, et déposées par lui dans un monastère qu'il avait fait construire en l'honneur de ce glorieux Martyr (an 572). Ce monastère, occupé par les Bénédictins de la réforme de Chazel-Benoît, et plus tard de la Congrégation de Saint-Maur, subsista jusqu'à la Révolution. À cette époque furent perdues les reliques que possédait l'église abbatiale. Aujourd'hui, l'antique abbaye de Saint-Vincent du Mans est occupée par le grand séminaire diocésain.
Les dames religieuses du Charme, de l'ordre de Fontevrault, au diocèse de Soissons, en conservaient, avant la Révolution française, comme un riche trésor, deux notables ossements, l'un d'un bras, l'autre d'une jambe. Mais nous ne saurions écrire sans douleur l'insigne perte qu'a faite la ville de
Dun-le-Roi, en Berry, lorsqu'en l'année 1562 les hérétiques calvinistes l'assiégèrent et la prirent, et contrairement à la foi donnée, pillèrent la petite église de Saint-Vincent, où le cœur de cet invincible soldat de Jésus-Christ était conservé dans un beau reliquaire d'argent que Thibaut, comte de Sancerre, y avait autrefois offert. Car ces misérables dérobèrent l'argent et brûlèrent la précieuse relique avec ignominie sur la place publique, sans que la très-suave odeur qu'elle exhala vers le ciel pût jamais fléchir les cœurs de ces hommes fanatiques et plus cruels que des tigres. Mais, bien que les hérétiques aient ravi à la France le cœur de saint Vincent, ils ne lui ont pas ôté l'affection envers ce grand Saint, puisqu'elle le reconnaît pour un de ses défenseurs et de ses patrons : de quoi font foi tant d'églises qu'elle a consacrées sous son nom, même des cathédrales, comme celles de Mâcon et de Viviers, en Vivarais.
Vitry-le-François possède actuellement (1872) l'avant-bras de saint Vincent, rapporté d'Espagne par le roi Childebert, avec ses authentiques.
Enfin, nous ne voulons pas omettre que saint Vincent est invoqué particulièrement pour recouvrer les choses perdues ou dérobées, comme on peut voir dans l'histoire de la translation de ces saintes reliques, où le moine Aymoin rapporte plusieurs exemples de cette dévotion.
On représente saint Vincent, comme saint Laurent, en costume de diacre, ayant pour attribut un lit de fer à pointes aiguës ; on voit auprès, des fouets, des chaînes, des ongles de fer, une meule. On le représente encore portant un bateau, ce qui peut signifier deux choses : premièrement, cela rappellerait que son corps fut embarqué pour être submergé au large ; secondement, qu'il a été longtemps invoqué contre les risques de la mer par les matelots de la péninsule ibérique : on sait en effet que ses reliques ont longtemps été honorées sur un cap qui porte encore aujourd'hui le nom de Cap Saint-Vincent. On le trouve souvent avec une serpente, une tinette, des grappes de raisin, des pampres en sa qualité de patron des vignerons. Ce patronage est probablement dû à ce que le nom du Saint commence par vin : c'est un pur calembour.
La vie de saint Vincent, diacre, est tirée de Prudence et des sermons 274, 275, 276, 277 de saint Augustin. Les actes publiés par Hollandes sont seuls dignes de foi.
Événements marquants
- Éducation sous l'évêque Valère à Saragosse
- Promotion au diaconat et charge de la prédication
- Arrestation par Dacien et transfert à Valence
- Supplice du chevalet, des crochets de fer et du lit de fer ardent
- Emprisonnement sur des tessons de pots cassés
- Mort paisible après les tourments
- Tentative de submersion du corps en mer
Miracles
- Visite céleste et parfumée dans la prison
- Guérison instantanée de ses plaies en prison
- Protection du corps par un corbeau contre un loup
- Corps flottant sur la mer malgré une pierre attachée
- Odeur suave exhalée par son cœur lors de sa destruction par les calvinistes
Citations
Je parlerai, mon père, si vous me l'ordonnez
Que vos forces sont petites et que vos inventions sont courtes ! Je pensais que votre cruauté irait plus loin