Saint Marcel de Chalon

Martyr

Fête : 4 septembre 2ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre lyonnais évadé miraculeusement de prison sous Marc-Aurèle, Marcel évangélisa les rives de la Saône. Après avoir converti le riche Latinus à Chalon, il fut arrêté par le préfet Priscus. Après divers supplices, il mourut en 178 après avoir été enterré vivant jusqu'à la ceinture pendant trois jours.

Biographie

SAINT MARCEL, MARTYR

À CHALON-SUR-SAÔNE, AU DIOCÈSE D'AUTUN.

*« Quelle que soit la mort, supplice du pécheur, quand elle se présente au juste sous les coups du méchant, elle devient la couronne du martyre. »* *Saint Augustin, lib. vi contra Julian.*

Les édits que l'empereur Marc-Aurèle fit publier contre les chrétiens, dans toutes les provinces de l'empire, donnèrent toute liberté aux préfets et aux juges des villes particulières, lesquels, encore plus animés par leur haine pour la véritable religion, que par le désir d'obéir aux ordres du prince, exercèrent partout des cruautés inouïes contre les fidèles ; on voyait de tous côtés leur sang couler à flots. Mais, de toutes les villes qui servirent de théâtre à un si triste spectacle, il n'y en eut point où la fureur des idolâtres éclatât plus que dans celle de Lyon, l'une des principales villes des Gaules. On y arrêtait indifféremment et sans nulle distinction de sexe, d'âge ni de condition, tous les serviteurs de Jésus-Christ, et, après les avoir tourmentés par mille sortes de supplices, pour ébranler leur constance, on les mettait cruellement à mort. Parmi ceux qui furent arrêtés prisonniers, on remarque particulièrement le prêtre Marcel et le diacre Valérien, chefs de cinquante généreux confesseurs du nom de Jésus-Christ. Jeunes et ardents collègues des apôtres de Lyon et d'Autun, ils avaient vu s'ouvrir miraculeusement les portes de leur prison. Un ange était venu les rendre, comme saint Pierre, à la liberté, afin qu'ils puissent employer l'activité de leur zèle et les forces de leur jeunesse à prêcher l'Évangile dans les belles contrées qu'arrose la Saône, et donner là aussi le divin spectacle du martyre qui convertit les peuples. Le bruit de leur évasion se répandit bientôt dans la ville ; et l'exécuteur des édits impériaux frémit de fureur en voyant qu'une proie si importante lui échappait. On se mit à leur poursuite ; mais les deux apôtres, protégés par la même main qui les avait tirés de la prison, trompèrent toutes les recherches. Les voilà qui suivent tranquillement la vallée de l'Arar, semant sur leur passage la parole du salut. Valérien a pris la grande voie militaire qui longe la rive droite et ne s'arrête qu'à Tournus (*casirum Trenorchii*), station et grenier des légions romaines. Marcel s'est jeté dans les forêts de la rive gauche, prêche, chemin faisant, la foi aux Séquanes et arrive près des portes de Châlon, qu'il voit, non sans gémir, couronnées de l'image du Soleil. Là, par une circonstance fortuite, ou plutôt, disent les Actes du Saint, par un effet de la volonté providentielle qui se cache souvent sous les causes secondes et que dans notre ignorance nous appelons le hasard, il trouve une gracieuse hospitalité chez un homme riche nommé Latinus. À l'entrée de la splendide demeure s'étend une sorte de cour intérieure (*atrium*) où se trouve la statue équestre de Mars escortée de celles de Mercure et de Minerve. À la vue de ces idoles qui attristent son regard, le Saint éprouve au fond de son âme d'apôtre un vif sentiment de douleur et de pitié qu'il ne peut cacher à son hôte ; et saisissant aussitôt cette occasion de l'instruire, il lui dit avec une douceur et un zèle tout évangéliques : « Qu'attendez-vous de ces prétendues divinités que je vois ici ? Vaines images, muettes, sourdes, insensibles et impuissantes comme la pierre dont on les a faites, peuvent-elles donc exaucer vos vœux ou même les entendre ? En vérité, ils ne sont pas loin de leur ressemblance ceux qui croient que dans ces œuvres de la main de l'homme il y a quelque chose de supérieur à l'homme. Que ne renoncez-vous bien vite à cette ridicule et misérable superstition ? » Ce piquant début est pour Latinus comme un trait de lumière. Il s'étonne d'avoir été jusque-là si insensé et si aveugle, prie l'apôtre de continuer son enseignement et se trouve bientôt en état de recevoir le baptême avec toute sa maison.

Marcel, que ce succès prompt et inespéré comme un miracle de la grâce comblait de joie, aurait bien voulu rester plus longtemps dans ce lieu pour ajouter à ses conquêtes déjà nombreuses des conquêtes nouvelles. Mais les événements de Lyon et son évasion elle-même faisaient grand bruit. L'édit de l'empereur venait d'être publié dans toutes les villes de la province, et les chrétiens étaient recherchés avec une recrudescence d'acharnement et de fureur. Il crut prudent de s'éloigner pour laisser passer la violence de l'orage, traversa la Saône dans un lieu écarté, afin d'éviter la ville, et se dirigea du côté de Dijon, en suivant la route qui est appelée par le vieil historien *Argentomagensis agger*.

Tout à coup il se trouve inopinément au milieu d'une fête païenne. C'est le gouverneur lui-même, le haut intendant de la navigation de la Saône (*praefectus navium Araricarum*), c'est Priscus qui est là, préparant un sacrifice solennel et un festin en l'honneur de ses dieux. Le voyageur, qu'on ne connaissait pas, est poliment invité à y prendre part. Alors la scène change, le rôle d'apôtre commence ; Marcel refuse et motive hardiment son refus en jetant contre le culte des idoles quelques énergiques paroles. Aussitôt on crie : « Un chrétien, un chrétien ! » — « Oui, je suis chrétien », répondit Marcel. — « C'est le prisonnier de Lyon ! voyons si nous ne le forcerons pas à rétracter son refus d'adorer les dieux ». Et séance tenante on l'attache, par un jeu cruel et nouveau sans doute pour égayer la fête, à deux branches d'arbre violemment courbées, afin qu'en se redressant elles lui disloquent les membres et que la douleur triomphe de son obstination. Leur attente barbare est trompée : le martyr reste inébranlable. « Il se réjouit », disent ses Actes, « de souffrir sur le bois, à l'exemple de Jésus-Christ, et de pouvoir unir sa passion à celle du divin Rédempteur qui avait voulu expirer sur la croix, afin que, comme le crime était venu d'un arbre, l'expiation en vînt aussi ».

Alors Priscus, jugeant qu'il valait mieux pour l'exemple donner son supplice en spectacle au peuple, le fit conduire devant une statue colossale de Saturne, qui s'élevait sur la rive droite de la Saône et semblait présider aux eaux dormantes de la rivière. Là devait tomber la tête du chrétien, s'il refusait d'adorer l'idole. — « Marcel », lui dit-il, « car c'est bien toi, il n'y a plus de doute possible, ne sais-tu pas que les édits sacrés de notre divin empereur ordonnent que quiconque refuse ses adorations à Saturne, au tout-puissant Jupiter et à toutes les divinités de leur céleste race, soit puni de mort ? Si donc tu n'obéis à l'instant même, je vais te faire périr dans d'affreux supplices ». — « Vos dieux n'ont été que de misérables mortels souillés de crimes. Au lieu de régner au ciel, ils sont dans les enfers où ils souffrent les tourments qu'ils méritent. Il n'y a qu'un seul véritable Dieu

4 SEPTEMBRE.

tout-puissant : c'est celui qui était avant tous les siècles, qui est aujourd'hui et qui sera toujours. Quant à vos supplices, je ne les crains pas, je ne redoute que les peines éternelles et vraiment redoutables dont ce Dieu, si j'adorais vos idoles, punirait mon apostasie. Donc, je vous le répète, je suis chrétien. Voilà ma profession de foi nette et claire : elle est irrévocable ». Priscus furieux ordonne qu'on torture sur le chevalet l'intrépide confesseur de Jésus-Christ et qu'on lui déchire le corps à coups de verges, au pied de la statue de Saturne. Après avoir ainsi offert l'hommage de la vengeance au dieu insulté, il fait conduire le Saint de l'autre côté de la Saône, devant la statue du Soleil qui protégeait la rive gauche, afin que d'autres supplices réparent aussi l'outrage que cette autre divinité avait également reçu. Ce ne fut pas tout encore. À environ deux milles de la ville, toujours du côté de la rive gauche, était un lieu nommé Ubiliacus, où, au milieu d'un atrium sacré, s'élevait une haute colonne surmontée de la statue d'un dieu honoré dans le pays d'un culte spécial et qu'on appelait Bacon. C'était ou Bacchus sous un nom gaulois ou quelque divinité topique, particulière aux Châlonnais. Le martyr, qui avait insulté toutes les divinités païennes, est donc traîné devant cette troisième idole, pour offrir par de nouveaux tourments une réparation nouvelle. Là, ses membres, déchirés par les verges, meurtris par les chaînes, sont une seconde fois étendus sur le chevalet et soumis en même temps à une plus cuisante torture, celle du feu. « Sacrifice », lui criait Priscus, « ou je saurai bien encore trouver d'autres supplices ». Mais l'invincible soldat de Jésus-Christ opposait toujours à un tourment plus cruel une constance plus inébranlable, triomphait des bourreaux et répondait aux instances menaçantes du tyran : « Comment voulez-vous que celui qui étreint de toutes les forces de sa conviction, qui garde dans le plus intime de son cœur la foi au Dieu vivant, puisse sacrifier à d'insensibles idoles de pierre, simulacres du démon ? Oublier mon Créateur pour celui qui est son ennemi et le mien, prostituer mon âme qui vient du ciel à l'adoration de prétendues divinités, c'est un crime, c'est une honte auxquels je ne descendrai jamais. J'offre tous les jours au seul vrai Dieu une hostie sans tache, et je pourrais me souiller par un sacrifice impie ! Non, jamais. Je veux imiter mes glorieux compagnons qui viennent de me donner l'exemple du martyre. Et si je n'ai pas combattu avec eux, à Lyon, sur le même champ de bataille, comme eux je mourrai ici pour ma foi, pour mon Dieu ».

Le barbare Priscus, poussé à bout et vaincu, entre comme dans un accès de folie furieuse. Emporté par la rage du dépit, il ordonne que Marcel, à l'instant et dans le lieu même, soit enterré debout et tout vivant jusqu'à la ceinture : voulant, par une cruauté sans exemple, que le chrétien son vainqueur n'eût pas même le repos de la tombe. Pendant tout le temps que dura ce supplice inouï, le Saint, les yeux levés en haut, ne cessa de louer Dieu de cœur et de bouche. Il s'estimait trop heureux d'avoir pu prêcher l'Évangile dans cette contrée, gagner des âmes à Jésus-Christ et retrouver la couronne du martyre qui lui avait échappé une première fois. Encore un peu de temps et il allait rejoindre ses frères de Lyon. Cette mort anticipée dura trois jours, après lesquels le divin Maître permit enfin à sa grande âme de s'envoler au ciel, le 4 septembre, vers l'an 178.

On le représente : 1° lié à deux arbres, ou à deux fortes branches violemment rapprochées ; 2° enfoui dans un trou, jusqu'à la ceinture, pour marquer les divers genres de supplices qu'il a endurés.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Le corps du bienheureux saint Marcel est conservé à peu près en entier, dans une grande et belle chasse portée par un groupe d'anges en marbre blanc de la plus grande beauté, qui se voit au fond du sanctuaire de la belle église de Saint-Marcel-lès-Châlon, près Châlon-sur-Saône, où chaque année un grand concours de fidèles de la ville et de toute la province viennent célébrer avec pompe la fête de leur saint apôtre.

Le culte de saint Marcel est commun dans tout l'ancien royaume de Bourgogne. Plusieurs églises, même dans les pays frontières, lui sont consacrées.

Pour l'ancien royaume de Bourgogne, on peut citer l'église de Saint-Marceau d'Orléans (dans toute cette partie de la France, on prononce Marceau pour Marcel), belle et grande paroisse près d'Orléans, sur le bord de la Loire, qui possède une portion considérable des reliques de saint Marcel, renfermées dans une chasse fort grande et remarquable par son style. Là, comme à Châlon, le culte du saint martyr est en grande vénération, ainsi que ses précieuses reliques qu'on porte chaque année à la procession si touchante de la délivrance d'Orléans.

La conservation des reliques de ce grand Saint est due à la vigilance des révérends Pères Bénédictins, qui ont toujours possédé l'abbaye de Saint-Marcel depuis sa fondation jusqu'à la Révolution de 1793.

Tiré de l'Histoire de saint Symphorien et son culte, par M. l'abbé Dinet.

Événements marquants

  • Évasion miraculeuse de la prison de Lyon avec Valérien
  • Évangélisation des Séquanes le long de la Saône
  • Conversion et baptême de Latinus et de sa maison à Chalon
  • Refus de participer à une fête païenne présidée par Priscus
  • Supplice des branches d'arbres courbées
  • Torture sur le chevalet et coups de verges devant les statues de Saturne, du Soleil et de Bacon
  • Enterré vivant jusqu'à la ceinture pendant trois jours

Miracles

  • Ouverture miraculeuse des portes de la prison de Lyon par un ange

Citations

Je suis chrétien. Voilà ma profession de foi nette et claire : elle est irrévocable.

— Actes du Saint