Saint Nicaise de Reims

Archevêque de Reims et Martyr

Fête : 14 decembre 5ᵉ siècle • saint

Résumé

Archevêque de Reims au Ve siècle, Nicaise bâtit la première cathédrale Notre-Dame. Averti par un ange de l'invasion barbare, il prépara son peuple au sacrifice et fut décapité par les Vandales en 407 sur le seuil de son église, aux côtés de sa sœur Eutropie et de ses clercs.

Biographie

SAINT NICAISE, ARCHEVÊQUE DE REIMS, MARTYR

Ve siècle.

Un pasteur véritable doit travailler jusqu'à l'effusion de son sang plutôt que d'abandonner le troupeau de Jésus-Christ. Saint Athanase.

La prudence consommée de Nicaise, son érudition, sa vertu et ses autres qualités éminentes qui le rendaient digne d'être le pasteur du troupeau du Seigneur, le firent monter sur le siège archiépiscopal de Reims ; il remplit parfaitement tous les devoirs de cette charge, par le soin très-exact qu'il prit du temporel et du spirituel de son diocèse.

Il fut la lumière de son peuple, non-seulement par ses prédications, remplies d'une force et d'une onction vraiment célestes, mais aussi par ses exemples. Chacun voyait en sa vie tout ce qu'il devait faire. Sa justice enseignait à rendre à chacun ce qui lui appartient, et à ne faire tort à personne, comme nous ne voulons pas qu'on nous en fasse. Sa modération apprenait à être humble, sobre, tempérant, ennemi des plaisirs de cette vie et détaché de tout ce qui flatte les sens et la nature. Sa charité, en secourant les malheureux, invitait aussi à les secourir, et faisait voir que la gloire d'un véritable pasteur n'est pas de se couvrir des dépouilles de ses ouailles, mais de se dépouiller lui-même pour les revêtir. Enfin, sa dévotion attirait ses diocésains à la fréquentation des églises et des sacrements et aux autres exercices de la piété chrétienne. D'ailleurs, il prit un soin particulier de l'ornement et de l'embellissement des églises ; il en augmenta même le nombre : car il fit bâtir la célèbre basilique de Notre-Dame, qui est devenue la cathédrale, au lieu qu'auparavant c'était la basilique des Apôtres, maintenant de Saint-Symphorien, martyr, qui jouissait de cet honneur.

Après quelques années d'une si sage administration, un ange lui apparut et lui fit connaître que Dieu voulait châtier la ville de Reims pour les crimes qui s'y commettaient, et qu'il se servirait pour cela des Vandales, peuple cruel et barbare, qui l'assiégeraient, la prendraient, la saccageraient et la rempliraient de meurtres et de sang. Il ne manqua pas d'en avertir son peuple, afin qu'il s'efforçât, par une sérieuse pénitence, de détourner de dessus sa tête un fléau si épouvantable, de même que les Ninivites détournèrent celui dont le prophète Jonas les avait menacés ; mais, soit que les péchés de ces mauvais chrétiens fussent arrivés à leur comble, soit que, ne regardant ces avertissements de leur saint Pasteur que comme des contes faits à plaisir pour les effrayer, ils ne se missent point en peine d'apaiser la colère de Dieu par une sincère conversion, ils éprouvèrent enfin que ses prédictions n'étaient que trop véritables. En effet, l'an 407, sous l'empire d'Arcadius et d'Honorius, fils de Théodose le Grand et sous le consulat du même Arcadius et d'Anicius, les Vandales, mêlés avec les Alains, se jetèrent dans les Gaules ; et, après avoir désolé quelques autres provinces, remplissant tous les lieux où ils passaient de meurtres, d'incendies, de viols et de mille autres maux, ils entrèrent enfin dans la Champagne et mirent le siège devant Reims, qui en était alors la capitale. Les habitants se défendirent avec beaucoup de courage et soutinrent assez longtemps les assauts des ennemis ; mais, se voyant à la veille d'être pris, ils eurent alors recours à leur saint prélat et lui demandèrent ce qu'il serait plus à propos qu'ils fissent, ou de se rendre aux Barbares par composition, en se fiant à la fidélité de leur promesse, ou de tenir bon jusqu'à la mort. Ce bon pasteur, à qui Dieu avait révélé la prise de la ville, leur fit cette généreuse réponse : « Vous n'ignorez pas, mes chers enfants, que nous nous sommes attiré nous-mêmes ce grand fléau par nos iniquités et nos offenses. Dieu a jugé équitablement, et il ne nous traite que comme nous l'avons mérité ; entrons donc dans des sentiments de composition à la vue des maux qui nous environnent et recevons le coup de la mort, non pas par crainte et par désespoir, mais avec soumission, avec patience et avec une ferme confiance qu'elle nous servira de remède et nous procurera la grâce et la miséricorde de notre souverain Juge. S'il ne fallait, pour vous sauver la vie, que donner la mienne en sacrifice, je le ferais dès ce moment très-volontiers ; mais, puisque la sentence est universelle et qu'elle enferme le troupeau avec le pasteur, faisons tous en sorte que notre exécution soit un martyre et un sacrifice de bonne odeur devant Jésus-Christ. Aimons même nos persécuteurs et offrons à Dieu notre sang et notre vie pour leur conversion ».

14 DÉCEMBRE.

Pendant qu'il parlait ainsi, une sœur qu'il avait, nommée Eutropie, vierge d'une innocence et d'une vertu consommées, employait de son côté tout ce qu'elle avait d'éloquence et de courage pour animer les chrétiens au martyre. Cependant les Vandales, qui continuaient toujours leurs assauts, rompirent les portes, renversèrent les murs et entrèrent en foule dans la ville, sans que personne pût les arrêter. Dès que saint Nicaise les aperçut, il marcha au-devant d'eux avec une constance et une fermeté merveilleuses, ayant sa sœur à ses côtés et chantant avec elle des hymnes et des cantiques spirituels. Il s'arrêta sur le seuil de son église de Notre-Dame ; et, ayant demandé un moment d'audience aux chefs de ces barbares victorieux, il leur fit un discours puissant et pathétique pour tâcher d'amollir leur cœur et d'empêcher les dernières violences ; mais, voyant qu'il n'y avait rien à attendre de leur dureté, il les pria de commencer leur boucherie par sa propre personne, espérant que son sang offert en sacrifice pourrait attirer la miséricorde de Dieu sur ce peuple. Il se mit donc à genoux et se prosterna contre le pavé, prononçant ces paroles du psaume cxv : « Mon âme a été comme attachée à la terre ; Seigneur, vivifiez-moi, selon votre parole » ; et au même temps un des soldats lui déchargea un grand coup de hache qui lui abattit la tête. Tous ceux qui étaient en sa compagnie furent aussi passés par le fil de l'épée, excepté Eutropie, sa sœur, que les soldats, charmés de sa beauté, voulurent épargner pour insulter ensuite à sa publicité ; mais la généreuse vierge, voyant bien le dessein sacrilège de ces impies, se jeta courageusement sur le bourreau qui avait fait mourir son frère, et, lui reprochant sa cruauté, elle le frappa au visage. Le Hun farouche en fut irrité, la perça de coups et l'étendit sans vie sur le cadavre de l'évêque.

Parmi ceux qui furent immolés avec le saint évêque, on remarqua particulièrement un diacre nommé Florent, et un lecteur nommé Jocond ; ils firent paraître un zèle et une ardeur admirables pour le martyre. Leur massacre fut suivi de beaucoup d'autres dans la ville ; mais enfin, un bruit inconnu, soudain, terrible, se fit entendre dans l'église de Notre-Dame, et les barbares effrayés prirent au plus tôt la fuite sans se donner le temps de dépouiller les morts, de piller les maisons, de brûler la ville ni même d'emporter le butin qu'ils avaient déjà amassé et qui était entre leurs mains.

On représente saint Nicaise : 1° au moment où il est arrêté par les barbares et où sa sœur, sainte Eutropie, frappe au visage un soldat ; 2° tué avec sa sœur : dans le ciel, trois anges menacent ses meurtriers.

## CULTE ET RELIQUES.

Les corps des Martyrs demeurèrent quelque temps sans sépulture, sous la garde des anges, qui les conservèrent sans corruption et les préservèrent de la dent des animaux carnassiers ; mais, comme quelques-uns des habitants avaient eu l'adresse de se sauver du carnage et de se retirer sur les montagnes voisines, voyant de loin des flammes célestes au-dessus du lieu de leur supplice, et entendant même un concert angélique qui semblait venir du même côté, ils jugèrent qu'il n'y avait plus rien à craindre dans Reims et que Dieu, qui leur avait sauvé la vie, demandait d'eux qu'ils prissent le soin d'inhumer ces illustres victimes de la piété chrétienne. Ils descendirent donc au plus tôt dans la ville et s'acquittèrent dévotement de ce pieux devoir ; entre autres, ils enterrèrent saint Nicaise, leur évêque, et sainte Eutropie, sa sœur ; il s'est fait un très-grand nombre de miracles à leur tombeau.

Les reliques que possédait Notre-Dame de Reims ont presque toutes disparu, à dater surtout du jour où les objets précieux et châssis du trésor de Reims furent enlevés et envoyés à La Monnaie (14 novembre 1793).

Saint Nicaise et sainte Eutropie, sa sœur, ayant été martyrisée à Reims, furent ensemble déposés dans un tombeau, dans l'église Saint-Agricole, fondée par Jovin, rémois, préfet des Gaules, chef des armées, consul romain dans le Ve siècle. Sur la tombe on lisait ces mots : « Cy est le lieu et la place, où que monsieur saint Nicaise, jadis archevêque de Reims, et madame sainte Eutropie, sa sœur, furent inbornés en terre, après que furent martyrs pour la foy chrétienne ». Le tombeau-coffre était posé sur quatre colonnes et enrichi de bas-reliefs. Près de ce tombeau, saint Remi s'était disposé une cellule, et c'est même là qu'il était en prières quand on vint lui annoncer que le feu venait d'éclater dans la ville.

Au VIIe siècle, on fit une solennelle translation des reliques de saint Nicaise et de sainte Eutropie, et, comme l'évêque de Tournai y assistait en qualité de prélat de la province, il obtint une entable partie du corps de saint Nicaise... L'autre partie demeura dans l'église Joviane (de Saint-Agricole), jusqu'au temps où l'archevêque Foulques la fit transporter avec le corps de sainte Eutropie dans l'église cathédrale, où leur mémoire est en grande vénération. Leur châsse fut souvent enrichie et couverte d'or et de pierreries.

Sous le pontificat de Gervais, la partie du corps de saint Nicaise, que conservait précieusement l'église de Tournai, fut enlevée par un clerc et rapportée à Reims : l'archevêque fit aussitôt venir les deux parties et ajuster les ossements l'un à l'autre ; il trouva que tout se rapportait fidèlement ; alors, ne doutant pas de l'authenticité de ces reliques, il donna la partie du corps rapportée de Tournai à l'église de Saint-Nicaise, qu'il bâtissait, et dont il fit la dédicace le 5 des calendes d'octobre.

Les reliques de saint Nicaise et de sainte Eutropie furent plusieurs fois visitées à Notre-Dame et à Saint-Nicaise, en 1307 et 1310, par Robert de Courtenay ; en 1359, par Jean de Crann ; en 1377, par l'empereur Charles IV, oncle du roi, qui obtint quelque peu des reliques pour emporter en Allemagne ; en 1584, par Louis, cardinal de Guise ; en 1752, époque où le révérend Père carme Spiridion obtint une relique de sainte Eutropie.

Le chef de saint Nicaise fut partagé en trois parties : Notre-Dame possédait le crâne, Saint-Vaast d'Arras le derrière de la tête, et l'abbaye de Reims la mandibule inférieure.

La cathédrale possédait également les reliques de saint Florent et de saint Jocond, compagnons de saint Nicaise, comme le prouvent plusieurs procès-verbaux, et surtout la translation qui fut faite, en 1680, par Ch. Maurice le Tellier.

De ces reliques, il ne reste actuellement à Notre-Dame que quelques portions bien petites ; la mandibule inférieure et une partie de l'épine dorsale de saint Nicaise et quelques fragments des ossements de saint Nicaise, de sainte Eutropie, de saint Jocond et de saint Florent : le tout renfermé dans une châsse en bois doré, où se trouvent plusieurs actes authentiques du XIVe siècle, après l'un desquels pend un magnifique sceau en cire rouge de Richard Pique, archevêque de Reims en 1377.

Il y a, au milieu de la nef de la cathédrale de Reims, une pierre en marbre qui indique l'endroit où saint Nicaise fut décapité : Hoc in loco sanctus Nicasius Remensis archipræsul, truncato capite, martyr occubuit, anno Domini 406. A la place de cette pierre, il y avait auparavant un monument bien précieux : c'était la pierre même que saint Nicaise avait arrosée de son sang. Primitivement elle était enchâssée dans la partie du pavé qu'occupait le jubé, et entourée d'une grille en fer, ce qui lui avait valu le nom de cage de saint Nicaise. A l'époque de la construction du jubé, cette pierre fut rapportée en avant dans la nef. « Au milieu de la nef », dit un historien de la cathédrale, « près la porte du pupitre (jubé) est une pierre ronde, enchâssée d'autres et d'un châssis de bois par révérence, qui est le lieu où jadis était le portail de l'église de Reims, auquel lieu le saint évêque est la tête tranchée, et sainte Eutropie, sa sœur, avec plusieurs Martyrs.

Ce monument, si vénérable dans sa simplicité, ne flattant que médiocrement MM. les chanoines, Jean Quinart, chapelain, obtint, en 1668, la permission d'en élever un autre à ses frais et de son goût. Voici la description qu'en donne une notice manuscrite : « La pierre de saint Nicaise est maintenant enchâssée d'un mausolée de marbre, avec quatre façons de portes en jaspe blanc ; il y a quatre ouvertures pour voir ladite pierre, auxquelles sont un chiffre de saint Nicaise, de cuivre doré... » Ce dernier mausolée ainsi que le jubé, ayant le tort de cacher la grille du chœur, élevée par un chanoine de Reims, fut démoli en 1744.

Nous avons complété le récit du Père Giry avec des Notes locales dues à l'obligeance de M. l'abbé Cerf, chanoine honoraire de Reims.

24 DÉCEMBRE.

Événements marquants

  • Élévation au siège archiépiscopal de Reims
  • Construction de la basilique Notre-Dame (future cathédrale)
  • Apparition d'un ange annonçant l'invasion des Vandales
  • Siège de Reims par les Vandales et les Alains
  • Martyre par décapitation sur le seuil de son église

Miracles

  • Apparition d'un ange annonciateur
  • Bruit terrible effrayant les barbares après le massacre
  • Flammes célestes et concerts angéliques au-dessus des corps
  • Conservation miraculeuse des corps sans corruption

Citations

Adhæsit pavimento anima mea ; vivifica me, Domine, secundum verbum tuum

— Psaume CXV (prononcé au moment du martyre)

Faisons tous en sorte que notre exécution soit un martyre et un sacrifice de bonne odeur devant Jésus-Christ.

— Discours au peuple de Reims