Saint Orens
Évêque poète
Résumé
Évêque d'Auch au Ve siècle et poète renommé, Saint Orens fut l'objet d'une immense dévotion en Gascogne et en Espagne. Ses reliques, conservées dans une basilique somptueuse à Auch puis dispersées à Toulouse et Huesca, étaient réputées pour de nombreux miracles, notamment via sa chaîne d'austérité.
Biographie
RELIGUES ET CULTE DE SAINT ORENS.
Son corps fut inhumé, à Auch, dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, qui ne tarda pas à s'appeler tantôt de son premier nom et tantôt du nom de l'illustre et saint prélat, dont les dépouilles venaient de lui être confiées, et insensiblement ce dernier prévaut.
Ce changement nous révèle la haute opinion qu'avait de ses vertus son ancien troupeau et la confiance qu'on conservait en sa protection auprès de Dieu. La ville le choisit pour son second patron : bientôt plusieurs paroisses du diocèse se placèrent sous son vocable. Le concours était grand près de ses restes sacrés, et l'église qui les renfermait, devenait, chaque année, plus insuffisante.
Bernard le Louche, comte d'Armagnac, témoin de cette insuffisance, l'agrandit, ou plutôt, sur son emplacement, il bâtit la superbe basilique à trois nefs qu'on admirait près des rives du Gers, et qui, fermée et mutilée en 1793, fut vendue peu après et acheva de disparaître de 1800 à 1894 ; car la chapelle de la Conception, qui existe encore et qui en faisait autrefois partie, n'appartient nullement aux constructions élevées par ordre de Bernard le Louche, et ne remonte qu'au XIVe ou au XVe siècle. Là ne s'arrêta pas la dévotion du comte. À côté de la basilique, il construisit une vaste abbaye et y plaça des religieux qu'il chargea de veiller sur les cendres de saint Orens, et de prier près de sa tombe, et qu'il dota généreusement.
L'archevêque d'Auch voulut s'associer à ces libéralités. Il scinda la paroisse de la ville, que ses prédécesseurs avaient jusqu'alors administrée seuls, à l'aide du clergé placé sous leur discipline immédiate, et en attribua une portion à la nouvelle église, en la constituant en paroisse propre et distincte. L'abbaye ne tarda pas à changer de maître ; elle passa aux Bénédictins de Cluny sous l'épiscopat de saint Austinde, et fut réduite en prieuré. Bernard de Sédirac ou de Sérillac, le troisième prieur qui gouverna la maison, releva le corps de saint Orens et le plaça dans un endroit plus apparent et plus honorable. Cette translation eut lieu le 6 août. Les anciens martyrologes du diocèse mentionnent le jour, mais ne désignent pas l'année, qu'il faut placer entre 1675, époque où le prédécesseur de Bernard de Sérillac vivait encore, et 1660, époque où Bernard était devenu archevêque de Tolède, en Espagne.
Le nom et les vertus de saint Orens ne restèrent pas moins populaires dans la Bigorre que dans le diocèse d'Auch. Deux monastères y furent bâtis en son honneur : l'un, à quelques pas de son ancienne retraite et presque sur le théâtre de ses austérités, et l'autre, dans le vicomté de Montaner et le voisinage de la ville de Maubourguet ; pour les distinguer, on surnomma celui-ci de la Regie ou de la Reoule, et on l'appela l'abbaye de Saint-Orens de la Regie ou de la Reoule, ou simplement la Reoule.
On gardait dans le premier, outre quelques reliques du Saint encore conservées de nos jours, une partie de la chaîne dont il se ceignait quand il récitait le psautier, et nombreux furent les miracles opérés à l'aide et par la vertu de cette chaîne.
Le reste de cette chaîne fut envoyé à Toulouse dans le couvent de Sainte-Croix. Outre cette chaîne, les religieux de ce couvent obtinrent, du prieur et des moines d'Auch, quelques reliques qu'ils reçurent le 12 juillet 1354, et qu'ils firent enchâsser dans un chef et un bras d'argent. « On ne saurait », ajoute l'écrivain auquel nous empruntons ces détails, « assez dire la dévotion des Toulousains et des peuples circonvoisins envers ce Saint ; car leurs enfants ont à peine reçu le
1ER MAI.
saint baptême, qu'ils vont à l'église de Saint-Orens les mettre sous la protection de ce grand Saint pour les enrôler dans sa confrérie, établie dans ledit couvent, une des plus belles et des plus anciennes de la ville, enrichie d'indulgences par notre Saint-Père le pape Paul V ».
Le bruit des miracles opérés près du tombeau de saint Orens, ou de ses restes vénérés, franchit les Pyrénées et se répandit sur les frontières d'Espagne. La ville d'Huesca s'honorerait, avec raison, de lui avoir donné le jour. L'évêque du lieu et ses magistrats invoquèrent ce titre pour obtenir, eux aussi, quelques-unes de ses reliques. Ils s'adressèrent d'abord à Rome et à Paris, et, après avoir obtenu, non sans de longues supplications, l'autorisation du Pape et l'assentiment du roi de France, ils envoyèrent à Auch une députation composée de l'écolâtre de la cathédrale et de trois notables auxquels se joignit Dom Manuel Lopez, noble espagnol réfugié à Saragosse, en Béarn. Mgr Léonard Destrappes, un prélat digne lui-même des honneurs publics de la sainteté, que Rome, nous l'espérons, lui décernera un jour, occupait alors le siège métropolitain. Il accueillit les députés avec joie, et leur octroya volontiers leur demande.
Depuis cette translation, on fit encore quelques emprunts à la châsse de saint Orens pour enrichir de ses reliques quelques sanctuaires du diocèse d'Auch ou des diocèses voisins, comme l'église paroissiale de Miradoux qui a pris le Saint pour patron, ou la chapelle du collège d'Auch, dirigé alors par les jésuites. Mais le reste du corps resta dans la basilique où il avait été d'abord enseveli, et malheureusement, hélas ! il n'en partage que trop le sort. Le chef était renfermé dans un magnifique buste d'argent, œuvre du moyen âge, pour laquelle Jean Ier, comte d'Armagnac, légua cent livres par son testament de l'an 1373. On gardait les ossements dans le coffre de bois doré garni de fer dont nous parlions naguère. Près d'eux, une communauté de Bénédictins sécularisés, en 1721, et transformés en Chapitre, célébrait, tous les jours, les offices publics de l'Église. Tout, dans cette enceinte, annonçait que sous ces voûtes reposait le second Patron de la ville d'Auch. Aujourd'hui tout a disparu : le Propre seul du diocèse garde le souvenir de l'évêque poète du Ve siècle.
Cf. Histoire de Gascogne, par Montessu.
Événements marquants
- Inhumation en l'église Saint-Jean-Baptiste d'Auch
- Translation du corps le 6 août par le prieur Bernard de Sérillac
- Envoi de reliques à Toulouse le 12 juillet 1354
- Légat de Jean Ier comte d'Armagnac pour un buste d'argent en 1373
- Destruction de la basilique entre 1800 et 1894
Miracles
- Miracles opérés par la vertu de la chaîne dont il se ceignait pour réciter le psautier
- Bruit de miracles près de son tombeau franchissant les Pyrénées