Saint Raban Maur

Archevêque de Mayence

Fête : 4 fevrier 9ᵉ siècle • saint

Résumé

Moine de Fulde et disciple d'Alcuin, Raban Maur fut l'un des plus grands savants de l'époque carolingienne. Devenu abbé de Fulde puis archevêque de Mayence, il se distingua par son immense œuvre littéraire, son zèle pour la discipline ecclésiastique et sa charité envers les pauvres. Il est honoré comme Docteur de l'Église en Allemagne.

Biographie

SAINT RABAN MAUR, ARCHEVÊQUE DE MAYENCE

Raban, qui reçut de son maître Alcuin le surnom de Maur, était originaire de Mayence, ainsi qu'il le déclare lui-même dans son épitaphe. Il naquit vers l'an 776, de parents nobles, comme le prouve encore l'épitaphe qu'il a faite pour son frère Tutin. Il fut élevé en l'abbaye de Fulde, si célèbre déjà à cette époque, et fit de grands progrès dans la vertu aussi bien que

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dans les sciences. Il étudiait nuit et jour les livres saints. C'est là qu'il puisa cette piété et ce sentiment des choses divines qui répand sur tous ses ouvrages un éclat et une onction qu'on ne peut méconnaître.

Notre Saint avait une grande dévotion pour la croix; et il se sentait profondément ému en songeant aux souffrances inexprimables de notre Sauveur. Son humilité était très-grande; il se nommait le plus vil serviteur des serviteurs de Dieu, un serviteur inutile, le plus misérable des hommes. Les vers qu'il dédia au pape Grégoire IV prouvent son respect pour le Siège apostolique; on ne peut trop admirer son amour pour la doctrine de l'Église catholique et son attachement inviolable à ses dogmes. Voici le témoignage qu'il se rend à lui-même à cet égard: « Je me flatte », dit-il, « que par la grâce de Dieu j'ai défendu la foi catholique dans tous ses points et que je n'ai rien avancé qui fût de mon invention, mais que, appuyé sur l'autorité des Pères, j'ai suivi les traces de Cyprien, d'Hilaire, d'Ambroise, de Jérôme, d'Augustin, de Grégoire, de Jean Damascène, de Cassiodore et des autres ».

Dans le prologue de son livre de la Croix, il s'écrie avec un saint enthousiasme: « Aussi longtemps que je serai dans ce misérable corps, guidez-moi, ô Jésus, dans la véritable voie de la foi catholique ».

A cet esprit de piété Raban joignait une étude continuelle; et il s'éleva par là au plus haut degré de connaissances qu'il fût permis d'atteindre à cette époque. Saint Odilon, abbé de Cluny, en fait un bel éloge en disant: « Raban est très-versé dans les sciences profanes; il est catholique dans sa foi, et plein d'expérience dans la vie spirituelle ».

Après avoir été ordonné diacre, il fut envoyé à Tours en l'année 802, par Rutgar, évêque de Fulde, pour y continuer son éducation sous les yeux du grand Alcuin.

Il ne resta pas longtemps à Tours. Revenu à Fulde, il fut préposé à l'école de cette ville, et contribua beaucoup par l'éclat de sa vertu et de son érudition à la réputation de cette belle institution. Il protégea les sciences de tout son pouvoir: mais ce qu'il fit de plus utile, ce fut de fonder une riche bibliothèque pour les professeurs de cette école.

Raban a formé un grand nombre de disciples distingués par leur savoir. Les plus célèbres sont: Walafrid Strabon, Servat Lupus, son biographe, Rodolphe, Otfried et plusieurs autres. Lui-même n'enseignait pas les arts libéraux; mais il choisissait pour ces fonctions les hommes les plus habiles, en se réservant celles de dispenser les trésors immenses des saintes Écritures. Les belles-lettres étaient enseignées par le moine Candide, qui, se plaignant un jour à Raban de ce que ses occupations ne lui laissaient pas le temps d'étudier l'Écriture, reçut du pieux docteur cette réponse: « Moi aussi j'ai été revêtu autrefois de cette charge; ce qui ne m'a pas empêché de composer, avec l'assistance de Dieu, le livre de l'Éloge de la Croix ».

Raban fut promu au sacerdoce par Haistulf, archevêque de Mayence, comme il le dit lui-même dans une lettre qu'il écrit à ce prélat. Il fut ordonné au mois de décembre, l'an 814.

Vers ce temps, il s'éleva dans l'abbaye de Fulde de fâcheuses dissensions entre les moines et l'abbé Rutgar, qui les traitait avec dureté et avec humeur. Raban lui adressa un poème dans lequel il cherchait à le ramener à des sentiments plus doux ; mais ce fut sans succès. L'affaire fut portée devant Charlemagne, et, après sa mort, devant l'empereur Louis, qui ordonna de procéder à la nomination d'un nouvel abbé. Le choix tomba sur Eigil, qui fit bientôt renaître la paix dans le couvent. Pendant ces troubles, Raban entreprit un voyage à Jérusalem, au retour duquel il fut nommé abbé, en l'année 822, Eigil ayant été revêtu de cette dignité pendant cinq ans. Sous la direction de Raban, le couvent de Fulde vit accroître le nombre de ses religieux en même temps que la considération dont il jouissait ; et la conduite exemplaire de ses moines fut célébrée par tout l'empire des Francs. Le nom de l'abbé se répandit dans toute la Gaule et l'Italie ; les savants et les personnes de distinction de toutes les contrées accouraient pour le voir, et on s'estimait heureux d'obtenir une place dans son amitié. Des princes et des gentilshommes lui confièrent l'éducation de leurs fils, parce que, tant sous le rapport de la religion que sous celui des sciences, ils croyaient pouvoir tout attendre d'un si grand maître.

Sans cesse occupé des moyens d'élever le culte divin au plus haut degré de perfection et de maintenir dans toute sa sévérité la discipline de l'Église, il voulut lui-même servir d'exemple à ses moines dans l'oraison et dans le jeûne. Il montra aussi un zèle particulier pour le temple de Dieu ; il éleva trente églises ou chapelles dans l'étendue de son abbaye et les enrichit de grand nombre de reliques.

Il se conduisit avec tant de sagesse et de prudence dans les différends qui s'étaient élevés entre Louis le Débonnaire et ses fils, qu'il gagna la confiance des deux partis et se rendit en quelque sorte l'instrument de leur réconciliation. Après avoir écrit une lettre pour consoler ce prince, qui avait été si injustement dépouillé de sa couronne, il composa un traité sur le respect que les enfants doivent à leurs parents et que les sujets doivent à leur prince, qu'il termine toutefois en exhortant l'empereur à user de clémence envers ses fils et leurs partisans.

En 842, deux ans après la mort de ce prince, il se démit volontairement de sa dignité d'abbé, qu'il avait exercée pendant vingt ans, afin de pouvoir se livrer avec plus de loisir à la lecture et à la méditation des saintes Écritures. Il se retira sur la montagne de Saint-Pierre, située dans le voisinage de Fulde, où il trouva la solitude qu'il cherchait, et où il pouvait consacrer tout son temps à la piété et aux sciences. Mais il fut bientôt obligé de quitter sa chère solitude pour entrer dans une carrière nouvelle qu'il ne s'était pas préparé à parcourir. Après la mort d'Otgaire, archevêque de Mayence, il fut appelé à ce siège en l'année 847. Ce fut vainement qu'il prétexta les infirmités que ses études assidues lui avaient attirées ; l'intérêt général de l'Église le força de céder et d'accepter la dignité épiscopale. Il s'imposa par là de nouveaux devoirs, des travaux plus pénibles encore, sans se relâcher en rien des exercices de pénitence auxquels il était accoutumé. Il ne mangeait pas de viande et ne buvait pas de vin, quoiqu'il fût d'une constitution très-délicate et d'une faible santé.

Trois mois après son sacre, qui eut lieu en 847 vers la fin de juin, dans la cathédrale de Mayence, en présence de Louis, roi de Germanie, il tint un concile à l'abbaye de Saint-Alban, où il prit des mesures très-sages pour la

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réforme des mœurs et le maintien de la discipline ecclésiastique, mais principalement pour la conservation des biens de l’Eglise, véritable motif qui avait provoqué ce synode. L’année suivante, il convoqua un nouveau concile contre le moine Gotescalc, au sujet de la prédestination, sur laquelle il écrivit un ouvrage qu’il dédia à Noting, évêque de Brescia (selon d’autres de Vérone), dans la Lombardie; et, après avoir condamné sa doctrine, il le renvoya à Hincmar, archevêque de Reims, dans le diocèse duquel il avait été ordonné.

L’année 850, qui fut signalée par une grande famine, lui fournit une nouvelle occasion de déployer sa charité. Pendant tout ce temps d’affliction, il se tint à Winkel, dans le Rheingau, où il nourrissait chaque jour plus de trois cents pauvres, sans compter ceux à qui il donnait ordinairement à manger à sa table.

Dans l’année 852, on convoqua à Mayence, par l’ordre de Louis, un nouveau concile, qui fut présidé par Raban, et auquel assistèrent les évêques et les abbés de la Franconie orientale, de la Bavière et de la Saxe. On y discuta plusieurs questions canoniques.

Les occupations littéraires et pastorales auxquelles notre Saint se livrait constamment avaient dès longtemps porté atteinte à sa santé; il succomba enfin le quatrième jour de février, à Winkel, après avoir fait briller dans presque toute l’étendue de l’Eglise les rayons de sa vertu et de sa science. Il fut enterré au monastère de Saint-Alban, près de Mayence, dans la chapelle des saints Martin et Boniface. Lorsqu’en 1515, la première année de son épiscopat, l’archevêque Albert visita cette chapelle, et qu’il y trouva les saints corps de dix évêques de Mayence, auxquels on ne rendait pas l’honneur que leur était dû, il envoya, du consentement des chanoines de cette ville et du Siège apostolique, le corps de saint Raban à Halle, en Saxe, où il fut solennellement inhumé en l’église de Saint-Maurice. Ce grand archevêque ne fut jamais universellement honoré dans l’Eglise avec le titre de Saint; ce n’est qu’en Allemagne qu’on lui rendit cet honneur, et principalement dans l’archevêché de Mayence, dont le Martyrologe le qualifie docteur de l’Eglise. Son nom ne se trouve donc pas dans le Martyrologe romain, mais bien dans plusieurs Martyrologes d’Allemagne.

## ÉCRITS DE SAINT RABAN MAUR.

Les œuvres complètes de saint Raban Maur furent publiées en six volumes in-folio. Cologne, 1627. En voici un aperçu :

1° Le livre de la Grammaire, extrait de Priscien le Grammairien, qui a écrit vers l’an 535. 2° Un ouvrage intitulé de Universo, écrit vers l’an 844. Il est divisé en vingt-deux livres, et ne renferme guère que des définitions de noms et de mots qui se rapportent à l’Écriture sainte. Il est adressé à l’empereur Louis. 3° Deux livres de l’Eloge de la Croix, composés à la prière de son maître Alcuin. Ils ont été imprimés séparément, à Pforzheim, en 1501, et à Augsbourg, en 1605. Cet ouvrage a joui dans son temps d’une grande réputation; il est plein d’idées bizarres, et n’offre guère d’utilité. 4° Commentaires sur l’Écriture, qui ne sont proprement qu’une compilation de ceux des anciens. Une partie en fut imprimée à Cologne en 1532. L’ouvrage était composé de trente livres.

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5° Homélies sur plusieurs points de la morale chrétienne, sur les fêtes de l'année, etc., etc. 6° Traité des allégories de l'Écriture. 7° Traité de l'institution des clercs et des cérémonies de l'Église ou des offices divins, divisé en trois livres. C'est un des plus importants ouvrages de Raban Maur. 8° Traité des saints Ordres, des sacrements et des habits sacerdotaux; puis trois livres de la discipline ecclésiastique. Ces deux ouvrages traitent presque du même sujet que le précédent. 9° Un livre sur la vision de Dieu, la pureté du cœur et la manière de faire pénitence. Ce ne sont que des extraits de ce que l'auteur avait lu chez les Pères. 10° Un Pénitentiel, distribué en quarante chapitres, et composé des canons des conciles et des décrets des Pères. 11° Traité sur le mariage entre parents, et sur les magiciens. 12° De l'âme et des vertus. 13° Un martyrologe, écrit vers l'an 845, que Canisius a fait imprimer le premier. Mabillon en a inséré le prologue dans ses Analect., page 419, d'après un manuscrit de la bibliothèque de Saint-Gall. 14° Poésies diverses, en trois parties; publiées à la suite de celles de Fortunat, par le Père Brouwer, à Mayence, 1617, in-4°. On trouve encore un recueil de ces poésies dans Baluze, I. 4, Miscell. On y voit aussi le Veni Creator, ce qui a fait croire à quelques-uns que Raban en était l'auteur. 15° Le livre de l'invention des langues, depuis l'hébreu jusqu'à l'allemand, imprimé par Goldast, avec des remarques sur les parties du corps humain, dans son tome II, Rerum Allemansarum, Francof. 1606. Les ouvrages nommés jusqu'ici sont les seuls qui se trouvent dans l'édition de Cologne dont nous avons parlé plus haut, et qui est due aux soins de Colvenère, chancelier de l'Université de Douai. 16° Plusieurs Lettres, qui renferment souvent des choses importantes sur le dogme, la discipline, le droit canonique, etc. 17° Traité sur différentes questions de l'Ancien et du Nouveau Testament, tant contre les Juifs que contre les infidèles ou les hérétiques judaïsants: c'est un recueil de passages tirés des Pères et des saints livres. Dom Martène le publia d'après un ancien manuscrit de l'abbaye de Saint-Serge d'Angers. Dans ses Anecd., t. v, p. 401, Schunk dit: « Il est douteux que ce livre soit de Raban ». 18° Un traité des chorévèques, publié par Baluze à la fin de la Concordia Sacerdotii et Imperii, par Pierre de Marca, et de la collection des conciles du P. Labbe, t. VIII. Baluze y ajouta encore un autre ouvrage de Raban, intitulé : Sur le respect que doivent avoir les enfants envers leurs pères, et les sujets envers leurs princes. 19° Le livre des vices et des vertus, imprimé à Anvers, en 1560, dans un recueil d'anciens rites de l'Église, par Wolfgang Lazius. 20° Discours sur la souffrance, imprimé par Dom Bernard Pez, d'après un manuscrit âgé d'environ trois siècles, de l'abbaye de Maulk, Anecd., t. IV, part. 2, p. 8. — On y trouve l'hymne Gloria, laus, honor, sans indication d'auteur, qui, comme on sait, n'est autre que Théodolphe d'Orléans, mort en 821, après avoir produit plusieurs capitulaires, ainsi que différents autres ouvrages en vers et en prose, dont le P. Sirmond publia une édition en 1646. Voir Opera Sirmondi. Venetiis, 1728, t. II. 21° Un traité de Comput ou calcul, que Baluze a fait imprimer, t. 1er, Miscell., p. 1, et Præfat. in I. 1 Miscell. 22° Un traité contre ceux qui combattent la règle de saint Benoît, imprimé par dom Mabillon, Annal. Ben., t. II, append., p. 726, d'après un ancien manuscrit de l'abbaye de Molh. 23° Un Glossaire latin-allemand sur les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Jean Georges d'Eckard l'a inséré dans le troisième volume de rebus Francie Orient. Voir Lambecius, Bibl. t. 2, c. v, p. 415, 416 et 952. 24° Quelques autres écrits qui sont perdus. On lui a aussi attribué divers ouvrages qui ne sont pas de lui, tels que le Traité du sacrement de l'Eucharistie, imprimé à Cologne en 1551, qui est de Paschase Radbert; un livre des Révélations cité par Possevin; la Glose ordinaire sur toute l'Écriture, qui est de Walafride Strabon: un traité des Mystères de la Messe; un autre des divins Offices, et un Dictionnaire des significations mystiques. Le traité de l'Antéchrist, attribué tantôt à saint Augustin, tantôt à Alcuin, et imprimé parmi les œuvres de Raban, n'est d'aucun d'eux, mais d'Adson, moine et depuis abbé de Moutier-Ender. Raban fait paraître beaucoup d'esprit et d'érudition dans ses ouvrages. Né avec de grands talents pour toutes sortes de sciences, il y en eut peu qu'il n'entreprit de cultiver, et il le fit avec succès. Quoiqu'on trouve dans ses écrits quelques endroits qui ont besoin d'explication, son style cependant est simple, clair, naturel et concis; il écrit moins bien en vers qu'en prose; il lui est même échappé des fautes contre la prosodie, ce qui, dans ces siècles, n'a rien d'étonnant. Voir Cave, Hist., Lettre, t. II, p. 36; Dom Cellier, Hist. des aut. eccl., t. XVIII, p. 755; Dom Rivet, Hist. lit. de la France, t. v; et Richard Simon, Critique de Dupin, t. 1er, p. 202; Cont. de Godesc.

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Événements marquants

  • Naissance vers 776 à Mayence
  • Éducation à l'abbaye de Fulde
  • Études à Tours sous Alcuin en 802
  • Ordination sacerdotale en 814
  • Nomination comme abbé de Fulde en 822
  • Démission de sa charge d'abbé en 842 pour la solitude
  • Élection à l'archevêché de Mayence en 847
  • Présidence de plusieurs conciles à Mayence
  • Secours aux pauvres durant la famine de 850

Citations

Aussi longtemps que je serai dans ce misérable corps, guidez-moi, ô Jésus, dans la véritable voie de la foi catholique.

— Prologue du livre de la Croix

Je me flatte que par la grâce de Dieu j'ai défendu la foi catholique dans tous ses points et que je n'ai rien avancé qui fût de mon invention.

— Témoignage personnel