Saint Sigismond, Roi de Bourgogne

Roi et Martyr

Fête : 1er mai 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Roi de Bourgogne converti de l'arianisme, Sigismond est marqué par le meurtre tragique de son fils Sigéric, acte dont il fit une pénitence exemplaire à l'abbaye d'Agaune. Capturé par les fils de Clovis, il fut mis à mort en 524 et jeté dans un puits à Coulmiers. Son culte, associé à la guérison des fièvres et au privilège royal des écrouelles, s'est étendu de la Bourgogne jusqu'à Prague.

Biographie

SAINT SIGISMOND, ROI DE BOURGOGNE

Rien de plus sublime qu'un roi qui, les mains étendues sur le peuple, adore le Souverain commun des rois et des peuples.

Sidoline Ap., Epist. ad Servanum.

Une des plus belles œuvres du christianisme, c'est la conversion de ces peuples barbares qui envahirent l'Occident au cinquième siècle, et que la religion arracha, par tant d'efforts, à des mœurs sanguinaires, pour leur faire comprendre et pratiquer les vertus évangéliques. Il était difficile que cette œuvre de régénération s'opérât d'une manière complète dans ces âmes farouches. Aussi, malgré l'influence de la religion, la nature barbare reprenait quelquefois le dessus. De là vient ce mélange de vertus et de vices, de cruauté et de douceur, qu'on retrouve dans les caractères de cette époque, où le mal se montre souvent dans ce qu'il a de plus odieux, et le bien, dans ce qu'il a de plus sublime. Cependant, la foi finissait presque toujours par l'emporter sur les instincts de la barbarie, et si les âmes se laissaient aller à quelque crime, le repentir venait bientôt en demander et en obtenir l'expiation, comme nous le voyons dans la vie de saint Sigismond.

Sigismond était fils de Gondebaud, roi de Bourgogne, qui s'en était rendu

SAINT SIGISMOND, ROI DE BOURGOGNE. 185

entièrement maître en faisant mourir son frère Chilpéric, père de sainte Clotilde de France. Grégoire de Tours a loué la piété de Carétènes, sa mère. C'est cette princesse qui fit bâtir à Lyon l'église de Saint-Michel, où elle fut inhumée (506). Elle avait mis le plus grand soin à élever son fils Sigismond dans la religion catholique. Mais son zèle n'obtint pas tout le succès qu'elle avait cherché. Le roi Gondebaud était arien, et l'exemple du père fut fatal à la foi du fils, qui embrassa aussi l'arianisme.

Cependant, un saint prélat, qui était alors l'oracle des Églises de la Gaule, Avitus, évêque de Vienne, travaillait avec ardeur à ramener Gondebaud dans le sein de l'Église. Si ses efforts ne furent pas couronnés de succès, ils eurent au moins pour résultat d'éclairer Sigismond, qui, plus fidèle à la grâce et plus docile à la voix d'Avitus, abjura l'erreur et revint à la vraie foi. Cette conversion eut lieu longtemps avant la mort de Gondebaud, qui ne paraît pas l'avoir contrariée ; car il estimait Avitus, et reconnut même plusieurs fois secrètement la vérité du dogme catholique, sans oser le professer en public.

L'exemple de Sigismond fut suivi par ses enfants, qui avaient été élevés, comme lui, dans le sein de l'arianisme. Sa fille, nommée Suavegothe, et son fils Sigéric, se convertirent à la voix d'Avitus. Ce saint évêque eut ainsi la joie de voir l'erreur disparaître presque entièrement de cette famille puissante, qui pesait alors d'un si grand poids sur les destinées de la Gaule. Il prononça, à cette occasion, une homélie dont il ne nous reste que le titre et qui était, dit Agobard, aussi admirable par la beauté des pensées que par l'harmonie des expressions.

Sigismond, avant d'être élevé au trône, fut nommé, comme son père, patrice de l'empire dans les Gaules. Les princes bourguignons se tenaient très-honorés de cette dignité, que leur conféraient les empereurs d'Orient, dont ils se glorifiaient d'être les mandataires. Sigismond avait épousé, dès l'an 493 ou 494, Ostrogothe, fille de Théodoric, roi d'Italie. Son père, en lui faisant contracter cette union, avait voulu s'assurer dans Théodoric un puissant allié contre les entreprises de Clovis, roi des Francs, dont le voisinage l'inquiétait. En 513, Gondebaud associa son fils au trône, et le fit couronner à Genève. Dès ce jour, Sigismond eut à gouverner spécialement cette

Les Bourguignons s'établirent d'abord le long de la Vistule, dans la Prusse. En 407, ils passèrent le Rhin, et entrèrent dans les Gaules. En 419, Gondinaire, leur premier roi, conquit le pays situé entre le Haut-Rhin, le Rhône et la Saône. Peu après, il étendit sa domination ; et l'État qu'il forma comprenait ce qu'on appela depuis le duché de Bourgogne, la Franche-Comté, la Provence, le Lyonnais, le Dauphiné, la Savoie, etc. Il régna jusqu'en 463, comme on le voit par sa lettre au pape Hilaire, et par la réponse de ce Pape, qui l'appelle son fils, etc.

Chilpéric, son fils et son successeur, fut zélé catholique. Après un règne de vingt-huit ans, il fut assassiné avec sa femme, ses fils et son frère Godemur, par Gondebaud, son autre frère, qui avait embrassé l'arianisme. Celui-ci mourut en 515, et laissa deux fils, Sigismond et Godemur. Il réforma le code des lois bourguignonnes, appelé de son nom *lex Gambetta*. Il fit venir à Genève, où était sa cour, les deux filles de son frère Chilpéric, Chrone, l'aînée, prit la voile ; Clotilde, la cadette, épousa Clovis, roi des Francs. Celui-ci déclara la guerre à Gondoleud, pour venger la mort de Chilpéric ; mais il fit depuis la paix avec lui. Glodemir, roi d'Orléans, et ses frères, attaquèrent saint Sigismond, qui fut fait prisonnier et mis à mort en 524. Dix ans après, les rois de France partagèrent entre eux le royaume de Bourgogne. Gombran, fils de Clotaire Ier, prit le titre de roi de Bourgogne, et régna à Châlon-sur-Saône, quoique Sigebert, son frère, possédait une grande partie de ce pays. Childebert, fils de Sigebert, et Thierry II, fils de Childebert, prirent le même titre. Il fut éteint en 613 ; mais Charles, le dernier des fils de l'empereur Lothaire, le fit revivre avec celui de roi de Provence, puis de roi d'Arles. La Haute-Bourgogne fut appelée Franche-Comté, parce qu'elle ne devait que le service militaire.

Nous voyons les Bourguignons chrétiens et catholiques, peu de temps après qu'ils eurent passé le Rhin et qu'ils se furent établis en France. Socomène met leur conversion vers l'an 317. Il n'est donc pas vrai qu'ils tombèrent dans l'arianisme presque aussitôt après avoir embrassé le christianisme. Suivant Socrate, Niesphore, Grose, etc., ils furent zélés catholiques jusqu'à la fin du Ve siècle ; ils ne persistèrent même dans l'arianisme que durant le règne de Gondebaud, qui fut le troisième de leurs rois. (Voir Mille, *Abr. chron. de l'Hist. cycl., ecclés. et littér. de Bourg.*, an 1771.)

partie des États de Bourgogne, qui comprenait l'Helvétie occidentale et la Séquanie, avec Genève pour capitale.

Sigismond, élevé à la dignité royale et éclairé de la lumière de la foi, s'appliqua à réparer par ses bonnes œuvres le tort qu'il avait fait à la religion par ses erreurs. C'est dans cette vue qu'il commença, dès l'an 515, à relever et à agrandir le célèbre monastère d'Agaune. Ce monastère avait été fondé, à une époque antérieure, par les religieux de Condat. Mais il était, depuis, tombé en décadence, et, à ce moment, des prêtres et des laïques y habitaient confusément. Alors, nous dit un chroniqueur du temps, saint Maxime, évêque de Genève, exhorta le roi Sigismond à remettre en honneur ce lieu, sanctifié autrefois par le martyre de la légion thébaine, et à en écarter cette foule de gens de tout sexe et de toute condition, qui y avaient établi leur demeure. Il était juste qu'un lieu illustré par le courage de généreux athlètes de la foi, ne fût habité que par des hommes consacrés à la prière, et dont les vœux appelleraient sur le prince les bénédictions du ciel. Le roi assembla donc un conseil à ce sujet. On y décida que toutes les femmes et les séculiers établis à Agaune en seraient exclus, et qu'on y établirait une communauté de moines occupés à célébrer nuit et jour les louanges de Dieu.

Grâce à la munificence du prince, le monastère et l'église furent rebâtis dans de vastes proportions. Saint Avitus, évêque de Vienne, saint Maxime, de Genève, et saint Viventiole, de Lyon, avaient à cœur de relever la vie monastique dans ces lieux, et furent les principaux moteurs dans cette entreprise. Sur ces entrefaites le roi Gondebaud mourut (516), et Sigismond, élevé sur le trône de son père, brisa les entraves qui pesaient encore sur les Églises de la Gaule, et rendit aux évêques toute la liberté dont ils avaient besoin pour assembler des conciles et accomplir de grandes œuvres. Les bâtiments du monastère d'Agaune étant terminés, le roi y convoqua, le 1er mai 516, une assemblée d'évêques et de seigneurs. On remplaça l'ancienne règle par une constitution nouvelle, suivant laquelle les religieux seraient exempts du travail des mains et tenus de chanter au chœur sans interruption, auprès des reliques vénérées des martyrs thébains. C'est ce qu'on appela le *laus perennis* ou psalmodie perpétuelle.

Pour remplir cet office, le nombre des religieux devait être considérable. On en fit venir de Lérins, de Grigny, de l'Île-Barbe et de Condat, et on leur donna saint Hymnemode pour abbé. Sigismond pourvut à leur subsistance avec une libéralité vraiment royale. Il fit rédiger un acte authentique des donations qu'il faisait aux moines d'Agaune.

L'année qui suivit cette donation (517), vingt-quatre évêques, qui appartenaient aux huit provinces ecclésiastiques de la Bourgogne, se réunirent, le 6 septembre, en concile national à Épaone, pour s'entendre sur les réformes à introduire dans les Églises de la Gaule. Ce fut après ce concile qu'eut lieu la dédicace de la basilique d'Agaune, le 22 septembre, jour de la fête des martyrs thébains, et saint Avitus prononça dans cette circonstance un discours dont il ne nous reste que le titre.

L'Église des Gaules reflorissait, grâce au zèle éclairé de ses évêques et à la liberté que leur avait rendue Sigismond. Ce prince, depuis sa conversion, s'appliquait à faire disparaître l'hérésie de ses États, et à y mettre en honneur le culte du vrai Dieu. C'est le témoignage que lui rendait saint Avitus, dans les lettres qu'il lui écrivait souvent. Cependant, cette heureuse harmonie qui régnait entre le roi Sigismond et les évêques des Gaules, fut un

instant troublée. Un concile, tenu à Lyon en 518, ayant frappé d'anathème un seigneur de la cour, qui avait contracté un mariage incestueux, Sigismond, trompé par des conseillers perfides, prit la défense de ce courtisan et exila les courageux évêques à Sardines. Mais il comprit bientôt que le rôle de persécuteur est toujours odieux, et, plein d'admiration pour la constance des saints prélats, qui avaient mieux aimé plaire à Dieu qu'aux hommes, il les rappela dans leurs diocèses.

Sigismond gouvernait son peuple avec justice, et tout semblait annoncer la prospérité de son règne, lorsqu'un événement tragique vint jeter sur lui la honte et le malheur. Ici nous laissons parler Grégoire de Tours : « Sigismond », dit-il, « ayant perdu sa première femme, Ostrogoth, fille de Théodoric, roi d'Italie, dont il avait eu un fils nommé Sigéric, en épousa une seconde. Mais celle-ci, selon la coutume des belles-mères, se mit à maltraiter le fils de son mari et à lui susciter des querelles. Or, un jour de fête, le jeune homme, reconnaissant sur elle les vêtements de sa mère, lui dit, le cœur plein de courroux : Tu n'étais pas digne de porter sur tes épaules ces vêtements, qu'on sait avoir appartenu à ta maîtresse, c'est-à-dire à ma mère. Transportée de fureur, elle excite alors Sigismond par des paroles insidieuses : Ce fils pervers, dit-elle, aspire à s'emparer de ton royaume, et se propose, après t'avoir fait périr, d'étendre ses États jusqu'en Italie, en se rendant maître du royaume que possédait dans ce pays son aïeul Théodoric. Il sait bien que tant que tu vivras, il ne peut accomplir son dessein, et qu'il ne s'élèvera que par ta ruine. Sigismond, excité par ces accusations perfides et se laissant aller aux conseils de sa méchante femme, devint un cruel parricide. Un jour, sur l'après-midi, comme son fils était appesanti par le vin, il lui ordonne d'aller dormir, et, pendant son sommeil, on lui passe autour du cou un mouchoir noué sous le menton ; puis deux serviteurs, tirant chacun un bout de ce mouchoir, l'étranglent (522). Aussitôt que cela fut fait, le père, se repentant, mais trop tard, se précipita sur le cadavre de son fils, et se mit à pleurer amèrement. On rapporte qu'un vieillard lui dit alors : — C'est sur toi que tu dois pleurer maintenant, toi qui, par suite d'un perfide conseil, es devenu un cruel parricide ; celui que tu as fait périr innocent n'a pas besoin qu'on le pleure. Cependant le roi se rendit au monastère de Saint-Maurice, et y passa un grand nombre de jours dans les larmes et dans les jeûnes pour y implorer son pardon ».

Le crime de Sigismond était grand sans doute. Mais ce qui semble en diminuer l'horreur, c'est que ce prince, persuadé que son fils était coupable, se crut obligé de mettre la raison d'État au-dessus des sentiments de la nature. Du reste, les remords dont il fut déchiré, les larmes qu'il répandit, la pénitence à laquelle il se condamna, lui obtinrent grâce devant le ciel. Car si Dieu punit son crime par la révolte de ses sujets, il glorifia son repentir en illustrant son tombeau par des miracles, et la religion l'honora plus tard du titre de saint, comme elle en avait honoré David pénitent et Madeleine repentante.

Sigismond s'humiliait à Agaune, sous la cendre et le cilice, conjurant le ciel de tirer vengeance en ce monde du mal qu'il avait fait, et de n'en pas réserver la punition après cette vie. Dieu exauça le roi pénitent, et lui envoya des disgrâces pour le sauver éternellement. Les princes francs, moins touchés de son repentir que frappés de son parricide, crurent l'occasion favorable pour s'emparer de ses États. Ils espéraient que les grands du royaume de Bourgogne, irrités contre leur roi, ne prendraient point sa

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défense, et que Théodoric, saisi d'horreur en apprenant la mort de son petit-fils, abandonnerait Sigismond à la vengeance des princes et à la justice de Dieu. La reine Clotilde elle-même excitait ses enfants à venger contre les Bourguignons la mort de son père Chilpéric, que Gondebaud avait fait mourir. Sigismond, réveillé par ces bruits de guerre, sort de sa retraite et vient à Lyon. Pour intéresser à sa cause le plus puissant des fils de Clovis, Thierry, roi d'Austrasie, il lui avait donné en mariage sa fille Suavegothe. En conséquence, Thierry resta neutre dans cette guerre. Mais les fils de Clotilde, Clodomir, Clotaire et Childebert, étaient déjà en campagne avec une puissante armée. Ils présentèrent la bataille à Sigismond et à son frère Gondemar. Ces deux princes, trop faibles pour soutenir l'attaque des Francs, furent aussitôt mis en déroute. Gondemar parvint à se sauver. Mais Sigismond, ayant essayé de fuir vers Agaune pour y chercher un asile, fut poursuivi par ses propres sujets, qui se joignirent aux Francs. Découvert dans un lieu nommé Versallis, où il s'était revêtu d'un habit de moine, il fut pris et livré à Clodomir, qui fit emmener à Orléans ce roi infortuné, avec sa femme et ses deux jeunes fils (523).

Cependant, la plupart des soldats bourguignons étaient restés fidèles à la cause de leur prince. Gondemar les rallie, et veut encore une fois tenter la fortune à la tête de cette armée. Il attaque les Francs, les refoule sur leurs terres, leur reprend leur conquête et se fait proclamer roi de Bourgogne. Mais cette victoire fut aussi peu durable qu'elle avait été rapide. « Clodomir », dit Grégoire de Tours, « se disposant à marcher de nouveau contre les Bourguignons, résolut de faire mourir Sigismond. Le bienheureux Avitus, abbé de Saint-Mesmin de Micy, à deux lieues environ d'Orléans, prêtre fameux dans ce temps-là, lui dit à cette occasion : — Si, tournant tes regards vers Dieu, tu changes de dessein, et si tu ne souffres pas qu'on tue ces gens-là, Dieu sera avec toi, et tu obtiendras la victoire ; mais si tu les fais mourir, tu seras livré toi-même aux mains de tes ennemis ; et tu subiras leur sort : il arrivera à toi, à ta femme et à tes fils ce que tu auras fait à Sigismond, à sa femme et à ses enfants. Mais Clodomir, méprisant cet avis, répondit à Avitus : — Ce serait une grande sottise de laisser un ennemi chez moi quand je marche contre un autre : car l'un m'attaquerait par derrière, et l'autre de front, et je me trouverais jeté entre deux armées. La victoire sera plus sûre et plus facile si je les sépare l'un de l'autre. Le premier une fois mort, il sera aisé aussi de se défaire du second ». Il livra donc au glaive Sigismond, avec sa femme et ses deux fils, et les fit jeter dans un puits, près de Coulmiers, village du territoire d'Orléans (524).

Telle fut la fin tragique de ce prince, dont la mort fut bientôt suivie de la ruine définitive de son royaume. En effet, Clodomir, après le meurtre de Sigismond, se dirigea contre les Bourguignons, qu'il attaqua près du village de Véséronce, entre Vienne et Belley. Il fut tué dans la mêlée. Mais ce

SAINT MARCULPHE, OU MARCOUL, ABÉ.

malheur, loin d'abattre les Francs, exaspéra leur courage, et, selon Grégoire de Tours, ils mirent en fuite Gondemar, écrasèrent les Bourguignons, et soumirent tout le pays à leur pouvoir.

## CULTE ET RELIQUES DE SAINT SIGISMOND.

La mort violente de Sigismond parut une expiation suffisante de ses fautes, et les peuples que sa chute avait résulté ne songèrent plus qu'à la pénitence qu'il en avait faite. Peut-être, dit un historien, si tout son règne eût été sans tache, il n'aurait servi le Seigneur ni avec assez d'humilité, ni avec assez de crainte. On lui donna, selon la coutume de ce temps, le titre de Martyr, qu'on attribuait aux saints immolés pour une cause quelconque. Son corps, ceux de sa femme et de ses enfants, restèrent trois ans dans le puits de Coulmiers, et pendant ce temps, disent ses Actes, on y vit souvent une lampe miraculeusement allumée. Les peuples accoururent à ce lieu pour y vénérer le saint roi ; et il plut à Dieu d'y opérer des miracles par l'intercession de saint Sigismond. On y bâtit, dans la suite, une chapelle, et les maisons qui s'élevèrent peu à peu autour de ce sanctuaire, formèrent un village qui, dès le temps de Charles le Chauve, s'appelait le Puits de saint Sigismond, ou simplement Saint-Sigismond. On y construisit également un prieuré de l'Ordre de Saint-Benoît, dont la collation appartenait à l'abbé de Saint-Mesmin.

Mais c'est surtout à Agaune que le culte de saint Sigismond fut en honneur. Ambroise, abbé de ce monastère, avec l'aide d'Ansémonde, seigneur bourguignon, qui avait toujours été fidèle au roi, obtint du roi Thierry la permission de retirer son corps du puits de Coulmiers. Il le fit transporter à Agaune, où on l'ensevelit honorablement dans l'église de Saint-Jean-l'Évangéliste. C'est là que les fidèles vinrent implorer la protection du roi pénitent, et les grâces qu'on y obtint, écrivait Grégoire de Tours, sont une preuve qu'il est mis au nombre des Saints. On y célébrait une messe spéciale en son honneur, et on l'invoquait particulièrement pour être délivré des atteintes de la fièvre. Le culte de saint Sigismond est très-répandu dans la Savoie, qui avait fait partie de son royaume de Bourgogne. Saint-Sigismond-sur-Aime, Saint-Sigismond, près d'Albertville (diocèse de Tarentaise), Saint-Sigismond près d'Aix-les-Bains (Chambéry), Saint-Sigismond, près de Cluses (Annecy), passent pour être contemporains de l'époque burgonde ; on y trouve une assez grande quantité d'antiquités romaines.

Quelques reliques de saint Sigismond furent successivement transportées à Notre-Dame des Ermites, en Suisse, et à Prague, en Bohême, où l'on célébrait sa fête le 11 mai, sous le rite double de seconde classe. Ce fut l'empereur Charles IV qui, l'an 1306, fit transporter à Prague le chef de saint Sigismond. À Agaune, elles étaient conservées dans une châsse d'argent, avec celles des fils du saint roi, Giscalde et Gondeland. Une de ses reliques est au Carmel d'Amicoa.

Le nom de Sigismond est inscrit dans les plus anciens Martyrologes, et en particulier dans le Martyrologe romain. Sa fête, célébrée dans un grand nombre d'églises de Bohême, d'Allemagne, d'Italie (Crémone), d'Espagne, de Suisse, etc., l'est aussi depuis longtemps dans le diocèse de Besançon, sous le rite double (30 avril). — Les attributs de saint Sigismond dans les arts sont une église qu'il porte sur la main, et la figure d'un puits. Son genre de mort explique ce dernier symbole, et la fondation de l'abbaye de Saint-Maurice, le premier.

Voir l'épitaphe de la mère de saint Sigismond, dans Duchesne, t. 1er ; consulter en outre, sur les divers événements qui se rapportent à la vie de saint Sigismond : Grég. de Tours, De miraculis S. Juliani, c. 7 et 8 ; Hist. des Francs, l. iii, c. 5 ; De gloria Martyr., l. iv, c. 75 ; Epitome, c. 34 ; les œuvres de saint Agobard, de Lyon, et de saint Avite, de Vicoce ; Fradcard, Hist. de Brines, l. ii ; Dom Flansher, Hist. de Bourgogne, passim ; la Chronique de Sigabert et l'Histoire de France d'Almoin ; Ch. de Saussaye, Annales de l'église d'Orléans ; le Sacramentaire gallican, édité par Mabillon, qui donne la Messe propre de saint Sigismond ; le Missel de Prague du XVe siècle, où l'on trouve une belle prose en son honneur ; les Bollandistes au 22 septembre, et enfin la Vie des Saints de Franche-Comté, Besançon, 1656.

## SAINT MARCULPHE,

## PREMIER ABÉ DE NANTEUIL, AU DIOCÈSE DE COUTANCES

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leur piété. Aussitôt qu'il se vit en état de disposer de ses biens, il en fit si bonne part aux pauvres et aux orphelins, que, pratiquant à la lettre le conseil de l'Évangile, il ne se réserva rien que la Providence. Il quitta même le pays de sa naissance pour aller étudier la vertu dans l'école de saint Possesseur, évêque de Coutances.

Il travailla à la perfection sous un si bon maître, jusqu'à l'âge de trente ans, à l'imitation de Notre-Seigneur, qui mena autant de temps une vie cachée avant de prêcher. Mais lorsqu'il eut cet âge, saint Possesseur l'ordonna prêtre et l'établit missionnaire de son diocèse. Marcoul s'en acquitta avec tant de zèle et d'édification, qu'on le regardait comme un ange descendu du ciel, pour enseigner la science des Saints. Il autorisait sa doctrine par la sainteté de sa vie, qui n'était qu'un jeûne continuel, car il ne mangeait que du pain d'orge avec des herbes crues. Son habit était un rude cilice couvert de peaux de mouton. On eût pu le prendre pour un nouveau saint Jean-Baptiste : aussi se retirait-il, à son exemple, dans les déserts, où il passait des quarantaines entières avec deux autres serviteurs de Dieu, nommés Domard et Criou, qu'il s'était associés : ils se rendirent si parfaits imitateurs de ses vertus, qu'ils méritèrent d'entrer dans le ciel le même jour que leur maître.

Tandis que le Saint vivait ainsi dans sa solitude, Dieu lui envoya un ange qui lui dit d'aller vers Childebert Ier, roi de France et fils du grand Clovis, pour lui demander un petit lieu appelé Nanteuil, près de la ville de Coutances, sur le bord de la mer, afin d'y bâtir un monastère en faveur de ceux qui voudraient mener une vie plus parfaite, et se consacrer au service de Dieu le reste de leurs jours. Saint Marcoul, obéissant à cette voix, se rendit aussitôt à Paris ; il y arriva lorsque le roi entendait la messe en sa chapelle, avec la reine Ultrogothé, son épouse. N'osant paraître avec ses pauvres habits devant la majesté royale, il se retira dans un coin de la chapelle, en attendant qu'il plût à Dieu de découvrir sa venue ; ce qui se fit par un miracle : quelques démoniaques assistaient à la messe ; les démons, qui les possédaient, s'écrièrent effroyablement : « Marcoul, serviteur de Jésus-Christ, aie pitié de nous, parce que ta présence nous tourmente ». Ces cris surprirent extrêmement toute la cour : le roi fit chercher parmi tous les assistants celui qui s'appelait Marcoul. Le Saint, ainsi découvert, rendit compte à Childebert de son voyage, et lui en dit le sujet. Le roi l'approuva et lui promit aide et protection ; mais il le pria aussi de chasser les démons des corps de ces possédés. Alors le Saint, se confiant en la bonté de Dieu, et ne doutant point qu'il ne l'assistât en une occasion où il s'agissait de sa gloire, se prosterna à terre et, levant les mains et les yeux au ciel, il implora tout haut sa miséricorde pour ces pauvres affligés. Ensuite, faisant le signe de la croix sur eux, il commanda aux esprits malins d'en sortir ; ils en sortirent aussitôt, les laissant à demi morts. Mais, peu de temps après cette heureuse délivrance, ils se relevèrent en parfaite santé.

Cette merveille ravit toute la cour ; chacun admirait la puissance de Dieu et les mérites de son serviteur. Le roi, très-content d'avoir fait une si heureuse rencontre dans son royaume, et trouvé, parmi ses sujets, un si saint personnage, lui fit délivrer le brevet de la donation qu'il lui faisait de la terre de Nanteuil ; il le conjura même de venir souvent à la cour, et de lui demander hardiment tout ce dont il aurait besoin pour l'établissement de sa maison, et pour la subsistance de ses religieux. Enfin, il le fit conduire par un seigneur illustre, appelé Léonce, auquel il donna l'intendance des bâtiments de ce nouveau monastère.

SAINT MARCOULPHE OU MARCOUL, ABÉ.

Marcoul se contenta de construire d'abord un oratoire avec quelques cellules. Il s'y renferma aussitôt avec ses disciples, dont le nombre augmentait de jour en jour. Il leur apprit à ne rien posséder qu'en commun, chacun ne s'attribuant en propre que ses défauts et ses péchés; à fuir l'oisiveté, à s'occuper sans relâche à la prière, à la lecture, au travail des mains. Il s'appliqua surtout à faire revivre en eux l'esprit des premiers chrétiens, unis si étroitement, qu'ils n'avaient qu'un cœur et qu'une âme. Pour lui, les austérités communes ne suffisaient pas: il allait passer le Carême dans une île voisine de Nanteuil; il avait pour demeure une espèce de hutte qu'il avait construite lui-même. Il restait plusieurs jours sans manger; il couchait sur la terre nue; une pierre était son chevet.

Il permit aux plus fervents de ses disciples de l'imiter; ils passèrent dans l'île de Jersey pour y mener la vie anachorétique: Marcoul vint les y rejoindre. Pendant qu'il séjournait dans cette île, des pirates anglo-saxons y firent une descente pour la ravager. Les habitants, qui n'étaient que trente, désespérant de résister à cette invasion, vinrent se jeter aux pieds de l'homme de Dieu, et le prièrent de les défendre. Il leur promit le secours de Dieu, leur rendit le courage et les exhorta à courir en armes sur les ennemis. Ils obéirent, attaquent les pirates, les enfoncent et les exterminent tous jusqu'au dernier. En reconnaissance de ce service, le seigneur de l'île en donna la moitié à Marcoul, qui y fonda un monastère. Il fit encore d'autres établissements semblables, avec le secours du roi Childebert et de la reine Ultrogothé: Dieu l'aidait encore plus par des miracles.

Nous n'en ferons point le détail: nous nous contenterons d'en rapporter deux. Un seigneur, nommé Genais, le vint trouver à Nanteuil avec un de ses enfants qui avait été mordu par un loup enragé; il était déchiré par tout le corps, et l'on n'attendait plus que l'heure de sa mort. Le Saint, touché de la douleur du père et des plaies du fils, le guérit parfaitement par le signe de la croix. Faisant un second voyage à la cour, pour obtenir la confirmation des donations faites à ses monastères, il se reposa sur le bord de l'Oise: un lièvre, pressé des chiens, se réfugia sous son habit; mais les chasseurs ayant obligé le Saint de le lâcher, ce pauvre animal se sauva, tandis que les chiens et les chevaux demeurèrent immobiles. Un de ces cavaliers voulut pousser le sien à force d'éperons; mais il fut renversé par terre et dangereusement blessé. Marcoul, malgré les injures qu'il en avait reçues, s'approcha de lui, et, faisant le signe de la croix sur ses plaies, le guérit aussitôt entièrement.

Le roi, alors à Compiègne, sachant, par le bruit de ce miracle qui s'était répandu à la cour, que le Saint venait, alla au-devant de lui pour le recevoir, le fit loger dans son palais, confirma, par de nouvelles lettres-patentes, les donations qu'il lui avait faites à son premier voyage; et, après avoir recommandé à ses prières sa personne, son épouse, la reine Ultrogothé, et les princesses, ses filles, et tous ses États, il reçut sa bénédiction, et enfin lui permit de s'en retourner à son abbaye de Nanteuil. Le Saint n'y fut pas plus tôt arrivé que, se trouvant dans une extrême faiblesse, il fut contraint de se mettre au lit. Il fut visité par toutes les personnes considérables de la province, et particulièrement par saint Lô, évêque de Coutances, qui regrettait toujours la perte que son diocèse allait faire par la mort d'un si saint homme, dont il recevait tant de secours; il lui administra les derniers sacrements et l'assista jusqu'à sa dernière heure, qui arriva le 1er mai, vers le milieu du VIe siècle.

Saint Domard et saint Criou, ses deux fidèles compagnons, moururent aussi le même jour et à la même heure que lui. Et, comme ils s'étaient

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tous trois parfaitement aimés durant leur vie, ils furent mis dans un même tombeau, à Nanteuil, afin qu'ils ne fussent pas séparés après leur mort.

Quelques années après, saint Ouen, archevêque de Rouen, faisant la visite des diocèses suffragants de sa métropole, fut supplié par Hervin, abbé de Nanteuil, de transférer le corps de saint Marcoul en un lieu plus honorable, à cause de la quantité de miracles qui se faisaient par son intercession. Comme le saint archevêque voulait par dévotion en prendre quelques reliques, on entendit distinctement dans l'église une voix du ciel qui disait : « Prends de toutes les parties du corps du bienheureux Marcoul celle que tu voudras, mais garde-toi bien de toucher à sa tête ».

C'est à ce Saint que nos rois très-chrétiens se reconnaissaient redevables du pouvoir qu'ils avaient de guérir les écrouelles ; de là vient qu'après avoir été sacrés à Reims, ils allaient faire une neuvaine à Corbeny, au diocèse de Laon, dans l'église qui lui est dédiée, et où l'on conserve encore une partie de ses reliques. Le chef fut volé vers 1637.

Des parcelles des reliques de saint Marcoul avaient aussi été transportées pendant les guerres des Normands de l'abbaye de Nanteuil en la ville de Mantes, au diocèse de Chartres, avec les corps de saint Domard et de saint Criou, et déposées dans la principale église dédiée à la Sainte Vierge, où les miracles continuaient à s'opérer plus particulièrement pour la guérison des écrouelles : ce que l'on peut voir en sa vie que Simon Faroul, doyen et official de Mantes, a composée.

On représente saint Marcoul : 1° touchant le menton ou le cou d'un suppliant à genoux devant lui, pour indiquer qu'on l'invoque contre les écrouelles ; 2° bénissant un pain et le donnant à une pauvresse ; or, comme cette pauvresse était le diable déguisé sous les traits d'une femme, la bénédiction du saint homme mit en fuite le tentateur ; 3° confirmant à Louis XIV le pouvoir de guérir les scrofuleux : ce prince les touchait les jours où il avait communié ; 4° à Paris, sur la place Maubert (Maître Albert), on invoquait autrefois saint Marcoul conjointement avec saint Cloud, contre les maladies de la peau en général, dartres, scrofules, etc. C'est pourquoi ces deux Saints se trouvent quelquefois réunis dans les vieilles estampes.

Le plantain qui est recommandé pour le pansement des plaies scrofulenses est vulgairement nommé Herbe de saint Marcoul.

Le martyrologe d'Usnard et celui des Saints de France par Du Saussay marquent sa fête le 1er mai.

## PÉLERINAGE DE SAINT-MARCOUL, À CORBENY (AISNE).

Le pèlerinage de Saint-Marcoul, à Corbeny, a été une des illustrations du diocèse de Laon, maintenant réuni au diocèse de Soissons (Aisne).

Ce pèlerinage a pour objet le culte de saint Marcoul, abbé de Nanteuil, au diocèse de Constance : il avait vécu dans le cours du VIe siècle, et sa sainteté et son crédit près de Dieu lui avaient concilié la vénération de Childebert Ier. Les courses perpétuelles des Normands, qui infestaient souvent l'ancienne Neustrie, avant la cession perpétuelle qui leur fut faite de cette province, avaient obligé les moines de Nanteuil à chercher un asile plus sûr pour eux-mêmes et pour les reliques du saint abbé, qu'ils emportèrent avec eux comme leur plus précieux trésor. Ils furent accueillis dans la maison royale de Corbeny par Charles le Simple, et ils s'y fixèrent avec leur précieux trésor.

Dix ans après, la nouvelle fondation, enrichie par les dons de Frédérune, épouse de Charles le Simple, fut réunie à l'abbaye de Saint-Remi de Reims, à laquelle elle appartint comme prieuré jusqu'à la Révolution française.

Les miracles multipliés obtenus par l'intercession de saint Marcoul attirèrent à Corbeny le concours des peuples. Une des circonstances dans lesquelles éclata le plus la confiance des fidèles

SAINT MARCOULPHE OU MARCOUL, ABÉ.

envers saint Marcoul fut le transport des saintes reliques dans les principales villes de la contrée, l'an 1192. Corbeny ayant été pillé et réduit à une grande misère par les vexations du fameux Thomas de Marle, les moines prirent, selon l'usage de ce siècle, la résolution de porter de ville en ville le corps de leur saint Patron, et de recueillir des sommes qui leur permissent de relever le monastère et de se procurer à eux-mêmes la subsistance nécessaire. Après avoir été reçus avec un grand empressement à Reims et à Châlons, ils allèrent à Soissons en passant par Braine. Leur séjour à Péronne fut marqué par des grâces nombreuses accordées à la piété des fidèles. « Nous ne pouvons pas », dit l'auteur contemporain à qui nous devons le récit de ce voyage, « énumérer toutes les guérisons du Saint. On plaça, hors de la ville, une croix dans un lieu où les moines de Corbeny s'étaient arrêtés, et présentement encore, le Seigneur y accorde des faveurs multipliées aux malades qui recourent à l'intercession de son serviteur ». Ils revinrent par Vermand, Ribemont, Franqueville (Francorum Curti), Vaux-sous-Laon, etc. Cette narration, insérée par Mabillon dans les Actes des Saints de l'Ordre de Saint-Benoît, sect. IV, part. 4, a été suivie par les auteurs du Gallia christiana, t. IX, p. 242.

Mais ce qui rendit surtout ce lieu célèbre, ce fut la grâce singulière attribuée aux rois de France de guérir les écrouelles, par une vertu qu'on croit plus généralement leur avoir été communiquée par le pouvoir du saint abbé. Car, quoique quelques auteurs aient voulu attribuer ce don à la vertu du saint chrême, dont les rois étaient oints dans la cérémonie de leur sacre, des preuves nombreuses, et la conduite des rois eux-mêmes portent à l'attribuer à l'intercession de saint Marcoul. Le savant pape Benoît XIV, après avoir montré qu'il y a des grâces miraculeuses qui ne sont pas accordées à raison de la sainteté de celui qui en est l'instrument, donne pour exemple le privilège qu'ont les rois de France de guérir les écrouelles, non par une « vertu qui leur est innée, mais par une grâce qui leur a été donnée gratuitement (c'est-à-dire indépendamment de leurs vertus), soit lorsque Clovis embrassa la foi, soit lorsque saint Marcoul l'obtint de Dieu pour tous les rois de France ». (Bened. XIV, de Canonix. sanct., lib. IV, c. 3, n° 21.) Dans ces circonstances donc, c'est plutôt la foi, la confiance et l'humilité du malade qui est exaucée de Dieu, que le désir de celui qui est l'instrument de sa miséricorde. Quoi qu'il en soit, il est démontré, par les registres mêmes de la Cour des comptes, que tous les rois de France, au moins depuis saint Louis jusqu'à Louis XIII inclusivement, firent ce pèlerinage avant de toucher les malades, et tout porte à penser que saint Louis n'a fait en cela que suivre l'exemple de ses prédécesseurs. Ainsi, selon l'ancienne coutume, après que le roi avait été sacré à Reims, il se rendait en pèlerinage à Corbeny ; les moines allaient à sa rencontre, et lui remettaient entre les mains la tête de saint Marcoul, que le prince portait lui-même jusqu'à l'église et replaçait sur l'autel. Le lendemain, le roi, après avoir entendu la messe et avoir prié, touchait le visage des malades, en faisant sur eux le signe de la croix et en prononçant ces paroles : « Le roi te touche, Dieu te guérit ». Les malades devaient faire une neuvaine, pendant laquelle ils devaient jeûner. « C'est la vérité », dit un très-ancien auteur qui donne ces détails, « que c'est de cette manière que d'innombrables malades ont été guéris par les rois de France ».

Nous croyons devoir ajouter ici quelques témoignages, choisis entre un grand nombre d'autres, qui feront voir comment cette croyance ancienne s'est conservée à travers les âges. Guilbert, abbé de Nogent, qui mourut en 1124, parle ainsi, dans un livre qu'il a composé sur les Gages des Saints : « Nous voyons notre seigneur le roi Louis (le Gros) opérer le prodige accoutumé. Oui, étant moi-même à côté du roi, j'ai vu ceux qui souffraient des écrouelles au cou, ou dans d'autres parties du corps, accourir en foule (ceteroquin), pour qu'il les touchât ou fît sur eux le signe de la croix, ce que le prince faisait avec humilité et bonté. Son père, Philippe, avait obtenu la gloire du même miracle, mais il l'avait perdue par je ne sais quelles fautes ». Philippe était monté sur le trône en 1068.

Non-seulement on sait, par les registres de la Cour des comptes, que saint Louis a accompli le pèlerinage de Corbeny ; mais Guillaume de Nangis, auteur contemporain de sa Vie, ajoute que le pieux roi avait coutume, lorsqu'il touchait les malades scrofulaires, pour la guérison desquels Dieu a accordé aux rois de France une grâce singulière, d'ajouter aux paroles usitées le signe de la croix, qu'avaient omis plusieurs de ses prédécesseurs, parce qu'il désirait que la guérison fût attribuée à ce signe salutaire ».

« Philippe le Bel, approchant de la mort, fit appeler Louis le Hutin, son fils aîné, lui apprit la manière de toucher les malades, en lui montrant que, selon l'Écriture, Dieu n'exauce pas les vicieux... (Butillet, Recueil des rois de France.)

« Louis XII, ce roi dévot sans hypocrisie, qui se réconciliait à Dieu par la confession sept à huit fois par an, usait, en ces rencontres, de la grâce de guérir les écrouelles ». (Histoire de Louis XII, par Cl. de Seyssel.)

Voici ce que porte une ordonnance donnée par François Ier, en 1542 : « Au retour de notre sacre de Reims, en allant à l'église de M. Saint-Marcoul de Corbeny, où nous et nos prédécesseurs avons coutume d'aller faire nos oblations, et révérer le précieux corps dudit saint Marcoul, pour le très-excellent privilège de la guérison des écrouelles, qu'il a plu au Créateur miraculeusement impartir à nous et nos prédécesseurs par le toucher et le signe victorieux de la croix, par le moyen duquel survient ladite guérison, etc. »

VIES DES SAINTS. — TOME V.

4E MAI.

André Laurent, médecin et conseiller du roi, dans un livre sur cette prérogative de nos rois, qu'il publia, en 1639, du vivant de Henri IV, assure que ce prince touchait et guérissait plus de quinze cents malades par an.

Louis XIV fut le premier, depuis saint Louis, qui n'ait pas fait le voyage de Corbeny. La guerre désolait la Picardie en 1654, année de son sacre, et l'on craignit d'exposer la personne du monarque. On apporta les reliques de saint Marcoul à l'abbaye de Saint-Remi de Reims ; on commença la neuvaine, et, après avoir communié, le jeune roi toucha les malades, réunis au nombre de plus de deux mille dans le jardin de l'abbaye. La chose se passa de même au sacre de Louis XV.

Voici comment Louis XVI s'exprima en 1772 : « Chers et bien-aimés, nous avions espéré nous rendre à Saint-Marcoul, après la cérémonie de notre sacre, et remplir, en ce pèlerinage, à l'exemple de nos prédécesseurs, les œuvres de piété chrétienne ; mais l'intendant de la province de Champagne s'est rendu près de nous, pour nous représenter que les chemins étaient impraticables et le passage des rivières peu sûr (par le lac de Berry). Nous avons voulu nous rendre aux remontrances de la province sur les inconvénients de ce voyage. Cependant, ne voulant manquer à aucune des dévotions qui s'observent en pareille occasion, nous ordonnons que la châsse de saint Marcoul soit apportée dans l'église de Saint-Remi ; vous donnant avis que nous nous y rendrons le 14 de ce mois, pour remplir toutes les pratiques de piété et de charité pratiquées par les rois nos prédécesseurs, etc. »

Quand Charles X fut sacré, en 1825, les reliques furent encore apportées et déposées à l'hospice de Saint-Marcoul, à Reims ; la neuvaine s'y fit, et le roi toucha les malades qui lui furent présentés. Le respectable abbé Desgenettes, qui est mort curé de Notre-Dame des Victoires, à Paris, se donnait comme témoin des guérisons alors opérées sous ses yeux.

On ne s'étonnera pas, sans doute, que, après tant de preuves de leur confiance en saint Marcoul, les rois de France aient comblé de dons et de privilèges le pays et le prieuré de Corbeny, ainsi que les confréries dont il était le centre.

Du reste, ce n'est pas seulement pour la guérison des écrouelles qu'a été fréquenté de tout temps le pèlerinage de Corbeny, mais aussi pour celles des autres maladies, « guérison que, selon le témoignage des auteurs du Gallia christiana, les suffrages de saint Marcoul obtiennent souvent, lors surtout que la prière est accompagnée d'une vive foi et de la confession sincère d'un cœur pénitent ». — Antiquités religieuses du diocèse de Soissons et Laon, par M. Lequeux, chanoine de Paris, ancien supérieur du séminaire et vicaire-général, t. 1er, p. 183 et suivantes.

Voir les Actes de saint Marcoul, avec les notes du Père Papelrouth ; Mabillon, Sac. 4, Ben. part. 2 ; le Gallia christ. nova, t. IX, p. 919 ; et Trigan, Hist. ecclés. de Normandie, p. 87, 90, 99, 90, 93, 133, 263. — Voir aussi Histoire du pèlerinage de Corbeny, par M. l'abbé Blatt.

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Événements marquants

  • Conversion de l'arianisme au catholicisme par Saint Avitus
  • Couronnement à Genève en 513
  • Restauration du monastère d'Agaune en 515
  • Meurtre de son fils Sigéric en 522
  • Pénitence publique à Agaune
  • Défaite contre les fils de Clovis et capture
  • Mise à mort par Clodomir et jeté dans un puits

Miracles

  • Lampe miraculeusement allumée dans le puits de Coulmiers pendant trois ans
  • Guérisons nombreuses sur son tombeau à Agaune
  • Source du pouvoir des rois de France de guérir les écrouelles

Citations

C'est sur toi que tu dois pleurer maintenant, toi qui, par suite d'un perfide conseil, es devenu un cruel parricide.

— Un vieillard anonyme cité par Grégoire de Tours

Date de fête

1er mai

Époque

6ᵉ siècle

Décès

524 (martyre)

Catégories

Attributs iconographiques

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

guérison de la fièvre, guérison des écrouelles (par l'intermédiaire des rois de France)

Autres formes du nom

  • Sigismundus (la)

Prénoms dérivés

Sigismond

Famille

  • Gondebaud (père)
  • Carétènes (mère)
  • Ostrogothe (épouse)
  • Sigéric (fils)
  • Suavegothe (fille)
  • Gondemar (frère)
  • Sainte Clotilde (cousine)