Saints Speusippe, Eleusippe et Meleusippe

Frères jumeaux et Martyrs

Fête : 17 janvier 2ᵉ siècle • saint

Résumé

Trois frères jumeaux de Langres, Speusippe, Eleusippe et Meleusippe furent convertis au christianisme par saint Bénigne sous l'influence de leur aïeule sainte Léonilla. Après avoir brisé les idoles de leur domaine, ils confessèrent leur foi devant les magistrats romains. Ils survécurent miraculeusement au bûcher avant de rendre l'âme en prière, devenant les figures fondatrices de l'Église de Langres.

Biographie

SAINT SPEUSIPPE, SAINT ELEUSIPPE ET SAINT MELEUSIPPE,

FRÈRES JUMEAUX

### SAINTE LÉONILLA, LEUR AÏEULE,

### SAINTE JOVILLA; SAINT NÉON ET SAINT TURBON, GREFFIERS,

### TOUS MARTYRS À LANGRES.

166. — Pape : Saint Soter. — Empereur : Marc-Aurèle.

*Quem bonum... fratres habitare in unum.*

*Qu'il est bon pour des frères de vivre ensemble.*

*Ps. cxxxii.*

Le Christ, qui inspira les glorieux combats des Martyrs, m'excite, dit le biographe Warnachaire, à décrire, avec détail, les actes des trois frères jumeaux Speusippe, Eleusippe et Meleusippe.

Or, saint Polycarpe, évêque de la ville d'Éphèse, envoya comme prédicateurs dans les Gaules les saints prêtres de Dieu, Andoche et Benigne, avec le diacre Thyrse.

L'Ange du Seigneur, qui les précédait, dirigea leurs pas vers Autun, la cité des Éduens, où le sénateur Faustus leur offrit la plus gracieuse hospitalité.

Chrétien lui-même, il leur demanda avec supplication de purifier, par l'ablution du baptême, sa famille, ses serviteurs, ses amis.

Puis, se souvenant qu'il avait à Langres une sœur nommée Léonilla, chrétienne aussi, mais tutrice de trois petits-fils vivant au sein de l'erreur, conformément à la tradition de leur père, il pria Benigne d'aller les enrôler dans la milice du Christ.

Or, le jour de l'arrivée de l'apôtre à Langres, les petits-fils de Léonilla s'étaient rendus à une campagne nommée Palmasius et y avaient offert de profanes sacrifices à la déesse Némésis. À leur retour, ils invitèrent leur aïeule à manger des viandes et des fruits qu'ils avaient offerts à l'idole. Léonilla profita de la circonstance pour leur présenter Benigne, et leur tint ce discours :

« Mes chers enfants, apprenez que Notre-Seigneur Jésus-Christ est le vrai Dieu dont dépendent les anges et toutes les créatures. C'est lui qui a posé les bases du monde; c'est lui qui après avoir pesé la matière de toutes les choses, leur a sur-le-champ donné une forme par sa parole puissante. D'un regard, il a étendu au-dessus de nos têtes la voûte profonde des cieux, semé au loin les nombreux pays qui composent l'univers. Il a rassemblé les masses d'eau qui ont creusé l'abîme des mers et leur a donné les rivages pour limites : un instant, un mot de sa bouche ont suffi pour tout faire. C'est lui qui a peint des étoiles dans le ciel et arrondi deux grands flambeaux qui, se partageant le jour et la nuit, devaient tout orner ici-bas, et par leur lumière tout rendre visible à nos yeux. Il a donné la mer pour habitation aux poissons et leur a permis de s'y promener à leur gré. Il a revêtu la terre d'arbres, de plantes et de gazon : son même pouvoir créateur a fait sortir du néant tous les êtres animés qui croissent et qui vivent en ce monde. Enfin il a formé l'homme à son image et à sa ressemblance. Par une grâce spéciale il lui a donné en partage le discernement et l'intelligence pour étudier et comprendre l'admirable ouvrage de la création, pour distinguer le bien du mal; afin qu'il ne fût pas exposé, par ignorance, à méconnaître son Créateur, à rendre un culte de vénération aux simulacres faits de la main des hommes... La première idole dressée en ce monde a été la perverse invention de celui qui trompa Adam le premier homme... Abandonnez donc, très-chers petits-fils, toutes les idoles consacrées au démon et confessez, sans plus tarder, le Créateur de toutes choses, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Croyez que Bénigne, ici présent, vous a été envoyé d'une lointaine contrée par la miséricorde de Dieu. Soyez donc attentifs à ses paroles, car ce sont les ordres de Dieu même qui vont tomber de ses lèvres. Apprenez de lui une science qui surpasse tout don et qui est nécessaire à votre salut ».

Pendant que Léonilla parlait, la grâce germait dans leurs âmes.

Après un moment de silence, ils dirent : Pourquoi nous avez-vous si longtemps caché la vérité ?

Rendant grâces à Dieu dans son cœur, elle répondit : Votre père était endurci dans l'idolâtrie : c'est lui qui m'a forcée à garder le silence. Je craignais toujours qu'il ne vous fît dévier du droit sentier. Mais voici le temps favorable, Dieu a voulu que par sa mort tous les obstacles fussent levés.

Alors les visions qu'ils avaient eues la nuit précédente leur revinrent en mémoire.

Speusippe le premier dit :

Je me voyais près de ma grand-mère qui me pressait sur son sein, me présentait une coupe pleine de lait et m'engageait à en boire pour me rendre vaillant dans un combat que j'aurais à soutenir.

Eleusippe dit à son tour :

J'ai vu dans le ciel, assis sur un trône qui semblait être d'ambre et de pierres précieuses, un homme rayonnant de toute la puissance de la Majesté : sa vue me plongea dans la stupeur. Alors m'appelant avec bonté, il me dit : Ne crains rien, tu mériteras la couronne de la victoire.

Meleusippe parla le troisième et raconta ainsi sa vision :

J'ai vu moi aussi un roi qui tenait un sceptre en chaque main. Il nous appelait tous trois sous ses drapeaux, nous revêtit de splendides baudriers et fit tomber de lourdes chaînes sous le poids desquelles nous fléchissions. Il écrivit en lettres d'or l'acte de notre perpétuel affranchissement et nous combla de présents. Puis il ajouta : Votre aïeule se répand nuit et jour en prières devant moi pour votre salut : c'est elle qui vous a obtenu de passer des ténèbres à la vie éternelle.

Saint Bénigne les instruisit et les affermit dans la foi et il les consacra par la grâce du baptême ; puis il repartit pour Dijon. Sincèrement convertis, les trois frères ordonnèrent à leurs serviteurs de briser l'idole de Némésis, et de raser les douze temples qui se trouvaient sur leurs propriétés.

Cependant le bruit se répandit dans Langres que les trois illustres jeunes gens avaient passé ouvertement au culte de Jésus-Christ et qu'ils méprisaient les dieux. La rumeur publique se transforma en accusation : cités devant les magistrats, les trois jumeaux confessèrent leur foi avec intrépidité. L'un des juges, nommé Quadratus, irrité de la sainte liberté de leurs réponses, frappa au visage Eleusippe et Speusippe qui seuls avaient parlé.

Meleusippe affligé, s'écria : Pourquoi me privez-vous du bonheur de partager les coups dont vous gratifiez mes frères ? — Aujourd'hui même, nous allons punir votre mépris pour les dieux. — Plus vous nous tourmenterez, plus notre Dieu nous fortifiera. — Si nous ne leur coupons la langue jusqu'à la racine, ils ne cesseront de nous outrager. — Si votre malice nous arrache la langue, nous bénirons le Seigneur au dedans de nous-mêmes.

Les juges, voyant leur persévérance, ordonnèrent d'amener la bienheureuse Léonilla. — Va trouver tes petits-fils, lui dirent-ils, et si tu désires les délivrer des supplices, conseille-leur de relever les temples qu'ils ont détruits et d'adorer nos dieux. — J'irai, dit-elle, leur persuader de persévérer.

Un nouvel interrogatoire des trois frères ayant amené les mêmes invariables réponses, on leur lia les pieds et on les suspendit à un arbre, puis on tira si fort leurs membres que leurs nerfs faillirent se rompre. Mais ce n'était pas assez pour satisfaire la cruauté du peuple. Un bûcher fut dressé dans lequel on précipita les martyrs pieds et poings liés.

Les anges vinrent briser leurs liens : ils purent se mettre à genoux, et, dans l'attitude de la prière, rendirent leurs âmes à Dieu.

Ils avaient tous trois vingt-cinq ans : ainsi furent fauchées, par la mort, ces trois fleurs qui s'étaient épanouies en même temps sur la terre et qui en même temps allèrent reverdir au ciel.

Leur exemple fit le même jour d'autres martyrs. Une femme, nommée Jovilla ou Junilla, touchée de leur fin précieuse devant Dieu, ne put s'empêcher de confesser publiquement Jésus-Christ. Les bourreaux se saisirent de sa personne, la suspendirent à un arbre et lui infligèrent divers autres supplices, après lesquels on la conduisit hors de la ville avec la bienheureuse Léonilla : toutes deux eurent la tête tranchée.

Néon, témoin et historien de ces faits, remit son manuscrit à son collègue Turbon, et pénétrant au milieu de la foule des persécuteurs demanda à partager le sort des autres victimes.

Quant à Turbon, la grâce aussi le toucha : s'étant fait instruire de la doctrine chrétienne, il fut arrêté quelque temps après et échangea cette vie périssable contre la couronne immortelle des élus de Dieu.

Les corps des trois jumeaux, Speusippe, Eleusippe et Meleusippe furent ensevelis par des personnes dévotes à deux milles de Langres, dans un bourg nommé Urbatus, situé sur l'embranchement de deux voies romaines, allant l'une à Lyon, l'autre à Autun.

Sainte Léonilla alla reposer à Dijon dans la même crypte où fut enseveli saint Benigne.

Ces choses se passèrent sous le prince Marc-Aurèle ; — Palmatius, Quadratus et Hermogenes étant présidents, le XVI des calendes de février.

On a toujours visité avec une grande dévotion l'église de saint Geosmes ou des Trois-Jumeaux, située à une demi-lieue de Langres. Cette église est ancienne : elle possède une chasse placée au-dessus du maître-autel, laquelle renferme les reliques des saints Martyrs. M. Parisis, mort évêque d'Arras, fit ouvrir cette chasse pendant qu'il était évêque de Langres ; elle contenait quatre sacs de soie remplis d'ossements. Un médecin déclara que de ces ossements les uns appartenaient à des sujets de douze à seize ans, les autres à des sujets d'un âge plus avancé, qu'ils étaient tous très-vieux, qu'ils n'avaient jamais eu de contact avec la terre. C'étaient les reliques des saints Jumeaux, de sainte Léonilla, de saint Néon, de saint Turbon et de sainte Junilla, ou Jovilla.

## ORIGINE DE L'ÉGLISE DE LANGRES

## A PROPOS DES ACTES DES TROIS FRÈRES JUMEAUX.

Tels sont les actes des trois saints jumeaux de Langres, décrits ou copiés par Warnachaire, prêtre de l'église de Langres au VIIe siècle. Nous sommes, croyons-nous, les premiers, à les abréger dans notre langue ; les actes originaux dressés par les greffiers Néon et Turbon, et dont s'est servi l'auteur du VIIe siècle, ont péri, nous ne savons à quelle époque. — Le récit de Warnachaire est-il sincère, est-il authentique ? De la solution de cette question dépend celle de l'origine de l'Église de Langres. Or, M. Bougand, aumônier de la Visitation de Dijon, a vengé les traditions langroises sur la question des trois jumeaux comme sur celle de l'apostolat de saint Bénigne. Quand on a lu son lumineux exposé intitulé : *Étude historique et critique sur la mission de saint Bénigne et sur les origines des églises de Dijon, d'Autun et de Langres*, on se dit qu'il n'est pas prudent à la critique de vouloir combattre et détruire les vieilles traditions populaires.

La critique du dernier siècle avait soutenu que les corps des trois jumeaux avaient été apportés de Cappadoce. Or, M. Bougand a démontré d'une manière irréfutable que cela est faux. La critique a perdu son procès. Il nous en coûte de ne pouvoir même analyser cet éloquent plaidoyer. Contentons-nous de rappeler les faits, de décrire les monuments qui appuient la tradition de Langres, et de renvoyer pour le reste au travail de M. Bougand.

On montre encore à Langres le lieu du supplice des Saints jumeaux ; on y voit aussi la crypte creusée pour leurs tombeaux ; dès le IVe et le Ve siècle, cette crypte était couverte par une magnifique église. Au VIIe, leurs Actes étaient célèbres... Warnachaire les envoyait à saint Cérou, évêque de Paris, qui les insérait dans le passionnaire de son Église. Aux VIIIe, IXe et Xe siècles, leur mémoire remplissait le monde. On venait à leurs tombeaux des extrémités de l'Occident.

Indiquons aux amateurs les beaux offices liturgiques qu'au moyen âge l'Église de Langres a consacrés à leur honneur, et où la substance des actes de Warnachaire a été si fidèlement reproduite. Nous ne résistons pas non plus au plaisir d'indiquer aux amis de la vieille sculpture une Vierge de la fin du XIIIe siècle, que l'on voit encore aujourd'hui dans l'église des Saints-Jumeaux, près de Langres. Ce qu'ils y remarqueront surtout avec intérêt, ce sont les sculptures du piédestal. Saint Bénigne y est représenté debout, près de la cuve baptismale, les bras étendus, comme ceux d'un homme en prières ; les trois Saints jumeaux s'avancent pour recevoir le saint baptême ; le premier semble frapper à la porte pour indiquer qu'il en demande la grâce. La forme des habits, le dessin de la cuve baptismale mériteraient de fixer l'attention des archéologues, lors même que ces sculptures ne nous fourniraient pas une preuve des croyances de l'Église de Langres au XIIIe siècle.

Il semble qu'un tel martyre, appuyé sur d'aussi anciens monuments, ne devait donner lieu à aucune controverse ; et, en effet, il n'y en eut point jusqu'au milieu du XVIIe siècle. Mais en ce temps, le P. Rosweide et le P. Bollandus faisant des recherches sur les Actes des Saints jumeaux, — après avoir rencontré ceux que le prêtre Warnachaire avait envoyés à Paris au VIIe siècle, — reçurent tout à coup d'un savant d'Allemagne, nommé Marc Welser, une copie d'un vieux parchemin mutilé qui contenait d'anciens actes des Saints jumeaux. Quel fut l'étonnement du P. Rosweide lorsqu'en lisant ces actes il s'aperçut qu'au lieu de placer la naissance des Saints jumeaux à Langres, ces actes la mettaient en Cappadoce, et qu'au lieu de les faire baptiser par saint Bénigne de Dijon, ils les faisaient convertir par saint Macaire d'Antioche !

Pour trancher la discussion qui s'éleva alors entre le P. Rosweide et le P. Bollandus au sujet de cette dernière pièce — que le premier regardait comme authentique, tandis que le second tenait pour l'œuvre de Warnachaire — il fut arrêté par les deux collaborateurs qu'on insérerait simplement les deux versions, sans se permettre aucune réflexion qui pût faire préjuger l'issue du débat.

Deux cents ans se sont écoulés depuis ce jour. Aucune pièce inédite n'a été trouvée ; aucun argument nouveau n'a été produit, ce qui n'a pas empêché la question de marcher, et dans un sens qu'on n'aurait pas prévu.

Tillemont d'abord, puis Baillet, suivi de l'abbé Chastelain etc., et jusqu'aux continuateurs de Rollandus — cités au long par M. l'abbé Bougaud — s'accordèrent unanimement à faire honneur à la Cappadoce de la naissance des Saints jumeaux et à saint Macaire d'Antioche de leur conversion. Enfin, Godescard arriva et s'ironisa — comme un fait hors de doute — que les trois saints martyrs Speusippe, Eleusippe et Meleusippe étaient trois frères jumeaux nés en Cappadoce.

« Leurs reliques — poursuit Godescard, traduisant en affirmations les on dit de ses prédécesseurs — furent apportées sous nos rois de la première race. L'empereur Zénon les donna, avec le chef de saint Manumès, aussi martyrisé en Cappadoce, à un seigneur de Langres, qui enrichit sa patrie de ce précieux trésor, l'an 400, sous l'épiscopat d'Apruncule ». Et il ajoute en note : « Cela se prouve par d'anciens manuscrits que l'on conserve à Langres ».

« Il faut sortir de cette voie, s'écrie M. Bougaud. Les questions ne se tranchent pas ainsi, selon les caractères des hommes, et le courant des idées d'un siècle. Il faut des raisons, des témoignages, des textes. Il n'y en a point pour la tradition qui fait naître les Saints jumeaux en Grèce. Il y en a, et des milliers, pour celle qui les fait naître à Langres... Ce singulier manuscrit découvert par les Rollandistes n'est qu'une altération et une falsification hardie des actes des Saints jumeaux de Langres ».

Le savant critique moderne remonte jusqu'au IIIe siècle, et retrouve la chaîne imposante et non interrompue des témoignages les plus vénérables qui établissent ces deux faits importants : la naissance des Saints jumeaux à Langres, — leur conversion par saint Bénigne :

Avant le IXe siècle, Wolfard, Vincent de Beauvais, Pierre de Natalibus, saint Antonin de Florence, Monbritius de Milan et une foule d'autres ;

Au IXe siècle, Usuard, moine de Saint-Germain des Prés (875), saint Adon, archevêque de Vienne (878). — On remarque, dit Baillet, qu'Adon est plus exact aux saints de Bourgogne qu'aux autres. — Le bienheureux Notker, moine de Saint-Gall (879), Raban-Maur, archevêque de Mayence (880) ;

Au VIIIe siècle, Bède ;

Aux VIIe et VIe siècles, le prêtre Warnachaire, le passionnaire de Paris ;

Aux VIIIe et IXe siècles, les martyrologes d'Eusèbe et de saint Jérôme ;

Aux IXe et XIIe siècles, l'existence d'une fête de l'invention des reliques des Saints jumeaux, tandis qu'il n'a jamais existé de fête pour la translation des mêmes reliques. Or, on n'aurait pas manqué d'établir cette dernière si elles avaient été apportées d'Orient ;

Enfin, l'on constate aussi l'existence d'une crypte très-antique, au lieu même assigné pour la sépulture des trois jumeaux. Or, l'existence de cette crypte est inexplicable s'ils ne sont pas morts à Langres et n'y ont pas été ensevelis. À qui fera-t-on croire, en effet, que les reliques des Saints jumeaux ayant été transférées d'Orient à Langres solennellement et en pleine paix, on les ait enfouies sous terre, dans un lieu obscur ?

Non loin de cette crypte, sur la route romaine qui menait de Langres à Lyon, se trouve un lieu que l'on nomme aujourd'hui encore le Martyrs. La tradition prétend que c'est là qu'est lieu le martyre des Saints jumeaux, et que fut allumé le bûcher dans lequel ils moururent. L'éloignement des habitations, la position du lieu à l'embranchement de deux voies romaines et à deux milles de Langres, la proximité de l'endroit où l'on ensevelit les Saints jumeaux, rend très-croyable cette tradition. Au XVIIe siècle, on voyait encore les ruines d'une antique chapelle bâtie en cet endroit. Les fondations en étaient visibles il y a peu d'années. Un certain rendement de terrain surmonté d'une croix avec ce nom Martyrs, voilà tout ce qui reste, mais c'est assez pour fournir une preuve irrémunérable du martyre des Saints jumeaux à Langres...

Puis se livrent à l'examen topographique des lieux où sont morts et où ont été ensevelis les Saints jumeaux, M. l'abbé Bougaud dit :

« Autant le théâtre du martyre est vague dans le manuscrit de Marc Welser, autant il est nettement dessiné dans les actes de Warnachaire. À seize cents ans de distance, on s'y reconnaît comme au premier jour.

« Le lieu où les saints martyrs furent ensevelis, dit Warnachaire, se nommait Urbotus. Or,

d'après les plus anciennes chartes de l'église de Langres, d'après les titres mêmes de fondation de l'abbaye de Saint-Géomes, qui ont disparu à la Révolution française, mais que Charlet dit avoir vu, c'était l'ancien nom du village qui s'appelle maintenant Saint-Géomes, et où reposent encore aujourd'hui les corps des Saints jumeaux. *Ventum est*, dit Gellun, évêque de Langres en 886, *ad quebidam locum, in suburbio Lingonensi situm, qui ex antiquo Urbetus dicitur, ubi pretiosissimi sanctorum mortorum Speusippi, Eleusippi, Meleonippi, aliorumque Deo placentium corpora tumulata habentur.*

« Ce lieu », confirme Warnachaire, « est à deux milles de Langres, à l'embranchement de deux grandes voies romaines, *ubi se dore via maximæ ancient*. La crypte est précisément creusée à la bifurcation d'une grande voie romaine qui sort de Langres, se divise à deux milles de la ville, et dont une branche se dirige vers Lyon et l'autre vers Autun. L'abside de l'église des Saints-Jumeaux est assise sur la voie romaine de Lyon, et ses pieds touchent à la voie romaine d'Autun.

« Warnachaire dit encore que les trois Saints jumeaux allaient souvent dans une campagne appelée Palmase, et qu'ils y offraient des sacrifices à la déesse Némésis, dont la statue était au milieu de cette campagne.

« Or il est curieux de trouver à peu de distance de Langres une campagne pleine d'antiquités romaines et nommée Balesme, et tout auprès une contrée qu'on nomme encore aujourd'hui La Mèse ! »

Le savant ecclésiastique prouve ensuite combien sont frivoles les raisons sur lesquelles on s'appuie pour prétendre que les Saints jumeaux étaient de Cappadoce.

« Il est très-vrai », dit-il, « que leur nom se trouve dans les menées qui sont comme le propre des Saints de la liturgie grecque, et dans les ménologes qui correspondent aux martyrologes latins. Mais un nous permettra d'abord de faire observer l'âge de ces monuments. Le plus ancien ménologe a été composé par les ordres de l'empereur Basile Porphyrogenète, qui monta sur le trône de Byzance en 976... C'est le premier et le plus ancien des livres liturgiques grecs. Le second... fut rédigé dans le milieu du XIVe siècle. Le troisième, celui de Maxime Margonius, évêque de Cythère, est encore plus récent. C'est aussi dans le milieu du XIVe siècle qu'ont été rédigées les menées. On voit que ces monuments sont... postérieurs à tous les témoignages cités en faveur de nos traditions.

« Mais autre que ces livres grecs n'ont pas d'antiquité, il faut remarquer qu'ils ne jouissent de presque aucune autorité au témoignage de tous les savants. Qu'en pensent, par exemple, Tillemont, Baillet, Chastelain, qui nous opposent ici leur témoignage ?

« Tillemont affirme que les menées sont pleines de fictions inventées à dessein, et qu'on ne peut s'y fier ».

« Baillet déclare que les fables les plus insipides y sont employées sans choix et sans ménagements ; qu'on y a corrompu les actes originaux ; que le génie grec y règne plus que l'amour de la vérité ».

« Chastelain déclare qu'il ne peut donner des menées et des ménologes grecs une plus juste idée que celle qu'en donne Baillet ».

« Et cependant ce sont ces mêmes hommes qui, avec un seul texte tiré des menées et des ménologes grecs, prétendent renverser la tradition de l'église de Langres, si ancienne, si universellement reçue ; tant l'esprit humain est inconséquent !

« Mais ce qui achève de montrer le peu de valeur du témoignage des menées et des ménologes grecs, sur la question qui nous occupe, c'est que ce témoignage est isolé.

« L'autorité des menées et des ménologes », dit M. Faillon, « est si faible, que lorsqu'elle est seule, elle est regardée comme nulle par les savants ».

« On ne peut s'y fier », dit Baillet, « lorsqu'on ne trouve point ailleurs ce qu'ils soutiennent ».

« Tillemont est du même avis ».

« Or, sur la question des Saints jumeaux, leur témoignage est seul. On ne trouve point ailleurs ce qu'ils soutiennent de la naissance de ces Saints en Cappadoce. Aucune ville de la Grèce ne s'est jamais glorifiée de les avoir vus naître. Aucun lieu n'a leur tombeau. Nulle part de fête en leur honneur. Ni les historiens, ni les Pères de l'Église grecque n'en ont jamais parlé. Il n'y a point de tradition. Cette annonce apparaît tout à coup au XIVe siècle dans les menées et les ménologes. Hors de là rien ne l'appuie ni ne la soutient... »

Quant à Godescard, il a mis autant d'inepties que de mots dans les quelques lignes qu'il a consacrées aux Saints jumeaux de Langres (de Cappadoce selon lui). Les manuscrits auxquels il renvoie avec tant d'assurance n'ont jamais existé.

Après de longues et patientes recherches, M. l'abbé Bougaud a découvert et s'est convaincu que le manuscrit incomplet envoyé par Marc Welser au P. Bosweide n'était qu'une falsification des actes qui portent le nom de Warnachaire, et que cette falsification avait été faite au XIVe siècle, par des Grecs, et par des Grecs disciples de Photius.

Certains détails de théologie relatifs à la procession du Saint-Esprit et à la non-validité du baptême administré par les laïques, accusent évidemment dans cette pièce et la main récente et la main gréco-hérétique qui a rédigé ces actes.

Ces actes grecs ne sont qu'une falsification de ceux des Saints jumeaux, écrits par Warnachaire. Les premiers sont un calque fidèle, mot pour mot, des seconds, excepté seulement sur le lieu de naissance de ces Saints, sur le saint homme qui les convertit, et enfin sur les diverses localités indiquées par Warnachaire, et dont les noms sont si ridiculement travestis par le faussaire grec.

Mais voici le plus curieux : l'anonyme grec efface partout le nom de saint Bénigne, et le remplace par celui de Macaire, confesseur d'Antioche. Or, ouvrez les ménées, les ménologes et les calyodriers grecs, vous n'y trouverez pas un seul Macaire d'Antioche contemporain des Saints jumeaux. Il y a des Macaire d'Antioche, mais ils sont du Ve et du VIe siècles. Il y a d'autres Macaire plus anciens, mais ils ne sont pas d'Antioche, et n'ont pas mis le pied en Cappadoce. C'est une fable, une pure invention.

Il serait trop long de rapporter ici d'autres exemples de ces ineptes falsifications ; on pourra les lire dans le savant ouvrage de M. l'abbé Bougaud, p. 164 et 165.

Les Grecs schismatiques étaient bien capables de falsifier les actes des Saints jumeaux de Langres, — eux qui n'ont reculé devant aucun mensonge, si audacieux qu'on puisse l'imaginer. Les falsifications de toute espèce abondent chez ce peuple plein de ruse et d'astuce.

Tantôt ce sont des lettres de Papes altérées et quelquefois inventées par des archevêques intrus pour se soutenir dans leur usurpation ; tantôt ce sont des actes de Conciles interpolés et envoyés en Occident pour y surprendre la bonne foi du Pape.

L'authenticité des actes des trois jumeaux de Langres et la prédication de la foi dans cette ville au IIe siècle est donc hors de doute.

Cf. Acta Sanctorum, t. II du janvier, p. 437 et suiv. ; Annales hagiologiques de France, par M. Barthélemy, qui a donné au long la traduction de la deuxième vie des Hollandistes ; M. Bougaud, Op. citatum ; la collection de l'Ami de la Religion, t. LXXXVII.

Événements marquants

  • Éducation par leur aïeule Léonilla
  • Sacrifice à la déesse Némésis à Palmasius
  • Rencontre et instruction par Saint Bénigne
  • Baptême et destruction des idoles et des douze temples
  • Comparution devant le juge Quadratus
  • Supplice de l'arbre et du bûcher
  • Mort en prière après l'intervention des anges

Miracles

  • Visions nocturnes prémonitoires de la couronne céleste
  • Anges brisant leurs liens dans le bûcher

Citations

Plus vous nous tourmenterez, plus notre Dieu nous fortifiera.

— Réponse des martyrs aux juges

Date de fête

17 janvier

Époque

2ᵉ siècle

Décès

XVI des calendes de février, sous Marc-Aurèle (IIe siècle) (martyre)

Catégories

Autres formes du nom

  • Speusippus (la)
  • Eleusippus (la)
  • Meleusippus (la)
  • Saints Jumeaux (fr)
  • Saint Geosmes (fr)

Prénoms dérivés

Speusippe, Eleusippe, Meleusippe

Famille

  • Léonilla (aïeule)
  • Faustus (grand-oncle)