Saint Bénigne de Smyrne
Apôtre de la Bourgogne et Martyr
Résumé
Disciple de saint Polycarpe envoyé de Smyrne pour évangéliser la Gaule, saint Bénigne implanta la foi à Autun, Langres et Dijon. Sous l'empereur Marc-Aurèle, il subit d'atroces supplices, dont les pieds scellés dans le plomb, avant d'être mis à mort. Son tombeau à Dijon devint le berceau d'une célèbre abbaye et le centre spirituel de la Bourgogne.
Biographie
SAINT BÉNIGNE DE SMYRNE,
APÔTRE DE LA BOURGOGNE ET MARTYR
*Obsites cives tenebris apacis* *Justis humani generis tenebat :* *Doctor adorandus : simul ha fugantur* *Solis ut ortu.*
Ex-esclaves du démon, les Dijonnais gémissaient d'être enveloppés sans retour dans de hideuses ténèbres; mais voilà que le ciel leur envoie un libérateur, et elles s'évanouissent devant lui, comme les horreurs de la nuit se dissipent au premier rayon du soleil naissant. *Hymne de saint Bénigne.*
Entre les illustres prédicateurs de la foi que la Grèce a envoyés dans les Gaules, saint Bénigne est un des principaux. Il était de Smyrne, et disciple de saint Polycarpe, disciple de saint Jean. Cet excellent maître l'ayant ordonné prêtre et formé par ses instructions et par ses exemples à toutes les fonctions de la vie apostolique, il le destina pour les Gaules, suivant la recommandation que ce grand Apôtre lui avait faite de prendre le soin du salut de ce royaume. Bénigne accepta cette mission, et, étant accompagné d'Andoche, prêtre, de Thyrse, diacre, d'Andéol, sous-diacre, et de quelques autres ecclésiastiques pleins de zèle pour la gloire de Dieu, il arriva par mer à Marseille. Andéol s'arrêta quelque temps à Carpentras, ville située sur la Sorgue, dans le comté d'Avignon; et de là il passa dans le Vivarais, où il couronna ses travaux par un bienheureux martyre.
Pour notre Saint, il vint jusqu'à Autun, avec ses autres compagnons, et il y fut favorablement reçu chez un illustre sénateur appelé Fauste. Il portait avec lui le salaire du bon accueil qu'on lui faisait : la perle évangélique, qui est la connaissance du vrai Dieu. Il en fit part à ce sénateur et il lui parla si efficacement de l'extravagance de l'idolâtrie et de la sagesse de la foi chrétienne, qu'il l'embrasa du même feu dont son cœur était embrasé. Fauste se fit chrétien et lava dans les eaux du baptême le crime de son infidélité. Symphorien, son fils, imita sa ferveur, et, de païen qu'il était, devint un des plus zélés prédicateurs de l'Évangile. Plusieurs autres fidèles suivirent aussi leur exemple, et Bénigne eut bientôt la consolation de voir au milieu d'Autun une sainte compagnie de chrétiens prêts à répandre leur sang et à donner leur vie pour la confession d'un seul Dieu. De là, Fauste le pria de passer à Langres pour travailler à la conversion de trois enfants jumeaux, Speusippe, Eleusippe et Méleusippe, petits-fils de Léonille, sa sœur, chrétienne fervente. Le Saint crut que Dieu lui offrait cette occasion pour porter plus loin le flambeau de la vérité : il alla à Langres, catéchisa les trois jumeaux, et les convainquit de la fausseté de leur religion. Ceux-ci, après avoir brisé toutes les idoles qui remplissaient leur maison et en faisaient comme un temple païen, firent disparaître complètement tout ce misérable amas de fausses divinités. Rien donc n'y offusquait, n'y attristait plus des regards chrétiens, et Jésus-Christ pouvait venir en prendre possession.
Un autel fut érigé pour le sacrifice de la victime sans tache dans un oratoire que Bénigne consacra sous l'invocation de saint Jean. Le missionnaire ionien voulut que le nom de l'Apôtre bien-aimé fût inscrit sur ce berceau de l'Église de Langres, afin que cette noble sœur de l'Église d'Autun se souvînt aussi de qui elle est fille, de quel cœur elle a reçu, avec la naissance et la foi, comme un héritage de famille, l'angélique virginité et la douce charité, ces deux fleurs du ciel que Jésus avait données à son ami.
Cependant Bénigne continuait tous les jours ses enseignements aux fervents néophytes. Bientôt ils furent trouvés non-seulement assez instruits, mais forts dans la foi et dans la charité; et l'apôtre crut pouvoir sans retard les consacrer définitivement à Dieu par le baptême et par la participation au corps et au sang de Jésus-Christ. L'ouvrier apostolique était heureux : il remerciait le Père qui est au ciel de lui avoir donné, à Langres comme à Autun, des enfants spirituels qui annonçaient les plus hautes espérances. Bénigne, après avoir laissé, comme un monument de l'origine apostolique de son ministère, l'oratoire qu'il avait consacré en l'honneur de saint Jean, recommanda à Dieu et assura le sort de la chrétienté de Langres, cette seconde et bien-aimée fille de son âme, épancha une dernière fois son cœur dans un dernier adieu, et se rendit à Dijon pour continuer l'œuvre déjà si féconde d'un apostolat béni du ciel. Il était le père de deux grandes Églises; et en baptisant saint Symphorien et les trois saints Jumeaux, il avait baptisé deux des peuples les plus célèbres de la Gaule, les Éduens et les Lingons.
Arrivé à Dijon, Bénigne y établit le centre de sa mission, et de là fit rayonner la lumière évangélique dans le pays d'alentour. Sa parole, confirmée par la sainte autorité de sa vertu et par la divine sanction des miracles, obtenait des succès consolants. Paschasie, instruite et baptisée par lui, fut en ce lieu la plus noble conquête de son apostolat. Pour conserver à Dijon, aussi bien qu'à Langres, le souvenir de l'origine apostolique de sa mission, il dédia un humble oratoire en l'honneur de saint Jean.
Sur ces entrefaites, Marc-Aurèle, obligé de parcourir toutes les frontières de l'empire pour refouler les Barbares qui l'envahissaient, vint visiter, en passant, les murs de Dijon, récemment construits. A la nouvelle de son arrivée, Bénigne s'enfuit à deux lieues de là, dans un village nommé actuellement Prenois (Prunidum, Prunetum), puis dans un autre nommé Epagny (Spaniacum), dont les habitants conservent encore par tradition le souvenir de cet événement, lié d'une manière si étroite au martyre de l'illustre apôtre du Dijonnais. L'empereur, qui était à la fois sophiste, superstitieux et cruel, après avoir inspecté l'enceinte de la ville naissante, ordonna de construire un temple à Mercure et de ne pas tolérer un seul chrétien dans le pays. « Nous ne savons pas ici ce que c'est qu'un chrétien », répondit le comte Térentius ; « mais j'ai vu un étranger à la tête rase, dont l'extérieur et le genre de vie sont tout différents des nôtres. Il déclame contre le culte de nos dieux, fait prendre aux gens je ne sais quelle sorte de bain, les oint
4e NOVEMBRE.
d'un certain parfum, opère parmi le peuple beaucoup de prodiges et promet à ceux qui croient à son Dieu une autre vie après la mort ». — « A ces indices », reprit le prince, « je reconnais un chrétien. Qu'on le cherche et qu'on me l'amène chargé de chaînes. Car nos dieux détestent cette superstition nouvelle. Aussitôt qu'ils aperçoivent le signe du Crucifié, ils sèchent de fureur, grincent des dents et ne peuvent en supporter la vue ». Térentius se hâta de faire exécuter l'ordre du maître. On trouva l'apôtre dans le village où il s'était réfugié et annonçait la parole de Dieu aux païens. On l'enchaîna et on l'amena devant l'empereur.
« De quel pays es-tu, adorateur de la croix, et quel est ton nom ? » — « Je suis venu de l'Orient avec mes frères. Eux, ils sont déjà morts : c'est toi qui les as tués. Nous étions envoyés par saint Polycarpe pour prêcher l'Évangile aux nations ». Alors le prince, changeant de ton comme de tactique, reprit : « Si tu obéis à mes ordres, je te fais le grand-prêtre de mes dieux et te donne le premier rang dans mon palais ». — « Loup ravisseur, garde ton sacerdoce. Je ne veux rien recevoir de toi, car tu es réservé à tout ce que la damnation éternelle peut avoir de plus affreux ; et jamais tu ne me persuaderas de renoncer au Christ que j'adore ». L'empereur, voyant que ses promesses étaient inutiles, ordonna qu'on le battît cruellement avec des nerfs de bœuf, et ajouta que, s'il ne sacrifiait aux dieux de l'empire, on lui ferait subir toutes sortes de supplices.
Le Martyr fut donc étendu sur le chevalet, et, pendant qu'on le frappait, il rendait grâce à Dieu et priait. Après ce premier supplice, il fut jeté en prison, tout meurtri, tout déchiré, tout sanglant. Mais un ange vint le consoler et le guérit si bien de toutes ses blessures qu'il n'en paraissait pas la moindre trace. Le lendemain, l'empereur fit de nouveau comparaître Bénigne en sa présence et le pressa de sacrifier. L'intrépide soldat de Jésus-Christ se moqua des dieux. Alors le prince ordonna qu'on le conduisît devant un autel, et que de force on lui insérât dans la bouche des viandes immolées aux idoles. Bénigne, arrivé devant les simulacres païens, fit le signe de la croix, en élevant vers le ciel ses yeux avec son cœur, et adressa au divin Maître une courte mais fervente prière. Aussitôt toutes les idoles de pierre ou de bois et les vases qui servaient aux sacrifices disparurent comme de la fumée. Le Saint, plein de joie, remercia Dieu d'avoir bien voulu l'exaucer, puis jeta la dérision au tyran et à ses dieux qui s'étaient évanouis devant le signe du salut. — « Vois plutôt », reprit l'empereur qui sans doute s'efforçait de cacher son étonnement, « combien nos dieux tiennent à faire ta volonté. Si tu consens aussi à faire la leur et la mienne, tu seras grand auprès de moi ». Ces paroles radoucies et trahissant un certain embarras, ne servirent qu'à provoquer de la part de Bénigne un nouveau et toujours plus énergique refus. « Il faut », dit-il, « que tu sois bien sot et bien aveugle, pour ne pas voir la puissance de Jésus-Christ dans l'anéantissement de tes idoles ». — « Qu'on le reconduise en prison », s'écria le tyran furieux, « que l'on apporte une grosse pierre, qu'on y fasse une cavité, et que là on lui scelle les pieds avec du plomb fondu ; qu'on lui enfonce des alènes incandescentes sous les ongles des doigts ; que pendant six jours on ne lui donne rien, pas même de l'eau ; et qu'avec lui soient enfermés les chiens les plus féroces, qu'on laissera sans nourriture et sans boisson, afin qu'ils le dé-
vorent ». Aussitôt l'ordre barbare est exécuté ; et pendant qu'on le conduisait en prison, l'apôtre exhortait les comtes et les tribuns à croire en Jésus-Christ. Il voulait remplir jusqu'au bout sa mission divine, en jetant dans ces âmes au moins quelques germes de foi. Le Martyr rentra donc dans son noir cachot, ne cessant pendant six jours d'entretenir avec le ciel le saint commerce de la prière. Aussi Dieu ne l'abandonna point. Il envoya à son secours un ange qui calma si bien la fureur des chiens, que ces animaux ne touchèrent pas à un seul cheveu de sa tête, à un seul brin de la frange de ses vêtements. Bien plus, l'envoyé du Très-Haut ôta les alènes enfoncées sous ses ongles, enleva le plomb qui scellait ses pieds dans la pierre et lui donna pour nourriture un pain céleste.
Le sixième jour étant arrivé, la prison fut ouverte, et l'on trouva le corps du Martyr tellement net et sain, si parfaitement intact, qu'il n'y paraissait pas la moindre trace des supplices qu'il avait endurés. A cette nouvelle, le prince, sans doute pour en finir et ne pas avoir le dessous une troisième fois, ordonna que dans la prison même on lui brisât le cou avec une barre de fer, et que pour l'achever, un soldat le perçât de sa lance. Au moment où le bienheureux Martyr expira, les chrétiens, ses enfants en Jésus-Christ, virent une colombe blanche comme la neige s'envoler de la prison et s'élever jusqu'aux nues : c'était son âme qui partait pour le ciel. En même temps ils respirèrent une odeur si suave qu'ils se crurent transportés au milieu des parfums du paradis. Ainsi se termina, ajoute un vieil hagiographe, la passion du saint prêtre Bénigne, le jour des calendes de novembre (vers l'an 178).
Saint Bénigne est représenté le corps traversé de deux lances, une masse derrière sa tête. On le représente aussi les pieds scellés dans une pierre avec du plomb fondu. Au portail principal de l'église cathédrale de Dijon, devant le trumeau qui sépare en deux la baie du milieu, est une figure debout, vêtue en costume d'évêque, tenant une palme, la main appuyée sur une canne, la tête coiffée d'une espèce de bonnet à côtes. Cette figure passe pour être celle de saint Bénigne.
## CULTE ET RELIQUES. — MONUMENTS.
Le corps du saint Martyr, ayant été embaumé avec des aromates et des parfums de grand prix, fut enseveli par Léonille de Langres, dans un sarcophage de pierre dépourvu d'inscription et de symbole que l'on enfouit sous terre, à peu de distance de l'endroit où le Saint avait été martyrisé. Les fidèles du lieu et ceux des villages voisins vinrent, dès le lendemain du martyre, honorer le saint apôtre dans son sépulcre, et, aussitôt que la prudence le permit, ils déblayèrent le terrain à l'entour, creusèrent un escalier et bâtirent par dessus une petite chapelle ou crypte voûtée : il est à croire que ce fut vers le milieu du IIIe siècle.
Sur ce tombeau naquit un pèlerinage qui cessa, extensif, du moins, pendant les années de trouble qui suivirent le pêle-mêle des révoltes civiles et des incursions barbares. La crypte abandonnée s'écroula, et peu à peu le souvenir du lieu précis où reposaient les restes du saint Martyr, et que rien ne distinguait, s'effaça, excepté dans la mémoire des habitants de la campagne, qui venaient encore prier sur la tombe de saint Bénigne, y apportant des offrandes, y faisaient brûler des cierges et prétendaient y recevoir des faveurs miraculeuses.
Sur ces entrefaites, saint Grégoire, évêque de Langres, vint à Dijon ; et comme on racontait des choses merveilleuses, arrivées sur le tombeau de saint Bénigne, cela suffit pour attirer l'attention de l'évêque qui, malgré la tradition populaire et les miracles, et ne trouvant dans la forme païenne du sarcophage qu'un motif de se délier, jugea prudent d'interdire au moins provisoirement le pèlerinage. C'est alors que saint Bénigne lui apparaît et lui ordonna de cesser d'agir ainsi, et de relever au plus tôt les ruines de son sépulcre. Frappé de cette vision, saint Grégoire s'empressa de faire rebâtir l'ancienne crypte qui était en ruines. Quand l'ouvrage fut achevé, il convoqua un grand nombre de prêtres, de religieux et d'abbés pour célébrer solennellement l'invention des reliques
4e NOVEMBRE.
du saint apôtre et assister à leur translation. Après cette cérémonie, le saint évêque songea à exécuter une œuvre à laquelle il rêvait depuis longtemps : c'était d'élever sur la tombe de saint Bénigne une église digne d'un tel apôtre et capable de contenir la foule des pèlerins qui accouraient de toutes parts. Pour assurer d'une manière permanente le culte du saint apôtre, le vénérable évêque de Langres, imitant saint Euphrone, adjoignit un monastère à la nouvelle église et confia la garde du corps saint à des religieux qu'il fit venir de l'abbaye de Baume. Il les plaça sous le gouvernement du saint abbé Eestade et leur donna sur ses propres biens et sur ceux de son évêché des terres considérables. Telle fut l'origine de la célèbre abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, qui occupe une place si considérable dans l'histoire religieuse, politique et artistique de la Bourgogne.
Le culte de saint Bénigne, ainsi ravivé et entouré de toutes les splendeurs de la religion, prit un développement immense. Il y eut dès lors à son tombeau un concours immense de pèlerins et comme une nuée d'éclatants miracles. La dévotion des fidèles s'étendit aux lieux où le saint apôtre avait souffert, et aux instruments de son supplice : la tour qui lui avait servi de prison fut convertie en chapelle, et la pierre dans laquelle il avait eu les pieds scellés devint l'objet d'un culte spécial. Une foule de pèlerins allaient puiser de l'eau à la fontaine d'Epagny, près de laquelle il fut arrêté par les soldats, et, dans les temps de calamité, des paroisses entières s'y rendaient en procession.
Quelques portions des reliques de saint Bénigne se répandirent avec son culte dans différentes localités, à Tours, à Pontarlier, à Saint-Maurice en Velais, et jusqu'en Allemagne. La basilique, élevée sur la tombe du Martyr par saint Grégoire de Langres, ayant beaucoup souffert des guerres civiles et des malheurs du VIIIe siècle, fut restaurée au IXe siècle par Isaac, évêque de Langres, et le culte du saint apôtre renaissait avec une nouvelle splendeur jusqu'aux invasions normandes.
Afin de mettre en sûreté les saintes reliques, on les transporta d'abord dans l'intérieur du centre de Dijon, puis à Langres, ville plus forte, où elles restèrent jusqu'à ce que la crainte des invasions fût passée. Les Langrois se firent payer l'hospitalité qu'ils avaient donnée à saint Bénigne en exigeant un bras du Martyr. Plus tard, comme des bruits d'invasion retentissaient encore, le précieux trésor fut enfoui sous terre dans la crypte, sans signe extérieur, mais avec une inscription renfermée dans le tombeau même. Il y resta ainsi caché pendant tout le Xe siècle, jusqu'au jour où le célèbre abbé Guillaume le leva de terre, l'entoura d'honneurs aussi grands que ceux qui lui avaient été décernés par saint Grégoire de Langres, jeta sur sa tombe encore une fois restaurée cette belle église avec cette magnifique rotonde à trois étages, la merveille de l'art roman inspiré du génie italien, qui n'eut peut-être pas sa rivale en France. En même temps, la réforme clunisienne fut introduite dans le monastère. Tout y changea de face, tout prit un merveilleux essor, la science comme la piété. Une nouvelle ère commence pour le culte de l'apôtre de la Bourgogne, comme pour la grande abbaye dijonnaise. Guillaume place les reliques du Saint dans une magnifique châsse revêtue de plaques d'or et d'argent, exposée aux regards de tous dans la crypte où de nombreuses lampes brûlaient jour et nuit.
Le pèlerinage, qui avait presque cessé pendant les malheurs du IXe et du Xe siècle, recommence sur de plus vastes proportions. Telle est la foule qui se presse au tombeau vénéré, qu'il faut ouvrir trois nouvelles portes dans l'église supérieure pour descendre à la crypte. Les dons des rois et des peuples affluent comme au temps de saint Grégoire et de Gontran.
On aurait pu croire que la basilique si belle et surtout si solide braverait les siècles. Pourtant, le 21 février 1271, la grande tour de pierre qui s'élevait au centre s'écroula avec un fracas épouvantable et entraîna dans sa ruine tout l'édifice, excepté le grand portail et la rotonde. Par une préservation miraculeuse, la châsse de saint Bénigne, qui reposait sur deux petites colonnettes près du tombeau, un peu en avant de la rotonde, et qui aurait dû être broyée par la chute des voûtes, demeura suspendue en l'air sans qu'on aperçût quoi que ce soit qui pût la soutenir. Les lampes qui brûlaient devant les saintes reliques ne furent pas même éteintes. Un pareil événement produisit à Dijon et dans toute la Bourgogne une impression profonde ; et l'érection d'une nouvelle basilique plus splendide encore que l'ancienne, s'il était possible, fut décrétée d'enthousiasme. Un fragment considérable de la pierre dans laquelle saint Bénigne avait eu les pieds scellés avec du plomb fondu servit de première pierre. Elle fut posée solennellement le 7 février 1280, et le monument s'éleva entre la rotonde et le grand portail qui furent conservés. C'est l'église qui subsiste encore aujourd'hui. Elle porte le cachet de la meilleure époque du style ogival et a pour caractère particulier la simplicité dans la grandeur. L'illustre abbé Hugues d'Arc remplaça également l'ancienne châsse, qui avait perdu son éclat, par un magnifique ouvrage d'orfèvrerie ; et il fit, le 12 octobre 1285, la translation solennelle des saintes reliques. La mémoire de ce jour fut célébrée annuellement par une fête qu'on appela la petite Saint-Bénigne. Peu à peu des maisons vinrent se grouper près de la basilique et remplirent l'espace qui la séparait de l'ancien centre. Ainsi naquit la ville de Dijon, capitale du duché de Bourgogne.
On vit s'agenouiller devant la châsse de saint Bénigne les rois Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François Ier, Henri II, Charles IX et Louis XIII. Plusieurs autres personnages illustres vinrent aussi prier au saint tombeau : la savante reine Christine de Suède, le cardinal Cajétan, le cardinal de Bérulle, saint François de Sales, sainte Jeanne-Françoise de Chantal, etc... En même temps les églises, les Ordres religieux, les rois, les particuliers, continuaient à solliciter des reliques du
saint Martyr. Les Pères Chartreux envoyaient à Dijon une ambassade, demandant quelques parcelles du glorieux saint Bénigne. En 1498, l'église d'Autun s'estimait heureuse de recevoir un beau reliquaire ciselé et émaillé contenant un os de l'Apôtre. En 1509, Sa Majesté Catholique demandait humblement la même faveur. En 1584, on ouvrait solennellement la châsse, et à la requête de deux Pères Capucins, on en tirait un notable fragment pour être porté aux Indes, dans une église cathédrale fondée en l'honneur de saint Bénigne. En 1589, le cardinal Cajétan ne croyait pas pouvoir rapporter au Pape de plus agréable présent qu'une relique du saint Martyr. En 1650, la reine Anne d'Autriche venait elle-même, avec son jeune fils Louis XIV, en chercher à l'église de Saint-Bénigne, et on lui en donnait de celles qui étaient dans le petit reliquaire porté par un ange.
L'abbaye de Saint-Bénigne ayant adopté, au XVIIIe siècle, la réforme de Saint-Maur, obtint que la fête du saint Apôtre fût érigée en fête de précepte et fixée au 24 novembre (1763). Dès le commencement de 1791, au second de la liberté, on posa les scellés sur les portes de la sacristie. L'année suivante on prit la châsse et on transporta les reliques dans un coffre en bois au logis du roi. Nul ne sait ce qu'elles sont devenues. Les révolutionnaires démolirent le portail et la rotonde, dévastèrent la crypte, brisèrent l'antique sarcophage et l'ensevelirent sous les décombres; le terrain fut ensuite nivelé et pavé. Le 30 novembre 1858, le tombeau fut découvert à l'occasion des fouilles entreprises pour construire une sacristie à l'église cathédrale : lorsque le déblaiement fut achevé et que la crypte apparut dans son ensemble, les travaux de restauration commencèrent.
Le diocèse de Nevers possède plusieurs églises placées sous l'invocation du saint Apôtre de la Bourgogne, entre autres, celles de Saint-Benin-des-Bois, de Saint-Benin d'Azy, de Sougy. Aujourd'hui, l'église de Saint-Bénigne, à Pontarlier (Doubs), possède encore quelques reliques de son glorieux patron, et célèbre solennellement sa fête le dimanche qui suit la Toussaint. L'église de la Maison-des-Champs, au diocèse de Troyes, possède aussi une parcelle des ossements de saint Bénigne.
Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, de l'Étude sur saint Bénigne, par M. l'abbé Bougand; de Saint Symphorien et son culte, par M. l'abbé Dinot; de la Vie des Saints de Dijon, par M. l'abbé Duplus; de l'Hagiographie Nivernoise, par Mgr Crounier.
Événements marquants
- Disciple de saint Polycarpe à Smyrne
- Mission en Gaule avec Andoche, Thyrse et Andéol
- Évangélisation d'Autun et conversion de Fauste et Symphorien
- Évangélisation de Langres et conversion des trois jumeaux Speusippe, Eleusippe et Méleusippe
- Fondation d'oratoires à Langres et Dijon
- Arrestation par l'empereur Marc-Aurèle à Dijon
- Supplice des alènes et des pieds scellés dans le plomb
- Martyre par brisement du cou et coup de lance
Miracles
- Guérison miraculeuse par un ange en prison
- Anéantissement des idoles et des vases sacrés païens par le signe de la croix
- Apparition d'un ange calmant des chiens féroces et apportant un pain céleste
- Apparition d'une colombe blanche s'envolant de sa dépouille
- Odeur suave au moment de sa mort
- Suspension miraculeuse de sa châsse lors de l'écroulement de la tour en 1271
Citations
Je suis venu de l'Orient avec mes frères. Eux, ils sont déjà morts : c'est toi qui les as tués. Nous étions envoyés par saint Polycarpe pour prêcher l'Évangile aux nations.
Loup ravisseur, garde ton sacerdoce. Je ne veux rien recevoir de toi, car tu es réservé à tout ce que la damnation éternelle peut avoir de plus affreux.