Saint Théodard (Audard)
Évêque de Narbonne et Patron de Montauban
Résumé
Né vers 840 à Montauriol, Théodard devint archevêque de Narbonne en 885. Grand bâtisseur et protecteur des pauvres face aux invasions sarrasines, il restaura sa cathédrale et racheta de nombreux captifs. Il mourut en 893 dans sa ville natale, laissant le souvenir d'un pasteur charitable et d'un défenseur de la foi.
Biographie
SAINT THÉODARD OU SAINT AUDARD,
ÉVÊQUE DE NARBONNE ET PATRON DE MONTAUBAN
« Veuillez-vous enseigner par vos paroles et par vos exemples au peuple pour lequel vous allez être ordonné, les choses que vous savez être contenues dans les Écritures ? — Je le veux. »
Pontifical romain, consécration des évêques.
Saint Théodard est la première et la plus belle illustration de la ville de Montauban. Il parut dans ces jours de troubles, d'orages, de guerres civiles et d'invasions des Sarrasins, qui suivirent le règne de l'immortel Charlemagne, de ce héros chrétien surnommé, à juste titre, le Triomégiste moderne, et qui a si puissamment contribué à la propagation de la vraie foi, à l'indépendance temporelle du Saint-Siège et aux progrès de la civilisation dans l'Europe entière.
La patrie de saint Théodard fut la petite ville de Montauriol. Elle était bâtie sur un riant et fertile coteau qui s'élève aux confins du Toulousain et du Quercy, et au pied duquel serpente le Tescou, au moment même où il va se jeter dans le Tarn. Son emplacement se trouvait donc tout à fait contigu à celui qu'occupe aujourd'hui la nouvelle ville de Montauban. Les divers auteurs qui ont parlé de saint Théodard, paraissent n'avoir pu découvrir l'année précise de sa naissance ; mais il nous semble qu'il n'est guère possible de la mettre plus tard qu'en 840, c'est-à-dire à l'époque de la mort de l'empereur Louis le Débonnaire. L'histoire garde le silence sur les noms et les titres des parents de notre Saint ; mais elle nous apprend qu'ils étaient riches, puissants, et aussi distingués par leur piété que par la noblesse et l'ancienneté de leur race. Ils avaient consacré une partie de leur fortune à fonder, conjointement avec le roi d'Aquitaine, Pépin Ier, une magnifique abbaye très-près de l'enceinte de Montauriol, et dans une position vraiment ravissante.
À Toulouse, où il avait été placé pour terminer ses études, Théodard s'empressa de s'enrôler dans la cléricature. Tous ses goûts le portaient vers le service des autels. Sigebode, archevêque de Narbonne et primat d'Aquitaine, étant venu à Toulouse pour régler d'importantes affaires ecclésiastiques, remarqua bientôt le jeune Théodard. Touché de la piété et du savoir du fervent lévite, le zélé prélat résolut de l'attacher à sa personne et à son Église. Ainsi la Providence disposait tout pour faire briller, sur un plus grand théâtre, les vertus du digne descendant des seigneurs de Montauriol.
SAINT THÉODARD, ÉVÊQUE DE NARBONNE.
« L'auteur de sa vie rapporte que les Juifs s'étant présentés au roi Carloman, pour le supplier de les mettre à l'abri de quelques avanies que leur faisait tous les ans l'évêque de Toulouse, nommé Bernard, avec le clergé et le peuple de cette ville, ce prince ordonna à Sigebode, archevêque de Narbonne, d'assembler sur ce sujet un concile à Toulouse pour y écouter leurs plaintes et leur rendre justice. Il ajoute que Théodard, s'étant présenté à l'assemblée, justifia pleinement les Toulousains, et confondit les Juifs sur tous leurs prétendus griefs ».
Le Concile terminé, Sigebode reprit le chemin de son diocèse ; mais il eut grand soin d'adjoindre à sa suite le lévite qui avait si fortement fixé son attention. Théodard se trouva donc transporté à Narbonne et établi dans le palais archiépiscopal. Sur ces entrefaites, l'archidiacre de Narbonne étant mort, le clergé et les fidèles s'empressèrent de désigner Théodard pour remplir la place vacante. Sigebode acquiesça avec bonheur à ce désir, et comme Théodard n'était encore que sous-diacre, il se hâta de lui imposer les mains et de lui conférer le diaconat. Revêtu de sa nouvelle dignité, le saint jeune homme justifia pleinement le choix qu'on avait fait de lui. Il surpassa même ce que le peuple, le pontife et le clergé attendaient de sa prudence, de son zèle et de son dévouement. Il se multipliait et savait se faire tout à tous, dans la rigueur de l'expression. Chacun bénissait sa bonté, et trouvait en lui un soutien, un défenseur, un ami. « Il fut, dit la légende du bréviaire, l'œil de l'aveugle, le pied du boiteux, le père des indigents et le consolateur des affligés ». Appliqué à la prière, à l'oraison et aux saintes veilles, il passait la plus grande partie de ses nuits sans dormir, et, à l'imitation du prophète royal, il ne manquait jamais de louer le Seigneur sept fois par jour, en récitant séparément chacune des heures canoniales de l'office divin.
En 878, Sigebode se trouvant retenu à Narbonne pour une grave maladie, Théodard fut député, en sa qualité d'archidiacre, pour aller à Nîmes assister à la recherche des reliques de saint Baudile. Ce fut vraisemblablement au retour de cette importante mission que Théodard, déjà consommé en vertu, fut ordonné prêtre, malgré ses craintes, ses résistances et ses réclamations. Il se regardait comme tout à fait indigne d'exercer les sublimes fonctions du sacerdoce, et il fallut l'ordre formel et réitéré de son évêque pour qu'il acceptât le nouveau fardeau que l'Église allait lui imposer.
Cependant, l'heure choisie par la Providence allait sonner. Sigebode, après avoir gouverné son Église pendant quinze ans, avec le plus grand zèle et la plus grande vigueur, se trouva au terme de ses travaux et au jour de la récompense. Aussitôt après sa mort, les évêques de Carcassonne et de Béziers se rendirent à Narbonne pour célébrer ses funérailles, dresser l'inventaire des livres, ornements et vases sacrés de cette métropole, et surtout afin de présider à l'élection d'un nouvel archevêque. Ils se hâtèrent donc de convoquer les fidèles et le clergé dans l'église des saints martyrs, Just et Pasteur. Les clercs, les abbés, les nobles et le peuple n'eurent qu'une seule et même voix pour proclamer le nom de Théodard. Ainsi Théodard fut élu archevêque de la belle et puissante ville de Narbonne.
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Comme tous les élus de Dieu, comme tous les grands Saints, Théodard avait la plus tendre dévotion à l'auguste Vierge qu'il appelait sa mère, et à laquelle il recourait à chaque instant. Il voulut donc donner à son peuple une preuve éclatante de son zèle pour le culte de Marie, et montrer qu'il mettait son épiscopat tout entier sous la puissante protection de la Reine du ciel. Il choisit, pour le lieu de sa consécration, une église dédiée à la Mère de Dieu, et il voulut que cette cérémonie se fît le jour même de la belle solennité de l'Assomption (15 août 885).
Théodard, qui avait sans cesse à l'esprit ces paroles du Sauveur : « Tu es Pierre, et sur cette pierre j'établirai mon Église », tenait au Saint-Siège apostolique du fond de ses entrailles. C'était vers ce point lumineux que ses yeux étaient constamment fixés ; c'était à cette source qu'il puisait toutes ses règles de conduite. Pour lui, le Pape et l'Église n'étaient qu'une seule et même chose. Aussi sa première pensée, dès qu'il eut été sacré évêque, fut-elle de faire le voyage de Rome, de la ville sainte, de la mère et maîtresse de toutes les autres Églises, et d'aller déposer aux pieds du vicaire de Jésus-Christ l'hommage de sa soumission, de son attachement inaltérable et du dévouement le plus complet. Celui qui occupait alors la chaire de saint Pierre était Étienne V, un des plus grands papes du moyen âge. Étienne V, qui veillait avec tant de sollicitude sur les intérêts de l'Église catholique, fut heureux d'écouter le récit que Théodard lui fit de l'état de la religion dans son diocèse, dans sa province, dans la Gaule et dans les Espagnes. Il le retint auprès de lui aussi longtemps qu'il put, et, avant de le laisser reprendre le chemin de Narbonne, il lui conféra le pallium, confirma de nouveau tous ses pouvoirs et droits de métropolitain, et lui donna une ample bénédiction apostolique pour lui-même, son clergé, sa noblesse, son peuple et tous les fidèles de la Septimanie.
Cette même année (886), saint Théodard eut la consolation de rétablir un évêché qui était vacant et délaissé depuis le commencement du VIIIe siècle. C'est celui d'Ausonne, dans la Marche d'Espagne. Les Sarrasins s'étant emparés de ce pays, l'avaient dévasté et y avaient opprimé la religion catholique.
Saint Théodard assista, en 887, à la translation solennelle qui fut faite à Pamiers, des reliques de saint Antonin, prêtre et martyr dans la Gaule, au territoire de Cahors, selon les expressions du martyrologe de Saint-Riquier.
Rien ne pouvait lasser le zèle de Théodard, et il savait l'étendre à tout. Aucun détail de l'administration temporelle et spirituelle n'échappait à sa vigilante sollicitude. Quand il prit en main les rênes du diocèse de Nar-
*Moris, civibus, ambitu, tabernis, Portis, portinibus, foro, theatro, Deubris, capitibus, monetis, Thermis, arcibus, horreis, macellis, Pratis, fontibus, insulis, salinis, Stagnis, Sumine, merce, ponte, ponta...*
et des champs. Chez toi tout est remarquable : tes murs, tes habitants, ta vaste enceinte, tes maisons, tes portiques, ton forum, ton théâtre, tes temples, tes capitules, tes hôtels de la monnaie, tes thermes, tes arcs de triomphe, tes greniers, tes abattoirs, tes gasons, tes fontaines, tes îles, tes salines, tes étangs, tes fleurs, tes commerces, ton pont, ta mer...
*Carmine xxiii, ad Consentium Narbonensem. — Gallia christiana, t. vi, p. 2.*
SAINT THÉODARD, ÉVÊQUE DE NARBONNE.
bonne, il trouva son église cathédrale dans le plus triste état. Depuis l'époque funeste où, sous la féroce domination des Sarrasins, elle avait été dévastée à l'intérieur et même à l'extérieur, les ressources nécessaires pour la réparer convenablement n'avaient pu être réunies. La longueur et la difficulté de l'entreprise ne furent point capables d'effrayer le pieux pontife. Dès les premiers jours de son épiscopat, il se mit résolument à l'œuvre. Il dirigeait lui-même tous les travaux, encourageait les ouvriers et les payait généreusement de ses propres deniers. Il se privait avec bonheur d'une foule de choses très-utiles à sa maison pour restaurer et embellir celle du Seigneur. Après plus de quatre années de soins continuels, d'efforts multipliés et de grands sacrifices, il eut enfin la consolation de voir ses vœux accomplis. L'antique église s'était relevée de ses ruines, toute trace de profanation avait disparu de son enceinte, et elle brillait d'une jeunesse nouvelle.
La charité de Théodard envers les malheureux était inépuisable. Il était réellement leur providence de la terre. Les Sarrasins, ces ennemis déclarés du nom chrétien et de la civilisation, se mirent à exercer de fréquents actes de piraterie durant l'épiscopat de saint Théodard. Souvent ils débarquaient en force dans les environs de Narbonne, et là ils commettaient toutes les atrocités imaginables. Tout ce qu'il avait chez lui était chaque jour distribué aux infortunées victimes des brigandages des Infidèles, et il s'appliquait surtout à retirer de leurs mains les captifs réduits en servitude et exposés au danger de perdre leur foi. Il employa à cette œuvre de miséricorde tout l'argent qu'il put se procurer. Pour surcroît d'épreuves, une effrayante famine de trois années consécutives vint désoler le diocèse, à la suite des incursions des Sarrasins. Le moment arriva où le saint pontife vit, avec une indicible angoisse, qu'il ne lui restait absolument rien, et cependant la disette étalait encore une partie de ses horreurs. À quel expédient recourir ?... Il n'en connaissait plus qu'un seul, bien extrême et bien pénible. Mais il s'agissait des membres souffrants de Jésus-Christ ; il crut donc ne devoir pas hésiter à faire le dernier sacrifice. Il employa les revenus de son église métropolitaine, et il aliéna même les biens qu'elle possédait, pour subvenir aux plus pressantes nécessités du moment. Il fit plus ; il vendit les vases sacrés et les autres choses précieuses du trésor de sa cathédrale, afin de pouvoir continuer ses immenses aumônes. Il ne voulut réserver que ce qui était indispensable pour la célébration des saints mystères et la conservation de la divine Eucharistie. Voulant indemniser son église, il lui donna une grande et belle croix garnie d'or et d'argent, et contenant une notable parcelle de la vraie croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il lui fit aussi présent de deux châsses très-bien sculptées et qui renfermaient d'insignes reliques.
Tant de soins, de fatigues, de travaux, de mortifications volontaires, de peines de tout genre, devaient altérer le tempérament le plus robuste et détruire la santé la plus florissante. Théodard, quoique peu avancé en âge, avait vieilli avant le temps. Ses forces physiques diminuaient sensiblement, et bientôt de tristes symptômes vinrent alarmer tous ses diocésains, tous ses enfants. Une fièvre continue, et qui devenait de jour en jour plus ardente, avait saisi le pieux pontife, l'empêchait de goûter le sommeil, et le dévorait à vue d'œil. Néanmoins, il ne voulut rien changer d'abord à son régime, à ses pénitences et à son travail. La lecture et l'étude des saintes Écritures avaient pour lui un attrait irrésistible. Il continua donc à les feuilleter et à les méditer et le jour et la nuit ; et il affirmait que c'était à cette source qu'il avait puisé toute sa science et tout son amour de la perfection. Il persévéra aussi dans ses jeûnes, ses longues oraisons, ses visites des
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pauvres et ses courses apostoliques. En 891, il se rendit encore, sur l'invitation de l'archevêque de Sens, à un concile que le roi Eudes avait fait convoquer, et qui se tint dans la petite ville de Mehun-sur-Loire.
Tel est le dernier acte connu du ministère épiscopal de saint Théodard. Dès lors, sa vie ne fut plus que souffrances, langueurs et amertumes. Les médecins et toutes les personnes qui l'approchaient, ne cessant de lui répéter qu'il devait se soigner et consentir à prendre les médicaments réclamés par son état, il répondit avec calme et fermeté : « Que la volonté du Seigneur se fasse. C'est lui qui est l'arbitre souverain de la santé et de la maladie, de la vie et de la mort ; rien n'arrive que par son ordre ou sa permission... Tous les remèdes que je veux employer, se réduiront à un seul : je vais retourner dans ma patrie, dans la région Toulousaine, dans le pays de mes pères et de mon enfance, dans ces lieux que je laissai pour venir ici ; où la vocation divine m'appelait... Là, je pourrai à l'aise respirer la douceur de l'air natal, me nourrir des mets salutaires de cette fertile contrée, réjouir mes yeux par la vue de ses sites charmants, et faire de délicieuses promenades dans ses belles campagnes ».
Ayant mis ordre à ses affaires domestiques et pourvu à l'administration de son diocèse, le pieux pontife vint à Toulouse, où il avait achevé le cours de ses études et où il comptait beaucoup d'amis dévoués. Mais il comprit bientôt, soit par l'aggravation de son mal, soit par un avertissement du ciel, que sa fin approchait, qu'il touchait au terme de sa carrière mortelle. Sur-le-champ sa résolution est prise ; il déclare à ceux qui l'entourent qu'il veut être conduit sans retard à Montauriol, au lieu où il a reçu le jour, dans ce monastère que ses ancêtres ont dédié à saint Martin de Tours, et où il a appris les premiers éléments des sciences sacrées et profanes. Son plus vif désir est de rendre le dernier soupir à l'endroit même où l'eau du saint baptême l'a fait enfant de Dieu et de l'Église. Les bons moines de Montauriol accueillirent le vénérable évêque comme un bienfaiteur, comme un père et comme un Saint. Heureux de posséder un pareil hôte, ils l'environnèrent des soins les plus assidus, les plus intelligents et les plus affectueux. Mais tous les secours humains étaient devenus impuissants, et l'auguste malade le savait mieux que personne. Aussi, toute son occupation consistait à se préparer à la mort par des prières, de pieuses lectures et de fréquentes aspirations vers le ciel. Quand il sentit que le jour de sa délivrance était sur le point de paraître, il appela dans son appartement le père abbé et tous les religieux prêtres du monastère. Alors il fit, en poussant de profonds soupirs et en répandant beaucoup de larmes, une accusation publique de tous les péchés de sa vie, péchés qu'il regardait comme très-considérables, et qui, réellement, n'étaient que des manquements bien légers. On lui apporta la divine Eucharistie, le saint Viatique. Il serait impossible de redire avec quelle ferveur, quelle foi, quelle espérance et quel tendre amour il adora et reçut le Dieu fait homme, le corps et le sang de l'Agneau sans tache, de Jésus-Christ, le Pasteur des pasteurs. Dès qu'il eut communié, il adressa à son divin maître cette belle et touchante prière, qui fut religieusement suivie par tous les assistants : « Seigneur, Dieu tout-puissant, vous dont la bonté et la miséricorde sont infinies, vous qui, par une seule parole et par un seul acte de votre volonté, avez tiré l'univers du néant et établi l'ordre merveilleux qui y règne ; vous qui avez bien voulu former l'homme à votre image, en lui donnant une âme active, immortelle, et un corps qui, après être tombé en dissolution et en poussière, reprendra, un
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jour, une jeunesse toute nouvelle, ayez compassion de votre pauvre et indigne serviteur ; ne détournez pas vos regards de lui, et, puisqu'il n'a de confiance qu'en vous, daignez, ô père clément, l'admettre au céleste baiser de paix ! Je sais que devant vous personne ne peut se vanter d'être juste, et que vous trouvez des taches même dans vos Saints : je suis donc perdu sans ressource si vous considérez mes fautes, mes nombreuses iniquités. Mais ce qui me rassure, c'est qu'il est écrit que vous êtes plein de douceur et de bonté, et que vous faites miséricorde à tous ceux qui recourent sincèrement à vous. Je vous en supplie donc, éloignez de moi le prince des ténèbres et la troupe odieuse de ses satellites ; daignez me pardonner toutes mes infractions à votre sainte loi, toutes mes misères, toutes mes imperfections, et confondez les ennemis de mon âme et de mon salut. Recevez mon âme à sa sortie de ce monde et placez-la dans les rangs des justes, dans l'assemblée des saints pontifes, afin qu'au jugement général je me trouve à votre droite, que j'entende la sentence de bénédiction, et que je vous accompagne dans les splendeurs du royaume éternel. » En achevant ces derniers mots, le bienheureux prélat éleva les yeux et les mains vers le ciel, et son visage devint radieux d'espoir et d'amour. Bientôt après, il parut entrer dans un doux sommeil..., et son âme, brisant ses liens mortels, s'envola dans la société des anges.
## CULTE ET RELIQUES DE SAINT THÉODARD.
Saint Théodard quitta cette terre le premier jour de mai de l'an 893, sous le règne du roi Eudes. Sa mort plongea dans le deuil son diocèse, les moines et les habitants de Montauriol, qu'il avait comblés de ses bienfaits, et la province entière de la Septimanie, dont il était le soutien, la gloire et l'ornement. Aussi, une multitude immense de fidèles accourut de toutes parts pour contempler encore une fois ses traits vénérés, et pour assister à ses funérailles qui furent célébrées par plusieurs évêques, entourés d'un grand nombre de prêtres et de tous les religieux du monastère de Saint-Martin.
« Les miracles continuels, dit Dom Vaissette, que Dieu opéra à son tombeau, ne contribuèrent pas peu à accélérer sa canonisation ; et il était déjà reconnu pour Saint au milieu du Xe siècle. Le monastère de Saint-Martin, où il était inhumé, avait déjà pris son nom ou celui de Saint-Audard, qui est le même ».
Jean d'Anriole, qui occupa le siège épiscopal de Montauban depuis le 13 avril 1492 jusqu'au 21 octobre 1519, était un prélat très-zélé pour le culte divin et pour l'embellissement de sa cathédrale. Il donna deux cloches d'une grosseur extraordinaire, ferma toutes les chapelles par des grilles de cuivre ou de fer ouvragé, et fit orner splendidement le chœur. Mais un de ses dons les plus remarquables fut la magnifique châsse dans laquelle il plaça les précieuses reliques de saint Théodard. Elle était en vermeil, du poids de trente marcs, et au-dessus se trouvait la statue du saint Patron tenant à la main le bâton pastoral. Ce superbe reliquaire était exposé à la vénération des fidèles le jour de la fête de saint Théodard ; et où le conservait soigneusement dans le trésor de la sacristie de la cathédrale, selon la recommandation du donateur. Il fut là comme une arche sainte et tutélaire, jusqu'à l'époque à jamais regrettable de la domination protestante à Montauban.
Les calvinistes, déjà puissants et redoutables dans plusieurs villes de France, vinrent à bout, moitié par ruse et moitié par force, de s'emparer de la cité Montalbanaise, et d'y commander en maîtres. Leur joug fut dur et pesant. En employant les menaces, la violence, la prison, l'exil et les vexations de tout genre pour entraîner les catholiques à l'apostasie ; et, afin de détruire tout vestige du vrai culte, ils ne reculèrent devant aucun excès.
1. Histoire générale du Languedoc, t. II, p. 31. — On remarque dans le testament de Raymond, premier du nom, comte de Rouergue, etc., les dispositions suivantes, écrites en 961, en faveur du monastère de Saint-Théodard : « ... Illa quarta parte de illa ecclesia Sancti-Cirici, et ille alode quod ego acquisivi in Deumpentala, Sancti-Audardi remaneat. Ille alode de mongio Sancti-Audardi remaneat. Illa ecclesia illoario Elio Isarno remaneat ad alode ; post suum discesaum Sancti-Audardi remaneat cum alio alode. » (Hist. du Languedoc, t. 21, Frenves, p. 109. Dans les archives de Montauban on trouve les titres de plusieurs donations faites au monastère de Saint-Théodard, sous les dates de septembre 949, janvier 951 et février 955.
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Écoutons les estimables auteurs de l'Histoire du Languedoc : « Les désordres que les religionnaires commirent à Montauban et à Castres, à la fin de l'année 1561, furent aussi extrêmes que ceux qu'ils exercèrent à Montpellier et à Nîmes. Les huguenots de Montauban, après s'être saisis, dès le mois de juillet, des églises des Cordeliers et de Saint-Louis, se rendirent entièrement maîtres de cette ville, d'où ils chassèrent tous les catholiques le 21 d'octobre. Ils pillèrent leurs maisons et ravagèrent toutes les églises, excepté celle du Monstier ou de la cathédrale, qui était située dans le faubourg, parce qu'elle était extrêmement forte. Ils la forcèrent cependant le 20 de décembre, la pillèrent et la brûlèrent.
« Ils maîtrisèrent surtout les religieuses de Sainte-Claire, après avoir pris, pillé et brûlé leur couvent. Ils les enlevèrent, et, les ayant exposées à demi nues aux risées du peuple, ils leur proposèrent de se marier. Sur leur refus, on leur fit porter la hotte, comme à des manœuvres, pour servir aux fortifications de la ville ; enfin on les chassa. Les chanoines de la cathédrale se transférèrent à Villemur, et ceux de la collégiale à Montech, au mois de mars suivant ».
Cette église de Monstier, qui fut dévastée et incendiée en 1561 par les protestants, était une grande et belle basilique, digne de la piété et de la richesse de ses fondateurs, et surtout de la sainteté du pontife qui avait choisi sa sépulture dans son enceinte. Le Bret nous la représente comme une des plus magnifiques cathédrales du royaume, et effectivement la description qu'il en donne, et le plan qui en a été retrouvé dans les archives de la ville de Montauban, nous montrent combien cet antique édifice était remarquable par son heureuse situation, sa masse imposante, sa tour élancée, la beauté de son portail, la majesté de sa vaste nef, le fini de son architecture, ses nombreuses chapelles et ses décorations intérieures.
C'était l'œuvre patiente, religieuse et artistique de huit siècles ; c'était le berceau de la nouvelle cité, son premier titre de gloire, tout le grand et le beau de son histoire ; là se trouvaient groupés les souvenirs les plus saisissants ; là, les ancêtres des Montalbanais avaient été consacrés à Dieu et instruits de leurs devoirs ; là, ils avaient prié, et chanté les cantiques du Seigneur ; là, reposaient leurs cendres vénérées ; là, étaient les reliques d'un grand Saint, d'un apôtre, d'un bienfaiteur de toute la province, d'un prélat dont le nom était cher à l'Église, et qui avait tout fait pour sa patrie... Ce merveilleux passé a été méconnu, oublié, compté pour rien !... La fureur des nouveaux iconoclastes est montée à son comble, et, comme une trombe dévastatrice, elle a tout emporté, tout anéanti !...
Une seule église, aujourd'hui, se glorifie d'avoir les restes de saint Théodard : c'est celle de Villebrumier, chef-lieu de canton, située à peu de distance de Montauban.
La croyance unanime et inébranlable des fidèles de cette paroisse a pour base une vénérable tradition, qui remonte, sans interruption, à plus de deux cents ans.
Il résulte des informations prises dernièrement par M. Guyard, vicaire général de Montauban à Narbonne, que les églises Saint-Just et Saint-Paul ne possèdent plus aucune relique de saint Théodard. La cathédrale de Montauban en conserve une ; mais elle sert de Villebrumier. C'est Mgr Debourg qui la fit tirer de la châsse en 1633.
La ville de Montech, qui a été pendant de longues années la résidence de l'évêque et du chapitre expulsés par les huguenots, a dû certainement avoir autrefois quelques reliques de saint Théodard. Malheureusement elles ont disparu ; seulement on a trouvé, il y a une trentaine d'années, dans la sacristie de l'église de Montech, un ancien reliquaire renfermant une portion d'os assez considérable, mais sans authentique. Il est à présumer que ce fragment provient de la châsse de saint Théodard. Le reliquaire, dont le travail est remarquable, appartient aujourd'hui à Madame la marquise de Pérignon, qui l'a déposé, avec la relique, dans la chapelle de son château de Finlan.
Les habitants de Villebrumier ont toujours été heureux et fiers de posséder les restes de saint Théodard. Ils les regardent avec raison comme leur bien le plus précieux et comme une sauvegarde pour le pays. Dans les peines, les souffrances, les maladies invétérées, surtout dans les fièvres pernicieuses et les calamités publiques ou privées, on tourne les yeux vers saint Théodard, on réclame son assistance, on s'empresse d'aller prier devant la châsse qui contient ses ossements bénis, et toujours on ressent les effets de sa puissante protection. Une foule de faits prouvent la confiance entière des fidèles en leur saint Patron, et montrent les grâces nombreuses obtenues par ceux qui l'invoquent avec foi et persévérance.
À l'imitation de ce qui se pratiquait autrefois dans l'antique cathédrale de Montauban, les reliques du grand archevêque de Narbonne sont exposées chaque année à la vénération publique, le 1er mai, jour où l'Église célèbre sa fête. De plus, on les porte en triomphe dans une procession
seule ville, où les calvinistes, devenus les maîtres, aient souffert l'exercice de la religion catholique. En Suisse, en Hollande, en Suède, en Angleterre, ils l'ont proscrite, souvent contre la foi des traités. L'ont-ils jamais permise en France dans leurs villes de sûreté ?... Une maxime sacrée de nos adversaires, est qu'il ne faut pas tolérer les intolérants : or, jamais religion ne fut plus intolérante que le calvinisme ; vingt auteurs, même protestants, ont été forcés d'en convenir. (Dictionnaire de Théologie, art. Calvinistes.)
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générale qui a lieu avec beaucoup de pompe, durant cette même solennité. Tous les paroissiens se font un honneur et un devoir d'assister à cette cérémonie ; aucun n'oserait s'en dispenser ; les plus indifférents pour la religion sortent alors de leur apathie et s'empressent de se joindre à la multitude, qui chante les louanges de l'illustre et généreux protecteur de la contrée.
En 1652, Mgr Pierre de Berthier, dont les vertus ont brillé d'un si vif éclat sur le siège épiscopal de Montauban, se rendit à Villebrumier pour visiter les reliques de saint Théodard. Voici la copie de l'acte de vérification qu'il dressa lui-même avec un soin tout particulier :
*Inventaire des ossements, qu'on croit de saint Théodard, trouvés dans l'église de Villebrumier, et que j'ai mis dans ce coffre, en la visite que j'en ai faite le 30 décembre 1652.*
« Un paquet couvert de taffetas blanc, fermé et cacheté de mes armes, sur lequel est écrit : *Os fémur*, n° 1 ; « Autre paquet, comme dessus, où est écrit : *Os fémur*, n° 2 ; « Autre paquet où est écrit : *Les deux os des jambes, avec cinq sommités ou apophyses*, n° 3 ; « Autre paquet, comme dessus, où est écrit : « *Les fociles en plusieurs pièces*, n° 4 ; « Autre paquet, comme dessus, où est écrit : « *Douze vertèbres avec leurs fragments*, n° 5 ; « Autre paquet, où est écrit : *Grand nombre de fragments des côtes*, n° 6 ; « Autre, où est écrit : « *Les fragments des omoplates et l'os sternum*, n° 7 ; « Autre, où est écrit : *Les astragales ou articles des pieds et des mains, en grand nombre*, n° 8 ; « Autre, comme dessus, où est écrit : *Un tronçon de l'ischion et autre fragment de l'os sacrum*, n° 9 ; « Autre, où est écrit : *Morceaux d'os inconnus*, n° 10. « Fait à Villebrumier, ce 30 décembre 1652.
« PIERRE, « Évêque de Montauban ».
Les reliques de saint Théodard demeurèrent, jusqu'en 1833, dans le coffre où les plaça Mgr de Berthier. Alors l'ancienne châtellenie tombant de vétusté, le curé et les habitants de Villebrumier en firent travailler une autre, et les restes du Saint y furent solennellement déposés.
Les dix paquets inventoriés par Mgr de Berthier et scellés du sceau de ses armes, sont encore aujourd'hui dans l'état où il les a décrits : seulement un des sachets de soie se trouve déchiré en partie, mais c'est par suite de l'ouverture qui dut y être pratiquée lorsque Mgr Dubourg voulut avoir pour sa cathédrale une relique de saint Théodard.
Nous avons abrégé la vie de saint Théodard, par M. J.-A. Guyard, vicaire général de Montauban, in-12, Paris et Montauban, 1856. L'auteur a puisé lui-même dans la *Gallia christiana* et dans deux Vies du Saint que l'on possède : l'une donnée par les Bollandistes, l'autre qui avait été extraite des archives de Saint-Étienne, à Toulouse, et qui fut conservée dans les *Mémoires de l'Histoire du Languedoc*, par Catel.
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Événements marquants
- Naissance vers 840 à Montauriol
- Études à Toulouse et entrée dans la cléricature
- Nomination comme archidiacre de Narbonne par Sigebode
- Élection comme archevêque de Narbonne
- Consécration épiscopale le 15 août 885
- Voyage à Rome et réception du pallium par Étienne V
- Restauration de la cathédrale de Narbonne dévastée par les Sarrasins
- Mort au monastère de Saint-Martin de Montauriol
Miracles
- Miracles continuels opérés à son tombeau après sa mort
Citations
Il fut l'œil de l'aveugle, le pied du boiteux, le père des indigents et le consolateur des affligés
Que la volonté du Seigneur se fasse. C'est lui qui est l'arbitre souverain de la santé et de la maladie.