Sainte Edeltrude (Ediltrude)
Reine d'Angleterre, Vierge et Abbesse d'Ely
Résumé
Fille du roi des Saxons orientaux, Edeltrude préserva sa virginité malgré deux mariages royaux. Elle finit par embrasser la vie monastique et devint abbesse d'Ely, où elle mena une vie d'austérité et de prière. Elle mourut de la peste en 679, et son corps fut retrouvé incorrompu seize ans plus tard.
Biographie
SAINTE EDELTRUDE OU EDILTRUDE,
REINE D'ANGLETERRE, VIERGE ET ABBESSE D'ELY
679. — Pape : Agathon.
Tu, homo, quem fructum expectas in mundo, cujus fructus ruina est, cujus finis mors est?
Ô homme, quel fruit attends-tu dans un monde dont le fruit est la ruine, dont la fin est la mort?
S. Born., lib. I, c. 17.
Nous avons vu, en sainte Marguerite d'Écosse, le modèle d'une grande reine et un exemple parfait de la manière dont les reines et les grandes princesses se doivent comporter envers Dieu et son Église, et envers leurs maris, leurs enfants, leurs officiers et leurs sujets. Voici aujourd'hui une autre reine, beaucoup plus ancienne que la précédente, qui nous fera voir que la sainteté n'est pas incompatible avec la grandeur, ni l'innocence et la virginité avec un mariage illustre et plein de gloire. C'est la bienheureuse Edeltrude, que Dieu n'a élevée à la dignité de reine d'Angleterre que pour rendre ses vertus plus éclatantes et pour la proposer à tout ce royaume comme un modèle accompli du détachement du monde et de tout ce qu'il a de biens, d'honneurs et de plaisirs.
Elle était fille d'un roi des Saxons orientaux, appelé Anna, dont le vénérable Bède décrit souvent les belles actions et les excellentes vertus ; elle eut pour mère sainte Héreswide, princesse du sang des rois de Northumberland.
Elle était sœur de sainte Sexburge, de sainte Withburge et de sainte Ethelburge, qui mourut religieuse en France. Elle naquit à Ermynge, dans le comté de Suffolk, et fut élevée dans la crainte de Dieu. La reine, sa mère, charmée de ses pieuses inclinations et de ses belles qualités, n'oublia rien pour les cultiver et faire de sa fille une princesse accomplie. Un amour ardent pour Jésus et une tendre dévotion pour Marie s'emparèrent de ce cœur simple et droit, et de bonne heure la jeune vierge conçut le désir de passer sa vie dans une continence parfaite. On vit bientôt paraître en elle les semences de cette vertu éminente où on la vit parvenir depuis, et elle donna en toutes rencontres des marques du mépris qu'elle faisait des plaisirs de la vie, des grandeurs et des richesses de la terre, témoignant qu'elle en attendait de plus solides dans le ciel.
Lorsqu'elle fut nubile, son père, qui avait pour elle toute la tendresse qu'on peut avoir pour une fille bien née, la donna en mariage à Tonbercht, prince des Girviens méridionaux. Ces deux époux vécurent dans la continence et se séparèrent pour mieux vaquer au service de Dieu. Elle se retira dans l'île d'Ely, qui lui avait été donnée pour douaire ; là elle mena, pendant l'espace de cinq années, une vie véritablement angélique. Pleine de mépris pour tout ce qui enchante les mondains, elle faisait consister sa gloire dans la pratique de la pauvreté volontaire et des humiliations. Son plus grand plaisir était de chanter nuit et jour les louanges du Seigneur.
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En vain Edeltrude chercha à vivre cachée dans la solitude ; l'éclat de ses vertus perça le voile dont son humilité tâchait de les couvrir.
Lorsque son premier mari fut mort, Egfrid, roi de Northumberland, la poursuivit des plus vives instances jusqu'à ce qu'elle consentît à l'épouser. Elle sut, dans le second mariage comme dans le premier, conserver intacte la fleur de sa virginité.
Nous avons pour garants de ce prodige deux grands Saints qui nous en assurent : saint Wilfrid, archevêque d'York, et le vénérable Bède, insigne docteur de l'Église ; et Dieu même en a voulu donner une grande preuve, en conservant son corps incorruptible plusieurs années après sa mort. Douze ans étant écoulés, Edeltrude, qui, de même qu'Esther, avait une aversion souveraine pour tout l'éclat de la majesté royale, supplia instamment le roi son mari de lui permettre de quitter la cour et de se retirer dans une maison religieuse. Le roi l'aimait tendrement, comme il était parfaitement aimé d'elle, ce qui rend leur continence encore plus admirable ; néanmoins, il se laissa enfin fléchir par ses prières, et consentit qu'elle suivît l'attrait de Dieu qui l'appelait à une vie plus parfaite que celle de la cour. Elle entra donc au monastère de Coldhingam, et reçut le voile de religieuse des mains du saint archevêque dont nous venons de parler, sous la conduite d'Ebbe, tante du roi, qui en était supérieure. Sa vie, en ce lieu de pénitence, fut un modèle de toutes les vertus, et quoiqu'elle fût encore novice, elle y parut si consommée dans l'observance des Règles de la Congrégation, qu'après un an on la fit elle-même abbesse, dans l'île d'Ely, où elle était retournée en 672, et où elle fonda deux monastères, pour l'un et l'autre sexe.
Ainsi, cette grande princesse se vit bien plus heureusement mère que si elle avait donné beaucoup d'enfants à son mari ; et comme elle avait allié, dans le monde, la virginité avec le mariage, elle allia dans sa retraite la fécondité spirituelle avec la virginité. Elle joignit aussi une grande mortification de son corps et de tous ses sens aux soins continuels que sa charge de supérieure lui donnait. Elle quitta dès lors le linge et ne se servit plus que de tuniques de laine. Il arrivait rarement qu'elle mangeât plus d'une fois par jour, et il fallait pour cela, ou qu'elle fût notablement incommodée, ou qu'une grande solennité, comme celle de Pâques, de la Pentecôte, de Noël ou de l'Épiphanie l'obligeât de modérer son jeûne. Son oraison était continuelle, et elle la faisait, surtout le matin, avec tant ferveur, que, bien qu'elle eût assisté aux offices du milieu de la nuit, le lever du soleil la trouvait toujours en prière.
Elle passa ainsi le reste de sa vie, qui fut encore de sept ans, dans une innocence et une piété tout à fait exemplaires ; et, étant encore assez jeune, mais pleine de bonnes œuvres et de mérites, elle mourut de la peste en son monastère, le 23 juin 679. Sa mort ne lui avait pas été imprévue. Dieu lui avait fait connaître, auparavant, que sa maison serait attaquée d'un mal contagieux ; qu'un certain nombre de ses filles en mourraient, et qu'elle-même les accompagnerait dans ce passage à l'éternité. Lorsqu'elle sentit sur son cou une tumeur ardente qui la consumait, elle en témoigna une joie extrême et elle souffrit avec une patience héroïque la douleur des incisions que le chirurgien y fit. « Je n'ai point de mal », disait-elle, « que je n'aie
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justement mérité ; je me souviens qu'étant toute jeune j'ai porté sur ce cou de gros colliers de perles qui en faisaient l'ornement superflu. Dieu me fait beaucoup de miséricorde de vouloir punir en cette vie les vanités et les légèretés de cet âge, afin de ne pas les punir en l'autre vie ».
On la représente avec une couronne à ses pieds, pour montrer qu'elle a su mépriser les grandeurs du monde.
## CULTE ET RELIQUES.
Son corps, ainsi qu'elle l'avait ordonné, fut mis dans une bière et enterré dans le cimetière des religieuses, afin de n'être point séparée, après sa mort, de celles qu'elle avait si tendrement aimées dans tout le cours de sa prélature.
Sexborge, sa sœur, femme d'Ercoubert, roi des Cantuariens, et qui, à son exemple, avait tout quitté pour embrasser la vie religieuse, fut élue abbesse en sa place, et continua de gouverner son monastère avec beaucoup de sainteté. Au bout de seize ans, elle eut la pensée de lever de terre ce précieux trésor pour le placer en un lieu plus honorable, et prit, pour cela, des religieux de lui chercher une pierre pour en faire un tombeau. Leur commission ne fut pas difficile à exécuter ; car, s'étant transportés dans un lieu assez proche, ils y trouvèrent aussitôt, dans les champs mêmes, un tombeau de marbre blanc, très-ingénieusement travaillé, avec une grande table de même matière pour le couvrir. Ils virent bien que c'était la divine Providence qui avait préparé ce cercueil pour honorer la pureté et l'humilité de son épouse ; ainsi, ils l'emmenèrent avec joie à la sainte abbesse. Elle ne croyait plus trouver que les ossements de la reine, sa sœur, d'autant plus que le lieu où elle avait été enterrée était extrêmement humide, et que son corps, comme nous avons dit, outre qu'il n'avait point été embaumé, n'avait été renfermé que dans du bois. Cependant elle la trouva dans le même état qu'elle était au jour de son décès, sans que ni sa chair, ni ses habits, ni les suaires qui l'enveloppèrent eussent contracté aucune corruption ; et ce qui paraissait encore plus admirable, c'était que la grande plaie qu'on lui avait faite au cou pour la guérir de la tumeur contagieuse dont elle était morte s'était parfaitement refermée, et qu'on n'y voyait plus qu'une légère cicatrice.
Son corps fut mis dans le tombeau de marbre, où il demeura jusqu'à ce que Richard, abbé d'Ely, en fit une translation solennelle dans l'église, l'an 1106. Il s'est fait beaucoup de miracles par l'attouchement de ses habits, qui étaient demeurés si longtemps incorruptibles dans son tombeau, et les démons n'en pouvaient supporter les approches.
Son culte devint public dans l'Église d'Angleterre peu de temps après sa mort. Le martyrologe romain, celui de Bède, d'Adon et d'Usuard marquent sa fête au 23 juin.
Bède : Histoire ecclésiastique, liv. IV, chap. 19 et 20. — Cf. Godescard, etc.
## S. LIÉBERT, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS
1070. — Pape : Grégoire VII. — Roi de France : Philippe Ier.
Boni pastoris est, non solum oves congregare, sed etiam a lupis defendere.
Le devoir d'un bon pasteur est non-seulement de rassembler ses brebis, mais encore de les défendre des loups.
S. Bonaventure, Sup. Luc., c. 6.
Le nom de saint Liébert est un des plus beaux que présente au moyen âge l'histoire des Églises de Cambrai et d'Arras. Ce Pontife, dont la sagesse et les vertus jetèrent alors un si vif éclat, nous offre un de ces caractères dans lesquels se révèle surtout la noble simplicité de la religion. Tout en lui plaît et réjouit, et nul n'est plus propre à montrer combien la foi relève les
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âmes par la noblesse des sentiments et la pureté des intentions qu'elle inspire, et comment elle sait donner cette douce fermeté, et cet esprit de bienveillance et de modération qui charment tous les hommes.
Saint Liébert reçut le jour dans le Brabant, de la noble et puissante famille de Braeckel, établie dans le territoire d'Alost. Sa mère, nommée Adélaïde, était la sœur de Gérard Ier de Florines, évêque de Cambrai et d'Arras. Comme il était parent de cet illustre prélat, ce fut près de lui qu'il se forma à la connaissance des belles-lettres et de la philosophie. Le pieux adolescent fit de rapides progrès dans ces études, et, grâce à la droiture de son esprit et à la pureté de son cœur, il avança aussi à grands pas dans la carrière des vertus. Les difficultés que rencontre d'ordinaire le jeune âge pour maîtriser les penchants de la nature et la vivacité du tempérament ne paraissaient nullement ébranler sa constance, et tout annonçait que Dieu avait sur lui des desseins pour l'avenir. Déjà le jeune Liébert ne cachait pas l'attrait qui le portait au sacerdoce, et, bien que ses parents eussent l'intention d'en faire un héritier de leurs richesses et de leurs dignités, on voyait que son âme aspirait après le bonheur de se consacrer à Dieu sans réserve.
Le vénérable évêque Gérard Ier se réjouissait beaucoup devant le Seigneur en considérant les rares progrès que faisait son cher neveu Liébert et les saintes dispositions qui l'animaient. Aussi, quand le cours de ses études fut terminé, bien qu'il fût encore dans un âge peu avancé, il le chargea d'enseigner lui-même aux autres les lettres sacrées et profanes. Le jeune Liébert se montra digne de la confiance qu'on lui témoignait, et il s'acquitta de cet emploi avec un plein succès. Il savait tempérer la sécheresse de certaines études par l'attrait innocent et la sage variété qu'il leur donnait, tellement que le cœur de ceux qui l'écoutaient était touché en même temps que leur esprit était éclairé et orné des plus belles connaissances. « Et ainsi », continue son biographe, « ce très-prudent docteur conservait l'éloquence et la beauté du langage harmonieux des auteurs païens, qu'il faisait servir à relever la beauté de la céleste doctrine et des divines Écritures : science sage et très-profitable, que l'on acquiert dans les études de l'école, et que l'on allait ensuite communiquer au peuple ». Ce fut pendant qu'il était ainsi préposé à l'enseignement, que saint Liébert fut élevé à la dignité du sacerdoce, qui donna encore un nouvel éclat à ses vertus et à ses éminentes qualités.
Cependant son vénérable oncle entendait, avec une satisfaction bien légitime, les louanges que tout le monde rendait à la piété et à la science de son neveu. « Chacun l'entretenait de son étonnant savoir, de la sagesse de ses discours, de sa continuelle sollicitude, de sa vie pure et sainte ». Aussi, sentant que les infirmités de l'âge ne lui permettaient plus de suivre avec la même activité toutes les parties de la vaste administration de ses deux diocèses, il songea à retenir Liébert auprès de sa personne, et à lui confier certaines affaires importantes ainsi que la direction de sa maison. Le saint prêtre fut donc rappelé de l'école où il instruisait la jeunesse, et commença à diriger les officiers et les familiers du palais épiscopal et à exercer encore d'autres charges. Il sut, dans ce poste difficile, se faire aimer et respecter, grâce à la bonté qu'il témoignait indistinctement à tous ses subordonnés, et à la parfaite exactitude qu'il apportait en toutes choses.
Au milieu de ces occupations multipliées et sans cesse renaissantes, les années s'écoulaient rapidement et donnaient au bienheureux Liébert une plus grande expérience des hommes et des choses. Il avait atteint l'âge parfait : son esprit s'était développé par de fortes études ; son âme, toujours fidèle aux inspirations de la grâce, s'était enrichie des dons les plus précieux, et toute sa conduite, dans les choses temporelles comme dans les spirituelles, attestait une admirable prudence. L'évêque Gérard, qui voyait de plus près encore son neveu, et qui pouvait mieux que tout autre apprécier son mérite, conçut la pensée de le nommer à un archidiaconat alors vacant dans son diocèse de Cambrai. Ne voulant agir en toutes choses que conformément aux volontés du ciel, il prit soin de consulter d'abord le Seigneur dans la prière et de s'éclairer par tous les moyens qui étaient en son pouvoir. Sa résolution connue, on vit éclater une joie et une satisfaction générales de la part du clergé et du peuple.
La charge d'archidiacre et surtout celle de prévôt, qui fut ajoutée pour saint Liébert, était très difficile à remplir à une époque où des seigneurs et des hommes d'armes n'abusaient que trop souvent de leur force pour opprimer les innocents et les faibles, et entraver l'Église dans l'exercice légitime de ses droits et de son ministère. Cambrai avait particulièrement à souffrir du châtelain Watier, lequel, malgré des protestations réitérées de repentir et de fidélité, ne cessait de commettre toutes sortes de rapines et de violences. Il s'attira ainsi une mort tragique, que lui donnèrent plusieurs des nombreux ennemis qu'il s'était faits dans toute la contrée. Son épouse, qu'il laissait veuve avec un enfant en bas âge, était aussi violente que lui, et le nouvel époux qu'elle choisit bientôt après, Jean, avoué d'Arras, était loin de désapprouver les injustices de ses devanciers.
Au milieu des mille embarras que lui suscitait l'administration spirituelle de deux vastes diocèses et le gouvernement temporel du Cambrésis, le vénérable évêque Gérard trouvait sa principale consolation dans la sage conduite de Liébert, son neveu. Celui-ci s'était retiré dans la petite ville de Coteau-Cambrésis, d'où il protégeait tout le pays contre les incursions des ennemis et les entreprises des turbulents seigneurs du voisinage. Son nom seul était une défense assurée ; il suffisait souvent pour arrêter les plus hardis, de telle sorte que, dans toute la contrée, les gens de bien se réjouissaient d'être sous la garde d'un si vigilant archidiacre. « Il était le gage de la paix, le salut de la province, le pied du boiteux, la lumière de l'aveugle, la défense des pauvres, l'espérance des veuves, la protection des pupilles, la terreur des ennemis, la confiance des siens ».
Aussi modeste dans sa conduite qu'il était ferme et prudent, Liébert ne voulait en toutes choses qu'exécuter les volontés de son oncle. Souvent il se transportait auprès de lui, pour recevoir ses conseils, lui adoucir les infirmités de l'âge et lui rendre les plus touchants devoirs de la piété filiale. Ce fut dans les bras de son bien-aimé neveu, au milieu des soins et des attentions qu'il lui prodiguait, que mourut, le 14 mars de l'année 1051, le vénérable évêque Gérard Ier de Florines, l'un des plus illustres évêques de ce diocèse et de l'Église de France au XIXe siècle.
Aussitôt que les honneurs de la sépulture lui eurent été rendus avec pompe et solennité, l'on songea à lui donner un successeur. Les vœux unanimes du clergé et du peuple y appelaient l'archidiacre de Cambrai, Liébert. Nul, en effet, n'était plus digne et plus capable de remplir cette charge ; nul n'avait donné de pareils témoignages de sagesse et de capacité dans la direction des affaires les plus difficiles. On se rappelait encore comment il avait su résister aux agressions des deux châtelains Watier et Jean, et l'on pouvait tout espérer de sa courageuse fermeté, s'il arrivait qu'on essayât de nouveau de troubler la tranquillité de la ville et de la contrée.
VIES DES SAINTS. — TOME VII.
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Il fut bien difficile de persuader à l'humble Liébert qu'il devait accepter la dignité à laquelle l'appelaient les vœux unanimes du clergé et du peuple. Les larmes qu'il répandait avec abondance trahirent plus d'une fois les saintes appréhensions dont son âme était remplie à la vue de la responsabilité effrayante qui pèserait sur lui. Il fallut faire une sorte de violence à sa modestie pour arracher un consentement que tout le monde demandait avec instance. Enfin, il céda à la volonté de Dieu qui se manifestait d'une manière sensible, et, ayant été conduit au palais épiscopal, il reçut de tous le serment de fidélité. Incontinent après il se rendit à Cologne, auprès de l'empereur Henri III, qui confirma avec joie une élection à laquelle tous les seigneurs et les puissants de la cour applaudissaient. Ceci se passait le jour même de Pâques, trente-unième de mars de l'année 1051.
Le nouvel élu se hâta de revenir à Cambrai ; mais, au moment où il approchait de la ville, il apprit que le châtelain, Jean d'Arras, profitant de la vacance du siège pour commettre les plus grands désordres, avait pénétré de force dans l'église de Notre-Dame, en avait chassé les clercs, pillé le trésor, et que des soldats y restaient par ses ordres pour en défendre l'entrée. Non content encore de cette sacrilège violence, il s'était emparé du palais épiscopal, qu'il habitait avec sa femme et un grand nombre des siens, et où ils commettaient chaque jour les désordres les plus criants et les plus scandaleux.
Cette nouvelle affligea beaucoup le cœur de saint Liébert. Elle lui fit connaître par avance les difficultés qu'il rencontrerait dans l'accomplissement des devoirs de son ministère, de la part de cet homme pour qui rien ne paraissait sacré. Afin d'éviter des violences toujours regrettables, et espérant que le temps ferait naître une occasion favorable d'entrer sans obstacle dans sa ville épiscopale, le Saint se retira dans la forteresse de Cateau-Cambrésis. Il n'y demeura pas longtemps : car le comte de Flandre, Baudouin V, l'y ayant rencontré, au retour d'un voyage qu'il avait fait auprès du roi de France, se mit en devoir de contraindre Jean à laisser entrer le prélat dans la ville et dans le palais épiscopal. Cet homme, aussi lâche qu'arrogant, prit la fuite à cette seule injonction, et saint Liébert arriva à Cambrai au milieu des transports d'allégresse que faisait éclater le peuple partout sur son passage. Chacun se réjouissait d'être enfin délivré de l'insupportable tyrannie du châtelain. Les pertes qu'il avait causées par ses violences furent promptement réparées : tous, sans exception, clercs et laïques, riches et pauvres, partageaient le bonheur de leur délivrance et de ce retour tant désiré de leur premier pasteur.
Après avoir mis ordre à toutes choses et assuré la tranquillité du clergé et des habitants pendant la nouvelle absence qu'il devait faire, le bienheureux Liébert se prépara à aller recevoir l'onction sainte des mains de son métropolitain. Auparavant il se rendit à Châlons-sur-Marne, où il fut ordonné prêtre par Roger II, évêque de ce diocèse. L'émotion de Liébert en cette circonstance était grande et elle se trahissait de toutes les manières. Au moment surtout où le Pontife lui adressa ces paroles : « Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez », un frémissement involontaire le saisit, et des larmes abondantes coulèrent de ses yeux sur ses habits sacerdotaux.
De Châlons, le Saint se rendit à Reims, où déjà, sur l'invitation du métropolitain, s'étaient réunis tous les évêques de la province. Une circonstance extraordinaire augmenta encore la solennité de ce jour. Le roi de France, Henri Ier, qui venait d'épouser la fille du grand-duc de Russie,
SAINT LIÉBERT, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS.
voulut conduire la jeune reine à Reims afin d'assister à la cérémonie du sacre de saint Liébert, pour lequel il avait une très-haute estime. Il pria même le nouveau Pontife de bénir son épouse et de placer sur sa tête la couronne royale.
La cérémonie terminée, saint Liébert se disposa à revenir au milieu de ses bien-aimés diocésains. Il ne s'arrêta qu'un moment auprès de l'évêque de Laon, qui le reçut avec tous les honneurs dus à sa dignité. Quand on sut son approche à Cambrai, ce fut une fête dans toute la ville. Chacun répétait à l'envi les louanges du sage et vigilant pasteur que la Providence plaçait à la tête de deux grands diocèses, et tous se disposaient à célébrer son entrée dans la ville par les témoignages de la joie la plus sincère. « Heureux jour, en effet », s'écrie le biographe du Saint, « dans lequel l'Église de Cambrai reçut un pasteur qui se présenta à tous comme un exemple de justice et de sincérité ! Heureux jour dans lequel la liberté publique, en la personne de Liébert, prit possession de Cambrai, pour délivrer du faste des orgueilleux et de la rage des tyrans le peuple confié à sa sollicitude ! » Après avoir été accueilli par toute la population réunie, au milieu des transports d'allégresse, le pieux évêque se rendit à l'église de Notre-Dame pour y offrir ses hommages à Dieu et à sa sainte Mère, et attirer sur le pasteur et le troupeau toutes les bénédictions du ciel. Sa prière achevée, il se tourna vers le peuple et lui parla en ces termes : « Je vous exhorte, mes frères bien-aimés, à tendre sans cesse vers le terme auquel Dieu nous appelle. N'aimons point le monde : car tout y est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie. Ceux, en effet, qui se répandent au dehors au lieu de rentrer en eux-mêmes, s'égarent beaucoup. Mais celui qui fait de tous les sens de son corps un bon usage, pour connaître les œuvres de Dieu et les publier, pour entretenir en lui-même son amour par ses œuvres et ses pensées, pour conserver la paix de l'âme et la connaissance de Dieu, celui-là entre dans la joie de son Seigneur ». Le Saint ajouta encore d'autres paroles pour engager ses ouailles à remplir avec fidélité tous les devoirs que leur impose la religion ; puis, rentré dans sa demeure, il commença à régler les affaires pressantes de l'administration. Il fit achever la fondation de l'abbaye de Saint-André, commencée par son prédécesseur ; il plaça aussi des chanoines réguliers dans l'église de Saint-Aubert de Cambrai et dans celle du Mont-Saint-Éloi, près d'Arras, et fit à ces deux derniers établissements des donations considérables.
Rien de plus beau et de plus touchant que le tableau de la vie de saint Liébert pendant son épiscopat. L'auteur qui la trace n'a fait que reproduire la pensée et les sentiments qu'on trouvait dans tous les cœurs. « Ce Pontife », dit-il, « amateur de la divine loi, était un exemple pour les siens. Il fuyait toute recherche dans les vêtements, ne se livrait point à des jeux vains, à un sommeil prolongé ou à la paresse, avait en horreur la jalousie, la détraction, l'envie et l'amour de la gloire. Quant à la cupidité, il la regardait comme un véritable poison. Il faisait toutes choses sans précipitation et sans lenteur... Il évitait avec soin toutes les inimitiés, les supportait avec un grand calme et s'efforçait d'y mettre un terme le plus tôt qu'il pouvait... Il ne faisait rien par la force, mais par la persuasion et le conseil... Toute sa conduite était une règle vivante pour les autres. Ainsi, son âme était ornée de toutes les qualités que l'apôtre saint Paul demande dans les évêques : il était doux, affable, officieux, plein de bonté pour son peuple, écoutant avec indulgence les plaintes des opprimés, se montrant bienveillant pour tous, donnant aux pauvres et aux indigents tout ce dont il pouvait disposer,
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agissant avec une sainte hardiesse et une évangélique liberté auprès des grands et des puissants du monde. Souvent aussi il adressait à ses ouailles les instructions les plus solides et les plus salutaires, les visitait dans leurs demeures, apaisait leurs querelles, terminait leurs différends et s'étudiait à plaire à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ ».
Les églises de Cambrai et d'Arras jouissaient depuis plusieurs années des bienfaits de la sage et ferme direction de saint Liébert, quand Dieu lui inspira le désir d'entreprendre le pèlerinage de la Terre-Sainte. Ce projet ne pouvait s'exécuter immédiatement : il était nécessaire, en effet, de tout préparer pour qu'une si longue absence ne troublât en rien l'administration régulière des deux diocèses et de la ville. C'est pour cette raison que saint Liébert ne le communiqua pas d'abord, et attendit pour en donner connaissance des temps plus favorables. Il commença donc par créer châtelain de Cambrai, à la place de Jean, avoué d'Arras, dont il avait tant eu à se plaindre, le jeune Hugues, fils de Watier. Il plaça cet enfant sous la tutelle d'Anselme, homme de bonne vie et brave guerrier. Le prélat pouvait espérer que, sous la direction d'un pareil maître, le jeune fils de Watier prendrait des habitudes de vertu et de sagesse qui le disposeraient à bien remplir les fonctions de châtelain qui devaient un jour lui être confiées.
Quand cette affaire et plusieurs autres également importantes furent terminées, saint Liébert fit les préparatifs de son voyage, dont il exposa alors le plan à ses amis. Il demanda pour l'accompagner, Walcher, son archidiacre et prévôt de sa maison ; Hugues, son chapelain, homme d'une grande vertu, Erlebold, juge et procureur de la ville, et un autre Erlebold, surnommé le Roux.
Le saint évêque Liébert sortit donc de la ville de Cambrai, suivi de son peuple, qui l'accompagna l'espace de trois lieues, en répandant des larmes et en poussant des gémissements. Là, le pasteur leur donna à tous sa bénédiction, et, suivi d'environ trois mille personnes qui s'étaient engagées à faire ce pèlerinage avec lui, il continua sa marche vers l'Allemagne. Après avoir traversé bien des villes et des villages, des provinces, des forêts, des montagnes, ils arrivèrent dans le pays des Huns (Hongrois), peuple barbare de mœurs et de langage. Afin d'abréger le chemin, ils passèrent tous le Danube et pénétrèrent dans la Pannonie, la patrie de l'illustre saint Martin, apôtre des Gaules. Le roi de cette contrée, ayant appris qu'un grand nombre d'étrangers se présentaient aux frontières de ses États et demandaient à les franchir, chercha à connaître leurs intentions et ordonna que quelques-uns d'entre eux lui fussent présentés. Quand il vit le saint Pontife Liébert, portant la croix sur sa poitrine, il se sentit touché de respect pour sa personne, l'invita à s'asseoir près de son trône et lui demanda le sujet de son voyage. Il fut bien étonné quand il apprit le motif pieux qui déterminait cet homme, d'une complexion si faible, à entreprendre un voyage si long et si pénible. Néanmoins, comme nul pèlerin jusqu'alors n'avait traversé la Pannonie pour aller en Terre-Sainte, le prince barbare ne voulut point s'en rapporter aveuglément aux réponses qu'on lui avait données : il craignait un piège sous les apparences d'un voyage religieux. Il ordonna donc à quelques-uns de ses gens de veiller attentivement sur les étrangers, afin de voir quelles étaient leurs occupations ordinaires et comment ils se comportaient entre eux. Ayant bientôt appris que tout leur temps était consacré au jeûne, à la prière et à la pratique des œuvres de charité, il les laissa entièrement libres et ordonna même de leur procurer toutes les choses dont ils auraient besoin.
SAINT LIÉBERT, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS.
« La petite armée du Seigneur », continue le biographe contemporain, « en sortant de la Pannonie entra dans ces solitudes couvertes de bois que l'on appelait alors désert de la Bulgarie, et qui étaient habitées par des peuples vagabonds venus de l'ancienne Scythie (Tartarie). Ces sauvages vivent comme des bêtes : ils n'ont ni lois ni villes, demeurent exposés à l'air, s'arrêtent dans le lieu où la nuit les surprend, tendent des embûches aux voyageurs égarés, vivent de rapine et de pillage, et se transportent partout avec leurs femmes et leurs enfants : peuple barbare, en un mot, et en qui l'on ne trouve presque aucune trace d'humanité et de religion ».
Pendant que le saint évêque Liébert traversait ces vastes déserts, plusieurs pèlerins des plus avancés de la troupe vinrent vers lui les yeux baignés de larmes. Ils avaient rencontré une bande de barbares, qui s'étaient jetés sur eux, en avaient tué quelques-uns et blessé plusieurs autres. Le prélat, qui allait toujours à pied afin de vaquer plus facilement à la prière et à la récitation des psaumes, s'arrêta aussitôt, et, étendant la main droite, fit un signe de croix du côté par où il se proposait de passer ; puis élevant la voix, il adressa ces paroles à ceux qui l'entouraient : « Mes enfants, que le démon votre ennemi, qui, semblable à un lion, circule autour de vous cherchant à vous dévorer, que cet ennemi ne vous inspire aucune frayeur. Résistez-lui avec force par la foi : car, si Dieu est avec nous, qui pourrait être contre nous ? Couvrez-vous de l'armure de Dieu, afin que vous puissiez être inébranlables et parfaits en toutes choses : car ce n'est qu'afin de voir si vous l'aimez que Dieu vous envoie cette épreuve. Il la ménagera lui-même de telle sorte que vous puissiez la supporter. C'est pourquoi, continuez le voyage que vous avez entrepris : car celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière, n'est pas propre au royaume de Dieu ».
Durant les sept jours qui suivirent, les pèlerins s'avancèrent tranquillement et sans obstacle. Le huitième, ils aperçurent dans l'épaisseur des bois des hommes montés sur des chevaux et des chameaux. Leur chevelure était surmontée d'aigrettes et de bandelettes flottantes ; ils étaient à moitié nus, ne portaient qu'un manteau et de larges bottines ; un carquois rempli de flèches pendait sur leurs épaules et ils tenaient un arc à la main. À la vue de ces hommes, tous les pèlerins furent saisis de frayeur ; l'évêque seul se réjouissait en pensant que son vœu le plus ardent serait bientôt accompli et que ces barbares allaient le tuer ou le retenir prisonnier. Mais, en présence de ce vénérable Pontife et des pieux voyageurs qui l'accompagnaient, les cavaliers nomades se sentirent touchés d'un respect involontaire. Ils le laissèrent passer tranquillement sans les inquiéter en aucune manière, et plusieurs mêmes indiquèrent la route qu'il fallait suivre. Peu de temps après, les pèlerins arrivaient à Laodicée. Là ils apprirent avec douleur que le sultan de Babylone avait ordonné de fermer pour jamais aux chrétiens l'entrée du Saint-Sépulcre, et qu'il était très-dangereux de chercher à pénétrer même dans la Palestine.
À cette nouvelle, beaucoup des compagnons de l'évêque se dispersèrent ou retournèrent dans leur pays. Pour lui, il résolut, ainsi que les pèlerins attachés à sa personne, de s'embarquer pour essayer d'arriver jusqu'à la ville sainte. Un contre-temps nouveau se présenta bientôt. Fulcher, l'un des fidèles compagnons de l'évêque et qui lui était très-affectionné, tomba tout à coup si dangereusement malade qu'on désespérait de sa guérison. Il y avait déjà trois mois qu'ils étaient à Laodicée, des vents favorables soufflaient, et tous les préparatifs pour la traversée étaient achevés. Une seule chose retenait saint Liébert : c'était la maladie de Fulcher, que l'on s'at-
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tendait à chaque instant voir mourir. Enfin, la veille du jour fixé pour le départ, le malade reçut de nouveau la visite et la bénédiction de son évêque ; et, se rappelant alors surtout les paroles par lesquelles saint Liébert l'avait mis sous la protection de la sainte Vierge et de l'apôtre saint André, il prononça du fond du cœur cette naïve et touchante prière : « Ô saint André, à la protection duquel mon seigneur l'évêque Liébert m'a confié, et dont la mémoire est honorée dans le monastère bâti au Cateau-Cambrésis, si vous êtes véritablement cet illustre André, insigne apôtre du Christ, ami de Dieu, que le Seigneur a aimé à cause de ses vertus, secourez-moi, hâtez-vous et ayez pitié de moi. Au nom de sainte Marie, Mère de Dieu et notre Maîtresse ; soutenez par vos prières mon âme défaillante, secourez cette âme qui est dans les angoisses. Venez à mon aide, ô ami de Dieu, par la miséricorde de Jésus-Christ votre Maître. Voilà que je meurs. Demandez à la Mère de miséricorde qu'elle vienne me secourir, non à cause de mes mérites ; mais pour ceux du Pontife qui m'a confié à vous par ses larmes et ses prières ».
Toute cette nuit, en effet, le saint évêque n'avait fait que prier et se recommander lui et les siens au Dieu tout-puissant. Surtout il demandait par ses gémissements et ses vœux la vie de son ami mourant. Le lendemain, dès la première heure du jour, Fulcher, plein de santé, se présentait à saint Liébert, à ses compagnons de voyage, et tous ensemble remerciaient le Seigneur pour un si grand bienfait, qu'ils reconnaissaient ne devoir qu'à son infinie bonté.
Incontinent après on se mit en mer pour aller à Jérusalem ; mais les vents contraires forcèrent de s'arrêter dans l'île de Chypre et bientôt de revenir à Laodicée. Les matelots, par crainte des Sarrasins, renonçaient à aller aborder dans les ports de la Palestine, et il fallut songer à retourner en Europe sans avoir pu contempler les lieux sanctifiés par la présence du Sauveur. L'évêque de Laodicée lui-même jugeait que c'était le seul parti qu'il y eût à prendre. Saint Liébert, faisant violence aux désirs de son cœur, revint donc dans son diocèse de Cambrai avec Hélinand, évêque de Laon, qui, à cette époque, avait entrepris le même pèlerinage.
Au retour de ce long voyage, saint Liébert passa à Ivoye, dans le Luxembourg, où se trouvait alors le pape Nicolas II, l'empereur d'Allemagne, les comtes Baudouin de Lille et Baudouin de Mons, son fils. Il assista à la réunion dans laquelle ces deux derniers se réconcilièrent et oublièrent les anciens griefs qu'ils avaient l'un contre l'autre. De là, saint Liébert se rendit au Cateau-Cambrésis, où, en compagnie de Fulcher, il rendit grâces à l'apôtre saint André pour tous les bienfaits qu'ils en avaient reçus. Dès ce jour Fulcher se consacra au service de Dieu dans cette abbaye et y vécut saintement. Pour saint Liébert, il rentra dans sa ville de Cambrai, où il fut accueilli avec tous les transports de la plus vive allégresse.
Le bon évêque, qui ne songeait qu'au bonheur de son peuple, n'épargnait rien de tout ce qui pouvait y contribuer. Forcé pour un moment, par les injonctions de l'empereur, de céder à l'indigne Jean d'Arras la charge de châtelain de Cambrai, il trouva le moyen de soustraire la ville à la domination tyrannique de cet homme et de la remettre au jeune Hugues, alors encore sous la direction du sage Anselme. En attendant que cet enfant pût exercer ses fonctions par lui-même, le digne prélat y suppléait par son active vigilance : aussi toute la contrée jouissait-elle du bonheur et de la prospérité. « Les habitants de la cité, qui avaient été longtemps exposés au trouble et réduits à la pauvreté, reprenaient en quelque sorte une vie nouvelle par les douceurs de la paix, et semblaient sortir des tombeaux. Grâce
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aux soins et à la sollicitude du pasteur, dans la ville de Cambrai et dans tous les lieux voisins, la miséricorde et la vérité allaient au-devant l'une de l'autre, la justice et la paix se donnaient un baiser mutuel. Toutes les portes étaient ouvertes, et nulle part on n'eût trouvé un voleur, un ravisseur, un homme injuste qui cherchait à faire tort à son prochain. Les clercs, pourvus de toutes choses avec abondance, chantaient les louanges de Dieu, et les laïques exerçaient en paix leur profession. Heureux », disaient-ils, « le peuple qui jouit de tels bienfaits ; mais plus heureux le pontife qui a su les procurer ! »
Il ne tint pas à saint Liébert que cette félicité et prospérité de son peuple ne continuassent de longues années encore ; mais le temps n'était pas éloigné où le jeune Hugues, se livrant comme son père à ses penchants mauvais, allait devenir un véritable fléau pour toute la contrée. Avant d'aborder cette partie si pénible de la vie de saint Liébert, faisons connaître la fondation importante de l'église et du monastère du Saint-Sépulcre qu'il bâtit au retour de son pèlerinage à Jérusalem.
Il y avait déjà, à cette époque, une petite église qui portait le nom du Saint-Sépulcre : elle avait été construite sous l'évêque Gérard Ier, de Florines, lorsque ce prélat, durant une peste qui désola Cambrai et les environs, bénit un nouveau cimetière hors des murs de la ville pour y enterrer les pauvres et les étrangers. Saint Liébert voulut achever l'œuvre que son vénérable prédécesseur et oncle n'avait pu que commencer, et, avec le concours des principaux personnages qui l'avaient accompagné en Orient, surtout de l'archidiacre Walcher et d'Erlebold, juge et ministre de la ville, il jeta les fondements du célèbre monastère du Saint-Sépulcre. Il donna pour cette pieuse entreprise une partie considérable de ses biens et n'épargna rien pour assurer l'avenir et la prospérité de cette maison de Dieu. La dédicace du nouveau monastère se fit avec une grande solennité. Sur l'invitation du prélat, les corps des Saints que possédaient les différentes abbayes de son diocèse y furent apportés comme autant de patrons fidèles dont il invoquait la protection en faveur de cette œuvre sainte. Ces corps vénérables, au nombre de vingt-deux, furent transportés à Cambrai par des religieux et religieuses ou des personnes d'une éminente piété. Cette consécration fut faite le vingt-huitième jour d'octobre, fête des apôtres saint Simon et saint Jude, en l'année 1064, la quatorzième de l'épiscopat de saint Liébert et la troisième du pontificat d'Alexandre II.
Non content d'avoir élevé ce monastère, où il plaça un abbé et des religieux d'une vertu éprouvée, il voulut encore y construire, dans le milieu de la basilique, un sépulcre de forme ronde, sur le modèle du Saint-Sépulcre de Jérusalem. La pierre qui en couvrait l'entrée avait sept pieds de longueur, comme celle du tombeau du Sauveur, et elle était d'une grande beauté, ainsi que les colonnes de marbre qui soutenaient l'édifice. Mais, continue le pieux historien qui rapporte ces détails, « ce qu'il y avait de plus admirable, c'est que nul ne pouvait pénétrer dans l'intérieur de ce sépulcre, quelque dur que fût son cœur, sans éprouver aussitôt des sentiments de dévotion ». Ce fut peut-être afin de développer davantage ces heureux résultats dans les âmes, que le prélat agrandit la ville de ce côté, afin de renfermer le monastère dans ses murs et de donner de l'espace pour un plus grand nombre d'habitations.
Le vingt-trois mai de l'an 1039, le vénérable Liébert assistait avec vingt-quatre autres prélats, tant évêques qu'archevêques, au sacre du fils de Henri Ier, qui allait bientôt après régner sous le nom de Philippe Ier. L'ar-
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chevêque de Reims, Gervase, qui devait faire la cérémonie, avait invité d'une manière toute spéciale le vénérable évêque de Cambrai et d'Arras, pour lequel il ressentait une affection et un respect extraordinaire. Il en donna un éclatant témoignage dans une occasion solennelle. C'était un jeudi saint ; au moment où le métropolitain, revêtu des habits pontificaux, s'avançait pour célébrer les divins mystères, il aperçut saint Liébert. Arrêtant aussitôt le cortège qui le précédait, il retourna sur ses pas, se dépouilla des ornements sacrés et fit tant d'instances auprès du vénérable évêque, qu'il le contraignit de chanter lui-même les offices solennels de ce jour, en présence de tout le peuple, qui fut singulièrement édifié de cette déférence de l'archevêque pour son suffragant.
De retour dans la cité épiscopale, le vénérable Liébert eut la douleur de voir le châtelain Hugues se livrer à toutes sortes de violences. Ce seigneur ne respectait aucun droit, aucune personne, et semblait prendre à tâche de surpasser encore les débordements de celui auquel il succédait. Dans la ville comme dans les campagnes, contre l'évêque et ses officiers ou contre les simples laïques, partout il portait le trouble, le désordre et le pillage, et commettait les plus criantes injustices. Tour à tour chassé de Cambrai, de Porgival, d'Inchy et d'autres lieux, il allait de toutes parts battant la campagne et cherchant à nuire, par tous les moyens possibles, à l'évêque Liébert et à ses ouailles.
Les violences et les emportements du châtelain Hugues arrivèrent enfin à un tel degré, que le saint évêque fut obligé de prononcer contre lui une sentence d'excommunication. Beaucoup de ses partisans l'abandonnèrent alors, et le pays jouit de quelque tranquillité ; mais l'intraitable vassal sut bientôt trouver de nouveaux bandits pour continuer ses brigandages. Un moment il parut vouloir se corriger et réparer les offenses qu'il avait commises. Il vint même à Cambrai demander au vénérable Liébert le pardon de ses crimes, l'absolution de la sentence d'excommunication portée contre lui, et renouveler entre ses mains son serment de fidélité. Mais tous ces actes n'étaient de sa part qu'une pure hypocrisie. Hugues voulait épouser la nièce de Richilde, comtesse de Flandre et de Hainaut, et il savait qu'il n'y parviendrait qu'après s'être réconcilié avec son évêque.
Peu de jours, en effet, s'étaient écoulés depuis ce moment, et déjà il recommençait ses violences accoutumées. Le fait suivant, rapporté par Baldéric, donnera la mesure de l'audace et de la perversité de cet homme.
Un jour que saint Liébert s'était transporté au village de Boiri, pour y consacrer une église et donner le sacrement de confirmation aux enfants de ce canton, il se disposa à y passer la nuit pour prendre quelque repos. Hugues, qui parcourait toujours la campagne, en fut promptement informé, et, rassemblant à la hâte les plus déterminés de ses complices, il se rendit avec eux durant la nuit à la maison où l'évêque reposait. Aussitôt il enfonce les portes, frappe, renverse et tue plusieurs de ceux qui veulent faire résistance, arrive au lit du vénérable vieillard, le force d'en sortir et le traîne dans cet état en son château d'Oisy, où il le renferme dans une prison.
À la nouvelle d'un pareil attentat, une indignation générale éclata dans le pays. Le comte de Flandre, Arnould, et sa mère, Richilde, réunirent
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sur-le-champ leurs troupes et marchèrent contre Oisy, dont les portes s'ouvrirent bientôt pour rendre à la liberté le saint évêque, qui fut reconduit en triomphe dans son église. Peu de temps après, saint Liébert chassa du pays le turbulent châtelain, et les habitants commencèrent à respirer en paix.
Saint Liébert, dont toutes les pensées tendaient à la gloire de Dieu et à la sanctification des âmes, ne cessait de travailler pour opérer le bien. Souvent on le rencontrait parcourant les diverses contrées de ses deux vastes diocèses ou quelques-unes des églises plus importantes, dans lesquelles il se plaisait à exercer les fonctions de son ministère. Il avait aussi la coutume d'aller, durant la nuit, visiter les églises de Cambrai, et y prier pour le salut de son troupeau. Il le faisait les pieds nus, et accompagné des clercs qui étaient attachés à son service. Il arriva une fois, dans la nuit qui précède la fête de Pâques, que le saint évêque, après avoir visité toutes les églises et oratoires de sa ville épiscopale, entra dans la petite chapelle du Saint-Sépulcre, et ensuite dans le cimetière contigu. « Là, il fit à Dieu sa prière pour le repos des âmes des fidèles trépassés ; puis, au moment où il terminait en silence l'oraison, comme cela se pratique dans les derniers jours de la semaine sainte, tous ceux qui étaient avec lui entendirent distinctement un Amen répété sans doute par les âmes que la prière du Saint avait consolées et soulagées ».
Cette dévotion envers les fidèles trépassés était très-chère à saint Liébert, et il en donna des témoignages jusqu'à sa mort. On trouve en effet parmi les dons et les offrandes qu'il accorda à l'église Notre-Dame de Cambrai une clause d'après laquelle une messe doit être chantée tous les lundis, pour le repos de son âme et de celles des fidèles défunts.
Son église cathédrale ne fut pas la seule qui ressentit les effets de sa pieuse générosité : il fit aussi des dons particuliers à celle de Notre-Dame à Arras, aux monastères de Saint-Éloi, près de cette même ville, de Saint-Humbert, à Maroilles, de Saint-André au Cateau, de Saint-Géri à Cambrai, et de Saint-Aubert où il plaça des clercs réguliers. C'est aussi par ses conseils et avec son concours qu'Erlehold fonda l'église de Sainte-Croix et restaura celle de Saint-Vaast. Ces travaux multipliés du digne évêque le rendaient toujours de plus en plus cher à son peuple, « et la ville, auparavant malheureuse par les troubles et les guerres qui la désolaient si souvent, se trouvait alors populeuse et florissante ».
Ce bonheur eût encore été troublé dans les derniers jours de saint Liébert, si le courageux vieillard n'avait conjuré un nouveau et grand péril qui la menaçait. Robert, si connu dans l'histoire sous le nom de Robert le Frison, s'était emparé du comté de Flandre après la mort de son neveu Arnoul, tué à la bataille de Cassel. Presque aussitôt il se remit en campagne et s'avança vers Cambrai pour enlever cette ville et tout le Cambrésis à la domination de l'empereur d'Allemagne. Ses troupes, répandues de toutes parts dans les villages, y causaient les plus affreux désordres. Déjà le saint évêque, brisé par l'âge et les maladies, avait envoyé vers Robert les plus honorables habitants de Cambrai pour engager l'usurpateur à ne point continuer une agression que rien ne pouvait légitimer ni même expliquer. Le comte restait sourd à toutes ces représentations et déclarait qu'il détruirait la ville si l'évêque ne la livrait en sa puissance.
En entendant cette réponse, le vénérable vieillard se sentait rempli de douleur et d'une juste indignation, et la pensée des malheurs que peut-être cet homme ferait souffrir à son peuple l'accablait d'une profonde tristesse,
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Tout à coup, comme si Dieu lui eût inspiré lui-même ce dessein, il ordonne qu'on prépare une litière, et, malgré les souffrances de la maladie et des dangers auxquels il s'expose, il demande qu'on le transporte aussitôt au milieu du camp ennemi. Arrivé en présence du comte Robert, il lui reproche avec une sainte fermeté ses entreprises criminelles, et lui ordonne, en vertu de l'autorité spirituelle qu'il a sur lui, de s'éloigner des terres de sa Maîtresse et Dame, sainte Marie. Le comte, plein d'arrogance et de hauteur, ne répond d'abord à cette injonction que par l'insulte. Alors l'intrépide vieillard, reprenant toutes ses forces, se soulève péniblement sur la litière, et, demandant aux clercs qui l'avaient accompagné l'étole sacerdotale et la crosse pastorale, il excommunie, sous les yeux de toute l'assemblée, le comte Robert et son armée, jusqu'à ce qu'ils aient entièrement satisfait pour l'injuste invasion qu'ils viennent de tenter dans ce pays.
En entendant ces paroles, Robert reste comme frappé de stupeur. La fermeté de l'homme de Dieu et la justice de la cause qu'il défend, son âge, son caractère sacré et sans doute la crainte des châtiments célestes, tout exerce sur lui une impression à laquelle il cherche vainement à résister. Au même instant, et quoique le jour fût déjà avancé, il donne avec colère et dépit le signal de la retraite. « Quelques-uns, dont l'âme était plus droite », continue le biographe du Saint, « allèrent se jeter aux pieds du Pontife, lui demandèrent pardon pour tout le mal qu'ils avaient fait à l'Église de Cambrai, et le réparèrent généreusement avant de retourner dans leurs demeures ». Ainsi la ville de Cambrai fut délivrée, par la vertu courageuse de son saint évêque, du péril imminent qui la menaçait.
Ce trait, qui suffirait à lui seul pour illustrer un nom, est un des derniers de la vie si belle et si édifiante de saint Liébert. Avant de la terminer, rappelons quelques-unes de ses nombreuses vertus, que les auteurs ont signalées. « Malgré la grande faiblesse à laquelle l'avait réduit la maladie, il ne changea point le cilice qu'il portait depuis les jours de son ordination et ne permit jamais que l'on rendît moins dure la couche sur laquelle il prenait son repos. Il ne se nourrissait d'ordinaire que de pain d'orge, et à table il plaçait ce pain près de lui, d'une manière si adroite, que nul ne s'en apercevait. Les pauvres partageaient chacun de ses repas, et il leur donnait, comme à ses autres serviteurs, leur portion chaque jour. Que s'il y avait parmi eux un lépreux, il lui faisait présenter sa coupe et y buvait lui-même après que celui-ci s'en était servi. Durant sa longue maladie il lisait souvent, en versant des larmes, les psaumes de la pénitence ; et afin que son esprit ne fût point détourné de son attention à Dieu, il aimait à avoir sans cesse auprès de lui de pieux ecclésiastiques.
« Notre saint Pontife, brisé par la vieillesse et la maladie, attendait sa dernière heure, et, comme le cerf soupire après les eaux de la fontaine, ainsi il soupirait après l'éternel repos. On l'entendait adresser des paroles d'exhortation à tous ceux qui s'approchaient de lui. Il les invitait à la douceur, à la miséricorde et à la libéralité envers les pauvres, et leur représentait la grande confiance dont jouiront auprès de Dieu ceux qui auront pratiqué ces vertus sur la terre. Pour lui, il avait accompli la parole du Sauveur, qui dit dans l'Évangile : Vendez ce que vous avez, donnez-le aux pauvres et vous aurez un trésor dans le ciel. Il vendit, en effet, ses biens, mais à Dieu : car de tous les biens qu'il possédait, il en donna une partie aux églises et une autre aux pauvres de Jésus-Christ qu'il nourrissait. Et parce qu'il désirait que tous ceux dont le salut lui était confié fissent des efforts pour avancer dans la vertu, il les pressait et les exhortait à re-
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pousser tous les désirs terrestres et à n'aimer que les choses célestes ».
L'historien de la vie de saint Liébert rapporte ensuite un touchant discours que le vénérable vieillard prononça comme un dernier adieu, au moment où, près de mourir, il voyait ses prêtres et ses serviteurs répandre des larmes autour de lui. Après leur avoir dit que, sur le point d'arriver au terme de sa course, il n'a nul regret de quitter la vie, que c'est le sort réservé à tous les hommes et que les vieillards surtout doivent être peu étonnés quand la mort se présente, il ajouta ces dernières paroles : « Donc, mes fils bien-aimés, méditons sur cette mort qui nous menace tous les jours : car aussi longtemps que nous sommes attachés par les liens du corps, nous sommes retenus invinciblement ici-bas. Mais Dieu lui-même, l'auteur de l'immortalité, a mis un terme à cette impérieuse nécessité, en donnant aussi un terme à la vie du corps, afin que nous arrivions à l'immortalité. C'est pourquoi il ne faut pas pleurer une mort que l'immortalité doit suivre, car si nous croyons que Jésus-Christ est mort et qu'il est ressuscité, croyons que Dieu ressuscitera aussi ceux qui sont morts en Jésus-Christ ».
L'état du saint vieillard étant devenu plus alarmant, on lut près de son lit la Passion de notre Sauveur, qu'il suivait avec une touchante ferveur. Quand on fut arrivé à ces paroles : « Jésus ayant pris du vinaigre, dit : Tout est consommé », on présenta au Saint le corps et le sang adorable de Jésus-Christ, et quelques moments après il rendit paisiblement son esprit à Dieu, le vingt-troisième jour de juin de l'année 1076. Saint Liébert était alors dans la vingt-sixième année de son épiscopat. Son corps, déposé d'abord dans l'église de Notre-Dame, fut ensuite enterré dans le monastère du Saint-Sépulcre. On grava cette épitaphe sur son tombeau :
Clausus hoc tumulo lapidum, Lietherio sacerdos, Spes et amor patris, luna, decus Ecclesiae. Etenimque domum Christi spe felix instituisti, Rursus ut interni luce frueris eâ. Clausus incessu Cancri solisque recessu Ochi sexta dies ; qua tibi sit requies.
« Vous êtes caché sous ces pierres, ô prêtre Liébert, l'espérance et l'amour de la patrie, la lumière et la gloire de l'Église. Plein de l'espérance du Christ, vous avez fondé cette maison, afin que vous en jouissiez de nouveau au jour de la résurrection. Le signe du Cancer a passé ; le soleil renaissant ramène le sixième jour : qu'il soit pour vous le jour du repos ».
Le corps de saint Liébert fut levé de terre par Albéric, archevêque de Reims, le 28 septembre 1211. Ses reliques ont été transférées le 23 juin 1273, le 22 juin 1672, et le 19 mars 1736 elles furent visitées par Mazile, doyen et vicaire-général de Cambrai.
L'Église de Cambrai n'a jamais solennisé la fête de ce saint ; mais le 23 juin, jour de son trépas, et le 28 septembre, anniversaire de sa première translation, on chantait une messe votive de la sainte Trinité.
L'abbé Doutoume : Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras. — Cf. Godemard.
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Événements marquants
- Mariage avec Tonbercht, prince des Girviens
- Retraite de cinq ans dans l'île d'Ely
- Second mariage avec Egfrid, roi de Northumberland
- Entrée au monastère de Coldhingam
- Fondation de deux monastères à Ely en 672
- Mort de la peste en 679
- Translation du corps incorrompu en 695 (16 ans après sa mort)
- Translation solennelle en 1106 par l'abbé Richard
Miracles
- Incorruptibilité du corps constatée 16 ans après la mort
- Cicatrisation post-mortem d'une incision chirurgicale au cou
- Découverte providentielle d'un tombeau de marbre blanc antique
- Guérisons et exorcismes par l'attouchement de ses habits
Citations
Je n'ai point de mal que je n'aie justement mérité ; je me souviens qu'étant toute jeune j'ai porté sur ce cou de gros colliers de perles qui en faisaient l'ornement superflu.