Bienheureuse Marguerite Colonna
Vierge
Résumé
Issue de la noble famille romaine des Colonna au XIIIe siècle, Marguerite refuse un mariage prestigieux pour se vouer à Dieu après une vision de la Vierge. Elle mène une vie d'austérité et de charité héroïque à Préneste, soignant les malades et mendiant pour les pauvres. Elle meurt en 1284 après sept années de souffrances causées par un ulcère.
Biographie
LA BIENHEUREUSE MARGUERITE COLONNA, VIERGE.
DE L'ORDRE DE SAINTE-CLAIRE
*In Sanctorum moribus est, ut plurimum afflictis officientur et compatientur.*
C'est le propre des Saints de s'affliger beaucoup sur le sort de ceux qui sont dans la peine et d'être compatissants à leur égard.
*Saint Jean Chrysostome.*
La noble famille des Colonna donna à l'Église et à l'Ordre des Frères Mineurs cette illustre vierge, qui naquit à Rome vers le milieu du XIIIe siècle. Elle perdit ses parents de très-bonne heure, et le soin de son éducation fut confié à ses frères, qui la firent élever chrétiennement, mais sans avoir de but plus noble que celui de la voir soutenir avantageusement son rang dans le monde. Dans cette intention, ils lui proposèrent, dès qu'elle fut en âge de se marier, une alliance tout à fait en rapport avec la brillante position de sa famille. Marguerite ne se sentait aucun attrait pour le mariage, et elle hésitait beaucoup avant de donner son consentement à cette union, lorsqu'un de ses frères, qui avait été absent jusque-là, revint de l'Université où il venait de terminer ses études. Plus éclairé que les autres quant aux desseins de Dieu par rapport à sa sœur, il s'efforça de développer en elle les inclinations pieuses qu'il y remarquait, et de diriger son cœur vers l'unique Époux des âmes fidèles. Il n'eut point de difficulté à y parvenir, car la jeune fille avait déjà conçu la pensée de se donner au Seigneur, et de garder intact le précieux trésor de la chasteté. Elle refusa donc l'époux qu'on lui proposait, et fit vœu de virginité. Dieu la récompensa aussitôt de ce sacrifice, et lui fit connaître en même temps qu'il agréait l'oblation qu'elle lui avait faite; car la sainte Vierge lui apparut, l'encouragea à persévérer dans la voie où elle était entrée et lui promit de l'aider et de la soutenir dans tous les combats qu'elle pourrait avoir à livrer, soit contre les hommes, soit contre les démons. On comprend facilement la joie de Marguerite: se reconnaissant indigne de cette céleste vision, elle y puisa une humilité plus profonde, et une ferveur toute nouvelle dans l'accomplissement des volontés de Dieu.
Notre Sainte demeura encore quelque temps dans la maison de ses frères, se livrant avec ardeur aux pratiques de la piété, trouvant tout son bonheur dans la participation à la divine Eucharistie, et dans de longues et fréquentes visites au pied des autels. Mais elle ne tarda pas à sentir le besoin d'une vie plus retirée et plus solitaire: ses frères recevaient continuellement les personnes de leur famille et de leur connaissance, et donnaient des fêtes nombreuses et splendides. Marguerite ne pouvait guère se dispenser de paraître dans ces réunions, mais ce faste et ce bruit lui étaient à charge; ils troublaient son recueillement et l'empêchaient de s'entretenir au fond de son cœur avec Dieu. Elle résolut donc de s'y soustraire, et, quittant secrètement la maison, elle se retira sur la montagne de Préneste, où elle garda une solitude absolue. Poussée de plus en plus par la grâce, elle sentait le désir d'embrasser la Règle de Sainte-Claire, et de se vouer ainsi sans retour à une vie de pauvreté et de pénitence. A cet effet, elle se procura un habit de Clarisse, et s'en revêtit. Sa chevelure était magnifique, et elle l'avait toujours soignée avec une grande sollicitude; mais elle comprit qu'il fallait maintenant en faire le sacrifice. Cette réflexion faite, elle prit elle-même des ciseaux, et retrancha sans hésitation le seul ornement terrestre dans lequel elle s'était toujours complue. Fortifiée par cet acte de courage, qui exigeait plus d'héroïsme qu'on ne serait tenté de le supposer, Marguerite se livra désormais aux pratiques de la plus austère pénitence, accomplissant dans toute sa rigueur la Règle séraphique, mais sans être attachée à aucun couvent. Car, n'étant pas encore majeure, elle n'avait point la libre disposition de sa personne, et ses frères, déjà contrariés de son refus de mariage et de son abandon de leur maison, ne lui auraient pas permis de pousser les choses plus loin en entrant dans un monastère.
Marguerite utilisait pour le service des pauvres les loisirs de sa solitude. Elle visitait les malades et les soignait avec amour. La délicatesse de sa nature se souleva d'abord quelque peu lorsqu'elle se trouvait en face de certaines maladies repoussantes; mais elle triompha courageusement de ces répugnances, et poussa l'héroïsme jusqu'à chercher de préférence les plaies les plus dégoûtantes. La grâce seule peut donner la force de surmonter ainsi les sentiments naturels du cœur en présence de ces sortes de maux; aussi, était-ce dans la prière et dans l'union avec Jésus-Christ que notre Sainte puisait le courage nécessaire pour son ministère de dévouement.
Lorsque Marguerite eut atteint sa majorité, elle entra en possession de sa fortune, et en même temps de sa liberté; on comprendra sans peine qu'elle n'eut d'autre pensée que de consacrer l'une et l'autre à l'Époux auquel elle s'était déjà donnée tout entière. Elle commença par distribuer son patrimoine aux pauvres; puis elle alla au couvent de Sainte-Claire, à Assise, et demanda à être reçue comme postulante. On l'accepta avec empressement, mais elle ne put exécuter ce projet, à cause d'une violente
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maladie qui la saisit, et qui ébranla tellement sa santé, que les supérieures du monastère ne jugèrent plus à propos de l'admettre. Marguerite, résignée à la sainte volonté de Dieu, qui s'était manifestée d'une façon si sensible, retourna à sa solitude de Préneste, et reprit la vie de charité et de pénitence qu'elle y avait déjà menée, continuant d'observer, en son particulier, la Règle de Sainte-Claire. Mais comme elle avait déjà distribué toute sa fortune aux indigents, il ne lui restait aucun moyen de soulager les malheureux qui venaient implorer son secours, ou qu'elle visitait à domicile. Son cœur souffrit très-vivement de cette impuissance, et elle résolut, pour se créer des ressources, d'aller demander de porte en porte de quoi venir en aide aux nécessiteux. Elle mit à exécution cette généreuse pensée, et on pouvait voir la fille des Colonna tendre une main suppliante aux riches qu'elle rencontrait sur son chemin, heureuse d'acheter par quelques humiliations l'argent qui la mettait à même de subvenir aux besoins des pauvres de Jésus-Christ.
Nous avons déjà vu qu'un des frères de Marguerite avait été choisi par le Seigneur pour cultiver en elle l'amour de la chasteté, et pour l'aider à lever les obstacles qui s'opposaient à sa consécration religieuse. Ce frère, qui se nommait Jacques, fut lui-même l'objet des grâces privilégiées du Sauveur. Devenu prêtre, puis cardinal de la sainte Église, il ne cessait d'animer sa sœur à la poursuite d'une perfection de plus en plus grande, continuant ainsi l'œuvre qu'il avait commencée quelques années auparavant. Ce fut sous sa conduite et dans sa compagnie que Marguerite fit un pèlerinage au tombeau des apôtres saint Pierre et saint Paul ; pieux voyage qui ne contribua pas peu à l'affermir dans le bien, en lui montrant jusqu'où doit aller, au besoin, notre amour pour Jésus-Christ.
Marguerite avait été plusieurs fois éprouvée par de violentes maladies, entre autres par celle qui l'avait empêchée d'entrer au couvent de Sainte-Claire, et elle avait montré, en ces circonstances, une très-grande résignation. Mais son divin Époux voulut la marquer d'une manière plus parfaite encore du sceau sacré de la souffrance. C'est pourquoi il lui envoya, pendant les sept dernières années de sa vie, un ulcère affreux, qui lui faisait endurer d'horribles tortures. Marguerite supporta son mal avec une héroïque patience, et ne laissa s'échapper de ses lèvres aucun murmure. Lorsqu'elle se vit près de mourir, elle demanda les derniers sacrements, qu'elle reçut avec une admirable ferveur, puis elle alla recevoir au ciel la récompense des vertus qu'elle avait pratiquées dans un degré si sublime pendant qu'elle vivait sur la terre (17 décembre 1284). Pie IX la béatifia en 1847.
Extrait de l'Année franciscaine.
30 DÉCEMBRE.
Événements marquants
- Naissance à Rome au milieu du XIIIe siècle
- Vœu de virginité après une apparition de la Sainte Vierge
- Retraite solitaire sur la montagne de Préneste
- Prise d'habit de Clarisse et sacrifice de sa chevelure
- Tentative d'entrée au couvent de Sainte-Claire à Assise (refusée pour maladie)
- Vie de mendicité pour secourir les pauvres
- Pèlerinage à Rome au tombeau des apôtres
- Béatification par Pie IX en 1847
Miracles
- Apparition de la Sainte Vierge pour l'encourager dans sa vocation
Citations
C'est le propre des Saints de s'affliger beaucoup sur le sort de ceux qui sont dans la peine et d'être compatissants à leur égard.