R. P. Henri-François de Paule Tempier

Prêtre, Missionnaire Oblat de Marie Immaculée

Fête : 8 avril 19ᵉ siècle

Résumé

Le Père Tempier fut le premier compagnon de saint Eugène de Mazenod dans la fondation des Oblats de Marie Immaculée. Administrateur infatigable et vicaire général de Marseille, il consacra sa vie à la formation du clergé et à l'expansion de sa congrégation, du Laus jusqu'au Canada. Il mourut à Paris en 1870 après une vie de rigueur, d'humilité et de dévouement ecclésial.

Biographie

LE R. P. HENRI-FRANÇOIS DE PAULE TEMPIER,

PRÊTRE, DE LA CONGRÉGATION DES MISSIONNAIRES OBLATS DE MARIE IMMACULÉE

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La milice sacerdotale avaient été décimés ; il fallait au plus tôt en combler les vides. Le grand séminaire d'Aix fut un des premiers à recevoir de nouveaux élèves, et, en 1809, le jeune Tempier fut jugé digne de recevoir la première tonsure.

Après cette cérémonie, François de Paule Tempier continua à se livrer à l'étude de la théologie avec l'application la plus assidue. Les qualités qu'il manifesta attirèrent sur lui l'attention de ses supérieurs, qui résolurent de l'employer au service de l'Église. Un saint prêtre d'Aix, nommé Abel, fut heureux de recevoir parmi ses professeurs celui qui avait été longtemps son élève ; il lui donna la chaire d'humanités et une influence prépondérante dans la maison. L'établissement se ressentit bientôt de l'esprit d'ordre, de régularité et de dévouement qui dirigeait le P. Tempier dans toute sa conduite. C'est au milieu de ces saintes occupations que le sacerdoce lui fut imposé, le 26 mars 1814. Nommé vicaire à Arles, il s'y rendit immédiatement et commença à exercer les fonctions du saint ministère avec la ferveur que Dieu inspire et bénit dans les ouvriers qu'il appelle à sa vigne. Confessions, prédications, catéchismes, œuvres de charité, rien ne demeurait étranger à son zèle. La moisson était abondante, et les bons ouvriers faisaient défaut.

Il y avait à peine un an qu'il édifiait la ville d'Arles, lorsque la voix mystérieuse de la Providence l'appela à une nouvelle vocation. Le Père Tempier possédait la condition essentielle exigée de Dieu pour l'opération des grandes choses : un profond sentiment de défiance de lui-même, une sincère humilité. C'est la pierre de touche des vocations divines. Voici le jugement qu'il portait sur ses aptitudes : « Il est vrai que je ne reconnais pas en moi le talent de la parole nécessaire à un missionnaire, mais alius sic, alius autem sic. Ce que je ne ferai pas dans de grands discours, je le ferai dans des catéchismes, dans des conférences, dans le tribunal de la Pénitence, et par tous les autres moyens qui pourront établir le règne de Jésus-Christ dans les âmes. Je ne trouve rien de bas et de pénible pour cela ». Il ajoutait : « Vous voulez des prêtres qui ne suivent pas la routine, qui soient disposés à marcher sur les traces des Apôtres, à travailler au salut des âmes sans attendre d'autres récompenses sur la terre, que beaucoup de peines et de fatigues. Par la grâce de Dieu, je sens dans moi ce désir, ou, si je ne l'ai pas, je désire grandement de l'avoir, et avec vous tout me deviendra encore plus facile ».

Le 27 décembre 1815, il se rendit à Aix et se mit à la disposition de l'abbé de Mazenod. Le 25 janvier 1816, les premiers membres de la congrégation des Missionnaires de Provence que l'Église, par l'organe infaillible de son Pontife, devait, dix ans après, décorer du beau nom de Missionnaires oblats de Marie immaculée, se trouvèrent réunis dans un même local. L'abbé de Mazenod fut élu supérieur d'un consentement unanime. Mais cette grande âme était dévorée du zèle d'acquérir les grandes vertus. Parmi ses compagnons, il choisit celui en qui il avait découvert un autre lui-même, et il forma le projet de lui faire un vœu d'obéissance.

Le 11 avril 1816, la chapelle de la mission présentait un touchant spectacle : c'était le jeudi saint. Toutes les richesses de la pauvre maison avaient été employées pour orner et décorer la chapelle et le reposoir de la divine Eucharistie. L'affluence des fidèles était considérable. Dans la matinée, après l'office solennel, deux prêtres se glissent avec précaution sous les gradins du reposoir, s'agenouillent à l'ombre de l'adorable Victime qui fut obéissante jusqu'à la mort, et prononcent l'un après l'autre une formule

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contenant le vœu d'obéissance qu'ils se faisaient mutuellement. Ce ne fut point une vaine cérémonie : de part et d'autre c'était un grand acte, un de ces actes qui influent sur les destinées.

Une occasion se présenta bientôt pour le Père Tempier d'exercer les fonctions de sa supériorité occulte. Le Père de Mazenod, entraîné par son zèle, tombe malade au début d'une mission ; des vomissements de sang mettent ses jours en danger : le missionnaire ne s'arrête pas. Prévenu à temps, le P. Tempier envoie une lettre par laquelle il interdit au P. de Mazenod la prédication et la confession. Le P. de Mazenod obéit avec la docilité d'un enfant. Cependant le P. Tempier prit part lui-même à plusieurs missions. Il s'était exercé à ce genre de ministère pendant son vicariat d'Arles. On lui a souvent entendu dire que, n'ayant pas eu le temps nécessaire pour préparer un cours complet d'instructions, il s'inspirait des Pensées du Père Humbert avant de monter en chaire. Dieu a récompensé plusieurs fois les efforts de l'humble apôtre auquel il avait accordé plus abondamment le don de conseil que le don de la parole. Aussi le P. Tempier abandonna-t-il bientôt le champ où se livraient chaque jour de nouveaux combats. Sa place était au foyer domestique. Le lundi 24 octobre 1818, eut lieu la première assemblée générale des missionnaires. Elle se composait de neuf membres. Le P. Tempier fut élu second assistant général. Le 4 novembre 1818, fête de la Toussaint, on procéda à l'émission solennelle des vœux tels que les avait déterminés la réunion du 24 octobre : chasteté, obéissance, persévérance. Le P. Tempier fut le second à prononcer la formule : son oblation perpétuelle date de ce jour.

La jeune famille reçut en ce jour des bénédictions précieuses. Mgr Miollis, évêque de Digne, sous la juridiction épiscopale duquel était compris le diocèse de Gap, désirant rendre au pèlerinage de Notre-Dame du Laus sa gloire primitive, voulut le confier à une communauté religieuse. Il demanda au R. P. de Mazenod quelques-uns de ses missionnaires. Sa prière étant accueillie comme une manifestation de la volonté de Dieu, la fondation du Laus fut acceptée, et le P. Tempier établi supérieur de la nouvelle maison. Il y exerça cette fonction pendant cinq ans, de l'année 1819 à l'année 1823. En 1824 se tint à Aix le second chapitre général dans lequel, d'un consentement unanime, on décida que le vœu de pauvreté serait ajouté aux trois vœux déjà admis par les missionnaires. Le P. Tempier prit une part décisive à la délibération, et il fut un des premiers à se soumettre à une prescription qu'il avait appelée de tous ses désirs. Dans ce même chapitre il fut réélu assistant général.

Traçons rapidement une esquisse du supériorat du R. P. Tempier à Notre-Dame du Laus. Les ruines matérielles attirèrent tout d'abord l'attention du nouveau supérieur. Avec ce coup d'œil juste qui saisit les proportions et les convenances, il eut bientôt arrêté les réparations à faire, les constructions à élever. Tout se fit selon l'esprit d'une sainte pauvreté. Plus tard, il fut donné aux successeurs du P. Tempier de compléter son œuvre : un clocher fut bâti auprès de l'église restaurée. Les ruines morales étaient plus grandes que les ruines matérielles. Elles eurent aussi leur restauration. Le P. Tempier organisa l'œuvre des missions et tira un admirable parti des ouvriers apostoliques qu'il avait sous sa conduite. Il n'abandonna pas le sanctuaire où s'achevaient bien souvent les conversions, mais il dirigeait tout par ses lettres et ses exhortations.

Auprès du sanctuaire, il soutenait une œuvre qui a donné des consolations bien douces. C'est au Laus qu'a été établi le premier juniorat, le premier scolasticat de la Congrégation. Pensée heureuse, que d'offrir pour berceau à l'espérance d'une famille de religieux un sanctuaire de Marie ! Le P. Tempier remplit lui-même les fonctions de professeur : il a compté parmi ses élèves les plus anciens Pères de la Congrégation. Dans l'intérieur de la maison il donnait l'exemple de toutes les vertus. Toujours le premier à l'oraison, il était le dernier à se livrer au repos. Il a poussé la mortification, au milieu des frimas des Alpes, jusqu'à se priver du feu que l'intensité du froid rend indispensable. Mais ce qu'il se refusait à lui-même, il l'accordait aux autres, et une mère n'aurait pas eu plus de tendresse qu'il n'en prodiguait aux jeunes gens confiés à ses soins. Sous un extérieur austère, il cachait d'inépuisables ressources de cœur. Ceux qui ont vécu dans son intimité savent qu'en dévouement et en bonté il ne le cédait à personne.

Le supériorat de Notre-Dame du Laus avait mis en relief les aptitudes administratives et religieuses du P. Tempier. La Providence s'en servit comme d'un nouveau noviciat pour le préparer à remplir une mission plus auguste et plus fructueuse. L'humble religieux va quitter l'obscurité du couvent pour apparaître sur un plus vaste théâtre. Les honneurs ecclésiastiques lui sont imposés, et il en portera le fardeau avec la même sérénité, avec le même dévouement. En 1823, Mgr Charles-Fortuné de Mazenod ayant été appelé au siège épiscopal de Marseille, appela auprès de lui son neveu, le P. de Mazenod, et l'ami de son neveu, le P. Tempier, et il leur remit des lettres de vicaires généraux. Le P. Tempier n'accepta qu'en vertu de l'ordre qui lui fut donné, et c'est lui qui vint au nom du vénéré prélat prendre possession du siège de Marseille, le 15 juillet 1823.

Avec le titre de vicaire général il reçut bientôt celui de supérieur du grand séminaire de Marseille, et quand, en 1837, Mgr Eugène de Mazenod, succédant à son oncle, eut laissé vacante la prévôté du chapitre, le Père Tempier en fut encore investi ; il se trouva ainsi élevé à la seconde place dans le diocèse de Marseille. Ces dignités et ces honneurs n'avaient d'autres charmes pour lui que de le mettre à même de produire un plus grand bien. Sous les deux évêques qui avaient mis en lui toute leur confiance, il fut le sage conseiller et l'exécuteur énergique et dévoué de toutes leurs inspirations, et ces inspirations n'avaient d'autre but que la gloire de Dieu et la sanctification des âmes. Il eut sous sa responsabilité propre et personnelle des œuvres qui, à elles seules, suffiraient pour illustrer une vie. Enumérons rapidement la construction du grand séminaire de Marseille et la direction de cet établissement qu'il garda pendant vingt-six ans, les améliorations successivement introduites dans le petit séminaire, terminées par la fondation des succursales du petit Sacré-Cœur, la reconstruction de la plupart des monastères habités par les Carmélites, les Capucines, les Clarisses, les religieuses du Refuge ; les églises de Saint-Lazare et de Saint-Joseph achevées, les églises de Saint-Michel, de Saint-Jean-Baptiste préparées.

En qualité de supérieur du grand séminaire, il remit en honneur les études ecclésiastiques, forma un clergé modèle et réalisa ainsi tous les fruits que l'Église attend de l'institution des séminaires. Il se faisait un point de conscience d'ouvrir lui-même chaque année la rentrée du séminaire et d'assister aux examens qui lui permettaient d'apprécier les aptitudes et les progrès de chaque élève. Il donnait l'exemple en tout et pour tout, et son austérité extérieure, nécessaire au maintien de la discipline, n'empêchait point, et pour les professeurs et pour les élèves, les douces

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communications de la paternité. Inexorable sur les infractions à la Règle, sur les négligences volontaires, sur les paresses calculées, il devenait compatissant et tendre sur les infirmités et les faiblesses de la jeunesse, sur les souffrances de la maladie, sur les épreuves de la vocation.

Il avait le discernement des âmes. Sa théologie était sûre, modérée, toujours appuyée sur les doctrines romaines qu'il défendait énergiquement. Saint Liguori était son auteur de prédilection. Il faisait ses délices des grands théologiens, et si ses occupations incessantes ne lui permettaient pas d'en lire les pages, il les recommandait aux étudiants. Il rejetait les innovations en doctrine et en paroles, condamnait le néologisme et invitait sans cesse les prédicateurs à se nourrir de Bossuet et des grands orateurs du siècle de Louis XIV.

Dieu seul connaît le bien qu'il a opéré dans la direction du grand séminaire, dans la confession des prêtres qui lui avaient donné leur confiance, dans le soin qu'il a prodigué aux communautés religieuses placées sous sa juridiction. Dans le conseil des évêques, dans la solution des affaires, on lui a toujours reconnu le coup d'œil pratique, juste, modéré. On ne pouvait se méprendre sur la sincérité et la pureté de ses intentions. Le devoir le trouvait inflexible, les circonstances toujours conciliant. Et quand il était obligé de sévir, on reconnaissait au-dessus de son autorité l'autorité de la conscience à laquelle il obéissait. Des jugements divers ont été formulés à son encontre ; quand il a fallu donner aux appréciations malveillantes des bases solides, on n'a pu trouver que les récriminations du coupable puni ou du jaloux méprisé. Et cependant le Père Tempier, par suite de sa haute position, a eu à traiter des intérêts les plus délicats, et cela avec des personnes appartenant à toutes les classes de la société. En 1828, lors des ordonnances de Charles X ; en 1831, lors des émeutes du Midi ; en 1835, lors de l'invasion du choléra ; en 1848, lors de l'établissement de la République, toujours il a conservé le calme de l'homme parfait, l'intrépidité de la conscience chrétienne, le dévouement héroïque que le prêtre selon le cœur de Dieu puise dans les lumières de la foi et les aspirations de la piété. Il ne craignit point de s'exposer aux injustices de l'opinion, de braver les passions populaires. Ami de l'ordre et de la religion, il revendiqua avec courage leurs droits imprescriptibles.

Le Père Tempier était pieux, de cette piété solide, profonde, qui captive l'âme et la met en contact immédiat avec Dieu. Il avait le goût des choses saintes. Les heures de la prière ne lui paraissaient point trop longues. Il aimait les grandes cérémonies de l'Église et il s'y livrait avec bonheur. C'était une piété forte se nourrissant de sacrifices ; une piété pleine de discernement, faisant céder à la charité et au devoir la première place dans les jouissances même les plus permises.

Le zèle et le dévouement qu'il mettait à la disposition du diocèse de Marseille n'enlevaient rien à son amour pour sa famille religieuse. Toujours indissolublement uni au fondateur de sa Congrégation, il le secondait sans cesse avec la plus complète abnégation dans le double gouvernement dont il avait la responsabilité. Aussi c'est sur lui que le vénéré fondateur semble se décharger de tous les soins matériels. Il a rencontré en lui l'homme de l'intérieur, c'est à lui qu'il confie l'administration des secours que la Providence met à la disposition de la petite communauté. Ces fonctions d'économe de la Providence, de procureur de la Congrégation, le Père Tempier les exerce toute sa vie. Nul ne peut dire les sollicitudes, les anxiétés, les souffrances dont elles ont été l'occasion ; car il consolait peu

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son cœur par les communications de ses épreuves. La joie, il la rendait commune; la douleur, il se la réservait.

Le Père Tempier a toujours appartenu à l'administration supérieure de la Congrégation. En 1824, le chapitre général le confirme dans sa charge d'assistant général. En 1826, il assiste au chapitre convoqué le 10 juillet de cette année, pour recevoir communication des lettres apostoliques par lesquelles Léon XII approuvait et confirmait la Congrégation des Oblats de Marie immaculée. Ce fut un beau jour. Le Père Tempier prononça la nouvelle formule des vœux immédiatement après le fondateur. Tous les autres chapitres généraux l'ont maintenu dans la charge d'assistant général, et jusqu'à la mort du fondateur il a rempli auprès de lui celle d'admoniteur. Jamais homme n'a poussé aussi loin le respect du secret et la pratique de la discrétion dans l'exercice des charges dont il a été revêtu. Il a été pour la Congrégation un second père. Il n'est demeuré étranger à aucune des grandes œuvres qui ont intéressé son existence, développé ses ressources et ses destinées et l'ont placée au rang qu'elle occupe aujourd'hui.

Bien souvent il a payé de sa personne en remplissant des missions de la plus haute importance. Trois fois il est allé à Rome traiter avec le souverain Pontife des questions vitales pour sa chère famille. Il y a fait même, en 1832, un séjour prolongé. Mais au sein de la ville éternelle, jouissant d'une pleine et entière indépendance, il ne s'est souvenu que de la mission que l'obéissance lui avait confiée; il s'est refusé des joies que nous croirions bien légitimes, et l'austère religieux est rentré en France sans avoir visité le sanctuaire de Notre-Dame de Lorette; il n'en avait pas la permission.

Il est intervenu personnellement dans les fondations de Notre-Dame de l'Osier, de Notre-Dame de Lumières, à Nancy, de Notre-Dame de Bon-Secours, à Paris. Il a eu pour Notre-Dame de Lumières une véritable prédilection. Il était heureux d'y voir fleurir le juniorat, auquel il a prodigué les soins d'une sollicitude paternelle. La suspension momentanée de ce premier juniorat lui causa une peine excessive. Bien souvent il rappela l'attention du supérieur général sur le projet de son rétablissement et pour appuyer ses arguments, il avait dressé une liste des Pères formés à l'ombre du sanctuaire de Marie et qui ont rendu à la Congrégation de grands services. Il salua comme un beau jour celui qui ramena à Notre-Dame de Lumières une nouvelle génération de junioristes, et parmi les souvenirs de son dernier voyage dans le Midi, en 1869, il plaçait au premier rang ceux qu'il a recueillis auprès du juniorat. Tout ne lui appartient pas dans ce sanctuaire vénéré; des mains habiles ont restauré et orné la crypte, embelli l'église, renouvelé la maison; mais il a favorisé les constructions premières, tracé les vastes allées et recouvert le coteau des pins qui le couronnent et donnent l'aspect de la vie là où régnait la désolation.

Les fondations n'ont pas seules mis à l'épreuve le dévouement du Père Tempier. En 1851, âgé de soixante-trois ans, il a accepté la charge de visiteur de la province du Canada. Traverser l'Océan, se jouer avec les tempêtes, rien n'a arrêté ni fatigué le vieillard courageux. Les voyages étaient un délassement pour ce tempérament de fer. Il a navigué plusieurs fois sur la Méditerranée; il est allé en Italie, en Corse, en Algérie; il ne s'est jamais ressenti de ces fatigues. Il entretenait la vigueur et la force de sa constitution par la sobriété et la tempérance la plus admirable. La nourriture était la dernière de ses préoccupations. Il pratiquait parfaitement ce que le devoir de sa charge le mettait à même de rappeler à d'autres.

La série des fondations, des Missions confiées au Père Tempier se termine par celle de Montolivet. C'est l'œuvre de sa vieillesse; il l'avait considérée comme le lieu de son repos. Au mois d'octobre 1854, quand il prit possession avec les scolastiques de la maison nouvelle, elle était loin d'offrir le strict nécessaire. Mais avec le temps, avec le dévouement, Montolivet réalisa pendant plusieurs années l'idéal rêvé par le Père Tempier. C'était le scolasticat de la Congrégation vivant de la vie qui lui est propre, jouissant des douces communications du père de famille et des anciens, se transformant souvent en cénacle où se réunissaient et d'où s'éloignaient les nouveaux apôtres appelés à la conquête des peuples les plus éloignés et les plus abandonnés. Le vieillard était souriant au milieu de ceux qu'il appelait tendrement ses fils. Il se comparait au chêne des montagnes qui voit germer à ses pieds de nombreux et vigoureux rejetons, et il bénissait Dieu de ce que le grain de sénévé était devenu l'arbre gigantesque où les oiseaux du ciel trouvaient un abri. C'est à Montolivet que se tint le chapitre général de 1856, célèbre entre tous les autres par deux événements remarquables accomplis pendant sa durée : la consécration de la chapelle de Montolivet et la consécration épiscopale de Mgr Semeria. Le Père Tempier, en qualité de supérieur de la maison, dut prévoir toutes les mesures nécessitées par la présence des membres du chapitre, élus conformément aux prescriptions des Règles que le souverain Pontife Pie IX avait approuvées en 1851. Le Père Tempier avait pris, dans le chapitre de 1850, une large part aux travaux importants qui ont rendu cette assemblée à jamais mémorable, car elle vota les additions nécessitées par la diffusion de la famille et admit la division de la Congrégation en provinces et en vicariats. Le chapitre de 1856 fit constater la sagesse de ces transformations qui donnaient le dernier trait à la Congrégation des Oblats de Marie immaculée.

Le Père Tempier exerça dans la maison générale, à Paris, les fonctions de supérieur local, de l'année 1865 à l'année 1867. Sa juridiction s'étendait aussi sur la résidence de Royaumont, à laquelle il consacra des soins dévoués. Il suffit à toutes les exigences de ses charges multiples. On le vit, comme toujours, à la tête de sa communauté, lui donnant l'exemple de la régularité, de l'assistance aux exercices, et de l'exactitude la plus scrupuleuse.

Malgré ses occupations incessantes et, la plupart, d'un ordre purement administratif, il avait formé quelques relations spirituelles qui ont permis d'apprécier plusieurs qualités de son cœur. Il était le guide vénéré d'âmes d'élite qui, jusqu'au dernier moment, lui ont conservé la plus respectueuse affection. Sous un extérieur austère, froid, presque insensible, la nature méridionale du Père Tempier cachait un cœur d'or, capable de tous les héroïsmes de la charité.

Cependant chaque hiver ramenait pour le Père Tempier les infirmités inhérentes à son âge avancé. La poitrine se ressentait plus ou moins des secousses imprimées à un organe aussi délicat. L'hiver de 1868 à 1869 avait notablement affaibli le vigoureux vieillard déjà plus qu'octogénaire. Son séjour prolongé dans le Midi n'avait d'autre but que d'amener un complet rétablissement. La Providence en disposait autrement. Avec les premiers froids, il fut atteint d'une fièvre broncho-catarrhale qui le conduisit bientôt au bord du tombeau. Sa précieuse mort arriva le 8 avril 1870. Son corps fut revêtu des ornements sacerdotaux et exposé dans sa cellule. Les obsèques eurent lieu le 11 avril, en présence d'une assistance nombreuse,

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composée d'ecclésiastiques, de religieux, de religieuses et de pieux fidèles. L'office terminé, le cortège se dirigea vers le cimetière de Montmartre, où le corps fut déposé dans un caveau des Sœurs de l'Espérance.

Nous avons extrait cette biographie d'une Circulaire du R. P. Fabre, supérieur général des Oblats de Marie Immaculée.

Événements marquants

  • Réception de la tonsure au séminaire d'Aix en 1809
  • Ordination sacerdotale le 26 mars 1814
  • Rencontre avec l'abbé de Mazenod et fondation des Missionnaires de Provence le 25 janvier 1816
  • Émission solennelle des vœux le 4 novembre 1818
  • Supérieur de Notre-Dame du Laus de 1819 à 1823
  • Nomination comme vicaire général de Marseille le 15 juillet 1823
  • Voyage comme visiteur de la province du Canada en 1851
  • Prise de possession de Montolivet en octobre 1854

Citations

Ce que je ne ferai pas dans de grands discours, je le ferai dans des catéchismes, dans des conférences, dans le tribunal de la Pénitence.

— Propos rapportés par le texte

alius sic, alius autem sic

— Citation latine mentionnée dans le texte