Le Bienheureux Hervé

Trésorier du chapitre de Saint-Martin à Tours

Fête : 16 avril 11ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Trésorier de Saint-Martin de Tours au XIe siècle, Hervé consacra sa vie et sa fortune à la reconstruction de la basilique détruite par les flammes. Fondateur du monastère de Beaumont, il finit ses jours dans la prière et l'humilité après une vie marquée par le zèle religieux et le refus des honneurs épiscopaux.

Biographie

LE BIENHEUREUX HERVÉ,

TRÉSORIER DU CHAPITRE DE SAINT-MARTIN À TOURS (1021).

Le bienheureux Hervé naquit en Touraine vers l'an 944. Fils de Sulpice de Busançais, seigneur de Châtillon, de Verneuil et de la Tour d'Amboise, il s'est rendu illustre par ses vertus, par le zèle et la générosité avec lesquels il fit reconstruire la basilique de Saint-Martin.

Il reçut une éducation brillante pour cette époque, mais il n'en tira aucune vanité. Plus soucieux de travailler à sauver son âme que d'user son esprit de sciences profanes, il alla frapper secrètement à la porte d'un monastère et sollicita la faveur d'y être admis. Comme il était de noble et puissante race, les religieux, redoutant quelque violence de la part de sa famille, refusèrent de l'admettre définitivement, avant de connaître la volonté de son père. Hervé y séjourna cependant jusqu'à ce qu'il eut connu la réponse de Sulpice. Ses vertus annonçaient déjà la grande sainteté à laquelle il devait s'élever. Son père, ayant appris sa démarche, entra dans une grande fureur ; il accourut au monastère et en arracha son fils avec violence. Il le conduisit à la cour du roi Robert et supplia le monarque de le détourner de son dessein par la promesse de grands honneurs. Ce prince engagea au contraire Sulpice à ne point s'opposer si ardemment aux projets de son fils ; mais il voulut néanmoins calmer l'irritation paternelle, en faisant nommer Hervé trésorier de la basilique de Saint-Martin et en promettant de l'élever plus tard à l'épiscopat. Robert, qui avait pu apprécier les grandes qualités du jeune gentilhomme, voulut, plusieurs fois dans la suite, réaliser sa promesse ; mais il ne put vaincre la modestie du Bienheureux.

Il remplissait, depuis quelques années, les fonctions de trésorier, lorsque, en 944, un violent incendie détruisit « tout le bourg de Saint-Martin et son propre monastère, avec vingt-deux autres églises, depuis celle de Saint-Hilaire jusqu'au faubourg de Notre-Dame-la-Pauvre, au couchant et du côté du midi, depuis la porte Pétrusienne jusqu'à la Loire ».

Le bienheureux Hervé entreprit alors de reconstruire, à ses frais, la grande basilique du Thaumaturge. Le corps de saint Martin fut transporté dans la collégiale de Saint-Venant où il resta pendant les vingt années qui furent employées pour la reconstruction de la nouvelle basilique. Quand elle fut achevée, l'archevêque de Tours, Hugues de Châteaudun, entouré d'un grand nombre d'évêques, en fit la dédicace solennelle le 4 juillet 1014.

On raconte que, quelques jours avant la translation du corps de saint Martin, le bienheureux Hervé pria le Seigneur d'illustrer cette fête par quelque grand miracle, comme il avait fait autrefois, à l'époque de la première translation.

Pendant sa prière, saint Martin lui apparut et lui dit avec bonté : « Très-cher fils, ce que tu demandes à Dieu, tu peux l'obtenir et même plus encore ; mais les miracles du passé suffisent pour le temps présent. C'est maintenant le moment de la moisson, il faut demander à Dieu le salut des âmes. Pour moi, je ne cesse d'implorer sa miséricorde pour elles, et je n'oublie point, tu n'en peux douter, ceux qui desservent mon Église. Plusieurs sont trop attachés aux choses de ce monde et mes prières ont obtenu, avec peine, le salut de quelques-uns. Pour toi, mon cher fils, achève avec joie l'œuvre si agréable à Dieu que tu as entreprise ».

Avant la dédicace de la basilique, Hervé répéta lui-même aux plus saints prêtres de l'assemblée ces paroles de saint Martin.

Pendant la reconstruction de Saint-Martin, une autre pensée préoccupait notre Bienheureux. Le célèbre monastère de l'Ecrigoule, fondé en 565 par Ingeltrude, fille de Clotaire Ier, avait été atteint par l'incendie et il n'en restait plus qu'une faible partie, insuffisante pour recevoir les nombreuses filles qui voulaient embrasser la vie religieuse. Il n'y avait plus d'ailleurs, à cette époque, que ce seul couvent de femmes, en Touraine. Le trésorier de Saint-Martin résolut de le transférer en un lieu appelé Notre-Dame de Beaumont, à quelque distance de la ville. Il y avait, en cet endroit, une ancienne église dédiée à Notre-Dame des Miracles qui était l'objet de nombreux pèlerinages, à cause des prodiges qui s'y faisaient en grand nombre. Il présenta une requête au roi Robert qui l'accueillit favorablement, et accorda même à cette illustre abbaye de nombreux privilèges et d'importantes immunités. Hervé la dota richement de son propre patrimoine et des

16 AVRIL.

biens qui dépendaient de Saint-Martin, à la seule condition d'une redevance de vingt sous de cens envers le chapitre pour l'entretien de la lampe du tombeau du grand Évêque de Tours.

Quand le monastère fut entièrement achevé, le Bienheureux conduisit processionnellement ces religieuses en prendre possession. Ces saintes filles firent toujours, dans la suite, mémoire du pieux trésorier de Saint-Martin, et elles l'honorèrent comme leur fondateur. Leur nécrologe portait, à la date du 16 avril, les paroles suivantes : *Heureuse mort du bienheureux Hervé, chanoine et trésorier de l'église de Saint-Martin, fondateur de ce monastère*. Tous les jours, elles récitaient un psautier pour lui.

Le monastère de Preuilly, de l'Ordre de Saint-Benoît, fut aussi l'objet de sa sollicitude. Il se chargea d'y envoyer des religieux et mit à leur tête un saint Abbé, nommé Amblard, qu'il tira de l'abbaye de Meillezais, fondé tout récemment par Guillaume VII, comte de Poitou.

Voulant s'unir plus intimement à Dieu et se débarrasser entièrement des préoccupations terrestres et de tous les intérêts matériels de ce monde, il se retira, à l'âge de soixante-sept ans, dans une île située à deux kilomètres de la ville. Accompagné de quelques religieux, il se livra aux jeûnes et à la prière avec une ardeur incroyable. Il fit élever une petite chapelle qu'il dédia au martyr saint Cosme, nom que porta désormais ce lieu.

Mais les chanoines de Saint-Martin, comprenant tout ce qu'ils avaient perdu, par son départ, le prièrent avec instance de revenir au milieu d'eux. Ils avaient, disaient-ils, besoin de ses conseils et de ses exemples. Hervé résista longtemps, mais, vaincu par leurs pressantes sollicitations, il quitta sa chère solitude et revint à Saint-Martin. Il se choisit une petite cellule, avec la chapelle de Saint-Basile, voisine de l'Ecignole, et là il employait tout son temps à chanter les louanges de Dieu, à lire les saints livres et à prier.

Il y avait quatre ans qu'il menait cette vie d'ermite, lorsque Dieu lui révéla que l'heure de sa mort approchait. Sa réputation de sainteté était si grande que, à la nouvelle de sa maladie, beaucoup de personnes accoururent pour le visiter dans l'espérance de voir ses derniers moments favorisés par quelques grâces particulières et d'être témoins d'un miracle. Hervé, le sourire sur les lèvres, les désabusa et demanda très-humblement le secours de leurs prières. À mesure que l'heure de sa mort approchait, il redoublait de ferveur, il élevait ses mains et ses yeux vers le ciel, en disant : « Seigneur, ayez pitié de moi ! Seigneur ayez pitié de moi ! » Il mourut en proférant ces dernières paroles.

Il fut enseveli dans l'église de Saint-Martin, vis-à-vis la chapelle du Crucifix-Vert, près la porte du Change, *in atrio Basilicae mediae ad pedes Crucifixi* : il avait assurément droit à cet honneur.

Sa tombe fut profanée probablement, en 1562, à l'époque des dévastations sacrilèges des Huguenots, et il ne nous reste presque plus rien de ses reliques. L'église de Notre-Dame la Riche possède seule aujourd'hui un petit fragment de ses ossements.

Quoique l'église de Tours n'ait jamais décerné un culte liturgique à cet illustre ecclésiastique dont le nom se trouve mêlé à tous les événements remarquables de son époque, sa mémoire est cependant toujours restée en vénération, comme celle d'un Saint. Plusieurs chroniques très-anciennes, en parlant du trésorier de Saint-Martin, s'expriment ainsi :

*Saint Hervé, trésorier de Saint-Martin, mourut en l'an 1021 ; — saint Hervé reconstruisit la basilique de Saint-Martin*. Adémar, dans sa chronique, dit qu'il fut remarquable par sa sainteté, et Glaber, qui vivait au XIIIe siècle, assure que si l'on eût pris soin de recueillir toutes ses actions, depuis son jeune âge, on eût écrit la vie d'un homme incomparable.

M. l'abbé Rolland, chanoine honoraire, aumônier de pension, des Frères des Écoles chrétiennes de Tours.

favours royales dans le cours des siècles. Elle dépendait de l'Ordre de Saint-Benoît. Un grand nombre des abbesses qui la gouvernèrent appartenaient aux plus illustres familles de France. Elle fut supprimée en 1792 : il n'en reste plus aujourd'hui que quelques dépendances achetées dernièrement par l'hôpital général de Tours.

Événements marquants

  • Naissance en Touraine vers 944
  • Tentative d'entrée au monastère et opposition paternelle
  • Nomination comme trésorier de la basilique Saint-Martin par le roi Robert
  • Reconstruction de la basilique Saint-Martin après l'incendie de 944
  • Dédicace de la basilique le 4 juillet 1014
  • Fondation du monastère de Notre-Dame de Beaumont
  • Retraite à l'île Saint-Cosme à l'âge de 67 ans
  • Mort en ermite à Saint-Martin en 1021

Miracles

  • Apparition de saint Martin pendant la prière d'Hervé

Citations

Seigneur, ayez pitié de moi ! Seigneur ayez pitié de moi !

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