Sainte Irmine de Trèves
Vierge et Abbesse
Résumé
Fille du roi Dagobert II d'Austrasie, sainte Irmine renonça au monde après la mort subite de son fiancé pour devenir abbesse à Trèves. Elle fonda le monastère de Horren et soutint saint Willibrod dans la création de l'abbaye d'Echternach. Elle est reconnue pour sa piété et le miracle qui mit fin à une épidémie dévastatrice dans sa communauté.
Biographie
SAINTE IRMINE, VIERGE,
ABBESSE DU MONASTÈRE DE HORREN, À TRÈVES
VIIIe siècle.
Amor Dei hominem latificat et a terrenis sublevat.
L'amour de Dieu réjouit l'homme et le détache de la terre.
Idiota.
Sainte Irmine, fille de saint Dagobert II, roi d'Austrasie, naquit vers l'année 662. Les beaux exemples de son vertueux père ne furent pas perdus pour elle : car la cour de ce monarque offrait alors un spectacle bien différent de celui des autres cours de la même époque. On y vit paraître les Arbogaste, les Florent, les Wilfrid, ces vénérables pontifes qui retraçaient alors les vertus des Ambroise et des Martin, qui furent les amis du monarque sans être ses flatteurs et ses courtisans, qui surent le rendre attentif aux véritables intérêts de ses peuples et ne lui cachèrent jamais la situation des affaires du royaume.
Irmine, élevée sous les yeux de parents si chrétiens et de si saints prélats, goûta fort jeune encore les charmes de la vertu et les délices de la piété. Ses précieuses qualités se développèrent avec son âge, et elle fixa bientôt les regards de la cour. On remarqua en elle quelque chose de sérieux et de grave ; un vrai amour de Dieu la guidait dans toutes ses actions, elle accomplissait avec joie tous les devoirs du christianisme. Il est vrai que ces devoirs lui paraissaient pénibles au commencement ; mais le désir qu'elle avait de plaire au Seigneur, aplanit petit à petit toutes les difficultés, et elle se porta avec ardeur à la pratique du bien. L'Écriture sainte représente cette joie qui accompagne la pratique de la vertu comme le caractère distinctif de la perfection : « Les voies de la sagesse sont belles, et tous ses sentiers sont des sentiers de paix ». Aussi les commandements de Dieu ne sont point pénibles à celui qui l'aime, et l'homme de bien fait ses délices de la loi du Seigneur ; il la médite nuit et jour : non-seulement il la médite, il travaille encore à y conformer sa vie.
24 DÉCEMBRE.
Irmine faisait l'ornement et les délices de la cour par sa piété, sa modestie, sa douceur et sa rare prudence. Quoique fille aînée d'un puissant monarque, elle ne chercha cependant jamais à faire valoir les prérogatives de sa naissance ; on la vit au contraire fuir les assemblées nombreuses et toutes les occasions où elle aurait pu se produire : elle évita les regards des hommes et ne parut en public que quand ses parents le lui ordonnèrent. Malgré ses soins à se dérober au monde, elle fut néanmoins regardée comme le modèle des vierges chrétiennes, et un jeune seigneur français la demanda en mariage. Irmine n'avait jamais senti d'attraits pour cet état ; mais soumise en tout à la volonté de ses parents, elle ne s'y refusa pas, espérant servir Dieu avec la même ferveur que dans le palais de son père. Elle se prépara en silence à orner de plus en plus son cœur de toutes les vertus, et à apporter ainsi à son époux la sagesse comme la plus précieuse de toutes les dots : déjà tout s'apprêtait, et chacun félicitait l'heureux jeune homme qui allait posséder dans son épouse un trésor inestimable. Mais que les jugements de Dieu sont différents de ceux des hommes ! Au moment où allait être formée l'union projetée, on vint annoncer à Dagobert la mort de son futur gendre.
On vit dans cette occasion quel empire la religion exerçait sur le cœur d'Irmine. Toute la cour s'empressa autour d'elle pour calmer la douleur que devait lui causer une nouvelle si accablante ; mais la jeune vierge montra un front serein et tranquille, et fit à Dieu le sacrifice le plus généreux, en se résignant à la perte d'un époux dont elle aurait fait le bonheur. Combien de jeunes personnes auraient ici accusé le ciel de trop de rigueur, de leur enlever ainsi une félicité qui paraissait assurée ! Mais Irmine se soumit avec une vraie grandeur d'âme à la volonté du Seigneur ; elle alla plus loin, car, après avoir remercié son Dieu d'en avoir agi ainsi à son égard, elle forma le projet de n'avoir plus d'autre époux que Jésus-Christ.
Dès ce moment elle rompit tout à fait avec le monde et s'attacha plus que jamais aux seules délices qui avaient la religion pour principe. Le Seigneur, qui ne se laisse jamais vaincre en générosité, fit alors de sa servante l'objet de ses plus douces complaisances. Dagobert, convaincu de la sincérité de sa résolution, lui permit de suivre sa vocation, et cette jeune princesse qui faisait l'orgueil de toute sa famille, l'admiration générale, alla s'ensevelir à la fleur de l'âge dans un monastère : elle remporta ainsi la victoire la plus complète sur un monde inconstant et perfide, dont elle aurait eu tôt ou tard à éprouver les infidélités et à redouter les caprices. Son père lui donna l'ancien château dit Horreum, situé à Trèves, où elle fonda une communauté religieuse, qu'elle soumit à la Règle de Saint-Benoît. La charte de donation que Dagobert expédia pour cette maison, est de l'année 675, ce qui fit croire à quelques auteurs que le monastère de Horren existait déjà avant que la princesse Irmine y entrât, et qu'elle n'en est nommée fondatrice que parce qu'elle lui fit plusieurs belles donations.
La résolution généreuse d'Irmine fit une profonde impression sur l'esprit des jeunes Austrasiennes, et plusieurs filles de qualité qui avaient jusqu'alors suivi les vanités du monde, firent de sérieuses réflexions et se convertirent à Dieu. Ainsi la pieuse princesse devint encore l'instrument dont se servit la Providence pour opérer le salut des autres. Irmine fit l'admiration de sa communauté, comme elle avait fait celle de la cour, par sa ferveur angélique, sa modestie, son humilité, et surtout son entière soumission à la Règle de l'Ordre. Elle oublia en peu de temps les prérogatives de sa naissance, ou si elle y pensait, c'était pour employer son crédit à faire du bien. Sa communauté devint de plus en plus fervente et fut bientôt une des plus régulières du royaume, entraînée en quelque sorte à la vertu par la sainteté de son abbesse.
Irmine était heureuse dans son monastère, et remerciait le ciel des grâces qu'il daignait répandre sur sa communauté : mais ce bonheur devait être traversé par des épreuves, et la pieuse abbesse vit, vers la fin du septième siècle, une cruelle maladie ravager sa maison. Soumise en toutes choses à la volonté du Seigneur, elle adora les décrets de la Providence et adressa au ciel des vœux ardents pour obtenir la cessation de ce fléau. Déjà plusieurs religieuses avaient succombé, et rien n'annonçait que la maladie dût bientôt cesser. Alors la sainte abbesse redoubla ses austérités, répandit d'abondantes aumônes parmi le peuple, passa des nuits entières en oraison. Le Seigneur voulut donner à sa communauté une marque signalée de sa protection par l'entremise de saint Willibrod, apôtre de la Frise. Irmine pria ce vénérable serviteur de Dieu de se rendre au monastère, et avec cette ferme confiance dans les paroles de celui qui avait dit autrefois à ses disciples : « Vous imposerez les mains aux malades, et ils reviendront à la santé », elle le conjura de donner la bénédiction à ses malades : le saint homme se rendit à cette prière, offrit le saint sacrifice de la messe pour les religieuses souffrantes, les aspergea d'eau bénite et leur en donna à boire ; aussitôt elles guérirent toutes, et le mal disparut entièrement. Par reconnaissance pour un bienfait si marquant, la sainte abbesse fit, en 698, au vénérable Willibrod un don considérable de plusieurs riches domaines, au moyen desquels fut fondée, à quatre lieues de Trèves, l'abbaye d'Echternach pour l'Ordre de Saint-Benoît. Elle lui accorda de même, en 699, le village de Bergen, dont cette abbaye a joui jusqu'au moment de sa suppression.
Irmine conserva pendant toute sa vie le souvenir du miracle que le Seigneur venait d'opérer en faveur de sa communauté, et en parla souvent avec l'expression de la plus vive reconnaissance. Sa vie continua d'être consacrée à Dieu et à son prochain : elle avait toujours présent à l'esprit sa fin dernière, et elle regardait comme perdus tous les moments dans lesquels elle ne s'approchait pas de l'éternité bienheureuse par la pratique de quelque vertu. Elle se regardait toujours comme la servante de celles dont la conduite lui avait été confiée, et elle était prête à faire tous les sacrifices lorsqu'il s'agissait de procurer leur bien spirituel. Elle ne connut jamais cette hauteur impérieuse, qui aliène les esprits et n'arrache ordinairement qu'une obéissance forcée. Ses ordres étaient plutôt des prières, et si quelquefois elle était obligée de faire usage de son autorité, elle ne le faisait qu'avec une secrète répugnance et pour ne pas manquer à son devoir. Elle n'usait des droits de sa charge que pour la gloire de Dieu et le salut du prochain. Ses grandes austérités, ses veilles et ses jeûnes avaient altéré sa santé auparavant si robuste. De fréquentes infirmités lui annonçaient qu'elle prendrait bientôt la voie de toute chair, et elle se réjouit dans le Seigneur de voir approcher cet heureux moment. Elle fit alors son testament, qui respire la plus tendre piété. La pieuse fille n'est occupée que de Dieu : elle légua à son monastère de grandes richesses, mais avec une générosité admirable. Après avoir ainsi mis ordre à ses affaires temporelles, elle annonça à ses religieuses qu'elle allait bientôt les quitter. Cette nouvelle jeta la consternation dans la communauté et répandit le deuil parmi ses pieuses filles : chacune pleurait une mère, une amie, une consolatrice. Irmine seule ne fut point affectée : elle attendit avec résignation le coup de la mort, bien convaincue qu'elle trouverait grâce devant le Seigneur ; elle reçut avec une ferveur angélique les derniers sacrements, et s'endormit paisiblement du sommeil des justes, le 24 décembre. L'année de sa mort est incertaine : la plupart des auteurs la placent au commencement du huitième siècle. Son corps fut exposé pendant plusieurs jours, puis inhumé dans l'église de son monastère. Le peuple lui rendit presque aussitôt un culte public. Ses reliques furent transférées plus tard dans l'église abbatiale de Wissembourg, où on les déposa dans un magnifique tombeau.
Tiré de l'Histoire des Saints d'Alsace, par M. l'abbé Hunckler.
Événements marquants
- Naissance vers 662
- Projet de mariage avec un jeune seigneur français interrompu par la mort de ce dernier
- Consécration à Dieu et entrée au monastère
- Fondation du monastère de Horren à Trèves en 675
- Cessation miraculeuse d'une épidémie par l'intercession de saint Willibrod
- Donation pour la fondation de l'abbaye d'Echternach en 698
Miracles
- Guérison instantanée de toutes les religieuses malades après l'aspersion d'eau bénite par saint Willibrod
Citations
Amor Dei hominem latificat et a terrenis sublevat.