Saint Babylas d'Antioche

Évêque d'Antioche et Martyr

Fête : 4 septembre 3ᵉ siècle • saint

Résumé

Douzième évêque d'Antioche après saint Pierre, Babylas s'illustra par sa fermeté sacerdotale en imposant une pénitence publique à l'empereur Philippe. Arrêté sous Dèce en 250, il mourut en prison chargé de chaînes. Ses reliques, célèbres pour avoir réduit au silence l'oracle d'Apollon à Daphné, furent l'objet d'un conflit majeur avec Julien l'Apostat.

Biographie

SAINT BABYLAS, ÉVÊQUE D'ANTIOCHE ET MARTYR

La fermeté, c'est la verge qui ne plie pas, le fer qui ne rompt pas, et la pierre qui ne fond pas. Saint Jérôme sur l'ép. à Tito. *Diatribe*, II, c. 7.

Saint Babylas, un des plus grands modèles que l'Église ait à proposer à ses ministres pour la fermeté sacerdotale, monta sur le siège d'Antioche l'an 237 de Jésus-Christ. Il succédait à Zébin, et fut le douzième pasteur de cette célèbre église depuis saint Pierre. De toutes les actions de son épiscopat, qui dura l'espace de treize ans, sous les empereurs Gordien, Philippe et Dèce, nous n'en rapporterons qu'une, celle qui a été relevée par saint Chrysostome et tant d'autres, et a rendu sa gloire immortelle.

L'empereur Philippe était né dans la province arabe de la Trachonite, au petit village de Pulpuden, non loin de la cité de Bosra. Élevé pour ses services aux grades les plus importants de la hiérarchie militaire, il fut nommé par Gordien le Pieux, préfet du prétoire, en remplacement de Mysithée, beau-père de l'empereur empoisonné, dit-on, par Philippe. Celui-ci fut imposé comme César à Gordien, qui l'associa à l'empire. Les partisans de Philippe voulurent davantage ; la guerre éclata, Gordien le Pieux fut tué dans le combat et Philippe régna seul (244). Ayant conclu avec Sapor Ier, roi de Perse, une paix sans gloire, le nouvel Auguste partit pour Rome.

Le témoignage de l'antiquité ecclésiastique nous affirme que Philippe était chrétien ainsi que l'impératrice Sévéra, sa femme. S'il pratiqua le culte de la religion véritable, ceci regarde sa conscience privée ; mais comme empereur et officiellement il ne fit rien pour le triomphe de la vérité. Avant de retourner à Rome avec son armée, Philippe mit à mort un enfant de Gordien le Pieux que celui-ci lui avait fait remettre comme un gage d'union et de paix en associant à l'empire son préfet du prétoire. C'était un attentat notoire, un crime constaté. Quand l'empereur arriva à Antioche, « on était, dit Eusèbe, à la veille de la grande solennité de Pâques. L'évêque Babylas célébrait, avec tous les fidèles, la nuit fameuse de la résurrection, lorsque Philippe se présenta à l'assemblée et demanda à être admis aux prières, parce qu'il était chrétien. Mais le pontife, avec un courage véritablement épiscopal, ne lui permit point l'entrée du saint lieu. Il exigea de lui qu'il fît préalablement la confession de ses crimes, et il le plaça parmi les autres pénitents qui attendaient l'absolution en cette fête pascale. Sans cette réparation, le saint évêque l'eût inflexiblement banni de l'assemblée. On dit que l'empereur se soumit humblement à cette réparation ». Ce que cette humiliation pieusement acceptée renfermait d'expiations salutaires pour le coupable, c'est le secret de Dieu.

Pendant le court règne de Philippe (244-249), le nombre des chrétiens se multiplia ; des villes entières se convertirent ; de tous côtés s'élevaient des temples où l'on adorait publiquement Jésus-Christ. Mais nous voyons aussi dans les ouvrages de saint Cyprien et dans la vie de saint Grégoire le Thaumaturge que cette paix fut, pour un grand nombre de fidèles, une occasion de relâchement. Dieu permit une persécution générale, qui fut la septième, pour purifier ses Saints et réveiller la ferveur des âmes tièdes. Elle fut allumée en 250, par l'empereur Dèce, qui renversa du trône les deux Philippe, père et fils, comme ils y étaient montés : par la révolte. On attaqua d'abord les pasteurs des Églises ; saint Babylas, qui était l'un des plus considérés d'entre eux, et par la dignité de son siège, et par le mérite de sa personne, fut arrêté vers la fin de l'an 250 et jeté dans une prison, où il mourut des mauvais traitements qu'on lui fit subir. Il demanda avant sa mort à être enterré avec les chaînes qu'il regardait comme l'instrument de son triomphe. Les chrétiens bâtirent une église sur son tombeau.

Le césar Gallus, frère de Julien l'Apostat, faisait son séjour ordinaire à Antioche : ce prince très-religieux, qui avait une vénération particulière pour les saints Martyrs, dans le dessein de purifier un endroit fameux par les superstitions du paganisme, Daphné, que l'on regardait comme un faubourg d'Antioche, quoiqu'il en fût distant de deux lieues, consacra vis-à-vis du temple d'Apollon une église au vrai Dieu, sous l'invocation de saint Babylas, et y mit les reliques du Saint renfermées dans une chasse qui était élevée hors de terre. Aussitôt le démon resta muet dans son temple. Les païens attribuèrent le silence de leur dieu à ce que, depuis la présence de Gallus dans ce pays, on avait cessé les sacrifices et les cérémonies de leur culte.

Julien l'Apostat étant venu à Antioche, en 362, rétablit avec grand appareil le culte d'Apollon. Il égorgea des victimes par centaines, conjurant le dieu de continuer ses oracles, de dire au moins la cause de son silence. Le démon se garda bien d'avouer la vertu des reliques de saint Babylas : il dit seulement que le bourg de Daphné était rempli de cadavres, et qu'il parlerait si on les enlevait. Julien comprit à demi mot, comme le remarque saint Jean Chrysostome, qui était présent (âgé seulement de huit ans). Au lieu de faire déterrer tous les morts ensevelis dans le faubourg, il ordonna aux chrétiens d'ôter la chasse où était renfermé le corps de saint Babylas. C'est ce qui se fit avec une grande pompe. On mit sur un char la chasse du saint Martyr, qui fut conduite comme en triomphe à Antioche. On chantait durant la marche les psaumes qui peignent l'inanité et l'impuissance des idoles, et la foule des fidèles répétait comme refrain après chaque verset : « Que tous ceux qui adorent les ouvrages de sculpture et se glorifient de leurs idoles soient couverts de confusion ! ». Trois mois après, la foudre du ciel tomba sur ce fameux temple d'Apollon et le mit en feu, dans le temps précisément où Julien avait envoyé consulter l'oracle sur l'événement de la guerre de Perse, à laquelle il se préparait. Un tremblement de terre ayant succédé au tonnerre acheva de ruiner ce bel édifice : les ornements et l'idole disparurent ; il ne resta que les murs pour servir de monument à la vengeance divine.

À cette nouvelle, Julien, oncle de l'empereur et gouverneur d'Orient, accourut à Daphné et fit souffrir de cruelles tortures aux prêtres pour découvrir si l'incendie venait de leur négligence ou des chrétiens. Ils dirent constamment qu'on ne devait s'en prendre qu'au feu du ciel ; et il vint des paysans d'alentour attestant qu'ils avaient vu tomber la foudre.

L'Apostat était furieux contre les habitants d'Antioche, il fit fermer la grande église de la ville et donner la question à quelques particuliers. Mais la mort précipitée de son oncle Julien et de Félix, trésorier général des finances, ses ministres dans les profanations aussi bien que dans l'administration, lui fit peur : il n'osa faire brûler les os de saint Babylas, comme il l'avait résolu.

Les Grecs honorent saint Babylas le 4 septembre. On dit que son corps est à présent à Crémone, où il fut apporté d'Orient pendant les croisades ; ce saint est le patron de plusieurs églises en France, en Espagne et en Italie.

On le représente décapité avec trois jeunes enfants ses disciples : le plus jeune avait douze ans.

[ANNEXE: NOTICE SUR JULIEN L'APOSTAT.]

Julien l'Apostat fut ainsi surnommé parce qu'il abjura la religion chrétienne pour embrasser le paganisme. Son vrai nom était Flavius Claudius Julianus. Fils de Jules-Constance et neveu de Constantin le Grand, il naquit à Constantinople le 6 novembre 331. Il eut le bonheur d'échapper, avec son frère Gallus, au massacre qui fit périr toute sa famille après la mort de Constantin. Le soin de son éducation fut confié au fameux Eusèbe de Nicomédie. Mardonius, son gouverneur, travailla également à lui former l'esprit et le cœur. Ses progrès scientifiques furent très-rapides ; il entra dans le clergé et exerça dans l'Église la fonction de lecteur. Il fit un voyage à Athènes, où il s'appliqua à l'astrologie, à la magie, et à toutes les vaines illusions du paganisme ; il s'attacha surtout au philosophe Maxime, qui fut la principale cause de sa perte. Il fut fait César en 355, et chargé du commandement des troupes dans les Gaules. Les nombreuses victoires qu'il remporta sur les ennemis de l'empire prouvèrent sa grande capacité pour le métier de la guerre. Après la mort de Constance, arrivée le 3 novembre 361, il alla en Orient, où il fut reconnu empereur, ainsi qu'il l'avait déjà été en Occident. Comme il avait toujours eu un penchant violent à l'idolâtrie, il ne dissimula plus : il ordonna qu'on rouvrit les temples des idoles, il les adora publiquement, et par un trait de fanatisme qui fait horreur, il entreprit d'effacer en lui le caractère du baptême, en recevant sur toutes les parties de son corps le sang impur des victimes.

Toute la vie de l'Apostat ne fut qu'un commerce intime, effectif, réel, avec ce qu'il nommait ses dieux, c'est-à-dire avec ce que le spiritisme moderne appelle les esprits, et ce que les Saintes Écritures nomment les démons. Il donna dans toutes les extravagances et les cruautés des Araspices, jusqu'à immoler plusieurs fois des victimes humaines pour interroger leurs entrailles. Tous ces faits sont rapportés par saint Grégoire de Nazianze et par Ammien Marcellin, historien païen, grand admirateur du prince. Le magicien Maxime et d'autres hommes aussi méprisables étaient ses principaux confidents.

Cependant, les miracles de Jésus-Christ l'incommodaient fort, et il n'était pas aisé d'enlever aux chrétiens la preuve qu'ils en tiraient en faveur de leur religion. Au lieu donc d'en attaquer la vérité, il tâcha, par le moyen de la magie, d'en procurer des semblables au paganisme : tous ses efforts tournèrent à sa confusion.

Dans le dessein d'anéantir la religion de Jésus-Christ, il choisit une voie différente de celle des anciens persécuteurs. Il ne voulut point personnellement répandre de sang, quoique ses gouverneurs de province ne se fissent pas toujours des scrupules à cet égard ; pour lui, il se contenta de déclarer les chrétiens inhabiles à posséder les charges de l'État, il leur défendit d'enseigner et d'étudier les belles-lettres, dont la connaissance leur fournissait des armes contre le paganisme. Les païens eux-mêmes, entre autres Ammien Marcellin, ont désapprouvé cette mesure dont l'impatience se fait aisément remarquer. Julien ne s'en tint pas là ; il ordonna par un édit que les disciples de Jésus-Christ ne porteraient plus le nom de Chrétiens, mais celui de Galiléens. Il les accablait d'impôts et les dépouillait de leurs biens, disant par dérision qu'il fallait leur faire pratiquer la pauvreté recommandée par l'Évangile. D'autres fois il avait recours aux pièges et aux caresses. Quoiqu'il fît profession de tolérance, il ne laissa pas de condamner plusieurs chrétiens à mort, mais secrètement, et sous d'autres prétextes que celui de la religion. Son but en cela était de leur ravir la gloire du martyre. Cet artifice eût pu servir à son projet, s'il eût été question de ces philosophes orgueilleux qui ne cherchent qu'à satisfaire leur amour-propre, mais les disciples de Jésus-Christ n'ont pas besoin de témoins ; ils chérissent surtout les souffrances dont la vue et les motifs sont cachés aux hommes. Cette remarque est de saint Grégoire de Nazianze. Il faut pourtant avouer que la conduite de Julien fut très-préjudiciable à un grand nombre de chrétiens, qui se laissèrent séduire par la crainte d'encourir la disgrâce de l'empereur, d'être exclus des charges et de perdre leur fortune.

Enfin, il s'imagina qu'il porterait un rude coup au christianisme s'il pouvait convaincre de faux la prédiction de Jésus-Christ sur le temple de Jérusalem. Il entreprit donc de le faire rebâtir environ trois cents ans après sa démolition par Titus : mais les ouvriers n'en eurent pas plus tôt creusé les fondements qu'il en sortit des tourbillons de flammes dont ils furent consumés. Ce fait est attesté par tous les auteurs du temps, et même par Ammien Marcellin, qui était païen, et qu'on sait avoir été entièrement dévoué à Julien. On peut voir l'excellente dissertation de Warburton sur le projet formé par l'empereur Julien de rebâtir le temple de Jérusalem. On en a donné une bonne traduction française imprimée à Paris en 1754.

Julien, étant à Antioche, n'y trouva pas tout le zèle qu'il eût désiré pour le rétablissement du paganisme ; on y fit même des railleries sur sa petite taille, sur sa barbe et sur ses sacrifices. Il résolut de s'en venger après son retour de la guerre de Perse. Il se flattait de réussir dans cette entreprise sur la foi des oracles de Délos, de Delphes, de Dodone, etc., etc., comme nous l'apprenons de Théodoret, de saint Grégoire de Nazianze, de Philostorge et de Libanios. Ce prince dit lui-même, dans sa seconde lettre, que les divinités de tous les lieux par lesquels il passa lui avaient promis un heureux succès ; mais il eut bientôt occasion de connaître le peu de pouvoir de ces dieux. En effet, son armée, qu'il avait eu l'imprudence d'engager dans les déserts, fut taillée en pièces au mois de juin de l'an 363 ; il perdit lui-même la vie sur le champ de bataille. Ammien Marcellin dit qu'ayant été blessé dangereusement, on le porta dans sa tente, où il mourut le même jour avant midi (26 juin 363). On lit dans Théodoret, dans Sozomène et dans les Actes du saint martyr Théodoret, que Julien, se sentant blessé à mort, remplit ses mains de son sang et qu'il le jeta contre le ciel, en vomissant ce blasphème : Tu as vaincu. Galilée, tu as vaincu. Plusieurs Saints solitaires apprirent par révélation que Dieu avait délivré le monde de cet apostat, afin de rendre la paix à son Église. Telle fut la fin du malheureux Julien. Son caractère était un composé monstrueux d'artifice, de légèreté, d'inconstance, de petitesse, de fanatisme, d'hypocrisie et de quelques bonnes qualités. Saint Grégoire de Nazianze, l'ayant vu à Athènes en 355, fut extrêmement frappé de sa démarche peu assurée, de l'inquiétude et de l'égarement de ses yeux, de ses questions hors de propos et de ses réponses sans justesse. Il présagea dès lors que l'empire nourrissait un monstre dans son sein.

Il nous reste quelques écrits de Julien : 1° le Missopogon ou l'Ennemi de la barbe ; c'est une satire contre les habitants d'Antioche qui l'avaient raillé ; 2° des discours et des lettres ; 3° la satire des Césars. Julien composa cet ouvrage pour critiquer ses prédécesseurs dans l'empire et pour se faire regarder comme le seul grand prince ; 4° plusieurs autres pièces publiées en grec et en latin par le P. Pétau, en 1630, in-4°. Ezechiel Spanheim donna une belle édition des œuvres de Julien, en 1696, in-fol. M. l'abbé de la Bletterie en a traduit une partie : il a donné aussi une excellente vie de l'empereur Julien.

Consulter sur Julien l'Apostat M. de Broglie : l'Église et l'empire romain au XVᵉ siècle ; et M. Darras : Histoire générale de l'Église.

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## SAINT MACÉDONE,

## PRÊTRE D'ANTIOCHE ET SOLITAIRE, SURNOMMÉ LE CRITHOPHAGE

429. — Pape : saint Boniface Ier. — Empereur : Théodose II, le Jeune.

Macédone, ou Macédoine, syrien de nation, fut un des plus saints habitants de la montagne voisine d'Antioche. On ne l'instruisit ni dans les sciences profanes, ni dans les lettres saintes. Mais l'esprit de Dieu lui ayant appris la vraie science, celle du salut, il sut toujours discerner, non-seulement le bien et le mal, mais encore ce qu'il y a de plus agréable à Dieu et de plus parfait à ses yeux. Il vécut quarante-cinq ans sur le haut des montagnes, aux environs d'Antioche, sans autre cellule que les trous des rochers, et il en passa quarante sans se nourrir ni de pain, ni de légumes, mais seulement d'orge broyée et détrempée dans l'eau et avec le son. Il avait pour unique occupation de soupirer continuellement vers le ciel, de chercher Dieu et de toujours lui rester uni en se détachant de tout le reste. Un chasseur

l'ayant aperçu un jour et jugeant que ce devait être quelque grand serviteur de Dieu, laissa ses compagnons pour aller l'entretenir. Il lui demanda d'abord à quoi il pouvait s'occuper en ce lieu et ce qu'il y faisait seul. « Je fais, toute ma vie », dit le Saint, « ce que vous faites présentement. Je m'occupe à la chasse, comme vous, mais mon objet est différent du vôtre : vous courez après les bêtes des forêts, je cours sans cesse après mon Dieu pour tâcher de l'atteindre et de le posséder éternellement ».

La réputation de Macédone se répandant de tous côtés, on accourait en foule pour le voir. Saint Flavien, nouvellement élu évêque d'Antioche, à la place du grand Mélèce, résolut de l'associer à son clergé. Il l'attire à Antioche, et au milieu de la célébration des saints mystères, il le fait approcher de l'autel, lui laisse croire qu'il va lui donner une simple bénédiction et l'ordonne prêtre sans qu'il s'en doute. Après le saint sacrifice, Macédone apprend qu'il a reçu la prêtrise ; il entre alors dans une vraie colère ; il se trouble, ses sentiments d'humilité le jettent hors de lui, il va jusqu'à lever le bâton contre son évêque. Ses amis purent à peine le calmer, et il se sauva le soir même sur sa montagne. Le dimanche suivant, c'est-à-dire huit jours après, l'évêque Flavien l'envoya prier de revenir à l'église pour assister à l'office avec son clergé. Macédone, n'étant pas encore remis de sa colère, demanda aux envoyés « s'ils n'étaient pas contents de la violence qu'ils lui avaient déjà faite, et si l'on prétendait le faire prêtre encore une fois ». Et il refusa nettement de les suivre. On parvint toutefois, avec le temps, à vaincre sa modestie, à l'instruire des canons et de la discipline de l'Église : il s'humanisa et prêta charitablement son ministère à ceux qui le réclamèrent. Il consentit aussi à habiter une cabane, et plus tard les maisons qu'on lui prêtait ; il consentit même à adoucir son régime : il usa de pain pour ne pas abréger témérairement le terme de sa vie ou plutôt de sa pénitence. Il employa encore plus de discrétion et de prudence envers les personnes qui avaient recours à lui, surtout envers la mère du célèbre Théodoret, dont nous raconterons la vie après celle-ci ; et cette vertueuse femme se crut redevable à Macédone de son enfant. Ce fut par ses prières qu'elle l'obtint de Dieu et qu'elle fut garantie d'un accident très-grave pendant qu'elle le portait dans son sein. Non content de ces deux faveurs, le bon Solitaire voulut bien se charger de la première éducation de cet illustre enfant. En retour, c'était la mère de Théodoret qui fournissait ordinairement à notre Saint le peu d'orge qu'il mangeait depuis si longtemps.

Il me reste à dire, de toutes les actions de Macédoine, la plus digne d'admiration. Le peuple d'Antioche, irrité par un nouvel impôt que Théodose avait été obligé de lever comme subside extraordinaire, s'était emporté à de grands excès : pour se venger de Théodose, leur empereur, les plus mutins de la populace se jetèrent sur les statues du prince et de l'impératrice Flaccile, morte en odeur de piété dix-huit mois auparavant, les renversèrent et les traînèrent ignominieusement par les rues. Théodose, à la nouvelle de cet outrage, résolut d'abord de faire passer tous les habitants d'Antioche, y compris les femmes et les enfants, au fil de l'épée. Revenu à des sentiments plus humains, il envoya pourtant Elébech, général de ses armées, et Césaire, préfet du prétoire, afin de réprimer ce désordre par les menaces et l'effroi. Tout tremble à leur approche, on croit que c'en est fait d'Antioche. Mais il restait pour sauver la ville l'éloquence de saint Chrysostome, le dévouement de l'évêque Flavien et la sainte hardiesse du solitaire Macédone.

Comme dans tous les temps de calamité, les solitaires arrivent prêter leur assistance aux habitants, Macédone est de ce nombre. Lui qui n'a aucune expérience du monde, qu'on croirait incapable de tout commerce avec les hommes, s'avance avec une étonnante fermeté vers les lieutenants de l'empereur, les arrête tous deux en prenant l'un par son manteau et leur commande de descendre de cheval. Irrités d'une pareille audace, ils s'arrêtent en effet, autant par indignation que par surprise, à la vue de ce petit vieillard si mal vêtu, si négligé, et qui leur parle d'un ton de maître, comme s'il était au-dessus d'eux, au-dessus de l'empereur. Mais quelques-uns des témoins de cette scène leur ayant dit qui était cet homme si extraordinaire, et le même esprit qui avait remué la langue de Macédone leur touchant le cœur, ils descendent de cheval, embrassent ses genoux et lui font mille excuses de ne l'avoir pas connu d'abord.

Le Saint leur tint un discours plein de sagesse, de force et de douceur. Il les pria de dire à l'empereur de sa part : « Qu'il devait se souvenir qu'il était homme aussi bien qu'empereur, et qu'ainsi il fallait dans toute sa conduite avoir autant d'égard à la nature humaine qu'à la dignité impériale, ayant à commander à des sujets qui étaient hommes comme lui. La nature des hommes ayant été créée à l'image de Dieu même, de qui elle porte le caractère et la ressemblance, Théodose ne devait pas ordonner si facilement qu'on détruisit cette image de Dieu par des meurtres. Il pouvait juger de Dieu par lui-même, puisque ce qui l'irritait si fort n'était autre chose qu'une injure faite à ses statues. Cependant il n'y a point d'homme de bon sens qui ne sache combien une image de Dieu, une statue vivante et raisonnable, est plus noble qu'une statue insensible et inanimée. Enfin, il serait aisé à ceux d'Antioche de lui rendre plusieurs statues de métal au lieu de celles qu'ils avaient renversées ; mais il lui serait absolument impossible, tout puissant prince qu'il était, de former seulement un cheveu de la tête de ces images de Dieu, quand une fois il les aurait détruites ».

Ce discours, prononcé en syriaque, frappa Elébech et Césaire, quand ils se le firent interpréter en grec. Car ces paroles étaient produites par l'esprit de Dieu qui remplissait le Solitaire de sa grâce : il n'eût pas été possible autrement qu'un homme, sans aucune connaissance des lettres, nourri dans les champs, vivant comme un sauvage sur les montagnes désertes, d'ailleurs étrangement simple, ignorant même les saintes Écritures, pût dire des choses belles jusqu'au sublime. Les deux officiers transmirent à l'empereur ce langage qui servit beaucoup à le toucher et à l'adoucir.

Après ce mémorable service rendu à la ville d'Antioche, Macédone rentra dans sa solitude, où il mena la même vie qu'auparavant, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de le retirer de la terre. Il mourut vers l'an 420, sous le règne de Théodose le Jeune, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, dont il avait passé soixante-dix dans la pénitence. Son corps reçut de la part des hommes tous les honneurs qu'on peut rendre à la vertu : il fut porté dans la ville, avec un concours surprenant de Syriens et d'étrangers, sur les épaules des premiers magistrats et enseveli avec grande solennité dans l'église des Martyrs, auprès des deux illustres solitaires saint Aphraate et saint Théodose.

Quoique le Martyrologe romain ne fasse pas mention de saint Macédone, comme l'Église grecque en fait mémoire le 24 de janvier et que sa vie est des plus extraordinaires, des plus intéressantes, nous devions l'ajouter au Recueil du P. Gley.

SAINT MACÉDOINE, PRÊTRE D'ANTIOCHE.

[ANNEXE: NOTICE SUR LA VIE ET LES ÉCRITS DE THÉODORET.]

Théodoret, que quelques auteurs, D. Cuillier entre autres, qualifient de Bienheureux, naquit à Antioche vers l'an 393. Ses parents, qui l'avaient consacré à Dieu dès avant sa naissance, le firent élever avec soin dans la connaissance des langues grecque, hébraïque et syriaque. Il se retira, encore fort jeune, dans un monastère voisin d'Apamée, après avoir distribué aux pauvres les biens considérables qui lui étaient revenus par la mort de son père et de sa mère. On l'en tira de force en 423, pour l'élever sur le siège épiscopal de Cyr ; c'était une petite ville située en un lieu désert de cette partie de la Syrie nommée Euphratésiène. Le nouvel évêque travailla avec le plus grand succès à la conversion des Marcionites, des Ariens et des autres hérétiques de son diocèse, où l'on comptait huit cents églises ou paroisses, comme il nous l'apprend lui-même dans sa lettre CXXX, p. 987. Quoique qu'il n'eût que des revenus modiques, il ne laissa pas de trouver le moyen de soulager les pauvres, d'enrichir les églises, et de faire construire des ouvrages qui contribuèrent à l'embellissement et à la commodité de la ville de Cyr.

Il était lié d'amitié avec Nestorius et avec Jean d'Antioche. Il se trouva dans cette ville lorsqu'on remit à Jean les lettres que le pape Célestin et saint Cyrille d'Alexandrie lui écrivaient contre Nestorius. Il fut d'avis, comme les autres évêques, que Jean écrivit au souverain Pontife pour l'exhorter à faire cesser les bruits qui couraient sur son compte ; ce qui fut fait de telle sorte que la lettre de Jean ne contenait rien qui ne s'accordât parfaitement avec la doctrine catholique. Quelque temps après, saint Cyrille écrivit encore à Nestorius, et joignit à sa lettre douze anathématismes contre les erreurs de cet hérésiarque : mais elle ne plut ni à Jean ni à Théodoret. L'évêque d'Antioche crut même apercevoir l'hérésie d'Apollinaire dans les anathématismes dont quelques phrases manquaient d'une certaine clarté. Il engagea d'abord Théodoret à en entreprendre la réfutation ; ce qu'il fit, mais avec trop d'aigreur. Ils refusèrent tous deux, ainsi que les autres évêques orientaux, de prendre séance au concile général tenu à Éphèse en 431, parce qu'on y avait condamné Nestorius avant leur arrivée ; ils poussèrent même les choses si loin qu'ils excommunièrent saint Cyrille et firent un schisme. Le P. Garnier, celui de tous les modernes qui s'est le plus fortement déclaré contre Théodoret, accuse encore ce Père de plus de cent autres choses à ce sujet : mais il a été justifié par Tillemont et par plusieurs célèbres critiques. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne garda point les règles de la modération dans ses écrits contre saint Cyrille. Il suffira, pour s'en convaincre, de lire les ouvrages qu'il composa pendant le feu de la dispute, surtout quelques-unes de ses lettres, et les fragments de son *Pentalogue*, ainsi intitulé parce qu'il était divisé en cinq livres.

Saint Cyrille ayant donné une exposition claire de sa foi dans une lettre à Acace de Bérée, Théodoret le reconnut pour catholique, en prouva même sa catholicité dans les lettres qu'il écrivit à Nestorius et à Alexandre d'Hiéraple, son métropolitain, et le plus ardent de tous les ennemis du Saint. Jean d'Antioche et plusieurs autres évêques se réconcilièrent avec le patriarche d'Alexandrie vers le mois d'avril de l'an 433. Quant à Théodoret, il refusa toujours de condamner la personne de Nestorius ; mais cela n'empêcha pas saint Cyrille et Jean d'Antioche de communiquer avec lui. Le premier, ainsi que saint Proclus et tous les évêques d'Occident, ayant ainsi condamné les écrits de Théodore de Mopsueste, dans lesquels Nestorius avait puisé sa principale erreur, Théodoret reprit la plume contre saint Cyrille. Il nous reste encore des fragments de son ouvrage, rapportés dans le cinquième concile général. On ne voit point que cette dispute ait eu d'autres suites. Au reste, toutes les semences du schisme furent étouffées par le silence et la modération de saint Cyrille, qui mourut au mois de juin de l'an 444, et eut pour successeur Dioscore, eutycheien. Outre l'aigreur qu'on remarque dans les écrits de Théodoret contre le saint patriarche d'Alexandrie, on y trouve aussi des expressions qui favorisent le nestorianisme et qui, comme telles, furent condamnées par le cinquième concile général. Mais les sentiments de Théodoret furent toujours orthodoxes, comme l'ont démontré Tillemont, *XV*, p. 253, le P. Alexandre Graveson, etc.

Théodoret s'étant attiré la haine des Eutychiens par le zèle avec lequel il attaqua Eutychès et Dioscore d'Alexandrie, ces hérétiques prononcèrent contre lui une sentence de déposition dans le conciliabule d'Éphèse. L'empereur Théodose le Jeune, prévenu contre ce Père, lui défendit de sortir de son diocèse ; et, loin de lui accorder la permission d'aller se justifier à Rome, il le relégua, en 450, dans le monastère voisin d'Apamée dont nous avons parlé plus haut : mais cette injuste persécution cessa sous l'empereur Marcien, qui rendit la liberté à Théodoret. Il resta par choix dans le monastère, et n'en sortit que quand le pape saint Léon lui manda de se rendre au concile de Chalcédoine. Il présenta, dans la septième session, tenue le 26 octobre 451, une requête pour demander qu'on examinât ses écrits et sa foi. Ceux des Pères qui étaient prévenus contre lui répondirent que cet examen était inutile et que Théodoret n'avait qu'à dire anathème à Nestorius ; ce qu'il fit à la fin. Alors le concile déclara qu'il était catholique et digne de son siège (huitième session). L'année suivante, l'empereur Marcien cassa l'édit porté par Théodose, et Théodoret retourna à Cyr, où il mourut vers l'an 458. Il s'était ouvertement déclaré contre le nestorianisme dès sa naissance, comme on le voit par la lettre qu'il écrivit à Nestorius, de concert avec Jean d'Antioche, et qui est rapportée dans le tome III des Conciles, p. 394. Il est vrai que son opiniâtreté à défendre la personne de cet hérésiarque lui fit faire des fautes ; mais il les effaça par un retour aussi sincère qu'édifiant. Il a toujours été compté parmi les plus illustres Pères de l'Église ; et il le mérite autant par ses éminentes vertus que par l'étendue de ses connaissances, la pénétration de son esprit et la beauté de son génie. Théodoret a laissé plusieurs écrits dont voici la liste :

1° Les commentaires intitulés : *Questions choisies sur les endroits difficiles de l'Écriture sainte*. Ce Père y explique la lettre du texte sacré d'une manière solide et concise ; mais on y chercherait en vain ce riche fonds de morale qu'on trouve dans saint Chrysostome. On estime particulièrement les commentaires sur les prophètes.

2° *L'Histoire ecclésiastique*, divisée en cinq livres. Elle commence où finit celle d'Eusèbe, c'est-à-dire à l'an 324, et va jusqu'à l'an 429. Photius, cod. XXXI, la préfère, quant à la partie du style, qui est clair, noble et concis, aux histoires d'Eusèbe, de Socrate, d'Évagre et de Sozomène. Il serait seulement à souhaiter que Théodoret eût marqué avec exactitude les dates et les années des événements qu'il rapporte.

3° *L'Histoire religieuse en Philothée*, c'est-à-dire l'histoire des amis de Dieu. Elle contient les vies de trente solitaires qui vivaient du temps de Théodoret. Ce Père avait été témoin oculaire de plusieurs des miracles qu'il dit avoir été opérés par le signe de la croix, avec de l'eau et de l'huile bénites. Quant à ceux qu'il n'avait pas vus de ses propres yeux, ils étaient si notoires qu'on ne pouvait en contester la vérité.

4° *Des Lettres*, qui sont au nombre de cent quarante-six.

5° L'ouvrage intitulé : *Erémite en Polymorphe*. Ce sont trois dialogues contre les Eutychiens. Erémiste veut dire *quêteur*, et Polymorphe, qui a plusieurs formes. Théodoret donna ce titre à son ouvrage, parce que l'hérésie qu'il combattait était un composé des erreurs de Marcion, de Valentin, d'Apollinaire et d'Artus. Il a intitulé le premier dialogue, *immanable*, parce qu'il y fait voir que le Verbe en se faisant chair n'a point changé ; le second, *non confus*, parce qu'il y prouve qu'en Jésus-Christ la nature divine et la nature humaine sont réellement distinctes l'une de l'autre ; le troisième, *impassible*, parce qu'il y démontre que la divinité est essentiellement impassible. Ces trois dialogues furent écrits vers l'an 447, puisque Théodoret y réfute Eutychès, sans toutefois le nommer. Saint Cyrille y est compté parmi les docteurs catholiques qui avaient paru peu auparavant dans l'Église et parmi les grandes lumières qui avaient éclairé le monde ; ce qui montre évidemment qu'il était mort alors et que, de plus, si Théodoret avait poursuivi la personne du saint Patriarche, il reconnaissait au moins sa doctrine pour la bonne.

6° *La démonstration par syllogismes*. Théodoret, dans cet ouvrage, se propose le même but que dans le précédent.

7° *Les Fables des hérétiques*. C'est une histoire des anciennes hérésies, divisée en cinq livres. Théodoret la composa à la prière de Sporace, l'un des commissaires de l'empereur au concile de Chalcédoine, lequel fut consul en 452. Il s'élève fortement dans le quatrième livre contre Nestorius, dont il avait d'abord pris le parti avec tant de chaleur.

8° *Les dix Sermons sur la Providence* sont ce qu'il y a de mieux dans l'antiquité sur cette matière : ils supposent un auteur très-versé dans la connaissance de la philosophie. On y trouve du choix dans les pensées, de la suite et de la force dans les raisonnements, de la noblesse dans les expressions, de l'élégance et de la netteté dans le style. Théodoret dit qu'il les composa pour donner une preuve de son amour à Dieu, notre commun père et notre souverain Seigneur. On ne peut manquer de bien faire, lorsqu'à un motif si pur on joint les plus heureux talents.

9° Les douze discours de la guérison des préjugés des Grecs contiennent une excellente apologie de notre foi contre les idolâtres, et vont presque de pair avec les précédents. On y trouve des choses très-curieuses sur la théologie des anciens païens, sur l'impiété de leurs philosophes et sur les vices par lesquels ils déshonoraient leur profession. Il est prouvé dans le huitième, intitulé *des martyrs*, que le culte rendu aux saints par les chrétiens diffère essentiellement de celui que l'on rendait aux idoles. Théodoret montre, avec autant d'élégance que de solidité, en quel sens les martyrs reçus dans le ciel sont nos protecteurs auprès de Dieu, et les médecins de nos corps et de nos âmes : « Les villes », dit-il, « qui possèdent la plus petite partie de leurs reliques les regardent comme leurs gardiens, et obtiennent de grandes grâces par leur intercession. On donne leurs noms aux enfants pour les mettre sous leur protection, on suspend devant leurs châsses des yeux, des pieds, des mains d'or ou d'argent, comme des monuments publics qui marquent l'espèce de maladie dont on a été guéri ; on passe leur fête à prier, à chanter les divins cantiques, et à entendre la parole de Dieu ». Il y a dans les autres écrits de Théodoret cent passages aussi formels qui établissent le culte des saints et la vénération des reliques. Le même auteur relève encore la vertu du signe de la croix, qu'il dit, *ser. 6* de *la Providence*, être respecté de tous les chrétiens grecs, romains et barbares. Il rapporte, dans son histoire, Liv. III, c. 4, que Julien l'Apostat ayant fait le signe de la croix dans un mouvement de crainte indélibéré, mit en fuite les démons qu'un de ses magiciens avait provoqués.

Théodoret avait encore composé d'autres ouvrages, qui ne sont point parvenus jusqu'à nous, tels que le *Pentalogue*, le livre *sur la Virginité*, le livre contre Eutychès et Nestorius, dont parle Gennade, c. 89, et Marcellin, sous l'an 466, le livre contre les Juifs, etc.

Une bonne édition de ses ouvrages est celle qui fut donnée à Paris en 1642, en 4 vol. in-fol. Le P. Garnier, jésuite, avait préparé un cinquième volume sous le titre d'*Auctuarium ou Addition*; mais sa mort, arrivée le 22 octobre 1681, l'empêcha de le publier. Le P. Hardouin le fit imprimer en 1684, et mit à la tête la vie de son docte confrère. Il contient des lettres et des discours de Théodoret, avec de longues dissertations de l'éditeur sur le nestorianisme. Le P. Sirmond, plus équitable que le P. Garnier, a rendu plus de justice à l'évêque de Cyr ; il estime surtout ses commentaires, où le mérite de la brièveté se trouve réuni à celui de la clarté. Photius, qui était si bon juge, loue dans Théodoret la fécondité du génie, la pureté du langage, le choix des expressions, la propriété et la politesse du style, et le talent singulier de rendre chaque chose d'une manière noble et appropriée au sujet; il lui reproche seulement de se servir quelquefois de métaphores trop hardies; il donne sa méthode de commenter l'Écriture par de courtes notes comme un modèle achevé en ce genre; il dit encore que ce Père supprime par humilité tous les termes et toutes les citations qui sentent trop l'homme érudit, et qu'il évite toutes les digressions étrangères à son sujet.

La *Patrologie grecque* de M. Migne donne dans les tomes LXXX à LXXXV l'édition publiée par Scholos à Halle, de 1769 à 1774 : c'est la reproduction de l'édition grecque et latine de Sirmond et Garnier avec des corrections, l'intervention dans l'ordre des matières, des préfaces, des glossaires, des tables, etc.

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## SAINT ARTÈME, ÉVÊQUE DE CLERMONT (394).

Pendant que saint Népotien, quatrième évêque de Clermont, gouvernait l'Église d'Auvergne, des ambassadeurs, partis de Trèves et se rendant en Espagne, traversèrent Clermont. L'un d'eux, Artème, jeune homme beau et distingué par son esprit, fut saisi d'une fièvre violente, qui l'obligea de s'arrêter dans cette ville, tandis que ses compagnons continuèrent leur voyage. Il était fiancé avec une jeune fille de Trèves, sa ville natale. Saint Népotien visita le jeune étranger dans sa maladie, et le mal empirant jusqu'à faire craindre pour sa vie, il lui conféra le dernier sacrement ; mais à peine Artème eut-il reçu l'onction sainte, qu'il se sentit miraculeusement rendu à la santé. Alors, écoutant les conseils du saint évêque et oubliant sa fiancée comme ses richesses, il s'unit à la sainte Église, devint clerc, et bientôt parvint à une si grande sainteté, qu'il fut élu pour succéder à saint Népotien et pour être le pasteur des bergeries du Seigneur. Il fit faire de grands progrès à l'Évangile pendant son épiscopat. Il partit joyeux et content de ce monde l'an 394. Il se fit beaucoup de miracles à son tombeau. Ses reliques furent transférées d'abord en une église bâtie en son honneur du côté de Saint-Allyre, et plus tard dans la cathédrale de Clermont, où elles furent déposées sur le maître-autel.

Le 20 février 1873, M. l'abbé Noëllet, chanoine honoraire, secrétaire de l'évêché de Clermont, a eu l'extrême obligeance de nous communiquer sur le culte et les reliques de saint Artème, les intéressants renseignements qui suivent :

« Saint Artème, un des saints les plus populaires en Auvergne, avait autrefois une église, dit Dufroisse dans son livre : *Origine des églises de France*, sise au quartier du Pont de la Pierre, dans le faubourg Saint-Allyre. Son saint corps fut transféré de cette église à la cathédrale et mis dans une châsse sur l'autel de la Sainte-Trinité, derrière le maître-autel. On ne le descend que pour des besoins pressants et pour la préservation du feu.

« Les sapeurs-pompiers de Clermont ont choisi depuis longtemps saint Artème pour leur patron, et chaque année, le dimanche qui suit le 14 janvier, ils assistent à une messe dite pour eux à la cathédrale. Quelques parcelles des reliques de ce saint évêque ont échappé à l'impiété des révolutionnaires. La cathédrale en possède un fragment de la grosseur du pouce ; il est enfermé dans un reliquaire moderne, et on l'expose pendant l'Octave à la vénération des fidèles. L'église de Saint-Artème n'existe plus ».

La même lettre répondait à diverses questions que nous avions pris la liberté de poser au sujet de saint Vénérand, de saint Léobard et de saint Avit II, dont nous donnons les notices le 18 janvier pour les deux premiers, et le 21 pour le dernier. Nous ajoutons ici la réponse de M. Noëllet :

cette addition, pour n'être pas à sa place, n'en aura pas moins le mérite de renseigner, et de redresser ce qui n'est plus exact dans les ouvrages hagiographiques du diocèse de Clermont.

Or, « il ne reste absolument rien des reliques de saint Vénérand dans l'église de Saint-Allyre et de celles de saint Léobard dans celle de Saint-Paul ; elles ont été profanées en 1793 et dispersées. Quant aux églises de Saint-Allyre et de Saint-Paul elles-mêmes, il n'en reste pas pierre sur pierre ; l'emplacement de cette dernière, qui est la même que celle de Saint-Pierre, a été couvert en marché aux légumes.

« Les reliques de saint Avit II ont eu le sort des précédentes, elles ont péri dans la tempête révolutionnaire du dernier siècle. L'église de Saint-Vénérand est détruite ; quelques vieux pans de murs qui restent, forment la chapelle sépulcrale du couvent des Ursulines, autrefois des bénédictins de Saint-Allyre ».

Événements marquants

  • Accession au siège d'Antioche en 237
  • Refus d'entrée dans l'église à l'empereur Philippe pour ses crimes
  • Arrestation sous la persécution de Dèce en 250
  • Mort en prison des suites de mauvais traitements
  • Translation des reliques à Daphné par le césar Gallus
  • Translation forcée des reliques vers Antioche sous Julien l'Apostat en 362

Miracles

  • Silence imposé au démon du temple d'Apollon par la présence de ses reliques
  • Destruction du temple d'Apollon par la foudre après le retrait de ses reliques

Citations

Que tous ceux qui adorent les ouvrages de sculpture et se glorifient de leurs idoles soient couverts de confusion !

— Psaume chanté lors de la translation des reliques