Saint Basile le Grand (Archevêque de Césarée)

Archevêque de Césarée, Docteur de l'Église

Fête : 14 juin 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Né en 329 dans une famille de saints, Basile le Grand fut un géant de l'Église du IVe siècle, alliant une érudition classique immense à une vie monastique austère. Archevêque de Césarée, il défendit avec une intrépidité héroïque la foi de Nicée contre l'arianisme impérial. Fondateur du monachisme oriental et de vastes institutions charitables, il reste l'un des plus grands docteurs et orateurs de la chrétienté.

Biographie

S. BASILE LE GRAND, ARCHEVÊQUE DE CÉSARÉE

DOCTEUR DE L'ÉGLISE

329-379. — Papes : Saint Sylvestre Ier; saint Damase. — Empereurs : Constantin Ier; Gratien.

Clades illi et calamitates erat quod non expeci posset maius pro veritate certamine imiteri.

Il regrettait profondément une chose, c'était de ne pouvoir endurer plusieurs martyrs pour la défense de la vérité.

S. Grég. de Max., Orais. funèbre de saint Basile.

Saint Basile, d'une famille où la sainteté semblait héréditaire, naquit à Césarée, métropole de la Cappadoce, vers la fin de l'année 329. Ceux dont il avait reçu le jour étaient nés aussi dans le même pays. Son père cependant était originaire du Pont, et ses ancêtres y avaient joui longtemps d'une haute considération. Sainte Macrine fut son aïeule paternelle. Cette sainte et son mari, dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous, furent dépouillés de leurs biens et souffrirent de cruelles tortures pour la foi, sous le règne de Maximin II, en 331. Ayant une autre fois pris la fuite pour se soustraire aux recherches des persécuteurs, ils restèrent sept ans cachés dans les forêts du Pont, où Dieu, selon saint Grégoire de Nazianze, pourvut miraculeusement à leur subsistance.

Saint Basile l'Ancien et sainte Emmélie, dont Dieu se servit pour donner au monde le saint archevêque de Césarée, se rendirent recommandables par la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Le ciel bénit leur mariage par la naissance de dix enfants. Il y en eut neuf qui lui survécurent et qui tous se distinguèrent par une sainteté éminente; ceux qui restèrent dans le monde, dit saint Grégoire de Nazianze, parurent ne le pas céder en piété à ceux qui embrassèrent l'état de virginité pour se consacrer plus parfaitement au service de Dieu. Sainte Macrine était l'aînée de tous ces enfants; elle aida sa mère dans l'éducation de ses frères et de ses sœurs, et travailla de concert avec elle à leur inspirer de vifs sentiments de religion. Il y avait quatre garçons : saint Basile, Naucrace, saint Grégoire de Nysse et saint Pierre de Sébaste.

Sainte Emmélie dut à ses prières la naissance de son fils Basile; mais à peine était-il au monde, qu'il causa de vives alarmes à la tendresse de sa famille. Il fut attaqué d'une maladie dangereuse que les médecins jugèrent incurable. Le rétablissement de sa santé fut regardé comme le fruit des prières que l'on avait faites pour lui. Nous apprenons ces particularités de saint Grégoire de Nysse.

On l'envoya, dès son enfance, chez sainte Macrine l'Ancienne, son aïeule, qui demeurait à la campagne, auprès de Néocésarée, dans le Pont : ce fut là qu'il puisa les premiers principes de vertu. « Je n'ai jamais oublié », disait-il depuis, « les fortes impressions que faisaient sur mon âme encore tendre les discours et les exemples de cette sainte femme ». Son père, qui passait la plus grande partie de sa vie dans le Pont, et qui était l'ornement de cette

province, autant par sa piété que par son éloquence, se chargea lui-même de lui enseigner les premiers éléments de la littérature ; et il le fit jusqu'à sa mort, arrivée peu de temps après la naissance de saint Pierre de Sébaste. Le jeune Basile fut alors envoyé à Césarée, où les sciences étaient très-florissantes ; il s'y distingua au-dessus de ceux de son âge par la rapidité de ses progrès, et il s'attira en même temps par sa régularité et par sa ferveur l'admiration de toutes les personnes qui le connaissaient. Il était, dit saint Grégoire de Nazianze, « au-dessus de son âge par son instruction, au-dessus de son instruction par la fermeté de ses mœurs : rhéteur parmi les rhéteurs, même avant de s'asseoir devant les chaires des sophistes ; philosophe avant les dogmes de la philosophie, et, ce qu'il y a de plus grand, prêtre pour les chrétiens avant le sacerdoce ».

Les plus habiles maîtres de Césarée n'ayant plus rien à lui apprendre, ses parents le firent partir pour Constantinople, où Libanius, le plus célèbre rhéteur de son temps, et l'un des premiers hommes de l'empire, donnait des leçons publiques avec un applaudissement universel. Ce grand maître sut distinguer Basile dans la foule de ses disciples ; il ne pouvait se lasser d'admirer en lui les plus heureuses dispositions pour les sciences, jointes à une modestie rare et à une vertu extraordinaire. Il dit, dans ses épîtres, qu'il se sentait comme ravi hors de lui-même toutes les fois qu'il entendait Basile parler en public. Il entretint toujours depuis avec lui un commerce de lettres, et il ne cessa de lui donner des marques de cette haute estime et de cette vénération profonde qu'il avait conçues pour son mérite. De Constantinople, Basile se rendit à Athènes, dans le dessein d'y puiser de nouvelles connaissances. Cette ville avait toujours été regardée comme le temple des muses depuis Périclès. On s'y rendait de toutes parts pour se former à cette pureté de langage et à cette élégance antique qui ont rendu si célèbres les bons écrivains de la Grèce.

Libanius, païen de religion, enseigna la rhétorique à Constantinople, à Nicomédie et à Antioche. Il fut singulièrement honoré de Julien l'Apostat. Il servait à l'empereur Théodose, qui l'éleva à la dignité de préfet du prétoire. Nous avons encore de lui des Épîtres, des Oraisons et des Dictionnaires, où l'on trouve de fréquentes invectives contre l'empereur Constantin le Grand et contre la religion chrétienne.

Libanius, op. S. Basil., Ep. 145, 152.

Saint Basile fait une excellente remarque dans son traité *de Legendis gentilium libris*. L'Écriture et les maximes de la vie ébranlent doivent, dit-il, faire la principale étude des chrétiens ; mais il ne faut pas conclure de là que l'éloquence et les autres parties de la littérature leur soient inutiles ; on doit au contraire les regarder comme les feuilles qui servent aux fruits d'ornement et de protection. Partant de ce principe, il veut que l'on prépare la jeunesse à l'étude sublime des oracles sacrés, par la lecture réfléchie des meilleurs poètes et des meilleurs orateurs de l'antiquité profane ; il ordonne en même temps que l'on use de discrétion dans le choix des livres que l'on met entre les mains des jeunes gens. On doit, ajoute-t-il, leur interdire absolument tous ceux où il se trouverait des exemples et des maximes capables de leur corrompre le cœur.

Julien l'Apostat sentait mieux que personne l'utilité que notre religion retirait de l'étude des belles-lettres ; il jugeait qu'il lui serait impossible d'anéantir le christianisme, comme il se l'était proposé, tant qu'il aurait pour défenseurs les plus savants hommes de l'empire, tels qu'un saint Athanase, un saint Grégoire de Nazianze, un saint Hilaire, un Théodore de Tarse, un Apollinaire. Ce fut ce qui le porta à défendre aux chrétiens d'enseigner la grammaire, l'éloquence et la philosophie. Les Pères ne furent pas les seuls qui regardèrent cet édit comme un acte toxique de tyrannie ; les païens en portèrent le même jugement. On peut voir ce qu'en dit Ammien-Marcellin, qui était de la religion de Julien, et le panégyriste de ce prince, l. xxii, c. 10 ; l. xxv, c. 4. On lira aussi avec beaucoup de satisfaction ce qui concerne ce trait d'histoire, dans l'Histoire du Bas-Empire, par Le Beau, l. xii, n. 24, t. iii, p. 171.

Cet historien observe, d'après le témoignage des Pères et des historiens contemporains, que Julien donna un second édit, par lequel il était défendu aux chrétiens de lire les auteurs profanes. Pour suppléer à cette perte, Apollinaire et saint Grégoire de Nazianze composèrent des poèmes sur des sujets de piété ; mais on ne s'était pas dédommagé des chefs-d'œuvre de l'antiquité par des ouvrages faits à la hâte, quelques beautés qu'ils pussent d'ailleurs renfermer.

14 JUIN.

Ce fut en 352 que saint Basile arriva à Athènes. Il y trouva saint Grégoire de Nazianze, avec lequel il avait formé à Césarée la liaison la plus intime. Comme celui-ci connaissait déjà les mœurs des Athéniens, il donna de sages avis à son ami, et disposa tous les esprits à le bien recevoir. La gravité de Basile, jointe à l'idée avantageuse que l'on avait conçue de lui, le préserva des mauvais traitements auxquels les nouveaux venus étaient toujours exposés de la part de ceux qui fréquentaient les écoles publiques.

L'amitié de nos deux Saints était bien différente de celle des jeunes gens, qui n'est fondée d'ordinaire que sur l'intérêt ou l'amour du plaisir. Ils s'aimaient, parce qu'ils s'estimaient et se respectaient mutuellement. Il y avait d'ailleurs en eux une admirable conformité de penchants et une ardeur égale pour l'acquisition de la vertu et des sciences. Leur unique objet était de se consacrer parfaitement au service de Dieu ; et, pour parvenir à cette grande fin, ils saisissaient toutes les occasions de s'animer et de se soutenir l'un et l'autre : mais comme il peut se glisser des abus dans les amitiés même les plus saintes, ils étaient continuellement sur leurs gardes, afin de ne pas tomber dans les pièges de l'ennemi. Ils priaient assidûment, et vivaient dans une mortification continue de leurs sens. À juger d'eux par la gravité de leur conduite, on les aurait pris pour des anges dénués de corps. Avec cette vigilance sur eux-mêmes, ils trouvaient dans leur amitié réciproque mille consolations et mille moyens pour s'entr'exciter à la pratique du bien. Ils demeuraient ensemble et avaient une table commune. Leur union n'était jamais interrompue par la diversité des sentiments, et ils paraissaient n'avoir qu'une même volonté. L'esprit de propriété ne régnait point parmi eux. Dans toutes leurs actions, ils n'envisageaient que la gloire de Dieu : c'était là qu'ils rapportaient leurs travaux, leurs études, leurs veilles, leurs jeûnes et généralement l'emploi de toutes les facultés de leur âme.

Mais inutilement auraient-ils apporté les précautions dont nous venons de parler, pour mettre leur innocence à l'abri du danger, s'ils n'eussent été fidèles à éviter les mauvaises compagnies. C'est la remarque que fait saint Grégoire de Nazianze. « Nous n'avions », dit-il, « aucune liaison avec les étudiants qui montraient de la grossièreté, de l'impudence et du mépris pour la religion : nous ne fréquentions que ceux qui étaient paisibles et réguliers, que ceux dont la conversation pouvait nous être profitable. Nous nous étions persuadés que c'était une illusion de se mêler avec les pécheurs sous prétexte de travailler à les convertir, et que nous devions toujours craindre qu'ils ne nous communiquassent leur poison ».

Saint Grégoire de Nazianze ajoute, en parlant de lui et de son ami : « Nous ne connaissions que deux rues de la ville : l'une conduisait à l'église et aux ministres sacrés qui y célébraient les divins mystères et nourrissaient le troupeau de Jésus-Christ du pain de vie ; l'autre, pour laquelle nous n'avions pas à beaucoup près la même estime, conduisait aux écoles publiques et chez ceux qui nous enseignaient les sciences. Nous laissions aux autres les rues par lesquelles on allait au théâtre, aux spectacles et aux lieux où se donnaient les divertissements profanes. Notre sanctification faisait notre grande affaire ; notre unique but était d'être appelés et d'être effectivement chrétiens : c'était en cela que nous faisions consister toute notre gloire ».

Saint Basile se rendit fort habile dans la connaissance des différentes parties de la littérature. Il savait que cette connaissance contribue beau-

coup à étendre les facultés de l'esprit, et qu'elle est absolument nécessaire à quiconque veut exceller en quelque science, surtout dans l'art oratoire, qui était en grande estime chez les Grecs et chez les Romains. Ayant dessein, ainsi que son ami, de se mettre en état de servir utilement l'Église, ils s'appliquèrent l'un et l'autre à se perfectionner dans la véritable éloquence.

Saint Basile excellait aussi dans la philosophie, dans la poésie et dans les autres parties de la littérature. Pour peu qu'on lise attentivement ses écrits, et surtout son livre de la Création ou de l'ouvrage de six jours, qu'il a intitulé *Hexaëmeron*, on reconnaîtra qu'il avait sur l'histoire naturelle des idées plus justes et des connaissances plus étendues qu'Aristote, malgré les secours que procuraient à celui-ci les trésors d'Alexandrie. Il possédait si supérieurement la dialectique et l'art d'enchaîner les conséquences aux principes, qu'on ne pouvait résister à la force de ses raisonnements ; ils étaient si liés et si pressants, selon saint Grégoire de Nazianze, qu'on aurait eu plus de peine à s'en débarrasser qu'à sortir d'un labyrinthe. Il prit une teinture générale de la géométrie, de la médecine, et d'autres sciences semblables, étant persuadé avec raison que sans cette teinture on ne peut guère exceller dans aucun art en particulier ; mais il méprisa tout ce qui était inutile à un homme uniquement dévoué à la défense et à la gloire de la religion. En mettant ainsi des bornes à sa curiosité, dit saint Grégoire de Nazianze, il ne se montra pas moins admirable pour ce qu'il négligea dans les sciences que pour ce qu'il en apprit. Le cours de ses études préliminaires étant achevé, il s'appliqua sérieusement à méditer l'Écriture, cette source inépuisable de sentiments et de connaissances qui élèvent l'homme jusqu'au ciel. Il lisait aussi les ouvrages des Pères de l'Église avec beaucoup d'assiduité. Par tous ces moyens réunis, il amassa un riche trésor de sciences, et se rendit capable d'exercer, avec cette supériorité que l'on connaît, l'important ministère de la parole divine, et de contribuer avec une force merveilleuse à l'avancement de la piété dans les âmes.

Basile fut bientôt regardé à Athènes comme un oracle qu'on devait consulter sur les sciences, soit divines soit humaines. Les étudiants et les maîtres de cette ville, pleins d'estime pour son mérite, employèrent toutes sortes de moyens pour le fixer parmi eux ; mais ils ne purent y réussir : Basile crut qu'il était comptable à sa patrie des talents que Dieu lui avait donnés. Ayant donc laissé son cher Grégoire à Athènes, il en partit en 355 pour se rendre à Césarée en Cappadoce, où Grégoire ne tarda pas à le suivre. Quoiqu'il fût jeune encore, il ouvrit dans cette ville une école de rhétorique. Ses amis le déterminèrent aussi à faire partie du barreau : car c'était par ces deux voies que les orateurs et les personnes de qualité commençaient à se faire connaître et se perfectionnaient dans l'éloquence.

Déjà la philosophie avait élevé Basile au-dessus de l'ambition, et il ne se sentait que du mépris pour les places distinguées et pour tous les vains avantages qu'il pouvait se promettre dans le monde. Toujours il avait mené une vie fort régulière et ne s'était occupé qu'à chercher le royaume de Dieu ; mais l'accueil honorable qu'on lui fit dans son pays, joint aux applaudissements qu'il recevait de toutes parts, l'exposa à une tentation bien délicate, à celle de la vaine gloire. Il ne se fut pas plus tôt aperçu du danger qu'il courait, que la frayeur s'empara de son âme. Peu de temps après, il résolut de renoncer entièrement au monde, afin de s'éloigner davantage du précipice sur le bord duquel il avait marché. Sainte Macrine, sa sœur, et saint Grégoire de Nazianze ne contribuèrent pas peu à l'affermir dans cette résolution. En lui représentant les avantages de la pauvreté volontaire,

ils firent naître en lui le mépris d'une gloire périssable et lui inspirèrent un désir ardent de tendre à la perfection. Basile, par leur avis, donna aux pauvres la plus grande partie de ses biens, et, semblable à un homme qui sort de léthargie, il commença à voir la lumière de la sagesse céleste, et à sentir tout le néant des choses créées. Dans ces dispositions, il se consacra aux travaux de la pénitence en embrassant l'état monastique. Libanius fut singulièrement frappé d'un si généreux mépris du monde, et il ne pouvait se lasser d'admirer la grandeur d'âme qui en était le principe.

Saint Basile et saint Grégoire de Nazianze mettent souvent l'éloquence au nombre des choses qu'ils abandonnèrent en renonçant au monde; mais par là ils entendent ce vain assemblage de fleurs et d'ornements qui n'ont d'autre effet que de charmer les oreilles. Peut-être parlent-ils de l'usage profane de l'éloquence, auquel on ne renonçait point à leur âge sans faire un grand sacrifice. Quoi qu'il en soit de leur pensée, on voit par leurs écrits qu'ils n'ont point condamné l'éloquence considérée en elle-même; et leur exemple servira toujours à confondre ceux qui, sous prétexte d'imiter la simplicité des Apôtres, annoncent la parole de Dieu avec une rusticité qui vient de leur paresse ou de leur ignorance.

Mais laissons parler saint Grégoire de Nazianze, et nous verrons ce qu'il pensait sur ce point. « Après avoir abandonné le monde », dit-il, « je ne me suis réservé que l'éloquence. Je ne me repens point des peines et des fatigues que j'ai essuyées tant sur mer que sur terre pour acquérir la connaissance de cet art; je voudrais, et pour moi et pour mes amis, que nous en possédions toute la force et toute la perfection ». Il dit dans un autre endroit : « Il ne me reste que l'éloquence de tout ce que j'ai possédé; je l'offre et la consacre entièrement à mon Dieu. La voix de ses commandements et l'impulsion de son esprit m'ont fait abandonner tout le reste, afin d'échanger ce que j'avais contre la pierre précieuse de l'Évangile. Je suis donc devenu, ou plutôt je souhaite avec ardeur devenir cet heureux marchand qui donne des biens périssables pour s'en procurer d'éternels : mais, en qualité de ministre de l'Évangile, je me dévoue uniquement au soin de le prêcher; voilà mon partage, et jamais je ne manquerai au devoir qui m'est imposé ».

Basile, après sa retraite, ne voulut plus vivre que pour Dieu. Persuadé que le nom de moine ne servirait qu'à sa condamnation, s'il ne remplissait fidèlement les obligations de son état, il entreprit, en 357, de voyager dans la Syrie, dans la Mésopotamie et dans l'Égypte. Son but était de visiter les moines et les ermites qui habitaient les déserts de ce pays, afin d'acquérir une connaissance parfaite des devoirs auxquels son nouveau genre de vie l'assujétissait. Il fut très-édifié en voyant ces saints solitaires, qui montraient par toute leur conduite qu'ils se regardaient comme étrangers sur la terre, et comme les citoyens du ciel. Leurs exemples et leurs discours l'affermirent encore dans sa première résolution. Nous apprenons de lui-même que dans tous ses voyages il ne choisit pour directeurs que ceux dont la foi était conforme à celle de l'Église catholique.

En 358, il revint dans la Cappadoce. Diané, son évêque, qui l'avait autrefois baptisé, l'ordonna lecteur. Ce prélat faisait profession d'être attaché à la doctrine de l'Église; mais il eut l'imprudence de s'engager dans des démarches favorables aux Ariens. Cette conduite causa une vive douleur à Basile, qui respectait Diané comme son pasteur, et qui de plus remarquait en lui plusieurs belles qualités; mais l'obligation de garder l'unité dans la

foi agissant sur lui plus puissamment que tout autre motif, il se sépara de sa communion, surtout lorsqu'il l'eut vu souscrire le formulaire de Rimini.

Le Saint quitta la Cappadoce en 358, et se retira dans le Pont, où il choisit pour demeure la maison de son aïeule, qui était située sur le bord de l'Iris, à Annési. Emmélie, sa mère, et Macrine, sa sœur, avaient fondé là un monastère pour les personnes de leur sexe. Ce monastère était alors gouverné par Macrine. Basile en fonda un pour des hommes de l'autre côté de la rivière, et il en eut la conduite pendant quatre années, c'est-à-dire jusqu'à l'an 362, époque à laquelle il se démit de cette place en faveur de saint Pierre de Sébaste, son frère. À sept ou huit stades du monastère de Sainte-Macrine était l'église des Quarante-Martyrs, enrichie d'une portion considérable des reliques de ces bienheureux soldats de Jésus-Christ, et si renommée dans les écrits de saint Basile et de ses amis. Cette église n'était pas éloignée de Néocésarée.

Outre le monastère dont nous avons parlé, saint Basile en fonda plusieurs autres, tant pour des hommes que pour des femmes, dans différents endroits du Pont. Il conserva une inspection générale sur ces communautés, même durant son épiscopat. Ce fut pour leur instruction qu'il composa ses ouvrages ascétiques, entre autres ses grandes et ses petites règles. Il y donna à l'état des cénobites la préférence sur celui des ermites; le premier lui paraissait en général beaucoup plus sûr que le second. Souvent il y répète qu'un moine doit découvrir à son supérieur ce qu'il y a de plus secret dans son âme, et se soumettre en tout à ses décisions. En même temps qu'il prescrit l'hospitalité envers les étrangers, il défend qu'on lui serve des mets délicats; ce qui, selon lui, serait aussi ridicule que si les moines changeaient d'habit pour les recevoir. Une vie austère, continue-t-il en parlant à ses religieux, vous délivrera des visites inutiles, et éloignera de chez vous les personnes qui ont l'esprit du monde. Votre table doit prêcher la sobriété même aux étrangers. Il fait l'énumération des heures canoniales et en montre l'excellence. Par celle de Prime, dit-il, nous consacrons à Dieu les prémices de nos pensées, nous remplissons nos cœurs de pieux sentiments et de cette joie salutaire qu'excite en nous la pensée de Dieu. Les Constitutions monastiques, qui portent le nom de saint Basile, diffèrent en plusieurs articles des règles dont nous venons de parler, et ne sont point attribuées à ce Père par les anciens auteurs: elles paraissent être d'une date un peu postérieure. La Règle de Saint-Basile est suivie encore aujourd'hui par tous les moines d'Orient, par ceux même qui se disent de l'Ordre de Saint-Antoine.

Basile s'est peint dans ses écrits avec la plus grande vérité : mais il faut le représenter dans sa retraite, pour ne pas priver sa vertu des hommages qui lui sont dus; d'ailleurs, considéré sous ce rapport, il a toujours servi de modèle à ceux qui, dans les différents siècles, ont voulu parvenir à une sainteté éminente. Jamais il ne portait qu'une tunique et un manteau; il couchait sur la dure, veillait quelquefois les nuits entières et ne faisait point usage du bain, ce qui était une grande mortification dans les pays chauds, surtout avant qu'on se servît de linge. Il se couvrait pendant la nuit d'un cilice, qu'il quittait le jour, afin de cacher aux hommes son amour pour la

pénitence. Il s'accoutuma, malgré toutes les répugnances de la nature, à souffrir le froid excessif qui règne sur les montagnes du Pont. Chaque jour il ne faisait qu'un repas, et ce repas consistait en un peu d'eau et de pain, à quoi il ajoutait quelques herbes les jours de fêtes. La nourriture qu'il prenait était en si petite quantité qu'on eût presque dit qu'il vivait sans manger. Saint Grégoire de Nysse comparait son abstinence au jeûne d'Élie; et saint Grégoire de Nazianze lui disait, à l'occasion de son extrême pâleur, que son corps paraissait à peine animé. Il ajoute dans un autre endroit, en parlant toujours du Saint, qu'il était dénué de biens, de chair, et presque de sang. Basile nous apprend lui-même qu'il traitait son corps comme un esclave toujours prêt à se révolter, s'il n'avait soin de le tenir continuellement en bride. On voit par ses épîtres qu'il était sujet à des infirmités fréquentes et même continuelles. Il dit dans une lettre que dans le temps où il se portait le mieux, il était plus faible que ne le sont ordinairement les malades abandonnés des médecins.

La mortification des sens était accompagnée en lui de celle de la volonté; et celle-ci tenait en quelque sorte du prodige: il y joignait encore une humilité extraordinaire. C'était par un effet de cette vertu qu'il avait un désir si ardent de s'ensevelir pour ainsi dire dans la solitude et de vivre entièrement inconnu aux hommes. La solitude cependant ne lui communiquait rien de triste ni d'austère; il était d'une douceur et d'une patience à l'épreuve de tous les événements. Son inaltérable douceur de caractère avait causé à Libanius la plus grande admiration; elle tirait un nouveau lustre d'une aimable gravité par laquelle elle était tempérée. La moindre faute contre la chasteté lui faisait horreur, et son amour pour cette vertu le porta à bâtir plusieurs monastères pour des vierges auxquelles il donna une règle écrite.

Durant une famine qui fit sentir ses ravages vers l'an 350, il vendit le reste de ses biens pour assister les malheureux. Il voulut vivre, dit saint Grégoire de Nazianze, dans la plus grande pauvreté possible, et jamais rien ne put l'ébranler dans sa résolution. En se dépouillant de tout ce qu'il possédait au monde, il se mettait en état de passer plus sûrement la mer orageuse de cette vie. Son dépouillement fut si entier qu'il ne se réserva pas la plus petite partie de ses biens; et même, quand il eut été élevé à l'épiscopat, il n'avait, pour fournir à sa subsistance, que les libéralités de ses amis. Suivre dans une nudité parfaite Jésus crucifié, voilà quelles étaient ses richesses.

Dans les différents exercices de la vie monastique, il s'efforçait d'imiter et même de surpasser les excellents modèles qu'il avait vus en Syrie et en Égypte. À l'exemple de ces pieux solitaires, il portait un habit fait d'une étoffe grossière qu'il attachait avec une ceinture; mais ces marques extérieures de pénitence n'étaient en lui, comme en eux, que les symboles d'un grand fond d'humilité, de détachement et de mortification. Il partageait son temps entre la prière, le travail des mains et la méditation de l'Écriture. Souvent il allait dans les villages voisins pour enseigner les principes de la foi aux paysans et pour les exhorter à la pratique de la vertu.

Il manqua d'abord quelque chose à son bonheur, parce qu'il ne jouissait pas de la présence de saint Grégoire de Nazianze. Il lui écrivit donc plusieurs lettres pour l'engager à venir partager avec lui les charmes de la solitude, et il le pressa de la manière la plus vive de ne pas lui refuser le secours qu'il attendait de sa compagnie et de ses exemples. Dans une de ses lettres, il lui dépeint admirablement les avantages que fournit la retraite pour prier avec

ferveur et pour remporter une victoire complète sur ses passions. Un moine, selon la définition qu'il en donne, est un homme qui prie continuellement; qui sanctifie le travail des mains par une union continuelle avec Dieu, surtout par le chant des psaumes; un homme dont le cœur est toujours élevé vers Dieu et qui n'a d'autre objet que d'orner son âme des vertus par la méditation des livres saints. Il dit qu'un moine ne doit vivre que de pain et d'eau, et ne faire qu'un repas par jour; que son sommeil ne peut être prolongé au-delà du milieu de la nuit, et qu'il faut que, se levant alors, il persévère jusqu'au jour dans la prière. Basile, au rapport des deux saints Grégoire, a tracé son véritable portrait dans la lettre dont il est ici question.

Saint Grégoire de Nazianze se rendit aux invitations de son ami et alla le joindre dans le Pont. Renfermés l'un et l'autre dans une pauvre cabane, ils y menaient une vie fort austère. Ils avaient un petit jardin dont le sol était extrêmement stérile et qu'ils cultivaient eux-mêmes. Grégoire, ayant été depuis tiré de sa solitude, regrettait amèrement la tranquillité et le bonheur dont lui et Basile jouissaient en chantant les psaumes, en veillant dans la prière, qui élevait leurs âmes jusqu'au ciel, en exerçant leurs corps par le travail des mains, qui consistait à porter du bois, à tailler des pierres, à planter des arbres, à creuser des canaux, etc. Les deux Saints avaient aussi des heures réglées pour l'étude de l'Écriture. En 362, Basile prit avec lui quelques-uns de ses moines, et retourna à Césarée en Cappadoce.

Julien l'Apostat avait été revêtu de la pourpre l'année précédente. À son avènement à l'empire, il écrivit à Basile, qu'il avait autrefois connu à Athènes, pour l'inviter à venir à sa cour. Le Saint lui répondit qu'il ne pouvait se rendre à ses désirs, à cause du genre de vie qu'il menait. Le prince dissimula pour lors son ressentiment; mais quand Basile fut arrivé à Césarée, il lui écrivit une seconde lettre pleine d'artifice, où, après lui avoir dit qu'il conservait toujours pour lui les mêmes sentiments, il lui ordonnait de payer mille livres d'or aux officiers chargés de ses finances; ajoutant qu'en cas de refus il ferait raser la ville de Césarée. Le Saint ne se laissa point effrayer par de telles menaces; il répondit tranquillement qu'il n'était pas en état de fournir une telle somme et qu'il n'avait pas même de quoi subsister pour un jour. Prenant ensuite un ton plus ferme, il marque au prince qu'il est surpris de voir qu'il néglige les devoirs essentiels de la souveraineté et qu'il allume contre lui la colère céleste en méprisant ouvertement le culte du Seigneur. L'empereur fut vivement piqué de ce refus, et il jura d'immoler saint Basile et saint Grégoire de Nazianze à son ressentiment, après son retour de l'expédition de Perse, où l'on sait qu'il périt en 363.

Vers le même temps, Diané, évêque de Césarée, tomba malade. Il envoya chercher le Saint; il lui protesta qu'en souscrivant le formulaire de Rimini, il n'avait pas connu le venin qu'elle contenait; que jamais il n'avait eu d'autre foi que celle des Pères de Nicée, et qu'il déclarait y être sincèrement attaché. Sur cette déclaration, Basile se réconcilia avec lui.

Diané étant mort, Eusèbe, encore laïque, fut élu pour remplir son siège. Peu de temps après, ce prélat éleva Basile au sacerdoce; mais il fallut faire une sorte de violence au Saint pour l'engager à consentir à son ordination. C'est ce que nous apprenons de saint Grégoire de Nazianze, qui, en cette occasion, lui écrivit pour le consoler et pour lui donner des avis relatifs aux circonstances où il se trouvait.

Basile continua de vivre à Césarée comme il avait vécu dans sa retraite. Il y établit des monastères pour les personnes des deux sexes. À ses travaux

ordinaires il joignit la prédication de la parole de Dieu. Eusèbe, en l'ordonnant prêtre, s'était proposé de s'attacher un homme qui put instruire les peuples et l'aider dans le gouvernement de son diocèse ; mais, par une de ces faiblesses où tombent ceux qui n'ont pas soin de veiller sur eux-mêmes, il se brouilla depuis avec lui et le chassa même de son église. Le peuple de Césarée et plusieurs évêques se déclarèrent contre Eusèbe et condamnèrent hautement sa conduite. Le Saint ressentit une grande joie en se revoyant en liberté ; il sortit secrètement de la ville, et retourna dans le Pont en 363. Saint Grégoire de Nazianze alla l'y joindre.

Des auteurs ont rapporté que saint Basile avait été quelque temps en correspondance et uni de communion avec Basile d'Ancyre, Eustathe de Sébaste et Sylvain de Tarse, qui furent les chefs du parti des semi-Ariens : car ces trois prélats cachaient alors leurs erreurs sous des déclarations orthodoxes. Saint Athanase et saint Hilaire se comportèrent envers eux comme saint Basile, dont nous parlons, lorsqu'ils écrivirent leurs livres des Synodes.

Cependant, Valens, associé à l'empire (364) par son frère Valentinien, qui lui abandonna l'Orient, s'étant laissé séduire par Eudoxe de Constantinople et par Euzoïus d'Antioche, se déclara le protecteur de l'arianisme. En 366, il fit un voyage à Césarée, dans l'intention de mettre les églises de cette ville entre les mains des hérétiques. Basile fut alors rappelé par l'évêque Eusèbe. Alarmé du danger que courait la foi, il se hâta de voler à son secours. Il montra tant de zèle et de prudence, que les Ariens furent obligés, après plusieurs tentatives inutiles, de se désister de leurs prétentions. Les discours qu'il prononça confirmèrent le peuple dans la doctrine de l'Église. Il ne se borna pas à prémunir les fidèles contre le venin de l'hérésie ; il les exhorta encore à pratiquer l'Évangile de la manière la plus parfaite. Il réunit les cœurs divisés, par de sincères réconciliations, et vint à bout d'étouffer toutes les semences de discorde. Durant une famine qui désola le pays, il donna des preuves d'une charité sans bornes et fit trouver aux pauvres une ressource assurée dans les aumônes des personnes riches. Il leur lavait les pieds, les servait à table et leur distribuait de ses propres mains toutes les provisions nécessaires à leur subsistance. Une telle conduite lui gagna l'amitié d'Eusèbe ; ce prélat conçut même pour lui une haute estime et n'entreprit plus rien d'important sans l'avoir consulté. Après sa mort, arrivée vers le milieu de l'année 370, Basile fut élu pour lui succéder. La nouvelle de ce choix causa une satisfaction extraordinaire à saint Athanase, et il annonça dès lors les victoires que saint Basile remporterait sur l'hérésie régnante.

Cette nouvelle dignité fit briller plus que jamais les vertus de Basile ; il parut autant se surpasser lui-même qu'il avait précédemment surpassé les autres. Il prêchait soir et matin, même les jours où les fidèles vaquent à leurs travaux ordinaires. Son auditoire était si nombreux qu'il lui donna le titre de *mer*. On courait à ses discours avec un tel empressement, qu'il se compare à une mère qui, lorsque ses mamelles sont épuisées, ne laisse pas de les présenter encore à son enfant, afin que par là elle puisse empêcher ses cris. Son troupeau, comme il nous l'apprend lui-même, avait une si grande faim de la parole de Dieu, qu'il était obligé de faire entendre sa voix dans un temps où une longue maladie lui avait ravi ses forces, et où il était à peine en état de parler. Il établit à Césarée plusieurs pratiques de dévotion

qu'il avait vu observer en Égypte, en Syrie et en d'autres endroits, surtout celle de s'assembler le matin à l'église pour faire la prière en commun et pour chanter certains psaumes avant le lever du soleil. La plupart de ceux qui se trouvaient à cette assemblée paraissaient pénétrés d'une vive componction et versaient un torrent de larmes. Le peuple communiait le dimanche, le mercredi, le vendredi, le samedi et toutes les fêtes des martyrs.

La province ayant été affligée d'une grande sécheresse, Basile demanda au ciel la cessation du fléau ; et ses prières, au rapport de saint Grégoire de Nysse, furent exaucées. Aucun évêque ne porta plus loin que lui l'amour des pauvres, dont il se regardait comme le défenseur et le père. Non content de faire d'abondantes aumônes, il fonda à Césarée un vaste hôpital, appelé par saint Grégoire de Nazianze *une nouvelle ville*, qui, à cause de son fondateur, fut nommé *Basiléide*, et qui était célèbre longtemps encore après l'épiscopat du Saint. « On peut », ajoute saint Grégoire de Nazianze en parlant du même hôpital, « être compté parmi les merveilles du monde, tant est grand le nombre des pauvres et des malades qu'on y reçoit, tant sont admirables l'ordre et le soin avec lesquels on y pourvoit aux divers besoins des malheureux ». Saint Basile y allait souvent pour consoler ceux qui souffraient et pour les instruire à faire un bon usage de leurs peines.

Ils s'attendrissaient spécialement sur le déplorable état de ceux que le vice, le schisme et l'hérésie avaient écartés de la voie du salut ; il sollicitait leur conversion par des prières ferventes et des larmes continuelles. Il n'y avait ni peines ni dangers qui pussent ralentir son zèle quand il s'agissait de les ramener à Dieu. Rien ne prouva mieux la force et l'activité de ce zèle que la victoire qu'il remporta sur l'empereur Valens.

Ce prince, voyant que Basile était comme une tour imprenable contre laquelle les efforts de l'hérésie ne pouvaient rien, résolut d'employer contre lui les voies de rigueur. Déjà il avait jeté par ce moyen de vifs sentiments de crainte dans l'âme des évêques orthodoxes. Après avoir traversé plusieurs provinces où il avait déchargé tout son ressentiment sur ceux qui ne voulaient pas embrasser l'arianisme, il arriva dans la Cappadoce. Son intention était de perdre l'archevêque de Césarée, dans lequel il trouvait plus de résistance à ses volontés que dans tous les autres prélats. Il se fit devancer par le préfet Modeste, avec ordre d'engager Basile, par menaces ou par promesses, à communiquer avec les Ariens. Le préfet, s'étant assis sur son tribunal et ayant autour de lui les licteurs armés de leurs faisceaux, cita l'archevêque à venir comparaître devant lui. Basile se présenta avec un visage serein et tranquille. Modeste le reçut avec honnêteté, et le pressa, par des paroles insinuantes, de faire ce que l'empereur exigeait de lui. Ce moyen ne lui ayant pas réussi, il prit un air menaçant, et dit avec un ton de colère : « Y pensez-vous, Basile, de vouloir vous opposer à un si grand empereur, aux volontés duquel tout le monde obéit ? Est-ce que vous ne craignez pas de ressentir les effets de la puissance dont nous sommes armés ? — Basile. À quoi peut donc s'étendre cette puissance ? — Modeste. À la confiscation des biens, à l'exil, aux tourments, à la mort. — Basile. Menacez-moi de quelque autre chose ; car rien de tout cela ne fait impression sur moi. — Modeste. Que dites-vous ? — Basile. Celui qui n'a rien est à couvert de la confiscation. Je n'ai que quelques livres et les haillons que je porte ; je ne m'imagine pas que vous soyez jaloux de me les enlever. Quant à l'exil, il ne vous sera pas facile de m'y condamner : c'est le ciel, et non pas

le pays que j'habite, que je regarde comme ma patrie. Je crains peu les tourments. Mon corps est dans un tel état de maigreur et de faiblesse, qu'il ne pourra les souffrir longtemps; le premier coup terminera ma vie et mes peines. Je crains encore moins la mort, qui me paraît une faveur; elle me réunira plus tôt à mon Créateur, pour qui seul je vis. — Modeste. Jamais personne n'a parlé à Modeste avec une telle audace. — Basile. C'est sans doute la première fois que vous avez affaire à un évêque. Dans les circonstances ordinaires, nous sommes, nous autres évêques, les plus doux et les plus soumis de tous les hommes; nous n'avons nulle fierté avec le moindre particulier, à plus forte raison avec ceux qui sont revêtus d'une telle puissance; mais quand il s'agit de la religion, nous n'envisageons que Dieu, et nous méprisons tout le reste. Le feu, le glaive, les bêtes, les ongles de fer font alors nos délices. Employez donc les menaces et les tortures, rien ne sera capable de nous ébranler. — Modeste. Je vous donne jusqu'à demain à délibérer sur le parti que vous avez à prendre. — Basile. Ce délai est inutile; je serai demain tel que je suis aujourd'hui ».

Le préfet ne put s'empêcher d'admirer l'intrépidité du saint archevêque. Le lendemain, il alla trouver l'empereur, qui était arrivé à Césarée, et l'informa de tout ce qui s'était passé. Valens, irrité du mauvais succès de la conférence, voulut qu'il s'en tînt une autre, où il assista avec Modeste et un des officiers de sa maison nommé Démosthène. Cette tentative ne réussit pas mieux que la précédente. Le préfet en fit une troisième; mais elle ne servit, comme les autres, qu'à couvrir le Saint de gloire. À la fin, Modeste dit à l'empereur: « Nous sommes vaincus; c'est un homme au-dessus des menaces, invincible à tous les discours, inébranlable à toutes les persuasions. On peut tenter d'abattre ceux qui ont moins de courage; mais pour lui, il le faut chasser par une violence ouverte, ou ne pas s'attendre à le faire céder par des menaces ». Valens le laissa donc tranquille pour quelque temps. Ayant été le jour de l'Épiphanie à la grande église, il fut autant surpris qu'édifié du bel ordre et de la manière respectueuse avec lesquels on y célébrait l'office divin. Ce qui le frappa surtout, ce fut la piété et le recueillement dont l'archevêque était pénétré à l'autel. Il n'osa se présenter à la communion, de crainte qu'on la lui refusât; mais il fit son offrande, qui fut acceptée comme celle des orthodoxes, Basile croyant que dans une pareille occasion il était de la prudence de ne pas observer la discipline ecclésiastique dans toute sa rigueur.

Cependant l'empereur, obsédé par les Ariens, changea bientôt de dispositions; il se laissa persuader de donner un ordre pour l'exil de l'archevêque de Césarée: mais Dieu prit visiblement en main la cause de son serviteur. La nuit même du jour où l'ordre avait été expédié, Valentinien-Galate, fils de Valens, et âgé d'environ six ans, fut attaqué d'une fièvre violente, à laquelle les médecins ne purent apporter aucun remède. L'impératrice Dominica dit à l'empereur que cette maladie était une juste punition de l'exil du saint archevêque; elle ajouta de plus qu'elle avait été fort inquiétée par des songes effrayants. Là-dessus, Valens envoya chercher Basile, qui se préparait à quitter la ville. Le Saint ne fut pas plus tôt entré dans le palais, que le jeune prince se trouva mieux, et Basile assura qu'il ne mourrait point, pourvu qu'on s'engageât à le faire élever dans les maximes de la doctrine catholique. La condition ayant été acceptée, il se mit en prières, et l'enfant fut guéri. Valens, obsédé de nouveau par les hérétiques, ne tint point la parole qu'il avait donnée; il permit à un évêque arien de baptiser son fils,

qui retomba malade et mourut peu de temps après. Ce coup ne convertit pas Valens ; il condamna une seconde fois Basile à l'exil. Lorsqu'on lui eut apporté l'ordre pour le signer, il prit un de ces roseaux dont on se servait alors au lieu de plumes ; mais il se rompit entre ses mains, comme s'il eût refusé de servir à l'iniquité. Il en demanda un second et un troisième, qui se rompirent également. En ayant demandé un quatrième, il sentit dans sa main et même dans son bras un tremblement et une agitation extraordinaires. Saisi de frayeur, il déchira le papier et laissa l'archevêque en paix. Le préfet Modeste se montra plus reconnaissant que Valens envers Basile. Comme il avait été guéri, par ses prières, d'une maladie dangereuse, il publia hautement qu'il lui était redevable de la vie ; depuis il lui fut toujours sincèrement attaché.

Ce ne fut pas la seule persécution que souffrit Basile, ni le seul service qu'il rendit à l'Église. Eusèbe, vicaire du préfet du prétoire d'Orient, ou gouverneur des provinces du diocèse du Pont, oncle de l'impératrice Dominique, et arien comme elle, fut un des persécuteurs de saint Basile, et ce fut à l'occasion d'une veuve de grande naissance, qu'un assesseur de ce magistrat voulait épouser par force. Elle se réfugia dans l'église et alla embrasser l'autel, d'où elle espérait qu'on ne l'arracherait pas. Eusèbe la demanda, et saint Basile refusa de la rendre, d'abord à cause de la sainteté de l'asile, et ensuite parce que les évêques sont obligés de protéger les veuves et les vierges. Le gouverneur, transporté de colère, envoya de ses gens pour chercher cette femme jusque dans la chambre de saint Basile, espérant par là décrier un Saint dont la chasteté exemplaire était à l'abri de tout soupçon. Eusèbe n'en demeura point là : il donna ordre aussi qu'on lui amenât saint Basile pour l'obliger à répondre devant lui comme un criminel. Étant assis sur son tribunal, et saint Basile debout, il commanda qu'on lui arrachât le méchant manteau qui le couvrait. Le Saint offrit de se dépouiller encore de sa tunique, s'il le voulait. Cette généreuse disposition offensa encore Eusèbe, qui osa le menacer de le faire frapper. Le saint évêque présenta son corps, c'est-à-dire le squelette de ses os couvert de sa peau, pour recevoir les coups. Le gouverneur, irrité encore davantage, comme si le Saint l'eût insulté, lui dit en fureur qu'il le ferait déchirer avec des ongles de fer et lui ferait arracher le foie des entrailles. Saint Basile lui répondit en souriant : « Vous m'obligerez en me débarrassant d'une chose qui m'est si incommode ». Cependant, le bruit de ce qui se passait se répandit par la ville de Césarée, qui s'émut aussitôt du péril de son évêque. Chacun regarda l'injure qu'on lui faisait comme son propre mal. Tout le monde en rumeur commença à se soulever et à marcher pour la défense du père commun du peuple. Les armuriers, les brodeurs et drapiers, qui travaillaient pour la cour, se montrèrent les plus ardents. Chacun se faisait des armes des outils de son métier ou de ce qui se rencontrait sous sa main. On courait au lieu où était le gouverneur, le flambeau d'une main, des pierres ou des bâtons de l'autre ; les femmes mêmes s'armaient de leurs fuseaux et de leurs quenouilles, et tout le peuple ensemble, ne suivant que le mouvement de sa fureur, cherchait le gouverneur pour le mettre en pièces. Cet homme si fier, se voyant environné si subitement d'un danger imprévu, changea en un instant de langage et de maintien ; il parut tremblant et humilié, réduit à faire le personnage de suppliant. Saint Basile en eut compassion lui-même,

44 JUIN.

et il employa son autorité pour le tirer du péril et lui sauver la vie.

Il déploya toujours la même constance et le même zèle. Il ne se plaignit pas lorsqu'on dénatura sa doctrine pour le rendre odieux, ni même lorsqu'on le maltraita. Il veilla non-seulement sur le clergé de son diocèse, dont tout le monde admirait la régularité, mais sur les évêques et les métropolitains des onze provinces dont il était primat ; il s'entendait avec d'autres prélats, surtout avec le souverain Pontife, pour déraciner les abus dans toute l'Église, et détruire les hérésies. Il convertit beaucoup d'hérétiques, entre autres les Macédoniens.

Il eut en 373 une maladie si dangereuse, qu'on désespéra de sa vie : on crut même une fois qu'il était mort. Il se vit obligé d'avoir recours aux remèdes de la médecine et de se servir de bains chauds. Enfin le mal diminua, et il parvint à recouvrer une entière guérison. Le rétablissement de sa santé le mit en état de continuer ses travaux ordinaires pour l'utilité de l'Église.

Trois ans après, Démosthène, vicaire du préfet du prétoire, eut le gouvernement de la Cappadoce. Il se déclara le protecteur d'Eustathe de Sébaste et de tous ceux qui professaient l'arianisme. En même temps il excita une violente persécution contre les catholiques et surtout contre les amis de saint Basile. Cette persécution dura tout le reste du règne de Valens, qui mourut au mois d'août de l'année 378. Gratien, successeur de ce prince, rendit la paix à l'Église.

La même année, saint Basile tomba malade et sentit qu'il devait se préparer au passage de l'éternité. La nouvelle du danger que courait sa vie ne fut pas plus tôt répandue, que la consternation devint générale. Il se faisait à sa maison un concours prodigieux, tant était vif l'intérêt qu'on prenait à sa santé ; mais le Saint touchait au moment où ses travaux allaient être couronnés. Il mourut le 4 janvier 379, après avoir dit : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains ». Il était âgé de cinquante et un ans.

Nous ajouterons à ce que nous avons déjà dit de son amour pour la pauvreté, qu'il ne se laissa point de quoi se faire faire une tombe en pierre ; mais ses diocésains, non contents de lui élever dans leur cœur un monument durable, l'honorèrent aussi par de magnifiques funérailles. Son corps fut porté par les mains des Saints et accompagné par une multitude innombrable de peuple. Chacun s'empressait de toucher le drap mortuaire qui le couvrait, ainsi que le lit sur lequel on le portait, dans la persuasion qu'il en retirerait quelque utilité. Les gémissements et les soupirs étouffaient le chant des psaumes. Les païens et les juifs pleuraient avec les chrétiens : tous déploraient la mort de Basile, qu'ils regardaient comme leur père commun et comme le plus célèbre docteur du monde. Ceux qui l'avaient connu prenaient plaisir à raconter ses plus petites actions et à rappeler ce qu'ils lui avaient entendu dire. Plusieurs affectaient d'imiter son extérieur, sa démarche et même sa lenteur à parler. On le copiait jusque dans la forme de son lit et de ses habits.

C'est de saint Grégoire de Nazianze que l'on apprend toutes ces particularités. Dans le panégyrique qu'il prononça en l'honneur de son ami, il peignit ses vertus avec les couleurs les plus vives et les plus touchantes ; et l'on peut assurer que son discours ne sera pas moins immortel sur la terre

que la mémoire de celui qu'il s'était chargé de célébrer. Saint Grégoire de Nysse, saint Amphiloque et saint Éphrem firent aussi des panégyriques en l'honneur du saint archevêque de Césarée. Selon les deux premiers, les Grecs, immédiatement après sa mort, célébrèrent sa fête le 1er juin, jour auquel ils la font encore aujourd'hui. Les Latins l'ont remise au quatorzième du même mois, qui fut le jour de son ordination épiscopale.

Théodoret donne à saint Basile le titre de Grand, et ce titre lui a été confirmé par le suffrage des siècles suivants. Il est appelé par le même Père, le flambeau de l'univers ; par saint Sophronius, l'honneur et l'ornement de l'Église ; par saint Isidore de Péluse, un homme inspiré de Dieu ; par le Concile général de Chalcédoine, le Grand Basile, le ministre de la grâce, qui a expliqué la vérité à toute la terre.

Saint Grégoire de Nazianze dit, en parlant des écrits de saint Basile : « Quand je lis son traité de la création, il me semble voir mon Créateur tirer toutes les choses du néant. Quand je lis ses ouvrages contre les hérétiques, je crois voir le feu de Sodome tomber sur les ennemis de la foi et réduire en cendres leurs langues criminelles. Si je parcours son livre du Saint-Esprit, je sens en moi l'opération de Dieu, et je ne crains plus d'annoncer hautement la vérité. En lisant son explication de l'Écriture sainte, je pénètre dans l'abîme le plus profond des mystères. Ses panégyriques des martyrs me font mépriser mon corps et m'inspirent une noble ardeur pour le combat. Ses discours moraux m'aident à purifier mon corps et mon âme, afin que je puisse devenir un temple digne de Dieu et un instrument propre à le louer, à le bénir et à manifester sa gloire avec sa puissance ».

On le représente : 1° portant une église sur la main, pour marquer qu'il est le fondateur des Basiliens ; 2° présentant à un pauvre un plateau chargé de nourriture, sans doute parce qu'il avait fondé un hôpital où il servait les malades et nourrissait les malheureux ; 3° recevant les offrandes des fidèles ; 4° devant le préfet Modeste, qu'il confond par ses réponses.

## ÉCRITS DE SAINT BASILE.

Dans l'indication des ouvrages de saint Basile, nous suivrons l'ordre selon lequel ils sont rangés dans l'édition en 3 vol. in-fol.

Le premier volume contient : 1° L'Hexaméron, où l'explication de l'ouvrage des six jours, en neuf homélies. Cet ouvrage a toujours été singulièrement estimé des anciens et des modernes, tant pour l'érudition qui y est déployée, que pour l'élégance incomparable qui se fait remarquer dans la composition. 2° Treize homélies sur les Psaumes. Saint Basile, au rapport de Cassiodore, avait expliqué toute l'Écriture ; mais ses explications ne sont point parvenues jusqu'à nous. Le commentaire sur Isaïe ne peut être contesté au saint Docteur, comme Dom Cellier l'a prouvé contre Dom Garnier. 3° Les cinq Livres contre Eunomius. C'est une réfutation de l'arianisme ; elle fut écrite contre l'apologie de cette hérésie, faite par Eunomius. Cet hérésiarque, né en Cappadoce, avait été élevé au diaconat par Eudoxe, patriarche arien d'Antioche. Il eut dans son parti encore plus de réputation qu'Aetius, dont il était disciple. Ayant causé de grands troubles à Antioche, à Chalcédoine et à Constantinople, il fut exilé par l'empereur Théodose à Halmyride, sur le Danube. Peu de temps après, on lui permit de retourner à Césarée, en Cappadoce. Il se retira dans une terre qu'il avait à Barère, dans la même province, et y mourut en 393. Il ne se contentait pas de soutenir que le Verbe était une pure créature, il ajoutait encore à l'arianisme plusieurs autres erreurs.

Les ouvrages contenus dans le second volume sont : 1° Vingt-quatre Homélies sur divers sujets de morale et sur les fêtes des martyrs. On doit principalement distinguer, pour la beauté et l'élégance, celle où le saint Docteur combat l'anorexie, la gourmandise et l'ivrognerie. 2° Les Ascétiques. Sous ce titre, on comprend trois discours détachés intitulés Ascétiques : les traités du Jugement de Dieu et de la Foi, les Morales, les Grandes Règles (au nombre de cinquante-cinq), les trois cent treize Petites Règles. Saint Basile composa ces ouvrages en différents temps, pour

l'instruction de ceux qui l'avaient suivi dans sa retraite ou qui s'étaient rangés sous sa conduite. Les Morales sont un recueil de passages de l'Écriture sur la pénitence et sur les principaux devoirs de la vie chrétienne. Dans le même volume sont deux discours qui n'ont point de titre particulier, quelques règlements pour la punition des moines et des religieuses, des constitutions monastiques. Il n'est pas certain que les deux discours soient de saint Basile. Les Règlements et les Constitutions monastiques ne peuvent lui être attribués.

On trouve, dans le troisième volume : 1° Le livre du Saint-Esprit, qui est adressé à saint Amphiloque, et qui fut écrit en 375. La divinité du Saint-Esprit y est prouvée par divers passages de l'Écriture, par la création du monde, par les dons de la grâce et des miracles, et par tous les divins attributs que l'on reconnaît en lui. L'auteur prouve la même chose par la tradition de l'Église, dont il montre impérativement l'usage et la nécessité, c. XXVII, p. 54. La divinité du Saint-Esprit, ainsi que la nécessité de la tradition, est aussi très-bien prouvée dans le premier des livres contre Eunomius. 2° Des Lettres, au nombre de 336. Photius les propose pour modèles à ceux qui veulent exceller dans le genre épistolaire. Trois sont appelées canoniques. Le Saint y fixe le terme de la pénitence publique qui devait être enjointe aux pécheurs. Beveridge en a donné une bonne édition dans le recueil des canons de l'Église grecque. Dans la lettre à Césaria, qui fut écrite en 372, saint Basile dit que, durant la persécution de Valens, temps où les prêtres se voyaient souvent dans la nécessité de se cacher, il était permis aux fidèles d'emporter chez eux l'Eucharistie et de se communier eux-mêmes. Dans la lettre 207, p. 341, il fait une belle apologie des moines qui se levaient à minuit pour prier, qui jeûnaient bien dans l'exercice continuel de la composition. La seule vengeance qu'il souhaite tirer de leurs ennemis est qu'ils se déterminent aussi dans les larmes et la pénitence. Dans une autre lettre, il exhorte Suronus, son parent, qui était duc ou gouverneur de Scythie, à continuer de soulager les chrétiens qui souffraient en Perse, et le prie de lui procurer des reliques des Martyrs qui depuis peu avaient donné leur vie pour Jésus-Christ. Saint Basile exhorte souvent les fidèles à célébrer les fêtes des Martyrs. Il témoigne une grande vénération pour les reliques des Saints, devant lesquelles il dit que les chrétiens prient dans leurs besoins, et que ce n'est point inutilement qu'ils réclament l'intercession de ces amis de Dieu.

3° Le livre de la Virginité est indigne de saint Basile, quoiqu'il porte le nom de ce Père et qu'il ait été écrit dans le même siècle. Il est adressé à Letulus, évêque de Mélitine, auquel saint Grégoire de Nysse écrivit sa lettre canonique. Letulus ne fut fait évêque qu'en 381, deux ans après la mort de saint Basile. On trouve, dans le livre de la Virginité, deux exemples de la confession sacramentelle, p. 646. Saint Basile inculque souvent lui-même l'usage de la confession auriculaire des péchés.

Nous avons, sous le nom de saint Basile, une Liturgie qui est suivie par presque toutes les Églises grecques, au moins depuis le VIe siècle. Les liturgies des Coptes et des Égyptiens n'en sont qu'une traduction, selon Benandot.

Nous apprenons de saint Grégoire de Nazianze, de saint Procope, de Pierre Diacre, du septième concile général, etc., que saint Basile avait compilé une liturgie; mais nous n'osons affirmer qu'elle soit précisément la même que celle qui porte aujourd'hui son nom, et qui est suivie par les Grecs, les Coptes, les Arabes, etc.

Érasme, dans la belle préface qu'il a mise à la tête de l'édition qu'il donna des œuvres de saint Basile, appelle ce Père l'orateur le plus accompli qui ait jamais paru; il ajoute que son style doit servir de modèle à ceux qui aspirent à la véritable éloquence. Son jugement a été confirmé par celui des critiques modernes. Rollin dit qu'on doit au moins placer saint Basile dans la première classe des orateurs, et le regarder comme un des plus habiles maîtres de l'éloquence.

Mais écoutons Photius, qui était si bon connaisseur en ce genre. « Quiconque », dit-il, *cod.* 141, « veut devenir un panégyriste ou un orateur accompli, n'aura besoin ni de Platon ni de Démosthène, s'il prend Basile pour modèle. Il n'y a point d'écrivain dont la diction soit plus pure, plus belle, plus énergique, ni qui pense avec plus de force et de solidité. Il réunit tout ce qu'il faut pour persuader, avec la douceur, la clarté et la précision. Son style, toujours naturel, coule avec la même facilité qu'un ruisseau qui sort de sa source ».

Semblable à Thucydide et à Démosthène, il pense beaucoup et sait lier ensemble les pensées qui se présentent en foule à son esprit. Il y a autant de clarté dans ses expressions que de vivacité et de justesse dans ses idées, que de brillant et de fécondité dans son imagination. En lui, la profondeur ne nuit point à l'harmonie des périodes. Il possède si bien l'art des transitions et celui de placer les figures à propos, qu'il le dispute en douceur à Platon et à Xénophon. Ce qui le rend surtout recommandable, c'est le talent de concevoir les choses sans confusion, de les présenter sous un jour convenable, de les animer, de leur communiquer une sorte de vie, de porter la lu-

mière dans ce qu'il y a de plus obscur, et d'imprimer dans l'esprit de ses lecteurs ces images vives qu'il s'était lui-même formées.

La meilleure édition que nous ayons des œuvres de saint Basile est celle que les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur ont donnée à Paris. Les deux premiers volumes parurent en 1721 et 1722, par les soins de Dom Garnier. Dom Prudent Maran publia le troisième volume en 1730, et y joignit la Vie de saint Docteur.

Cette édition a été reproduite par MM. Gaume et par M. l'abbé Migne.

Pour l'histoire de cette Vie, nous avons suivi et le plus souvent reproduit Godascard, qui en a mieux mis en lumière que le Père Giry les principaux traits. — Voir les panégyriques et oraisons funèbres prononcées en son honneur par saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, saint Amphiloque et saint Éphrem, qui tous l'exaltent comme particulièrement, ainsi que les anciens historiens ecclésiastiques : Hermant, Tillemont, Cave, Jos. Assemani, in Calend. univ. ad 1 jun., t. vi, p. 4 ; Fialon, étude litt. sur S. Bas.

Événements marquants

  • Naissance à Césarée en 329
  • Études à Constantinople et Athènes avec saint Grégoire de Nazianze
  • Retraite monastique dans le Pont et rédaction des règles
  • Ordination sacerdotale par Eusèbe de Césarée
  • Élection au siège archiépiscopal de Césarée en 370
  • Résistance face à l'empereur Valens et au préfet Modeste
  • Lutte contre l'arianisme et défense de la divinité du Saint-Esprit

Miracles

  • Guérison du jeune prince Valentinien-Galate
  • Cessation d'une sécheresse par la prière
  • Rupture miraculeuse des roseaux de l'empereur Valens lors de la signature de son exil

Citations

Celui qui n'a rien est à couvert de la confiscation. Je n'ai que quelques livres et les haillons que je porte.

— Réponse au préfet Modeste

Seigneur, je remets mon âme entre vos mains.

— Dernières paroles

Date de fête

14 juin

Époque

4ᵉ siècle

Décès

1er ou 4 janvier 379 (naturelle)

Invoqué(e) pour

protection contre les hérésies, soulagement des pauvres et des malades

Autres formes du nom

  • Basilius Magnus (la)
  • Basile de Césarée (fr)

Prénoms dérivés

Basile

Famille

  • Saint Basile l'Ancien (père)
  • Sainte Emmélie (mère)
  • Sainte Macrine l'Ancienne (aïeule paternelle)
  • Sainte Macrine la Jeune (sœur)
  • Saint Grégoire de Nysse (frère)
  • Saint Pierre de Sébaste (frère)
  • Naucrace (frère)