Saint Martinien (Ermite)
Ermite
Résumé
Ermite originaire de Césarée, Martinien consacra sa vie à la lutte contre les tentations démoniaques. Après avoir résisté à une courtisane en se jetant dans le feu, il s'exila sur un rocher marin avant de finir ses jours en pèlerin à Athènes. Sa légende est marquée par le miracle des dauphins qui le portèrent jusqu'au rivage.
Biographie
SAINT MARTINIEN, ERMITE
Partout le démon dresse des embûches à l'homme ; partout il lui livre des combats ; mais dès qu'il ne trouve point de femme pour seconder ses efforts, il se retire vaincu.
Saint Ambroise, serm. in Quad.
Nous verrons dans cette histoire, plus qu'en nulle autre, la vérité de ces paroles de Job : « Que la vie de l'homme sur la terre est une guerre et une tentation continuelles » ; car, plus Martinien prit de précautions pour éviter les tentations, plus les tentations le cherchèrent pour le tourmenter. Il était originaire de la ville de Césarée, en Palestine ; et il ne goûta pas plus tôt les plaisirs du monde que, reconnaissant leur vanité et leur peu de durée, il s'en voulut priver ; dès l'âge de dix-huit ans, il quitta les embarras de la ville, et se retira en une solitude voisine de Césarée, pour embrasser la vie monastique et religieuse.
Dans cette retraite, il s'adonna tellement à toutes sortes d'exercices spirituels, qu'on reconnut bientôt qu'il était particulièrement élu de Dieu ; aussi faisait-il plusieurs choses miraculeuses qui marquaient sa sainteté. Il chassait les esprits du corps des possédés, guérissait grand nombre de malades, et faisait d'autres actions semblables, qui attiraient tout le monde à lui, pour obtenir quelque faveur du ciel par ses prières. Le démon voyant le progrès que Martinien faisait dans la vertu, en fut jaloux, et voulut le troubler par des terreurs paniques et par des visions et des apparitions épouvantables ; ayant pris un jour la forme d'un dragon, il grattait les fondements de sa petite cellule, pour la faire tomber sur lui ; mais le saint ermite, ne quittant point pour cela son oraison, dit à son ennemi qu'il voyait revêtu de cette figure terrible : « Tu travailleras en vain, malheureux ; penses-tu me pouvoir étonner, tant que j'aurai mon Seigneur Jésus-Christ à mes côtés ? » Alors le démon s'enfuit comme un tourbillon, criant : « Attends, attends un peu, Martinien ; je te renverserai et t'humilierai : je te chasserai hon-
teusement de ta cellule; j'en trouverai bien le moyen, quelque confiance que tu aies en celui que tu dis ». Martinien ne quitta point pour cela le champ de bataille, mais tint bon vingt-cinq ans en sa solitude, vivant avec la pureté d'un ange. Le démon s'avisa de cet artifice pour le séduire: comme, une fois, quelques personnes de la ville de Césarée parlaient avec beaucoup d'admiration de la sainteté de sa vie, une courtisane appelée Zoé s'approcha d'eux, et leur dit que Martinien était un sauvage qui s'était retiré en cette solitude pour vivre en bête parmi les bêtes; qu'il ne fallait pas s'étonner s'il était chaste dans la solitude: mais que, si elle lui avait parlé, et qu'elle eût employé ses attraits pour le gagner, et qu'il lui eût résisté, ils le pourraient croire alors digne des louanges qu'ils lui donnaient. Cette méchante femme fit un pacte avec eux, et promit d'aller attaquer Martinien à condition que, si elle n'en venait pas à bout et qu'elle ne lui fit pas renoncer à toute sa sainteté prétendue, elle voulait être l'objet de la raillerie de toute la ville; mais que, si elle réussissait en son dessein, ce serait à eux de la payer de sa peine.
Etant ainsi tombés d'accord, elle alla en son logis, se dépouilla de ses beaux habits, les plia dans un paquet, et, s'étant vêtue de pauvres haillons et d'une ceinture de corde, elle prit un bâton à la main et le paquet sous son bras. En cet équipage, elle partit de la ville par une forte pluie, pour se rendre à la pointe de la nuit auprès de la cellule de Martinien. Y étant arrivée, elle se mit à crier d'une voix pitoyable: « Ayez pitié de moi, serviteur de Dieu! je suis une pauvre femme qui me suis égarée par ces chemins; je ne sais où aller ni où me retirer pour n'être pas dévorée des bêtes. Père saint, ayez compassion de cette créature de Dieu, quoique je sois une misérable pécheresse». Martinien fut touché de ces tristes cris, et, entrouvant la porte de sa cellule, il aperçut cette étrangère si trempée de pluie qu'elle lui fit pitié; et bien qu'il se doutât que c'était un appât de son ennemi pour lui faire perdre la grâce de Dieu, néanmoins, par compassion, et craignant que si elle était dévorée il n'en fût responsable, il se jeta entre les bras de la divine Providence, lui ouvrit la porte, lui fit bon feu, lui donna des dattes pour son souper, et enfin l'avertit de s'en aller le lendemain de grand matin. Pour lui, il se retira dans une autre cellule, qui était plus avant dans son ermitage, et passa la nuit à prier et à chanter des psaumes, malgré les artifices de l'esprit d'impureté, qui fit son possible pour le distraire, lui proposant mille sottes idées touchant cette nouvelle hôtesse. Dès le matin, le saint ermite étant sorti de sa cellule pour aller congédier son hôtesse, fut bien étonné de trouver une personne admirablement parée, au lieu d'une mendiante qu'il pensait avoir logée, car Zoé s'était revêtue pendant la nuit des habits précieux qu'elle avait apportés dans son paquet. Il pensa d'abord que c'était un fantôme, et lui demanda qui elle était, ce qu'elle cherchait et comment elle était entrée. Mais quand il eut reconnu que c'était cette pauvresse qu'il avait reçue le soir précédent, sa surprise augmenta; et, commençant à la considérer, il lui demanda d'où lui venait ce changement d'habits. Alors elle se mit à le tenter d'une manière si séduisante qu'elle vainquit ce cœur invincible et tira de sa volonté un consentement intérieur au péché. Il y serait sans doute tombé, si la miséricorde divine n'eût empêché l'effet extérieur; mais Martinien sortit de sa cellule pour voir si quelqu'un ne le venait point chercher, comme on avait coutume de le faire, et, tandis qu'il regardait de tous côtés de peur de scandaliser ceux qui pourraient le trouver avec cette femme, Dieu ouvrit les yeux de son âme par un rayon de sa grâce, et lui découvrit la turpitude de l'action qu'il allait faire et le précipice où il allait tomber. Aussitôt, reconnaissant l'extrême danger où il était, et considérant que ce n'était pas tant une femme qu'un esprit de l'enfer qui le tentait par ses artifices pour triompher de sa chasteté et le dépouiller de tous les mérites de sa vie passée, il rentra dans sa cellule, alluma un grand feu et se roula dans les flammes jusqu'à ce qu'il eût brûlé une partie de son corps ; puis, se relevant au bout de quelque temps, il se disait à lui-même : « Que t'en semble, Martinien ; ce feu ne t'a-t-il pas semblé bien agréable pour le peu de temps que tu y es demeuré ? Si tu penses pouvoir souffrir celui de l'enfer, accepte les propositions de cette femme, car c'est le chemin pour y aller ». Il se jeta pour la seconde fois dans le feu, afin de se brûler davantage, priant la miséricorde du Père céleste de lui pardonner ce consentement et de ne pas permettre qu'il perdît par un péché tant de peines qu'il avait endurées à son service dès son enfance, puisqu'il était prêt à mourir dans ce feu pour son amour plutôt que de l'offenser.
Cette misérable femme était présente à ce spectacle, et, considérant qu'elle était la cause du tourment de Martinien, elle dépouilla ses habits mondains et les jeta dans ce feu, et ayant repris ceux de pèlerine et de pénitente, elle dit à Martinien, avec des larmes entrecoupées de mille soupirs, qu'elle ne voulait plus retourner à la ville, mais qu'elle désirait achever ses jours en une perpétuelle pénitence, en tel lieu qu'il voudrait lui marquer ; que le démon l'avait, il est vrai, sollicitée à le perdre, mais que Dieu le voulait employer pour la relever et la sauver. Ainsi, par le conseil du saint ermite, elle s'en alla à Bethléem, où elle fut reçue dans un monastère par une vierge appelée Pauline, et y vécut douze ans dans une telle austérité et sainteté de vie que Dieu fit, par son moyen, plusieurs merveilles ; après quoi il l'appela à lui pour la couronner de sa gloire.
Martinien demeura tellement brûlé et estropié qu'il ne fut pas guéri de longtemps ; et, faisant ensuite réflexion sur le moyen dont son ennemi s'était servi pour le perdre, il résolut, en lui-même de chercher une solitude si écartée que pas une femme ne l'y pût venir trouver. Ayant donc fait son oraison, il implora l'assistance du ciel et s'abandonna à la conduite du Tout-Puissant ; puis, faisant le signe de la croix, il partit de sa cellule et s'en alla du côté de la mer. Le démon, tout enflé de gloire de lui voir quitter le champ de bataille, commença à le siffler, criant après lui : « Fuis, Martinien, car je te poursuivrai partout où tu iras, et t'en chasserai aussi bien que d'ici ; je ne te quitterai jamais que je ne t'aie tout à fait vaincu et renversé ». Le Saint lui répondit : « Toi, misérable ! sache que je ne sors point de ma cellule par ennui ni par dégoût, mais seulement dans le désir de te fouler aux pieds ; et tu ne dois pas tirer vanité de l'issue du combat, puisque je t'ai ravi les armes que tu avais employées pour me nuire, et que la femme que tu avais poussée à me perdre sera ta confusion ». Le démon l'entendant parler de la sorte, n'osa plus rien lui dire ni le poursuivre ; et Martinien, chantant des psaumes et des hymnes à la gloire de son Seigneur, arriva sur le bord de la mer. Il demanda à un marinier craignant Dieu où il pourrait rencontrer un lieu propre à son dessein et où il ne fût inquiété de personne. Le marinier lui dit qu'il y avait bien avant dans la mer une île déserte où était un rocher inhabitable qui épouvantait tous ceux qui en approchaient. Martinien le pria de le mener en ce lieu, qui était celui qu'il cherchait, et lui fit promettre de lui apporter de temps en temps des branches de palmier, du pain et de l'eau pour vivre, l'assurant en outre qu'il prierait Dieu pour lui et lui donnerait pour sa récompense tous les paniers
VIES DES SAINTS. — TOME II.
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qu'il ferait. On le mena donc sur ce rocher, où il était visité trois fois l'année par le marinier et recevait de lui tout ce dont il avait besoin pour sa subsistance. Il n'est pas aisé d'exprimer sa joie lorsqu'il se vit sur le rocher, au milieu de la mer, où les femmes, dont il appréhendait plus les approches que de tous les esprits de l'enfer, n'avaient garde de l'aller chercher.
Mais, pour faire voir qu'il n'y a point de retraite sûre en ce monde, celui qui lui avait fait la guerre dans sa cellule et l'avait forcé de la quitter, osa l'attaquer dans ce fort qu'il jugeait inabordable. Quelquefois même, il troublait si fort la mer, que le rocher ne semblait plus qu'une profonde vallée dans laquelle Martinien allait être englouti ; néanmoins ce Saint demeurait tranquille, et, se moquant de lui, il le contraignait de s'enfuir avec honte. Il avait déjà passé six ans dans cette solitude, qu'il croyait inaccessible ; il reconnut enfin qu'il n'est point de lieu où l'occasion d'offenser Dieu ne se puisse présenter, soit sur la terre, soit dans les eaux, soit dans le feu : car un vaisseau qui voguait sur cette mer étant venu se briser contre le rocher, tous ceux qui étaient dedans furent submergés, excepté une jeune fille qui, se sauvant à la faveur d'une planche, vint s'accrocher à la roche. Elle aperçut de là le Saint et lui cria : « Aidez-moi, serviteur de Dieu, donnez-moi la main et me retirez de cet abîme, ou je suis perdue ». Martinien fut bien étonné à ce spectacle ; et, reconnaissant que c'était une nouvelle invention de son ennemi, il s'arma de l'oraison ; et parce qu'il était obligé de secourir une personne en danger de se noyer, il la tira de l'eau, puis il lui dit : « Ma fille, nous ne pouvons pas demeurer ensemble ici ; demeurez-y et mangez mes provisions de pain et d'eau, jusqu'à ce que le marinier qui vient me visiter soit revenu, ce qu'il doit faire dans deux mois : vous lui ferez le récit de votre naufrage, et il vous conduira dans la ville ».
Ensuite il l'exhorta à pratiquer la vertu et à vivre en la crainte de Notre-Seigneur ; et, ayant fait le signe de la croix sur la mer, il dit à Dieu, les yeux levés vers le ciel : « Je me jette dans la mer, ô mon Dieu ! avec la confiance que j'ai en vous ; j'aime mieux être submergé que d'être en danger de perdre la chasteté » ; et il se mit à la nage pour se sauver. Mais la Providence, qui ne manque jamais, quand il est question de protéger ses élus, envoya deux dauphins qui le portèrent sur leur dos jusqu'au bord du rivage, où le Saint rendit grâces à son Libérateur et le pria de lui inspirer ce qu'il devait faire. Se remettant donc devant les yeux comment il était importuné par le démon sur la terre et sur la mer, dans les déserts et sur les rochers, il résolut de ne plus s'arrêter en aucun lieu, mais de voyager dans le monde comme un pèlerin en mendiant son pain ; il le fit l'espace de deux ans qu'il vécut encore, passant la nuit au lieu où il se trouvait et recevant dans les villages l'aumône qui lui était donnée par charité.
Lorsqu'il fut arrivé à Athènes, il plut à Dieu de récompenser les travaux, les combats et les victoires de son serviteur ; c'est pourquoi il révéla à l'évêque que Martinien était en ville et lui découvrit en même temps le mérite de ce saint personnage. L'évêque le vint trouver dans l'église, où il était couché sur un banc ; Martinien lui demanda sa bénédiction et le supplia de prier Dieu pour lui ; l'évêque le fit, lui administra les sacrements et le pria aussi de ne le pas oublier quand il serait devant Dieu. Ensuite, Martinien ayant dit : « Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains », et ayant fait le signe de la croix, rendit son esprit avec un visage joyeux et satisfait, en présence de l'évêque, le 13 février 830.
La jeune fille qui demeura sur le rocher, profitant de l'exemple de Martinien, vécut du pain et de l'eau qu'il lui avait laissés ; et, au bout de deux
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mois, le marinier étant venu, elle lui raconta ce qui s'était passé et le pria de lui apporter un habit d'homme avec du pain, de l'eau et de la laine, et de lui amener sa femme pour lui apprendre à travailler : ayant obtenu ce qu'elle demandait, elle vécut six ans sur le rocher, habillée en homme. Elle avait vingt-cinq ans lorsqu'elle y fit naufrage, et mourut saintement en la trente et unième année de son âge : elle s'appelait Photine. Deux mois après, le marinier revint comme de coutume pour lui apporter ses provisions, et, la trouvant morte, il porta son corps en la ville de Césarée ; ayant informé l'évêque qui elle était, l'état de sa vie et la manière dont elle était morte, ce prélat la fit mettre en terre avec pompe et cérémonie, comme il était convenable pour une fidèle servante de Dieu.
Telle est la vie de saint Martinien, ermite, si persécuté et si souvent combattu par l'ennemi commun des hommes, vaincu et victorieux, et qui a glorieusement triomphé de la chair, du monde et de l'enfer. Il était honoré dans tout l'Orient, mais spécialement à Constantinople dans une église voisine de Sainte-Sophie.
Les Dauphins qui transportèrent notre Saint sur leur dos de l'écueil à la rive ; le diable tentateur sous la forme d'un dragon ; la courtisane sous l'un ou l'autre de ses vêtements ; le foyer ardent sur lequel il se coucha pour dissiper l'ivresse d'un passager plaisir, sont les attributs qui entrent dans les représentations qu'on a données de saint Martinien. — Martin de Vos a peint Photine se sauvant à la nage et abordant au rocher sur lequel l'ermite fait des paniers d'osier.
Son histoire est tirée de Siméon Métaphraste, qui assure avoir connu saint Martinien lui-même ; Surtus l'a rapportée en son deuxième tome. Rollandos croit qu'il vécut dans le IVe siècle, et non dans le IXe, et que Faute ou Pauline, qui reçut dans son monastère Zoé, cette femme impudique qui le tenta, et qu'il convertit, est la grande sainte Paule, romaine, disciple de saint Jérôme. Mais, comme Siméon Métaphraste, qui était du IXe siècle, assure qu'il l'a vue, et qu'il appelle cette Paule ou Pauline, vierge, ce que l'on ne peut pas dire au moins dans le sens ordinaire de sainte Paule, romaine, il y a sujet de douter de la vérité de l'observation de cet auteur.
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## SAINT GILBERT, ÉVÊQUE DE MEAUX
1009. — Pape : Sergius IV. — Roi de France : Robert II.
Non est mortale quod opto. Mes vœux s'élèvent bien au-dessus des choses mortelles. Devise de Raphael Capisoncchi, évêque de Digne (1628-1655).
Une très-ancienne tradition fait naître saint Gilbert à Ham.
Son père, Fulchard, et sa mère, Geila ou Gisèle, appartenaient à la noblesse du Vermandois et vivaient dans l'intimité du comte Albert Ier. Ils confièrent l'éducation de leur fils aux chanoines de Saint-Quentin de Vermand, qui étaient renommés pour leur science et leur sainteté. Gilbert fit
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de rapides progrès dans les lettres et de plus grands encore dans la vertu. Ses éminentes qualités, plus encore que sa naissance, le firent distinguer du comte Albert, qui le pourvut d'un canonicat à la collégiale de Saint-Quentin. Sa régularité et son zèle lui attirèrent bientôt l'estime et l'admiration de tous ceux qui le connurent. Le second fils d'Albert Ier, Othon, qui, du vivant de son père, portait le titre de comte de Vermandois, l'attirait souvent à la cour et lui témoignait une vive affection. Le pieux chanoine se rendait volontiers à ces invitations, et sa piété ne souffrait aucune atteinte au contact du monde.
Archanrad, évêque de Meaux, déterminé par la renommée de Gilbert, le choisit pour son archidiacre. On put alors apprécier le zèle, la prudence et la charité qu'il mettait à réprimer la violation des règles et à garantir l'honneur sacerdotal. Il fit honneur à cette collégiale de Saint-Quentin, pépinière féconde qui fournit des sujets à presque toutes les églises de France, et qui vit sortir de son sein près de quarante évêques, sept chanceliers de France, six cardinaux et un pape.
A la mort d'Archanrad (995), tous les suffrages se portèrent sur Gilbert, qui mit autant de répugnance à accepter cette dignité qu'on mettait d'empressement à la lui offrir. Etienne Ier, comte de Meaux et de Troyes, exprima toute sa joie aux deux clercs qui vinrent à Epernay soumettre à son approbation le choix du peuple et du clergé.
Malgré son élévation, Gilbert ne changea rien à sa manière de vivre, restant toujours fidèle à ses exercices de piété, à ses oraisons, à ses jeûnes et à ses mortifications. Voyant dans ses nouvelles fonctions une charge obligatoire bien plus qu'un honneur, il puisait dans le profond sentiment de ses devoirs la résolution d'être toujours miséricordieux pour les pauvres, sévère pour les méchants, indulgent pour les bons ; aussi était-ce par un régime tout paternel qu'il gouvernait son bercail. Pendant ses vingt années d'épiscopat, il donna l'exemple de toutes les vertus et surtout d'une parfaite humilité.
Nous ne connaissons qu'un fort petit nombre des actes épiscopaux de saint Gilbert. En 998, nous le voyons souscrire à une charte du roi Robert en faveur du monastère de Saint-Denis ; en 1003, il appose son sceau à une charte du même roi, octroyée à l'abbaye de Saint-Père de Melun ; en 1005, il donne à son Chapitre les revenus de la petite abbaye de Saint-Rigomer, située dans un faubourg de Meaux ; en 1008, il assiste au concile de Chelles, dans le palais du roi Robert ; enfin, nous le voyons donner des secours pécuniaires à l'abbaye de Saint-Père-en-Vallée-lès-Chartres, pour qu'elle puisse augmenter le nombre de ses religieux.
Gilbert fut un des premiers prélats de France qui, à l'exemple de Lisiard, évêque de Paris, divisa les revenus de son église en deux menses, l'une épiscopale et l'autre capitulaire. Ce vœu lui avait été exprimé par son Chapitre, qui désirait pouvoir user des revenus de son lot, sans le concours de l'évêque. Avant ce partage, qui date du 12 mars 1004 et fut approuvé par le pape saint Léon IX, l'évêque, seul administrateur des biens de son église, en faisait la répartition entre les clercs et les chanoines, affectant la part que bon lui semblait au service du culte, au besoin des pauvres et à ses dépenses personnelles.
Gilbert, étant tombé gravement malade et sentant sa fin approcher, réclama les derniers secours spirituels à Léotheric, archevêque de Sens, et à Fulbert, évêque de Chartres, qui se rendirent à son appel. « Grâces immor-
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telles vous soient rendues », leur dit-il, « ô vous, lumières de l’Eglise des Gaules, qui venez recevoir les soupirs d’un vieil ami ; vous qui, en m’appropriant le Viatique des mourants, venez m’aider à lutter contre les embûches de la mort et les ruses de l’ennemi du salut ; vous qui, d’une main pieuse, confierez mes restes mortels à une tombe chrétienne ».
Après vingt ans de sage administration, le saint évêque mourut, le 13 février de l’an 1009 ou 1010. Il fut enseveli dans l’église dédiée à Notre-Dame et à saint Étienne, devant l’autel, sous les gradins de l’abside. De nombreux miracles s’accomplirent bientôt sur son tombeau.
## RELIQUES ET CULTE DE SAINT GILBERT.
Jean l’Heillier, évêque de Meaux, transféra le corps de saint Gilbert en 1401.
Le couvent de Saint-André de Clermont donna, en 1645, une relique de saint Gilbert à l’abbaye de Saint-André-au-Bois.
Le 25 juin 1562, les Huguenots dévastèrent la cathédrale de Meaux ; quelques ossements de saint Gilbert échappèrent seuls au désastre. À l’époque de la Révolution, ils ont été confondus avec les reliques de quelques autres Saints, par suite de l’incurie de l’évêque constitutionnel. Ils sont probablement avec d’autres reliques innombrées, dans la chasse principale de la cathédrale, désignée sous le titre de Saint-Pierre. Dans la même église, on conservait jadis, avec un grand respect, une chape du saint évêque.
Saint Gilbert était spécialement invoqué pour l’hydropisie et le mal des ardents.
La collégiale de Saint-Quentin, ainsi que les églises de Meaux et de Noyon, célébraient la fête de saint Gilbert au 13 février. Dans le diocèse de Meaux, on fêtait, de plus, sa translation au 30 octobre. On ne fait plus aujourd’hui que sa fête patronale.
Son nom est inscrit dans le Martyrologe d’Amiens de 1737, ainsi que dans ceux de Molanus, Ferrari, Canisius, Du Saussay, Chastelain, etc. ; il est marqué au 4 février dans quelques anciens calendriers.
Saint Gilbert, revêtu de ses ornements épiscopaux, tient le troisième rang parmi les six personnages qui ont illustré la ville de Saint-Quentin, dans la gravure initiale de l’*Augusta Viromanduorum* d’Hémeré.
Saint Gilbert figurait au portail principal de la cathédrale de Meaux, avec d’autres prélats de cette église. Toutes ces statues ont été mutilées par les Huguenots, le 25 juin 1562, et depuis, on les a ôtées de la place qu’elles occupaient.
Nous avons emprunté cette vie à l’*Hagiographie d’Amiens*, par M. l’abbé Corblet.
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## SAINT AGABUS,
L’UN DES SOIXANTE-DOUZE DISCIPLES DE JÉSUS-CHRIST; PROPHÈTE ILLUSTRE DE L’ÉGLISE PRIMITIVE; TÉMOIN OCULAIRE DES FAITS DU CHRIST (Ier s.).
La tradition de l’Eglise Orientale, suivie, approuvée par l’Eglise d’Occident, témoigne que saint Agabus était l’un des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur.
Il avait le don de prophétie, comme la plupart des premiers disciples de Jésus, selon qu’il est marqué dans les *Actes des Apôtres*, où on lit ce qui suit :
« En ce même temps (l’an 44 de Jésus-Christ), des Prophètes vinrent de Jérusalem à Antioche.
« L’un d’eux, nommé Agabus, prédit par l’Esprit de Dieu qu’il y aurait une grande famine par toute la terre, comme elle arriva ensuite sous l’empereur Claude ».
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D'après cette prédiction d'Agabus, « les disciples résolurent d'envoyer, chacun selon son pouvoir, quelques aumônes aux frères qui demeuraient en Judée : ce qu'ils firent en effet, les envoyant aux prêtres de Jérusalem par les mains de Barnabé et de Paul ».
La Synagogue, dans les temps de sa divine institution, avait eu ses Prophètes. L'Église chrétienne eut pareillement les siens dans ses commencements. Le don de prophétie était si commun alors, qu'il y avait peu d'églises où il n'y eût quelque personne qui en fût privilégiée. Ce fut principalement alors que l'on vit l'accomplissement de l'oracle de Joël qui annonçait que l'esprit de prophétie serait répandu sur toute chair. Quatre filles du diacre saint Philippe étaient toutes prophétesses. Saint Luc parle encore plus loin des docteurs et des Prophètes, qui étaient à Antioche, et notamment de Barnabé, de Simon le Noir, de Lucius de Cyrène, de Manahen, de Saul. Agabus était un de ceux que le Saint-Esprit favorisait tout spécialement. Tous les écrivains du Nouveau Testament sont autant de Prophètes ; et il y a peu de siècles où Dieu n'ait communiqué son esprit de prophétie, au moins par intervalle, à certaines personnes privilégiées, et illustres par leur sainteté.
La famine que prédit ici Agabus arriva sous l'empereur Claude, la quatrième année de son règne, quarante-quatrième de l'ère commune. Les historiens profanes ont parlé de cette famine. Suétone dit que cet empereur fut attaqué par le peuple au milieu du marché, chargé d'injures, et poursuivi avec des morceaux de pain ; en sorte qu'à peine put-il regagner son palais par une porte de derrière. Cette famine s'étendait par toute la terre, dit saint Luc ; c'est-à-dire, dans tout l'empire romain ; mais non pas partout également. Elle affligera principalement la Judée. — Les fidèles d'Antioche furent informés de l'extrême disette que souffraient les chrétiens qui étaient demeurés à Jérusalem, parce que la plupart s'étaient dépouillés de tous leurs biens, pour les mettre en commun, et pour les apporter aux pieds des Apôtres ; ils prirent alors une résolution digne de leur charité, qui fut d'envoyer des aumônes en Judée, pour y être distribuées aux indigents. On chargea de ces aumônes Paul et Barnabé. Mélone, reine des Adiabéniens, et leste, son fils, vinrent pareillement au secours des habitants de Jérusalem. Ils remirent leurs aumônes entre les mains des magistrats de cette ville, et les Apôtres, entre les mains des prêtres ou anciens de cette église.
Les peintres représentent, dans les tableaux et dans les verrières des églises, Agabus rampant son bâton ou son rameau, de dépit de ce que saint Joseph lui est préféré par le sort pour être l'époux de Marie, et se retirant dès lors sur le mont Carmel pour y vivre dans la solitude et dans la contemplation. C'est ce que raconte une ancienne légende de la vie de la Sainte Vierge.
Il fut un des plus aînés disciples de Jésus, et mérita des faveurs spéciales du Saint-Esprit, qu'il fit servir au profit de l'Église.
La famine qu'il prédit sous Claude ne fut pas la seule prophétie publique qu'il fit dans l'Église. L'an 58, il vint encore de Judée trouver saint Paul à Césarée, et lui annonça tout ce qu'il devait endurer, à Jérusalem, de mauvais traitements de la part des Juifs et des Gentils :
« Pendant notre séjour à Césarée », dit saint Luc, « un prophète, nommé Agabus, vint de Judée et nous étant venu voir, il prit la ceinture de Paul et, s'en liant les pieds et les mains, il dit :
— « Voici ce que dit le Saint-Esprit. L'homme à qui appartient cette ceinture sera lié de cette sorte par les Juifs dans Jérusalem, et ils le livreront entre les mains des Gentils ».
Les fidèles, assurés de la vérité de cette prophétie d'Agabus, essayèrent de détourner saint Paul d'aller à Jérusalem. Mais cet apôtre intrépide, qui savait qu'il devait souffrir pour Jésus-Christ, ne craignit point de s'exposer à tous les périls, et la prophétie précédente s'accomplit à la lettre, lorsque saint Paul fut à Jérusalem.
Les Grecs disent que saint Agabus fut martyrisé à Antioche, et ils marquent sa fête au 8 mars ; les Latins la célèbrent le 13 février depuis le IXe siècle.
Voir *Bollandistes*, 13 février, p. 844. S. Adon et les *Sotans-dones disciples* de M. l'abbé de Maistre, auquel nous avons emprunté ce récit.
Événements marquants
- Retraite en solitude à l'âge de 18 ans près de Césarée
- Résistance à la tentation de la courtisane Zoé par l'épreuve du feu
- Conversion de Zoé
- Retraite sur un rocher en mer pendant six ans
- Sauvetage de Photine après un naufrage
- Traversée de la mer sur le dos de deux dauphins
- Vie de pèlerin mendiant pendant deux ans
- Mort à Athènes
Miracles
- Expulsion de démons et guérisons de malades
- Transport sur le dos de deux dauphins pour traverser la mer
- Résistance aux flammes d'un brasier
Citations
Que t'en semble, Martinien ; ce feu ne t'a-t-il pas semblé bien agréable pour le peu de temps que tu y es demeuré ?
Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains