Saint Édouard II, Roi d'Angleterre

Martyr, Roi d'Angleterre

Fête : 18 mars 10ᵉ siècle • saint

Résumé

Fils du roi Edgar, Édouard II fut sacré roi d'Angleterre grâce au soutien de saint Dunstan. Son règne empreint de charité fut abrégé par sa belle-mère Elfride, qui le fit assassiner d'un coup de poignard en 978. Son corps, découvert grâce à une colonne de feu, fut trouvé intact et devint l'objet d'une grande dévotion à Shaftesbury.

Biographie

SAINT ÉDOUARD II, MARTYR, ROI D'ANGLETERRE

Il n'y a rien de constant en ce monde : tout y est exposé à mille périls, et comme les hautes montagnes sont les plus sujettes aux coups de la foudre, de même les conditions les plus éminentes sont plus ordinairement le jouet de la fortune. Cette vérité divine et morale va paraître en la vie d'Edouard II, roi d'Angleterre, qui mérite bien de tenir place en ce recueil de la Vie des Saints. Il était fils d'Edgar, roi du même pays, et d'Engelflède, fille du duc Ordmer, que ce prince avait épousée en secondes noces. La reine, sa mère, étant morte, Edgar, son père, épousa une troisième femme nommée Elfride, fille d'Ordgar, roi de Cornouailles, et veuve d'Elwolde, chef des anglais orientaux, et il en eut aussi un fils qui fut appelé Ethelred ; ce qu'il a été nécessaire de remarquer pour entendre la suite de cette histoire.

Le prince Edouard fut baptisé par saint Dunstan, archevêque de Cantorbéry, et donna bientôt des preuves de son bon naturel et des belles dispositions qu'il avait à la piété : car, renonçant de bonne heure aux délices de la cour et à tout ce qui peut porter au péché, il appliqua tous ses soins à se rendre agréable à Dieu par la pratique de toutes les vertus ; de sorte que le roi son père, en étant ravi, résolut de le nommer, de son vivant, son successeur à la couronne, afin d'obvier, par ce moyen, aux troubles qui pourraient naître après son décès.

Le roi mourut le 8 juillet 972, selon le cardinal Baronius ; la précaution qu'il avait prise n'empêcha pas qu'il n'y eût alors de grandes brouilleries entre les princes anglais : Elfride, prenant les intérêts de son fils, quoique le plus jeune (il était âgé seulement de sept ans), le voulait faire régner au préjudice de son frère Edouard, qui était du premier lit. Sur ce différend, les archevêques du royaume, Dunstan de Cantorbéry et Oswald d'York, s'assemblèrent avec les autres évêques, abbés, ducs et seigneurs de la couronne, et sans avoir égard aux murmures des partisans d'Ethelred, ils sacraient Edouard roi, suivant la volonté d'Edgar. Le saint archevêque prit toujours un grand soin de ce jeune prince, pour qui il avait conçu une tendre affection depuis qu'il l'avait baptisé. Aussi fit-il de tels progrès en une si bonne école que, suivant les vestiges du feu roi son père, il se rendit un excellent prince, tant durant les troubles de la guerre que pendant le calme de la paix, se montrant d'une part terrible et sévère aux ennemis de l'État, et d'ailleurs doux et favorable aux hommes de bien. Il affectionna parcillement les clercs et les religieux, les favorisant de tout son pouvoir, et imitant en cela ses ancêtres, qui avaient fait bâtir plusieurs monastères en Angleterre. Après les affaires publiques du royaume, ce très-pieux roi prenait un singulier plaisir à faire du bien aux pauvres, à les nourrir, à les vêtir, à leur distribuer généralement tout ce dont ils avaient besoin, estimant qu'une des principales fonctions de la royauté était de secourir les malheureux. Aussi les gens de bien bénissaient Dieu dans leur cœur, de voir leur roi, en sa jeunesse, s'adonner à ces actions de piété. Il était affable pour tous ses sujets, extrêmement doux envers tout le monde, judicieux dans ses conseils, prudent dans toute sa conduite, et chérissant particulièrement la chasteté ; de sorte que chacun se promettait un siècle d'or sous le règne d'un si excellent prince.

Ce bonheur, néanmoins, ne fut pas de longue durée ; sa belle-mère, étant fille de roi, ne pouvait souffrir que son fils n'eût pas été préféré à celui d'une simple princesse ; elle cherchait les moyens de nuire à son roi et légitime seigneur : elle en rencontra bientôt l'occasion. Un jour Edouard, étant à la chasse et se trouvant près du château de Wareham, qui appartenait à sa belle-mère, voulut y aller pour voir le jeune prince Ethelred, son frère, qu'il aimait tendrement ; ses gens s'étant écartés en chemin, il y alla seul : Elfride, étant avertie qu'il approchait, vint au-devant de lui avec des assassins, feignant d'être ravie de le voir, et lui fit apporter à boire. Edouard, ne se défiant de rien, prit la coupe, et, comme il la portait à sa bouche, la cruelle princesse lui fit donner un coup de poignard dans le côté. Dès qu'il se sentit blessé, il piqua son cheval pour retourner vers ses gens qui le cherchaient ; mais, perdant son sang en abondance, il tomba raide mort sur place, le 18 mars 978, la troisième année seulement de son règne.

La marâtre, voyant le roi mort, pour marquer le grand mépris qu'elle faisait de lui, fit traîner son corps par les pieds dans la maison d'une pauvre femme aveugle de naissance, que cette reine faisait nourrir, afin de l'y enterrer secrètement, et de cacher ainsi son régicide. Mais, que peut la malice humaine contre la sagesse de Dieu ? la pauvre aveugle approcha du saint corps, et aussitôt elle ouvrit les yeux à l'éclat d'une grande lumière, qui, paraissant au milieu de la nuit, éclairait toute sa maison. Cela étant venu à la connaissance de cette détestable princesse, que l'on peut comparer à l'impie Athalie, dont parle l'Écriture, elle fit jeter ce saint corps dans

18 MARS.

un marais, afin d'en éteindre à jamais la mémoire, et se retira en un autre lieu de son domaine, éloigné de quelques milles du premier, où avait été commis cet horrible meurtre.

On représente Edouard II sur son cheval, buvant le coup de l'étrier, pendant qu'un assassin s'avance traitreusement vers lui. Le jeune roi soupçonnait, dit-on, quelque chose des mauvais desseins de sa marâtre; mais ne voulant pas, en vrai chrétien qu'il était, laisser croire qu'il lui rendait haine pour haine, il lui fit la visite qui amena sa mort. Dans certains tableaux, il sort un serpent de la coupe qu'il tient à la main, symbole énergique de la part que le démon eut à la mauvaise action.

## RELIQUES DE SAINT ÉDOUARD.

Un an s'était déjà écoulé, sans que personne eût trouvé ce saint corps, lorsque le Tout-Puissant, voulant faire connaître au monde les mérites de son martyr, suscita quelques fidèles, qui le cherchèrent par dévotion; ils découvrirent enfin le lieu où il était, par le moyen d'une colonne de feu qui parut souvent au-dessus. Il y vint aussitôt un grand concours de fidèles, qui, pleurant la perte de leur roi et de leur puissant protecteur, enlevèrent cette précieuse relique et la mirent dans l'église de la Très-Sainte Vierge de Warcham: ce qui fut fait le 13 février, l'année d'après son décès. Pour le lieu où ce saint dépôt fut trouvé, Dieu y fit naître une fontaine d'eau douce, que l'on a depuis appelée la Fontaine de saint Edouard, où plusieurs personnes, affligées de différentes maladies, ont reçu la guérison de leurs maux.

Cependant, le bruit de cette invention se répandant par toute l'île de la Grande-Bretagne, chacun détestait la malice et l'impiété de la reine, et élevait jusqu'au ciel les mérites, l'innocence et les vertus du saint Martyr. Aldred, prince des Merciens, pour honorer la mémoire de son roi, invita autant qu'il put d'évêques, d'abbés et d'autres personnes de marque, à assister à la translation de son corps. Surtout, il pria sainte Vilfride, abbesse d'un célèbre monastère de Winchester, où Editha, sœur du saint roi, était religieuse, de s'y trouver avec toutes ses filles. De la sorte, le corps de saint Edouard fut levé solennellement, et trouvé tout entier et aussi frais que s'il ne fût mort qu'un moment auparavant: grande consolation pour toute cette illustre compagnie, qui rendit grâces à Dieu de ce qu'il faisait paraître, par une marque si sensible, l'innocence de son Martyr; sa sainte sœur Editha, qui était présente, se jeta sur ce corps, colla ses joues contre les siennes, et arrosa de ses propres larmes le visage de ce cher défunt, ne pouvant se rassasier de le contempler. Enfin, ce précieux trésor fut déposé au célèbre monastère de Shaftesbury, que le roi Elphrède, bisaïeul de saint Edouard, avait fait bâtir et qu'il avait doté en considération de sa fille Hélène, qui s'y était consacrée épouse de Jésus-Christ. Tant de merveilles ne pouvaient être cachées à la misérable Elfrède, meurtrière du Saint, elle fut touchée de repentir, et voulut aussi visiter ses reliques; mais elle en fut repoussée par un juste jugement de Dieu, qui ne permit pas qu'elle en pût approcher, ni à pied, ni à cheval; le Tout-Puissant se rendit ainsi le vengeur de sa perfidie contre le saint Martyr; néanmoins, depuis, pour pénitence de son crime, elle fit bâtir deux monastères de religieuses. Ces monastères sont Whervel et Ambresbury; elle mourut dans le premier. Son fils Ethelred, qu'elle avait tant désiré voir roi, fut un prince lâche et malheureux. L'Angleterre, sous son règne, fut exposée à toutes sortes de calamités, et surtout à l'invasion des Danois.

Dans la suite des temps, on fit diverses distributions des reliques de saint Edouard: une partie fut transférée à Lemester, au comté d'Hereford, une autre à Abingdon, au comté de Berks. Les Anglais célébrèrent en son honneur trois fêtes par an, jusqu'à l'époque du schisme: la première et la principale était celle du jour de sa mort, le 18 mars; la deuxième, celle du jour de sa première translation à Warcham, le 18 février, et la troisième, celle de son élévation de terre ou deuxième translation à Shaftesbury, le 20 juin. Les protestants ont conservé la mémoire de la première et troisième fête dans le calendrier de leur nouvelle liturgie, par l'effet de quelque ombre de vénération qui leur est restée pour leur saint roi. Les martyrologes des catholiques font presque tous mention de lui avec la qualité de martyr, sans doute pour le désigner de saint Edouard le confesseur, car le martyrologe romain ne lui donne pas ce titre.

Le martyrologe romain fait mémoire de saint Edouard, roi et martyr, le 18 mars. Surius a écrit amplement sa vie, d'après plusieurs manuscrits, en son deuxième tome. Nous l'avons suivi en ce recueil, et les Annales du cardinal Baronius, comme aussi Polydoro Virgile et les autres historiens d'Angleterre.

SAINT FRIGIDIEN, ÉVÊQUE DE LUCQUES. 497

Événements marquants

  • Baptême par saint Dunstan
  • Sacre comme roi d'Angleterre malgré l'opposition de sa belle-mère
  • Règne marqué par la piété et le secours aux pauvres
  • Assassinat au château de Wareham par un coup de poignard
  • Translation solennelle du corps trouvé intact à Shaftesbury

Miracles

  • Guérison d'une femme aveugle de naissance à l'approche du corps
  • Colonne de feu apparaissant au-dessus du lieu de sépulture secret
  • Source d'eau douce (Fontaine de saint Edouard) jaillie au lieu de l'invention
  • Incorruptibilité du corps lors de la translation
  • Impossibilité pour la meurtrière d'approcher des reliques

Date de fête

18 mars

Époque

10ᵉ siècle

Décès

18 mars 978 (martyre)

Catégories

Patron(ne) de

Autres formes du nom

  • Edouard II (fr)

Prénoms dérivés

Édouard, Edward

Famille

  • Edgar (père)
  • Engelflède (mère)
  • Elfride (belle-mère)
  • Ethelred (demi-frère)
  • Editha (sœur)
  • Ordmer (grand-père maternel)
  • Elphrède (bisaïeul)