Bienheureux Hildemar

Fondateur et premier supérieur de l'abbaye d'Arrouaise

Fête : 13 janvier 11ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Né à Tournai et formé en Angleterre, Hildemar fut maître de la chapelle de Guillaume le Conquérant avant de se retirer dans la solitude de la forêt d'Arrouaise en 1090. Il y fonda avec Conon une importante abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin. Il mourut en 1097 des suites d'une agression perpétrée par l'un de ses clercs.

Biographie

LE BIENHEUREUX HILDEMAR

FONDATEUR ET PREMIER SUPÉRIEUR DE L'ABBAYE D'ARROUAISE, EN ARTOIS

Mort en 1097. — Pape : Urbain II. — Roi de France : Philippe Ier.

La forêt d'Arrouaise (Arida Gamantia) s'étendait depuis Encre (Albert) jusqu'à la Sambre. Elle fut d'abord le séjour de prédilection des Druides et le théâtre de leurs mystérieuses et sanguinaires pratiques. Plus tard, elle servit de retraite aux voleurs. Un endroit de cette forêt était surtout redoutable au XIe siècle : c'était celui qui portait le nom de Trône de Bérenger. Or, c'est dans cet endroit-là même, situé sur la limite des comtés de Flandre et de Vermandois (près la ville actuelle de Bapaume et presque dans le village appelé le Transloy), que deux étrangers, Hildemar et Conon, jetèrent, en l'an 1090, les fondements d'une maison qui devait bientôt avoir sous sa direction vingt-huit abbayes, un nombre plus considérable de paroisses et d'églises, devenir le centre d'une Congrégation pleine d'activité, une source abondante de vie spirituelle pour le nord des Gaules, et même étendre jusque dans l'Irlande et la Pologne le cercle de ses utiles travaux. La Congrégation d'Arrouaise fut, jusqu'à la Révolution française, une des branches principales du grand arbre des Chanoines réguliers de Saint-Augustin.

Hildemar était né à Tournay ; quant à Conon, c'était un Allemand de noble lignée, fils d'Eginne, comte d'Urrack, petit-fils de Camille Knobel de Katzenellebogen. Tous deux avaient été élevés en Angleterre : ils y avaient embrassé la règle de Saint-Augustin et reçu l'ordre de la prêtrise. « Tout avait été changé dans ce royaume », sous le règne de Guillaume le Conquérant. Pour affermir son autorité, ayant fait déposer les prélats anglais, il leur avait substitué des Normands. Toutes les dignités, toutes les charges étaient entre les mains de ses créatures. Hildemar et Conon eurent part à ses grâces et furent maîtres de sa chapelle. Après sa mort, arrivée en 1087, ils quittèrent la cour pour faire quelques pèlerinages ; de plus en plus dégoûtés des grandeurs périssables de ce monde et désireux de vivre pour Dieu seul, ils sortirent du pays où ils avaient été honorés et vinrent se fixer dans cette affreuse solitude du Trône de Bérenger. Ils y trouvèrent un ermite nommé Roger, natif de Transloy, village voisin. Ils se firent ses compagnons, se bâtirent une cellule, et érigèrent un oratoire sous le titre de la Sainte-Trinité et de Saint-Nicolas. Les voleurs infestaient encore tout ce pays, mais ceci ne les arrêta pas, et même, comme cela arrivait souvent alors, on vit leur établissement contribuer bientôt à la sûreté des voyageurs. Peu à peu ils s'associèrent d'autres compagnons de retraite et de travail, et Hildemar fut élu pour chef ou prévôt de cette maison naissante. Il ne l'agrandit pas beaucoup. Amant passionné de la sainte pauvreté, en vain lui offrait-on de toutes parts des richesses et des possessions. Il n'acceptait que ce qui était rigoureusement nécessaire au petit nombre de ses religieux. Il refusa, entre autres choses, l'église de Vermand, autrefois collégiale, desservie alors par

des Chanoines réguliers de Saint-Augustin, et donnée depuis à l'ordre des Prémontrés. Cependant parmi ses disciples se trouvait un Judas. Esclave de ses passions et irrité des remontrances de son supérieur et de ses frères, ce malheureux clerc poignarda Roger et frappa à mort Hildemar lui-même, qui ne succomba pourtant que quelques mois après, le 13 janvier 1097, sans avoir pu encore donner une forme légale et bien solide à son établissement. Des miracles manifestèrent sa sainteté avant et après sa mort. Quinze ans plus tard, en 1112, un oratoire fut construit au-dessus de son tombeau.

En 1716, au mois de juin, des ouvriers, travaillant à la chapelle de Sainte-Marie-Madeleine, découvrirent dans une fosse murée à la tête et aux pieds, les ossements d'un corps humain, et à côté une pierre où étaient gravés ces mots : *Hic jacet Heldemarus hujus loci fundator*. On crut avec raison que ce corps était celui du bienheureux Hildemar. Le bruit de cette découverte se répandit parmi le peuple, et la levée solennelle du corps se fit par un vicaire-général d'Arras, en présence de l'abbé et des religieux, le 29 de ce même mois. Les ossements furent enveloppés dans des sachets et scellés, puis enfermés sous les mêmes sceaux dans un coffre que l'on déposa sous l'autel de la chapelle de la Sainte-Vierge. Dans le procès-verbal de cette cérémonie, il est dit que « des chirurgiens remarquèrent une ancienne fracture à l'extrémité du pariétal droit touchant à l'occiput », et dont ils n'ont pu deviner la cause. On pense qu'Hildemar a reçu dans cette partie le coup qui lui a causé la mort : ce qui est d'ailleurs conforme à la tradition.

On célébrait autrefois avec beaucoup de solennité la mémoire du bienheureux Hildemar au jour de sa mort.

Beaucoup d'écrivains ont parlé avec vénération de ce saint personnage. On cite Robert Dumont, le cardinal Jacques Vitry, Rosweide, Aubert Lemire, De Loire et bien d'autres. On le trouve aussi dans le Martyrologe de Du Saussay et dans celui de Châtelain, enfin dans les Bollandistes et dans le *Gallia Christiana*. Tous ont reproduit, avec plus ou moins d'exactitude, un très-ancien récit, composé par Gautier, abbé d'Arrouaise en 1179, et dont l'auteur de l'histoire d'Arrouaise a donné le texte authentique dans son précieux ouvrage.

Nous devons cette notice à M. Van Drival, chanoine, directeur au grand séminaire d'Arras.

Événements marquants

  • Éducation en Angleterre et réception de la prêtrise
  • Maître de la chapelle de Guillaume le Conquérant
  • Installation au Trône de Bérenger en 1090
  • Fondation de l'abbaye d'Arrouaise
  • Élection comme prévôt de la maison naissante
  • Agression par un clerc renégat
  • Mort des suites de ses blessures en 1097

Miracles

  • Miracles manifestés avant et après sa mort
  • Découverte de son corps intact avec inscription identitaire en 1716

Citations

Hic jacet Heldemarus hujus loci fundator

— Inscription funéraire découverte en 1716