Saint Fortunat de Poitiers
Évêque de Poitiers
Résumé
Poète d'origine italienne devenu évêque de Poitiers au VIe siècle, Fortunat est l'auteur d'une œuvre littéraire immense comprenant des hymnes célèbres comme le Vexilla Regis. Proche de sainte Radegonde et de saint Grégoire de Tours, il a marqué la littérature chrétienne par ses vies de saints et ses poésies lyriques.
Biographie
ÉCRITS DE SAINT FORTUNAT.
Le plus considérable des ouvrages de Fortunat est un *Recueil de poésies sur divers sujets* ; il est divisé en onze livres, et dédié à saint Grégoire, évêque de Tours. Le premier livre commence par un poème en l'honneur de Vital, évêque de Ravenne ; il est suivi de celui que Fortunat compose à l'occasion de l'église que le même évêque avait bâtie dans la même ville sous l'invocation de saint André, et où il avait mis des reliques de saint Pierre et de saint Paul, de saint Sisinne, de saint Alexandre, de sainte Cécile et de quelques autres Martyrs. Il y en a un sur la cellule bâtie à l'endroit où saint Martin avait donné une partie de son manteau à un pauvre pour l'en revêtir ; un sur la dédicace de l'église de Saint-Vincent, où un possédé du démon avait été délivré, aussitôt qu'on eut apporté dans cette église les reliques du saint Martyr. Les autres sont, ou des descriptions d'églises, de lieux et de rivières, ou des éloges de Léonce, évêque de Bordeaux.
On a mis dans le second livre l'hymne *Pange lingua* au nombre des poèmes de Fortunat, quoiqu'il y ait plus de raison de l'attribuer à Claudien Mamert ; les six autres premiers poèmes de ce livre sont en l'honneur de la croix ; le quatrième, le cinquième et le sixième sont acrostiches : le dernier est figuré en forme de croix, et tous les trois ont demandé beaucoup d'art et d'attention. Fortunat y dit nettement qu'il adore la croix en tout temps, qu'il la regarde comme le gage certain de son saint et qu'il la porte avec lui comme son refuge dans ses besoins. À l'égard du *Vexilla Regis*, personne ne doute que cette hymne ne soit de lui ; les deux dernières strophes ne sont pas les mêmes dans Fortunat que dans l'office de l'Église ; il y a aussi quelques changements dans la seconde. La plupart des autres hymnes ou poèmes du second livre sont à la louange de plusieurs saints évêques, comme de saint Satornin de Toulouse, de saint Maurice et de ses compagnons, de saint Hilaire de Poitiers, de saint Médard de Noyon ; les autres sont sur divers sujets. Le dixième est un éloge du zèle et de la piété du clergé de Paris, et le onzième une description de l'Église de cette ville. Fortunat la compare au temple de Salomon, disant qu'elle le surpassait, en ce que les ornements de ce temple n'étaient que matériels, au lieu que l'Église de Paris était teinte du sang de Jésus-Christ. Le douzième est sur un baptistère que saint Sidon, évêque de Mayence, avait fait construire ; le poète y reconnaît que Dieu, par les eaux médicinales du baptême, nous rachète de la mort du péché que nous avons contracté par notre origine. Fortunat fait, dans le treizième poème, l'éloge du martyr saint Georges. À la fin du troisième livre de l'édition de Luchi, réimprimée dans le tome LXXXVIII de la *Patrologie latine*, on trouve une pièce de vers de Fortunat en l'honneur de saint Martial.
Le troisième livre est composé de trente-sept lettres, partie en vers, partie en prose ; elles sont presque toutes à des évêques avec qui il était lié d'amitié. Il traite, dans la neuvième, du mystique de la résurrection ; c'est de là que l'on a tiré la première strophe du répons que l'on chante dans les processions le jour de Pâques, et qui y est répétée par manière de refrain ; elle commence par ces mots : *Salue festa dies*. Dans la dixième, il relève l'industrie de Félix de Nantes, qui avait su aplanir une montagne pour changer le cours d'une rivière, et donner par là aux peuples le moyen de vivre, en leur donnant des terres à cultiver. Il parle, dans la onzième, des forteresses que Nicét, évêque de Trèves, avait construites sur les bords de la Moselle. Il fait, dans la quatorzième, la description du pays messin, et des deux rivières dont il est arrosé, la Moselle et la Seille ; il représente la ville de Metz comme bien fortifiée. La vingt-neuvième est un éloge de saint Ayric, évêque de Verdun. Il loue aussi, dans la trentième, son savoir et son assiduité à instruire son peuple. On voit, par la trente-deuxième, que l'abbé Paterne l'avait prié de corriger un livre que Fortunat avait écrit de sa propre main, et où il s'était glissé des fautes qu'il avoue lui être assez ordinaires. Il était du côté de Nantes, lorsqu'il écrivit à Drucon, diacre de l'Église de Paris ; cette lettre est la trente-deuxième. Les trois suivantes sont aussi à des diacres, et ne sont que des lettres d'amitié.
On trouve, dans le quatrième livre, vingt-huit épitaphes, dont les dix premières sont pour divers évêques de France, les autres pour des personnes de conditions différentes. La vingt-cinquième est pour la reine Théodéchilde, femme de Caribert ; il en est parlé dans saint Grégoire de Tours.
La première lettre du cinquième livre est adressée à Martin, évêque de Dume, en Galice. Cette lettre est en prose ; mais la seconde au même évêque est en vers. Fortunat y marque les pays où les Apôtres avaient annoncé l'Évangile ; il parle dans la même lettre du monastère de Poitiers, et de l'église de Saint-Césaire qui y était établie. La troisième lettre est aux habitants de Tours, qu'il congratule sur le choix qu'on avait fait de saint Grégoire pour leur évêque. La cinquième regarde la conversion des Juifs, faite par le ministère d'Avit, évêque de Clermont ; elle est suivie de l'éloge de cet évêque, mais Fortunat y reconnaît qu'on ne peut louer les ministres de Jésus-Christ dans la conversion des peuples, sans louer Jésus-Christ même qui inspire la bonne volonté, qui donne le parfait, et sans qui il ne se fait rien de bien, puisque c'est lui qui remplit de ses lumières les Prophètes et les prédicateurs, afin qu'ils engendrent la foi dans le cœur de ceux qui les écoutent. Fortunat s'étant proposé de composer un acrostiche qui fût en autant de lettres que
SAINT FORTUNAT DE DOUBLABLE, ÉVÊQUE DE POITIERS. 301
Jésus-Christ a passé d'années sur la terre, et de renfermer dans ce poème l'histoire de la création de l'homme, de sa chute et de sa rédemption, cela ne lui fut point aisé, mais il en vint à bout. Il l'envoya à Syagrins, évêque d'Autun, à qui il écrivit une lettre en prose pour lui rendre compte de son travail, et de la manière de lire cet acrostiche. Les autres lettres n'ont rien d'intéressant, la plupart sont adressées à saint Grégoire de Tours, pour le remercier des présents qu'il en avait reçus, ou pour lui recommander des personnes qui allaient à Tours.
Les douze poèmes du sixième livre sont presque tous sur des matières profanes. Le second est l'épithalame du roi Sigebert et de Brunehaut. Le quatrième est remarquable par les louanges qu'il y donne au roi Charibert ou Caribert ; saint Grégoire de Tours n'en avait publié que les vices, surtout son incontinence, qui le fit excommunier par saint Germain, évêque de Paris. Fortunat relève ses vertus, le faisant passer pour un prince sage, modéré, équitable, zélé pour la justice et l'observation des lois, libéral, honnête, l'orateur de son conseil, amateur des lettres, et qui parlait aussi facilement le latin que le français. Le sixième est un éloge de Berthechilda, de sa modestie, de sa prudence, de son amour pour les pauvres. Le septième regarde le mariage de Galsuinde avec Chilpéric.
Tout ce qu'il y a de plus intéressant dans le septième livre, composé de trente et un poèmes, est le parallèle qu'il fait, dans le douzième, des sages et des savants du paganisme avec les vrais chrétiens. Il n'est resté à ceux-là qu'une vaine réputation ; ceux-ci jouiront d'une félicité éternelle dans le ciel, et seront même honorés sur la terre, parce qu'il n'y a point de salut à espérer, point d'honneur solide et permanent, qu'en se rendant par la vertu agréable à Dieu, qui est un en trois personnes. On peut encore remarquer ses deux distiques sur la brièveté de la vie. Tout passe dans un moment, nous devons donc nous attacher aux biens qui ne périssent jamais ; soyons équitables envers tous, cultivons la paix, aimons Jésus-Christ : cherchons des délices dont nous puissions jouir éternellement.
Il fait, dans le premier poème du huitième livre, le détail du lieu de sa naissance et de ses différentes demeures, jusqu'au temps où il s'attacha au service de sainte Radegonde, dont il décrit la vie, telle qu'elle la menait dans le monastère de Poitiers. Il parle, dans le second, de la peine qu'il avait de quitter cette Sainte pour aller rendre visite à saint Germain de Paris. Le troisième est une hymne sur la nativité de Notre-Seigneur. Le quatrième et le cinquième sont à la louange de Jésus-Christ, de sa sainte Mère, qu'il appelle Mère de Dieu, et en l'honneur de la virginité, qui seule a été digne de mettre au monde le Tout-Puissant, et qui est si excellente en elle-même, que les expressions manquent pour en exprimer tout le mérite. Fortunat y fait une description admirable de l'assemblée des Saints dans le ciel, où il donne la première place à la sainte Vierge, puis aux Patriarches, aux Prophètes, aux Apôtres, aux Martyrs et aux vierges. Il dit, dans le sixième poème, que les récompenses promises aux vierges tiennent le premier rang après celles qui sont dues aux Apôtres, aux Prophètes et aux Martyrs. Les six suivants sont à la louange de sainte Radegonde, et les douze derniers en l'honneur de saint Grégoire de Tours. On voit, par le neuvième, que la Sainte employait les prémices des fleurs du printemps à en orner les autels ; par le onzième, qu'elle s'enfermait pendant un mois chaque année avant la fête de Pâques, pour s'y préparer. Parmi les poèmes adressés à saint Grégoire, il y a une lettre par laquelle Fortunat lui recommande la cause d'un prêtre qui avait besoin de sa protection.
L'éloge qu'il fait de Chilpéric dans le neuvième livre est si général, qu'il ne suffit pas pour détruire les mauvaises impressions que les historiens du temps ont données de ce prince, et il faut dire la même chose de celui qu'il fait de la reine Frédégonde, son épouse. Fortunat fit les épitaphes des deux fils de Chilpéric, Dagobert et Clodubert. Les sixième et septième poèmes sont une réponse à la lettre que saint Grégoire de Tours lui avait écrite en vers. Le neuvième est un éloge de Sidonie, évêque de Mayence. Dans le seizième, il fait celui du général Chrodin.
Le dixième livre commence par l'explication de l'Oraison dominicale ; le style en est beaucoup plus net, plus coulant et plus naturel que celui des autres écrits de Fortunat en prose, ce qui donne lieu de croire que c'est un des discours à son peuple, où il ne cherchait qu'à l'instruire. L'explication de la dernière demande est restée inachevée. Suivent trois lettres en prose à un seigneur de la cour, nommé Numalène, dont deux sont pour le consoler de la mort de sa fille ; puis une autre à l'Église de Tours, que saint Grégoire venait de rétablir ; ensuite le récit de plusieurs miracles opérés par saint Martin ; deux poèmes à la louange du roi Childebert et de la reine Brunehaut ; la description d'un voyage que Fortunat avait fait sur la Moselle depuis Metz jusqu'à Andernach, dans l'évêché de Cologne ; un poème en l'honneur d'une église où l'on révèrerait particulièrement l'archange saint Gabriel, et où il y avait des reliques de saint Georges, de saint Cosme et de saint Damien, et de quelques autres Martyrs ; un à la louange d'Armentarie, mère de saint Grégoire, qu'il compare à la mère des Machabées, soit pour sa vertu, soit pour le nombre de ses enfants ; un au comte Sigoald, où il fait l'éloge de l'aumône, parce que ce seigneur était chargé d'en distribuer de la part du roi Childebert. On y voit aussi que Sigoald avait fait un pèlerinage au tombeau de saint Martin pour la santé de ce prince. Les autres poèmes sont sur diverses matières.
Le onzième livre contient vingt-cinq petits poèmes qui sont ou des remerciements à sainte Radegonde ou à l'abbesse de son monastère, pour des présents que Fortunat en avait reçus, ou des compliments sur le jour de leur naissance. Il marque, dans le quatrième, qu'il s'était joint à Agnès
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pour engager la Sainte à boire un peu de vin dans ses infirmités, et qu'il l'avait pressée sur ce sujet, par la considération de l'avis que saint Paul avait donné à Timothée dans un cas semblable. Il leur adressa deux autres poèmes, où il fait la description de deux de ses voyages. Tous ces poèmes sont précédés de l'explication du Symbole, qui est dans le même goût que celle de l'Oraison dominicale.
Saint Germain gouvernait encore l'Église de Paris, lorsque Fortunat composa ses quatre livres de la Vie de saint Martin. Ils sont écrits en vers, à la réserve de l'épître dédicatoire, qui est en prose ; elle est adressée à saint Grégoire de Tours, à qui il rend compte de son travail. Ces quatre livres ne lui coûtèrent que deux mois de travail ; aussi convient-il qu'ils n'ont pas toute l'exactitude qu'il aurait pu leur donner, en mettant plus de temps à polir ses vers.
Il fit aussi un poème sur la Destruction de la Thuringe. Il y fait parler sainte Radegonde, nièce d'Hermanfroy, et la représente pleurant la perte d'un État qui lui avait donné naissance, et celle de tous ses plus proches parents enveloppés dans la ruine de leur pays.
Le poème suivant est à la louange de l'empereur Justin le Jeune et de son épouse l'Impératrice Sophie. Fortunat loue ce prince sur la pureté de sa foi, sur son attachement aux décrets du Concile de Chalcédone, et sur le rappel des évêques exilés pour avoir pris la défense de la vérité. Suit un poème à Artachis, cousin-germain de sainte Radegonde, sur la mort d'Hermanfroy, son oncle et père d'Artachis.
Ce sont là tous les écrits de Fortunat recueillis par Brouère, et imprimés dans le dixième tome de la Bibliothèque des anciens Pères. On y a omis une épigramme à la louange du roi Childebert II, donnée, en 1675, par Dom Mabillon sur un manuscrit de l'abbaye de Saint-Vannes de Verdun ; elle est en quatorze vers élégiaques, qui ne sont que des jeux de mots. Fortunat s'y nomme, et recommande à ce prince un nommé Audulphe. On trouve cette épigramme dans le tome LXXXVIII de la Patrologie latine.
Entre les vies des Saints qu'il composa, nous connaissons celle de saint Germain, évêque de Paris, imprimée dans Surius, dans Bollondos et dans le premier tome des Actes de l'Ordre de Saint-Benoît ; celle de saint Aubin, évêque d'Angers, qui se trouve encore dans les mêmes auteurs ; celle de saint Paterne, évêque d'Avranches. La Vie de sainte Radegonde est divisée en deux livres dans le premier tome des Actes bénédictins : le premier seul est de Fortunat. Le Père Labbe a fait imprimer, dans le second tome de sa Bibliothèque des Manuscrits, une vie de saint Amand, évêque de Rodez. Surius en avait déjà donné une partie au quatrième jour de novembre, sous le nom de Fortunat : elle est assez de son style. On attribue encore à Fortunat un abrégé de la vie de saint Remi, qu'on lit dans Surius au 1er octobre, et la vie de saint Médard, évêque de Noyon. La Vie de saint Maurille, évêque d'Angers, n'est pas de Fortunat, comme l'a cru Trithème ; mais de Painon, évêque d'Angers, dans les commencements du Xe siècle. On n'a rien de bien assuré sur l'auteur de la vie de saint Marcel, évêque de Paris ; les uns l'attribuent à Fortunat de Poitiers, d'autres à un évêque du même nom, dont le siège épiscopal n'est pas connu. À l'égard des Actes de saint Denis, évêque de Paris, dont M. Bosquet fait auteur Fortunat de Poitiers, ils paraissent écrits sur la fin du VIIIe siècle ou au commencement du suivant. On ne voit pas sur quel fondement on a donné à Fortunat la vie de saint Lubin, évêque de Chartres : elle n'est point de son style.
Outre la vie de saint Séverin, dont saint Grégoire de Tours fait honneur à Fortunat, nous avons perdu les hymnes qu'il avait composées pour toutes les fêtes de l'année. Paul Diacre et Sigebert en font mention, et, par la manière dont ils en parlent, on voit que ces hymnes étaient en grand nombre ; Trithème en comptait jusqu'à soixante-dix-sept. Platine le fait auteur d'un traité intitulé : L'Art de régner, adressé au roi Sigebert ; nous n'avons rien sur ce sujet dans les écrits qui nous restent de Fortunat. Le Spicilège de Dom d'Achéry en cite un sous le titre de *Medietas Fortunati* ; mais ce n'est qu'un recueil de ses poèmes auquel l'on a donné ce titre.
Fortunat était un de ces géants heureux à qui il en coûte peu pour dire de belles choses ; outre cette facilité surprenante qui règne dans ses vers, on y trouve une simplicité facile qui ne bande point l'esprit, et surtout une grande douceur. Il fait toujours voir quelque chose de nouveau, rarement il est copiste ; il ne se copie pas lui-même ; il est presque toujours original. On ne laisse pas de distinguer aisément les vers qu'il faisait sur-le-champ, sans effort et sans méditation, d'avec ceux auxquels il apportait plus d'étude ; ceux-ci sont plus fleuris et remplis de plus d'agrément, il y a dans ceux-là quelque obscurité et moins d'harmonie. La description qu'il fait de son voyage par eau de Metz à Andernach, fait voir que son vrai talent était d'écrire en ce genre. On lui reproche avec raison plusieurs fautes contre la prosodie et contre la pureté de la langue latine, souvent il fait brève une syllabe qui est longue de sa nature, d'un verbe passif il en fait un actif ; d'un singulier il en fait un pluriel ; il défigure les mots, en retranche on y ajoute, suivant le besoin de la mesure de ses vers. Les éditeurs ont mis à la suite de ses poèmes un grand nombre d'exemples de ces sortes de licences poétiques. Ses écrits en prose, tels que sont ses préfaces et ses lettres, sont d'un style dur et embarrassé, il est beaucoup plus clair et plus doux dans ses ouvrages dogmatiques : c'était le génie de son siècle, d'embrouiller quand on voulait écrire avec éloquence.
La meilleure édition des écrits de saint Fortunat est celle qu'a donnée Mich.-Ang. Luchi, bénéficiaire de la Congrégation du Mont-Cassin, Rome, 1786-87, en deux parties, in-4°, avec préface et prélégumènes. Elle est reproduite dans le tome LXXXVIII de la Patrologie latine. Un Appendice
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nous donne des vers inconnus aux premiers éditeurs. Il contient des vers adressés à Radegonde et à Agnès ; ils ont été trouvés dans un manuscrit de la Bibliothèque royale par M. Guérard, et publiés par lui dans le tome XII des Notices sur les Manuscrits. Les poèmes de Fortunat ont été édités à Cambrai dans la collection *Poetæ ecclesiastici*, chez M. Hurez, in-12, 1822. Quatre de ses hymnes ont été traduites en français dans les *Poètes chrétiens*, par M. Félix Clément.
Vie des Saints de Poitiers, par M. l'abbé Aubér ; Histoire des Auteurs sacrés et ecclésiastiques, par Dom Cellier.
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## SAINT GUIGNER OU FINGAR, MARTYR EN BRETAGNE (vers 455).
Fingar, autrement Guigner, était fils de Clyton, un des rois d'Hibernie, à qui saint Patrice alla prêcher l'Évangile. Le respect que le jeune prince montra, dans une assemblée générale, pour ce saint missionnaire, méprisé de tous les autres rois et seigneurs de l'île, et l'empressement avec lequel il embrassa la foi, portèrent son père à le chasser de ses États, comme ennemi de sa personne et de ses dieux. Guigner se réfugia, avec une troupe d'amis, chrétiens comme lui, dans l'Armorique. Audren, qui régnait alors dans ce pays, lui fit un accueil favorable, et lui donna des terres pour ses compagnons et pour lui ; il y vécut dans les exercices de la vie religieuse pendant quelques années, en imitant, autant qu'il lui était possible, la vie de saint Patrice, son maître. Le désir qu'il éprouvait de ne s'occuper que de Dieu seul le porta à se séparer de ses compagnons, et à se retirer dans une caverne, où il passait tout son temps à méditer les vérités éternelles, et ne se nourrissait que de glands. Étant retourné ensuite dans son pays, avec le dessein de convertir à Jésus-Christ ses compatriotes, il y refusa la couronne que la mort venait d'enlever à son père, et que ses sujets, convertis pendant son absence par saint Patrice, lui présentaient avec un empressement qui marquait bien que ceux qui professent la véritable foi ne manquent jamais de fidélité à leurs souverains légitimes. L'amour de la retraite et de la vie contemplative porta Guigner à quitter une seconde fois son pays, en compagnie de plus de sept cents personnes, du nombre desquelles étaient sept évêques, et de sa sœur Piale, aussi humble et aussi détachée du monde que lui. Le but que cette sainte troupe se proposait, était d'annoncer l'Évangile aux Saxons qui s'étaient établis dans une partie de la Grande-Bretagne, et suivaient les erreurs du paganisme. Arrivés dans la Cornouaille insulaire, saint Guigner et ses compagnons n'eurent pas plus tôt manifesté leurs intentions, que Théodoric, prince breton, rassembla ses soldats, et fondit sur eux avec tant de fureur qu'il les fit tous massacrer. Ce carnage fut, dit-on, uniquement l'effet de la haine que les Bretons avaient contre les Irlandais, sans que la religion y ait eu aucune part. Cependant, comme la mort de ces saints personnages était très-injuste, on les a toujours honorés comme martyrs. Saint Guigner, qui n'avait cessé d'exhorter les siens à souffrir le trépas avec patience, eut lui-même la tête tranchée après eux. Cet événement arriva vers l'an 455.
On fait mémoire de saint Guigner dans le pays de Léon, dans la paroisse de Ploudiry (Finistère), où il est patron de l'église succursale de Loc-Eguiner, ainsi appelée de son nom. Une chapelle de l'église cathédrale de Vannes l'a aussi pour patron, et le diocèse en fait l'office double le 14 décembre. Ce Saint est encore le patron de la paroisse de Pluvigner (Morbihan), dans le diocèse de Vannes ; peut-être fut-ce dans ce lieu qu'il se retira la première fois.
La hache ou l'épée, instrument du martyre de saint Guigner, est sa caractéristique ordinaire.
Saints de Bretagne, par Dom Lobineau et l'abbé Tresvaux.
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## SAINT FOLQUIN, ÉVÊQUE DE THÉROUANNE (855).
Folquin eut pour mère Erkensinde, issue d'une noble famille de la nation des Goths, et pour père Jérôme, oncle de l'empereur Charlemagne. Son adolescence fut à la fois cultivée par les lettres et la piété. Entraîné par la grâce d'un haut rang en même temps que par son naturel enclin à la vertu, il dédaigna les honneurs du monde, et s'enrôla dans la milice du Christ, bien résolu à ne servir que Dieu seul. Il mena durant quelques années une vie douce et tranquille, tout entier aux choses
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de Dieu, jusqu'à ce que l'évêque de Thérouanne (Pas-de-Calais), Erkembodon, étant venu à mourir, il fut appelé à lui succéder par les suffrages du clergé et du peuple, l'an 817. Son humilité frappait d'autant plus que sa naissance et son mérite avaient plus d'éclat. Il maintenait la discipline avec une fermeté aussi éloignée de la rigueur que du relâchement. Il fréquentait peu les princes et les grands du monde, bien que sa noblesse semblait lui en faire une nécessité.
Il assista au sixième et au septième Concile de Paris, ainsi qu'à l'assemblée de Soissons. Outre des statuts concernant la discipline générale des mœurs auxquels il coopéra beaucoup, il en fit encore de particuliers pour son diocèse. Il soulagea son peuple accablé des calamités de la guerre. Il eut surtout l'occasion d'exercer sa charité, lorsque les Normands commencèrent à dévaster la Flandre et la Morinie, et à se ruer avec une sorte de fureur sur toutes les parties de la France. Il fit la translation des reliques de saint Omer, le plus célèbre de ses prédécesseurs. La crainte qu'il avait des incursions des Normands le porta à cacher le corps de saint Bertin sous l'autel de Saint-Martin, en 846. Parvenu à une extrême vieillesse, il remplissait encore tous les devoirs de sa charge. Sous prétexte qu'il était trop âgé pour continuer ses fonctions (il y avait près de quarante ans qu'il était évêque), le roi lui envoya un successeur, ce qui était une grave violation des saints canons ; alors le vieil évêque voulut venger la liberté de l'Église, et appela la malédiction du ciel sur la tête d'un homme qui aimait mieux obéir au roi de la terre qu'au Roi du ciel : on rapporte que le châtiment ne se fit pas attendre. Saint Folquin mourut en faisant la visite de son diocèse, le 14 décembre 855, au bourg d'Exquelbecq (Nord, arrondissement de Dunkerque, canton de Wormhoudt). Son corps fut porté, selon qu'il l'avait désiré, dans le monastère de Saint-Bertin, et enterré auprès de celui de saint Omer. Soixante-treize ans après (928), Odwin, du consentement de l'évêque de Thérouanne, leva de terre le corps de son oncle, et érigea un autel au lieu de sa sépulture : de grands miracles se sont opérés en faveur de ceux qui ont invoqué son nom.
Le culte de saint Folquin a été de tout temps célèbre dans la Morinie et les pays voisins. Plusieurs paroisses l'invoquent comme leur patron, entre autres celles de Pitgam, Esquelbecq, Wolckerinckove, au diocèse de Cambrai. Il y a aussi dans le diocèse actuel d'Arras, et non loin de Bourbourg, un village qui porte le nom du Saint.
Propre d'Arras ; Légendaire de Morinie ; Vie des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destombes.
Événements marquants
- Voyage de l'Italie vers la Gaule
- Attachement au service de sainte Radegonde à Poitiers
- Rédaction de nombreux recueils de poésies et de vies de saints
- Élection comme évêque de Poitiers
- Composition des hymnes Vexilla Regis et Pange Lingua
Citations
Vexilla Regis prodeunt
Salve festa dies