Saint Isidore de Péluse (ou de Damiette)
Supérieur général, Prêtre et Docteur
Résumé
Originaire d'Alexandrie et disciple de saint Jean Chrysostome, Isidore de Péluse fut un moine et prêtre égyptien célèbre pour son austérité et sa vaste érudition. Supérieur d'un monastère au désert de Lychnos, il consacra sa vie à combattre les hérésies et les vices de son temps à travers une correspondance monumentale de plus de deux mille lettres. Il mourut en 449, laissant une œuvre littéraire comparée à celle des plus grands Pères de l'Église.
Biographie
SAINT ISIDORE DE PÉLUSE (449).
Ce fut au voisinage de Péluse, ville située sur l'embouchure la plus orientale du Nil, et autrefois une des principales de l'Égypte après Alexandrie, que fleurit pendant longtemps saint Isidore, surnommé de *Péluse* ou de *Damiette*, par l'erreur de ceux qui ont cru que cette ville fut bâtie sur les ruines de l'ancienne Péluse.
Il était originaire d'Alexandrie, d'une famille également noble et opulente, et alliée à celle du patriarche Théophile et de saint Cyrille, son neveu et son successeur dans la chaire de saint Marc l'Évangéliste. Son éducation répondit à la distinction de sa naissance. Les Grecs nous disent qu'il acquit à un très-haut degré les sciences divines et humaines. Il avait eu pour maître saint Chrysostome, et il fut à son tour un de ses plus illustres disciples.
Il n'était qu'aux jours de son adolescence lorsqu'il s'engagea dans la vie monastique. Ce fut au désert de Lychnos, d'après toutes les apparences, qu'il commença sa carrière religieuse, et comme il surpassa bientôt tous ses frères en prudence, en sagesse, comme en science et en humilité, il fut élu supérieur général de toute cette pacifique milice. Son costume et sa nourriture révèlent assez ses grandes austérités. Il ne portait qu'un vêtement de poil très-roux, et ne vivait que d'herbes et de feuilles.
Élevé au sacerdoce vers sa trentième année, il se lança avec une ardeur infatigable et un zèle invincible dans les combats du Seigneur. Sa cause était la sienne ; il n'en fut pas un des moins heureux champions. Il réfuta victorieusement les Juifs par les prophéties, développa avec un grand talent les mystères de la très-sainte Trinité et de l'Incarnation contre les Ariens, les Nestoriens, les Saboliens et autres hérétiques : il prit éloquemment la défense de saint Chrysostome persécuté, et contribua puissamment à son retour au sein de son troupeau.
La mission particulière à saint Isidore fut de combattre sans considération humaine les vices et les abus partout où il les trouvait. Tout concourait d'ailleurs à lui donner de l'autorité sur les esprits ; sa naissance distinguée, les richesses qu'il avait quittées, le détachement dont il faisait profession, l'austérité de sa vie, la vaste érudition qu'il avait acquise, le rare talent de l'employer avec force et avec énergie, et surtout ces brillantes lumières qu'il avait comme puisées dans le sein de la divinité par son bras éminent et sa haute contemplation ; tout cela, disons-nous, faisait qu'il poursuivait vigoureusement par sa plume le péché dans les grands comme dans les petits, dans le haut clergé comme dans celui du second ordre, dans les gouverneurs et les magistrats comme dans le peuple, parce que son amour pour Dieu ne pouvait souffrir de le savoir offensé. C'est ainsi que les Saints ont vaincu les royaumes, dit l'Écriture, opéré la justice et obtenu les célestes récompenses.
Favorisé d'une belle vieillesse, exempte d'infirmités et toute pleine de vertus et de gloire, il passa dans le baiser du Seigneur l'an 449.
Nous n'avons aucun monument historique sur le désert de Lychnos ; il paraît seulement que c'est celui que saint Hilarion, au rapport de saint Jérôme, visita en allant de la Palestine au tombeau de saint Antoine.
Voici quelques maximes extraites des Lettres de saint Isidore :
« Le prêtre est l'ange du Très-Haut : or il n'est point dit que les anges soient légers et dissipés. Tous les discours qui blessent la gravité et la sainteté du sacerdoce, doivent être inconnus des prêtres.
« Ce n'est pas la puissance », écrivait-il à Théodose, « qui honore et qui sauve le prince ; ce sont ses vertus ».
« Si vous vous flattez », répondait-il à un homme de guerre, « que votre épée, votre casque, votre cuirasse vous garantiront des châtiments que vous méritez par vos violences et vos injustices, sachez que d'autres, bien mieux armés que vous, n'ont point échappé aux coups d'une mort tragique ».
« Obéissez à vos princes », disait-il au peuple, « en ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu ».
Voici les avis qu'il donnait aux pères et aux mères en écrivant au comte Callimaque : « Les parents n'obtiendront le salut qu'en ayant soin d'élever, comme ils le doivent, dans la crainte de Dieu, les enfants qu'ils ont mis au monde ».
« Si vous voulez demeurer veuve », écrivait-il à une jeune dame, « ne vous conduisez pas comme les jeunes femmes ».
« Il importe fort peu de savoir parler de tout ; mais il importe extrêmement de savoir se bien conduire ».
Voici la belle leçon qu'il donnait aux pêcheurs en écrivant au magistrat Cassius : « Que la grâce que Dieu nous a accordée jusqu'ici de faire pénitence, ne nous rende pas faciles à pêcher de nouveau, car la même grâce il ne vous la doit plus, et il est en droit de vous la refuser du moment que vous en abusez. Combien y en a-t-il qui sont morts sans avoir eu le loisir de faire pénitence ? D'ailleurs ne croyez pas que les crimes s'expient si facilement que vous le pensez ; on ne guérit ordinairement les vices que par une longue pénitence, par les travaux, les jeûnes, les veilles, les prières et les aumônes. Or, qui vous a promis que vous aurez tout le temps nécessaire ? »
« C'est un mal de pêcher, mais c'en est un bien plus grand de le faire sans remords ».
« Trois choses rendent l'homme parfait : la prière, la vertu et la foi. La prière en est comme l'ornement, la vertu comme le corps, la foi comme l'âme ».
« Si tous les hommes étaient traités en ce monde selon leurs mérites, en sorte que les impies y subissent la peine due à leurs crimes, et les bons y reçoivent la récompense de leur vertu, le jugement de Dieu serait inutile ; mais il est nécessaire, puisque les méchants prospèrent la plus souvent en ce monde, et que les justes y sont souvent affligés ».
« Quand même nous serions coupables de crimes si énormes qu'ils nous parussent irrémissibles, le souverain Juge se laisse néanmoins fléchir dès que nous recourons à sa miséricorde avec un cœur véritablement contrit ».
« Celui qui veut se venger et ne le peut pas, est aussi coupable que s'il s'était vengé ; et celui qui voudrait donner et qui n'en a pas le moyen, en a autant de mérite que s'il avait donné, parce qu'il faut juger des choses, non par l'événement, mais par la disposition du cœur ».
Faisant un jour le parallèle des écrivains sacrés avec les profanes, il disait : « Le style des premiers est simple et dénué d'ornement, mais le sens est sublime et céleste ; celui des seconds ne dit rien que de bas et de rampant, quoique en termes élégants et fleuris ».
« On ne parviendra jamais à acquérir la pureté tant qu'on recherchera les délices de la table ».
« Nous sommes également coupables », écrivait-il à l'évêque de Théon, « ou lorsque nous voulons venger nos propres injures, ou lorsque nous ne sommes pas touchés de celles qu'on fait à Dieu ».
« Il est vrai que Dieu est assez puissant pour se faire rendre justice ; mais il veut pourtant que les gens de bien détestent le péché et le fassent détester, et c'est dans cette conduite de zèle que les Saints faisaient consister la vertu et la véritable philosophie ».
Nous avons de saint Isidore de Péluse cinq livres de Lettres en grec et quelques autres ouvrages, dont la meilleure édition est celle de Paris, donnée en 1638, in-folio, en grec et en latin. C'est le recueil des éditions précédentes de l'abbé Billy, de Bithershasius, et du Père Schott, S. J. L'édition de 1638 a été reproduite à Venise en 1745 (texte latin seulement), à Lyon en 1677, à Rome en 1670, à Paris vers 1848. Cette dernière est celle de M. Migne. Le volume LXXVIII de sa Patrologie grecque contient tout ce qui nous reste des écrits de saint Isidore.
Ces Lettres sont courtes en général, d'un style concis et serré, pleines de suc, savantes, sensées, vives et pressantes. Elles font voir la profonde intelligence que leur auteur avait acquise de l'Écriture sainte, la facilité et la liberté de son esprit, et le talent particulier qu'il avait pour inspirer l'amour de la vertu et l'horreur du vice. Elles ont été si estimées, que plusieurs les ont jugées égales aux écrits de saint Basile le Grand, pour l'onction et la piété, et à ceux de saint Chrysostome pour le zèle qu'il déploie dans la correction des abus et la réformation des mœurs.
Le Père Pousevin, *in apparatu*, disait qu'on ne pouvait trop conseiller la lecture des Lettres de saint Isidore, et il souhaitait qu'on les adoptât dans les écoles publiques pour former les jeunes gens à la piété et à l'éloquence. Avis aux compilateurs de classiques chrétiens.
Dupin parle beaucoup des écrits de saint Isidore. Il dit qu'entre autres matières, il avait traité celle de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et de l'honneur dû à la très-sainte Vierge et aux Saints.
Cf. Esprit des Saints, par M. l'abbé Grimes.
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Événements marquants
- Engagement dans la vie monastique au désert de Lychnos
- Élection comme supérieur général de la milice monastique
- Ordination sacerdotale vers l'âge de 30 ans
- Défense de saint Jean Chrysostome
- Lutte contre les hérésies (Ariens, Nestoriens, Saboliens)
- Rédaction de cinq livres de Lettres
Citations
Le prêtre est l'ange du Très-Haut : or il n'est point dit que les anges soient légers et dissipés.
Trois choses rendent l'homme parfait : la prière, la vertu et la foi. La prière en est comme l'ornement, la vertu comme le corps, la foi comme l'âme.