Saint Maxe (Maxime)
Solitaire à Chinon, Abbé de l'Île Barbe
Résumé
Originaire d'Aquitaine et ancien courtisan, Saint Maxe se retira dans la solitude avant de devenir abbé de l'Île Barbe à Lyon, puis fondateur d'un monastère à Chinon. Ami de saint Martin, il fut célèbre pour ses austérités et ses miracles, notamment la délivrance de Chinon assiégé. Ses reliques sont honorées à Bar-le-Duc où il est invoqué contre la sécheresse.
Biographie
SAINT MAXE OU MAXIME, SOLITAIRE À CHINON,
ABBÉ DE L'ÎLE BARBE, PRÈS DE LYON
Vers 450. — Pape : Saint Léon Ier, le Grand. — Roi des Francs : Mérovée.
*Sanctorum quo majora merita, eo tutiora sunt patrocinia.* Plus sont sublimes les mérites des saints, plus sûre est leur protection. S. Ambroise, epist. LXXXV ad sororem.
Saint Maxe ou Maxime vivait sur la fin du IVe siècle et au commencement du Ve. Nous trouvons dans plusieurs mémoires dignes de foi et respectables par leur antiquité, qu'il était originaire de la province d'Aquitaine, une des quatre grandes régions de la Gaule, et issu de parents distingués. Avant de quitter le monde pour se donner totalement à Dieu dans la solitude, il avait été élevé dans le faste et les grandeurs de la cour, à laquelle sa famille était attachée ; mais malgré les dangers qu'il ne manqua pas d'y rencontrer, il s'y distingua par sa probité, son innocence et sa piété. Beaucoup plus amateur de la véritable sagesse que de la faveur et de l'applaudissement des grands, il s'appliqua avec zèle à se perfectionner dans la pratique de la loi du Seigneur. Il avait souvent médité ces paroles : « Que celui qui veut venir après moi, renonce à soi-même, porte sa croix tous les jours et me suive » ; mais bientôt il se les appliqua comme si le Sauveur les eût adressées à lui-même ou à lui seul. Elles firent tant d'impression sur son esprit, qu'il prit la résolution de les mettre en pratique. Renonçant dès lors à tout ce qu'il possédait, il se dévoua entièrement au service de Dieu, quitta la cour et se retira dans un ermitage, emportant pour tout trésor un exemplaire des divines Écritures.
Dans cette retraite, plus belle à ses yeux que le palais qu'il quittait, saint Maxe, n'ayant presque aucun vêtement pour se couvrir, commença à répandre des torrents de larmes avec le solitaire auquel il s'était associé. Dès cet instant, il s'appliqua sans relâche à mener une vie austère et retirée ; son abstinence était si extraordinaire, qu'il ne mangeait jamais ni œufs, ni viande, ni poisson, pas même de fruits. Pour toute nourriture, il se contentait de pain arrosé de larmes, auquel parfois il ajoutait un peu de sel. Il s'abstenait de tout ce qui était capable d'enivrer ; l'eau seule était sa boisson ; souvent même il s'en privait par mortification. La prière était son occupation ordinaire et chérie ; rien ne pouvait le distraire de l'oraison, et si quelquefois il s'arrachait à ce saint exercice, c'était pour employer une partie de son temps à la visite des malades. Jamais vous ne l'eussiez vu se rebuter dans l'exercice des œuvres de charité ; les maux les plus dégoûtants ranimaient son courage et l'embrasaient de zèle pour le soulagement des membres souffrants de Jésus-Christ.
Ce saint solitaire fut aussi doué d'une humilité si profonde, que le plus grand de ses soins était de ne pas se faire connaître pour ce qu'il était ; mais une vertu aussi éminente ne pouvait demeurer dans l'obscurité. Dieu ne permit pas que son serviteur fût longtemps inconnu dans sa solitude, quoiqu'il prît soin de se séquestrer du commerce des hommes. Aussi notre Saint, craignant de tirer vanité des éloges qui lui étaient adressés, quitta sa patrie et se transporta près de Lyon, dans un monastère célèbre par sa régularité et son étroite observance de toutes les règles monastiques : *In insula Barbară propé Lugdunum*. Alors il avait déjà été ordonné prêtre. Là, bientôt ses vertus rares et solides brillèrent d'un nouvel éclat. Aussi Aigobert, abbé de ce monastère, étant mort quelque temps après, notre Saint fut élu à sa place ; tous le jugèrent digne de cette charge ; lui seul en ressentit un profond chagrin inspiré par son humilité.
Cette circonstance, qui était si opposée à ses pensées, à ses goûts, porta le Saint à prendre une seconde fois la fuite et à retourner immédiatement dans sa patrie pour y chercher un autre lieu de retraite où il pût demeurer caché aux yeux des hommes. Il se mit donc en marche dans ce dessein ; mais voulant traverser la Saône, la barque coula à fond ; le saint prêtre fut englouti dans les eaux avec le livre et le calice dont il se servait pour offrir les saints Mystères ; mais Dieu ne permit pas que son serviteur pérît alors ; le moment de la divine Providence n'était pas encore venu de le retirer de ce monde, et le Saint fut sauvé du naufrage, lui et tout ce qu'il portait.
De retour dans sa patrie, il chercha aussitôt les lieux les plus éloignés des hommes pour y vivre dans la retraite la plus obscure ; mais ses austérités et ses vertus le firent bientôt connaître plus que jamais. Plusieurs personnages de distinction, attirés par ses beaux exemples et ses solides vertus, résolurent de s'en faire les imitateurs, en renonçant, comme lui, à ce que le siècle leur offrait de brillant et en se joignant à ce saint personnage pour consacrer avec lui leurs jours à la retraite et au service de Dieu. Plusieurs même apportèrent à ses pieds les biens qu'ils possédaient ; avec eux et l'aide de la divine Providence, il fit construire un monastère dans le château de Chinon, sur le territoire de la ville de Tours. Il s'y retira avec un grand nombre de serviteurs de Dieu dont il fut le père, pour les avoir engendrés à Jésus-Christ. Avec ceux qu'il regarda toujours comme ses frères, sous les yeux et sous la conduite du grand saint Martin, alors évêque de Tours, il mena une vie angélique. L'illustre métropolitain, si célèbre dans toute la chrétienté, fit bientôt de notre Saint son intime ami.
Tout le temps que le saint abbé fut à la tête de son monastère, il donna à ses frères les plus grands exemples de vertu et de sainteté. De plus, il procura aux peuples de ces contrées de signalés avantages. Dieu favorisa son fidèle serviteur du don des miracles, et les prodiges opérés par lui éclatèrent autant que ses vertus. À la parole du disciple, aussi bien qu'à celle du maître, la vue fut rendue aux aveugles, la santé aux malades ; des boiteux furent redressés, des morts ressuscités ; et plus d'une fois la patrie en danger fut sauvée des périls dont elle était menacée.
Saint Grégoire de Tours, auteur célèbre et accrédité pour l'histoire de ces temps éloignés, et l'un des successeurs de saint Martin sur le siège de cette ville, fait mention de notre Saint avec éloge ; il le nomma *grand* par son nom, par ses vertus et par les merveilles de sa vie, ainsi que par les miracles opérés après sa mort et par son intercession. Cet écrivain, digne de foi, assure les avoir lus dans le livre de sa *Vie*. Entre autres choses, il rapporte qu'en 446, le château de Chinon ayant été assiégé par Ægidius,
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tous les habitants s'étaient renfermés dans les souterrains de la forteresse. L'ennemi parvint à combler le seul puits qui servait aux assiégés. Le Saint passa la nuit en prières, demandant à Dieu avec confiance d'avoir pitié de ses enfants, de mettre les ennemis en fuite et de ne pas permettre que ce peuple périsse par la soif. Il priait encore quand tout à coup le ciel se couvrit de nuages épais; une pluie abondante, accompagnée d'éclairs et de tonnerre, tomba sur le château, et l'ennemi, épouvanté du prodige, leva le siège; en même temps tous les vases exposés à la pluie furent remplis, les assiégés purent étancher la soif qui les brûlait, et rendre grâces à Dieu et à leur libérateur. Ils recouvrèrent la liberté après la fuite précipitée de leurs ennemis.
En ce même temps, une femme stérile s'adressa au Saint pour obtenir, par ses prières, la naissance d'un enfant qu'elle consacrerait à Dieu sous sa direction. Ses vœux furent exaucés, elle devint mère d'un fils que notre Saint baptisa. Un jour que, devenu grand, il se rendait à Chinon, pour y entendre prêcher le saint abbé, ce jeune homme, traversant à la hâte une rivière, s'y noya. La mère court à l'église et prie le Saint de la secourir; celui-ci interrompt son sermon et enjoint à son auditoire de prier pour cette femme. Il se transporte ensuite sur le bord de la rivière, et, par une inspiration divine, il ordonne aux eaux de lui rendre le corps qu'elles venaient d'engloutir. Elles obéirent; mais notre Saint, voyant ce corps sans vie, s'écria: « Ah! mon fils, quoi! vous avez le malheur d'être mort sans avoir reçu le saint Viatique! » Il répéta trois fois ces paroles avec gémissement; le jeune homme ouvrit les yeux comme s'il se fût éveillé d'un profond sommeil, et lui dit: « C'est donc vous, saint prêtre, qui m'avez procuré la naissance et régénéré par les eaux salutaires du baptême; c'est vous encore, par l'efficacité de vos saintes prières, qui me rendez aux larmes d'une mère tendre et affligée qui glorifiera Dieu d'un tel prodige! »
Notre Saint, retournant à la ville, rencontra un aveugle de naissance qui, après avoir passé trois mois en jeûne et en prières, vint au-devant de lui, réclamant son assistance. L'homme de Dieu lui demanda s'il désirait voir la lumière; l'infirme répondit qu'il serait heureux de pouvoir admirer ce qu'il n'avait jamais vu et ce dont chacun disait des choses si merveilleuses. Alors le saint abbé lui lava les yeux avec de l'huile bénite, et dit, en faisant le signe de la croix: « Que vos yeux soient ouverts », et à l'instant ils s'ouvrirent et il en rendit grâces au ciel.
Durant le reste de la vie de notre Saint, Dieu opéra bien d'autres miracles encore par l'intercession de son serviteur. Enfin, après plusieurs années d'exercices admirables dans les voies de la perfection et après un grand nombre de merveilles dont les peuples de la province d'Aquitaine furent témoins, notre solitaire-thaumaturge eut, par révélation, connaissance du moment de sa mort. Trois jours avant son arrivée, il s'abstint de toute nourriture, n'en voulant pas d'autre que la sainte Eucharistie, méditant les grandeurs de Dieu et chantant ses louanges. Il employa le peu de temps qui lui restait à exhorter ceux qui l'approchaient, à l'amour de Jésus, à l'humilité et la pratique de toutes les autres vertus.
L'heure de sa mort étant arrivée, ainsi qu'il le désirait depuis longtemps, afin d'être réuni à Jésus-Christ qu'il avait tant aimé, il leva les yeux et les mains au ciel, donna sa bénédiction à ses religieux, qui fondaient en larmes, et rendit sa belle âme à Dieu, expirant sur la cendre et le cilice.
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Son corps fut enseveli honorablement dans l'église de son monastère, qui, dès ce moment, commença à le vénérer et à le reconnaître pour son patron et son protecteur auprès de Dieu. Sous le règne de Charlemagne (774-814), cette église fut convertie en célèbre collégiale ; le lieu de sa sépulture a toujours été en singulière vénération à cause des grandes merveilles que la bonté de Dieu y opère par les mérites et par l'intercession de son fondateur.
Saint Grégoire de Tours dit que de son temps le tombeau de saint Maxe était fameux par un nombre prodigieux de miracles bien évidents ; il rapporte, entre autres, qu'un jeune enfant de son diocèse, réduit à toute extrémité, ayant été porté sur le tombeau du Saint, fut à l'instant parfaitement guéri ; il en fut de même d'une jeune fille. Ces deux faits étant parvenus à la connaissance du même évêque de Tours, il fit admettre le jeune homme dans le monastère de Chinon, et la jeune fille dans un cloître de vierges, pour y être l'un et l'autre consacrés à Dieu en mémoire et en reconnaissance de tels bienfaits.
L'Église célèbre la fête de saint Maxe le 20 août, et celle de sa translation le 28 octobre.
## CULTE ET RELIQUES.
La ville de Bar-le-Duc (Meuse) a le bonheur de posséder, depuis plus de huit cents ans, de précieuses reliques de saint Maxe. Sous le règne de Frédéric, duc de Lorraine-Mosellane, ayant fait construire le château de Bar (950), Hézek, très-aimable seigneur, édifia à ses frais, dans l'enceinte de ce château, un oratoire pour l'expiation de ses fautes. Il fit conserver cette église par saint Gérard, évêque de Toul, en l'honneur de la sainte Vierge, du premier martyr saint Etienne et de tous les Saints. Après sa consécration, il la décora et l'enrichit des précieuses reliques de saint Maxe, transférées de la province de Touraine par une singulière disposition de la Providence, après avoir été miraculeusement sauvés des flammes, où la malice des hérétiques les avait précipitées. Depuis ce moment, cette église castrale et collégiale a toujours porté et se fait gloire de porter le nom de son protecteur, le grand saint Maxe, et d'en conserver les reliques enfermées dans une châsse comme un précieux trésor.
Dans le dernier siècle, le Chapitre de Saint-Maxe de Bar, qui en était le dépositaire, ayant été supplié par celui de Chinon de lui en remettre telle partie qu'il jugerait à propos, cette juste demande lui fut accordée, et une portion considérable de ces saints ossements lui furent donnés ; reçus avec reconnaissance, ils furent en grande vénération dans la Touraine.
Souvent les peuples de Bar et des environs ont eu recours à saint Maxe et ont obtenu, par son intercession, l'effet de sa protection dans les calamités et les besoins publics. Ces prodiges sont en trop grand nombre pour les rapporter tous ; nous n'en citerons qu'un.
Le 7 mai 1679, une grande sécheresse durait depuis trois mois : le clergé et le peuple de Bar réclamèrent l'assistance de notre Saint, en accompagnant avec dévotion et avec confiance ses saintes reliques. Un hérétique se permit de dire d'un ton railleur et impie : « Ces bonnes gens s'attendent-ils que des ossements secs et arides auront le pouvoir de leur donner de la pluie, le ciel étant aussi serein ? » Mais ce fut à sa confusion qu'il proféra ce blasphème ; car la procession remontant de la ville basse à la ville haute, la pluie vint si subitement et si abondamment que la chasse fut déposée dans la maison de cet hérétique en attendant qu'il fût possible d'achever la procession. Cet hérétique s'appelait Cony, et sa maison existe encore aujourd'hui dans la côte de l'Étirige, une des rues de Bar. En souvenir du miracle, on avait sculpté au-dessus de la porte la chasse de saint Maxe ; mais les révolutionnaires voulurent effacer ces précieux vestiges, et on pouvait encore voir, ces dernières années, les coups de hache qui détruisirent ce pieux témoignage.
Au moment de la Révolution, la chasse en argent qui contenait les précieux restes de saint
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Maze excite la convoitise des dévastateurs des églises ; les reliques en furent tirées et profanées ; cependant une portion a pu être sauvée, et, depuis la Révolution, elle a été reconnue comme authentique par l'autorité compétente et placée dans une nouvelle châsse qui, quoique bien différente de l'ancienne, est cependant convenable. De temps en temps, dans les calamités publiques, elle a été portée en procession ; les autorités, la population des environs et le clergé des trois paroisses y assistaient.
Nous avons sous les yeux une demande faite en 1815, adressée par Monsieur le Maire à Monsieur le Curé de Bar, laquelle fut transmise à Monseigneur l'évêque de Verdun, qui accorda l'autorisation de faire cette procession générale. En 1829, même demande et même autorisation. Les registres de la fabrique font foi d'autres cérémonies analogues ; en vertu de ces démonstrations publiques, les reliques exposées à la vénération des fidèles dans l'église Saint-Étienne de Bar, dite aussi de Saint-Pierre et de Saint-Maxe, sont l'objet d'une grande confiance et attirent bon nombre de visiteurs.
Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, de l'Office de saint Maze ; des Histoires des Gaules ; des Acta Sanctorum ; et de Notes locales dues à l'obligeance de M. l'abbé Dubuisson, du clergé de Saint-Étienne, de Bar.
Événements marquants
- Éducation à la cour
- Retraite dans un ermitage avec un exemplaire des Écritures
- Ordination sacerdotale
- Élection comme abbé de l'Île Barbe près de Lyon
- Naufrage survécu dans la Saône
- Fondation d'un monastère au château de Chinon
- Amitié avec Saint Martin de Tours
- Délivrance du siège de Chinon par la pluie miraculeuse en 446
Miracles
- Survie à un naufrage dans la Saône avec son calice et son livre
- Pluie miraculeuse mettant fin au siège de Chinon en 446
- Résurrection d'un jeune homme noyé
- Guérison d'un aveugle de naissance avec de l'huile bénite
- Pluie subite à Bar-le-Duc en 1679 lors d'une procession
Citations
Sanctorum quo majora merita, eo tutiora sunt patrocinia.
Ah! mon fils, quoi! vous avez le malheur d'être mort sans avoir reçu le saint Viatique!