Saint Silvin

Évêque régionnaire et Confesseur

Fête : 17 fevrier 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Né à Toulouse et actif au VIIIe siècle, saint Silvin renonça au mariage pour évangéliser la Morinie. Grand pèlerin, il visita Jérusalem et Rome, pratiquant des austérités extrêmes comme le port de cercles de fer. Il mourut en 718 à Auchy après une vie de charité et de miracles.

Biographie

SAINT SILVIN, ÉVÊQUE RÉGIONNAIRE

« Nous n'avons point ici-bas de demeure permanente; nous cherchons celle que nous devons habiter un jour. » Ad Heb., xiii, 14.

Vers l'an 718, mourait de la mort des justes, près du monastère d'Anchy-les-Moines, non loin d'Hesdin, saint Silvin, qui jeta sur le VIe siècle un vif éclat par la grandeur de sa sainteté. Un certain évêque nommé Anténor, homme très-religieux, mais peu versé dans la littérature, s'efforça de recueillir les mémoires sur la vie de Silvin, désirant l'honorer après sa mort comme il l'avait fait pendant sa vie ; il voulut conserver à la postérité tout ce qu'il avait appris de la sainteté de ce personnage. Cet ouvrage demeura dans l'oubli jusqu'au temps de Leutwithe, abbesse d'Auchy. Cette femme retrouva au milieu des archives la vie de saint Silvin ; après l'avoir parcourue, elle s'aperçut de beaucoup de fautes et d'incorrections de langage. Pleine de dévotion pour saint Silvin, elle fit corriger le style d'Anténor, tout en conservant le sens des détails. Cet auteur primitif était contemporain et disciple du saint évêque. Nous allons donner ici la traduction de cette vie composée par Anténor et corrigée par un auteur anonyme du IXe siècle.

« De notre temps » — nous traduisons textuellement l'ancienne légende — « de notre temps s'est élevé par la permission divine, aux contrées du Midi, un exemple de justice et d'admirable sainteté dans la personne d'un nommé Silvin, évêque et confesseur de Jésus-Christ. Il a été placé entre un âge qui n'est plus et un âge qui n'est point encore, pour réunir en lui les mérites des Saints qui l'ont précédé et devenir le modèle de ceux qui devaient le suivre.

« La noble terre de Toulouse donna le jour à Silvin ; le pays de Thérouanne le posséda. Il fut illustre par sa naissance, plus illustre par sa foi et sa sainteté selon l'ordre de Dieu. Ayant paru au temps du premier roi Charles (Martel) et de Chilpéric, il vécut jusqu'à la bataille de Vincy entre Charles et Rainfroi, maire du palais, dans laquelle se fit un horrible carnage et où Rainfroi prit la fuite.

« Dans sa jeunesse, il épousa une jeune fille ; mais revenu à lui-même et dirigé par les conseils de la suprême sagesse, il renonça à cette alliance, pour imiter dans une chasteté parfaite le Fils de la Vierge, à qui plaît tout ce qui est pur. Il céda au souvenir de cette parole de l'Évangile : « Celui qui quittera sa maison, ses frères, ses sœurs, son père, sa mère ou son épouse pour mon nom, recevra le centuple ici-bas et la vie éternelle ensuite ».

« Conduit par la main divine, pour augmenter le mérite de sa sainteté et sauver un grand nombre d'âmes, il se rendit dans la partie de l'Occident, au pays de Thérouanne, où il gagna à Dieu beaucoup de peuple.

« Il recevait assidûment dans sa maison les étrangers et les pèlerins comme Jésus lui-même, lavant leurs pieds, les nourrissant, les habillant selon ses facultés.

« Il se plaisait à répandre son bien dans le sein du pauvre. Sans s'embarrasser du lendemain, docile au précepte de l'Évangile, qui dit « qu'à chaque jour suffit sa malice », il méprisa le monde et vécut en s'élevant au-dessus de toutes les choses périssables de la terre, aimant Dieu de toutes ses forces et n'aspirant qu'à l'immortalité. Il usait seulement d'un cheval dans ses voyages, non pour se délasser, mais à cause de la faiblesse de son corps, qui parvint à une extrême vieillesse.

« Il entreprit plusieurs pèlerinages pour l'amour du Tout-Puissant, visitant les tombeaux des Saints, y répandant des prières, ne voulant laisser aucun juste sans l'intéresser au terme de son voyage ici-bas, sans chercher un soutien dans ses prières : persuadé qu'il faut s'entourer du secours des autres pour parvenir à l'éternelle gloire, puisqu'il est écrit qu'il est difficile à l'homme seul de se sauver.

« Non-seulement il visita dans ses pèlerinages les provinces qui sont bornées par l'Océan, mais encore il traversa les mers et se rendit dans cette terre où notre Sauveur Jésus-Christ prit la forme humaine et passa sa vie. Après avoir parcouru divers lieux, il parvint à cette montagne du Golgotha appelée Calvaire, où notre Sauveur fut crucifié par les Juifs infidèles et les soldats romains. Il vint ensuite sur les bords du Jourdain où le Seigneur fut baptisé, sanctifiant notre baptême ; il se lava dans les eaux du fleuve, joyeux et reprenant une nouvelle vie, heureux d'avoir pu accomplir un désir qui était le plus ardent de son cœur !

« Il honorait avec une grande vénération les temples des Saints, faisant brûler des flambeaux dans leur enceinte, y célébrant les sacrés mystères et y offrant le sacrifice de la prière. Il aimait les prêtres, respectait les moines, veillait sur les vierges pour leur apprendre à conserver jusqu'à la fin le trésor de la chasteté de l'esprit et du cœur ; il prêchait tous les jours en présence du clergé et du peuple de la manière la plus parfaite, exhortant tous les pécheurs à la pénitence, et implorant sans cesse pour leurs péchés la miséricorde divine. En qualité de ministre de Jésus-Christ, il écoutait la confession des peuples, leur donnait des conseils, les instruisait dans les voies du salut, les exhortait à n'abandonner jamais les sentiers de la justice, disant à tous que le joug du Seigneur était doux et léger, qu'il n'y avait rien de plus utile que de le servir, lui qui donnait un éternel royaume à ceux qui l'aiment de tout leur esprit, de tout leur cœur et de toutes leurs forces ; que c'était une véritable folie d'obéir à Satan, qui ne peut promettre à ses serviteurs qu'une peine éternelle et des feux qui ne s'éteindront jamais.

« Il consacra à Dieu tout ce qu'il posséda, et jamais il n'attribua à son mérite le bien qu'il opéra, mais à la bonté divine. À la place des biens périssables de la vie, il s'attacha à ceux de l'éternité. Il construisit sur ses domaines, à la gloire de Dieu tout-puissant et du Saint dont il portait le nom, deux églises, l'une en un lieu appelé Maunice, l'autre à Saint-Remy-Campagne, dans l'Artois, afin que les louanges de Dieu y fussent perpétuellement célébrées.

« Il racheta plusieurs chrétiens captifs dans les contrées lointaines ; il donna aussi la liberté à plusieurs esclaves, après les avoir instruits des principes de la foi et marqués du signe de la croix. Silvin avait pour habitude, quand les malades allaient à lui, de prier Dieu pour eux au fond de son cœur et de guérir leurs âmes ; puis il leur offrait des bains et d'autres remèdes bénis, tels que l'huile sanctifiée ; et après leur avoir donné la sainte communion, il les renvoyait dans leur demeure dans un état plus satisfaisant que si jamais ils n'eussent été atteints par la maladie.

« Il pratiqua de grandes austérités. Pendant quarante ans il ne prit

VIES DES SAINTS. — TOME II.

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d'autre pain que le pain eucharistique, se contentant de quelques herbes et de quelques fruits. N'ayant jamais porté de vêtements somptueux, il n'en usa quelquefois de précieux que dans l'oblation du saint sacrifice. Il était vêtu d'habits simples et grossiers, observant cet oracle de l'Esprit-Saint : « Ne vous habillez pas magnifiquement » ; et cet autre : « Ceux qui sont mollement vêtus habitent le palais des rois ». Il combattit pour son prince avec le cilice et la cendre, et non avec des ornements mêlés d'or et de pierreries. Il ne prenait jamais son sommeil sur un lit préparé, mais sur du bois ou sur la terre nue. Pour pouvoir asservir son corps, il le traitait comme un esclave inutile : il entourait pendant plusieurs jours ses membres de cercles de fer, macérant sa chair par ces instruments dévorés par la rouille ; il agissait ainsi au souvenir de Jésus-Christ qui expira sur sa croix, attaché par des clous de fer sur le bois de son sacrifice. On le vit porter à Rome d'énormes pierres et les déposer comme un trophée devant les portes de la basilique de Saint-Pierre.

« Il désira souvent, pour rendre à Dieu ce qu'il en avait reçu, remporter la couronne du martyre ; mais les persécutions ayant cessé, il ne trouva personne, au milieu des triomphes de la foi dans l'Église, qui put lui donner la mort. Il aspira aussi à la vie solitaire et à la contemplation de Dieu par l'abandon des choses humaines. Ses continuelles infirmités mirent des bornes à ses désirs : il devint l'égal des martyrs par les tourments auxquels il soumit ses membres, et son étonnante abstinence le plaça au rang des héros du désert.

« Nous devons maintenant raconter comment cette âme bienheureuse quitta la prison de son corps pour entrer dans le séjour de la gloire. Vers la fin de sa vie, il se sentit saisi par la maladie et consumé par la fièvre. Plus son corps était accablé, plus il exaltait son créateur, soutenu par ces paroles de l'Apôtre : « Lorsque je suis infirme, alors je suis puissant ». Quand il sentit sa fin approcher, il fit célébrer devant lui les saints mystères et chanter les psaumes, recevant le corps du Seigneur en se marquant du signe de la croix.

« Il avertit ceux qui l'entouraient d'avoir toujours dans leur pensée le jour de leur mort, de fuir le péché et d'avancer saintement dans les sentiers de la vie. Habitué à louer son rédempteur dans les jours de son existence, il persévéra dans ces sentiments jusqu'à sa mort. Le soir du samedi, il vit une troupe d'anges courir au-devant de lui. Fortifié par cette céleste vision, il dit à haute voix à tous les assistants : « Les anges viennent à nous ! les anges viennent à nous !... » et il rendit aussitôt l'esprit. Personne ne forma le plus léger doute sur son entrée dans les cieux par les mains des anges qui étaient venus le prendre. Le jour du sabbat ou du repos auquel il mourut, marqua le repos éternel dont il jouit dans la gloire.

« Un grand nombre de prêtres, de clercs et de saintes femmes assistèrent à ses funérailles. Le chant des hymnes sacrées était interrompu par les pleurs qu'on répandait sur la mort d'un aussi saint pontife. Ses serviteurs et ses familiers pleuraient encore plus que les autres, disant que jamais ils ne trouveraient un aussi fidèle protecteur. Les peuples versaient des larmes sur la terre, et les anges se réjouissaient dans le ciel ; les premiers croyaient avoir perdu un père, et ils retrouvaient un protecteur.

« On députa un courrier au monastère de Centulle, assez peu éloigné d'Auchy, où saint Silvin faisait sa résidence habituelle, pour inviter les moines à assister à ses obsèques. Les religieux de Centulle répondirent à cette invitation. Ainsi le saint évêque Silvin descendit au tombeau accompagné de tous les Ordres auxquels il avait donné pendant sa vie de si touchants exemples. Le saint pontife fut enseveli dans le monastère d'Auchy au chant des hymnes, à l'odeur des aromates, et avec la plus grande vénération.

« Après l'office des morts, le seigneur Adalscar et Assiglia (Ogules), son épouse, issue de la noble race des Francs, donnèrent un grand festin à ceux qui avaient assisté aux obsèques, afin de réparer les forces des voyageurs. Ils construisirent dans le monastère d'Auchy une basilique en l'honneur de la Mère de Dieu. Avant l'arrivée de saint Silvin, ce monastère avait été élevé par eux pour leur fille Sicherde, qui y prit le saint habit religieux. Après la mort de Silvin, Sicherde orna cette église de couronnes et de lampes ; elle enrichit le tombeau du Saint d'or et de pierres précieuses, fit enchâsser dans l'or et l'argent le bâton recourbé qui soutenait ses pas chancelants dans sa vieillesse, et le plaça dans cette sainte demeure ».

On rapporte plusieurs miracles que saint Silvin a faits durant sa vie et après sa mort ; on remarque surtout une femme aveugle qui recouvra la vue, des énergumènes délivrés, et une infinité de malades guéris. Ces divers miracles ont donné lieu à autant de représentations diverses du Saint.

On l'a aussi peint avec un flambeau à la main, pour signifier qu'il ralluma celui de la foi dans la Morinie.

Événements marquants

  • Naissance à Toulouse
  • Renoncement au mariage pour la chasteté
  • Évangélisation du pays de Thérouanne
  • Pèlerinage à Jérusalem et baptême dans le Jourdain
  • Pèlerinage à Rome
  • Construction d'églises à Maunice et Saint-Remy-Campagne
  • Mort au monastère d'Auchy-les-Moines

Miracles

  • Guérison d'une femme aveugle
  • Délivrance d'énergumènes
  • Guérisons multiples par l'huile sanctifiée et la prière

Citations

Les anges viennent à nous ! les anges viennent à nous !...

— Dernières paroles rapportées par Anténor