Sainte Radegonde, Reine de France
Reine de France, Patronne de Poitiers
Résumé
Princesse de Thuringe capturée par Clotaire Ier, Radegonde devint reine de France malgré sa piété profonde. Après le meurtre de son frère par le roi, elle obtint de se retirer du monde et fonda à Poitiers le monastère de Sainte-Croix. Elle y vécut dans une austérité extrême, se consacrant aux pauvres et aux lépreux jusqu'à sa mort en 587.
Biographie
SAINTE RADEGONDE, REINE DE FRANCE,
PATRONNE DE POITIERS.
Crucifiant sa chair avec ses contusions, elle n'accorda, du fond de cette vallée de larmes, que mépris à tous les biens périssables.
*Prose de sainte Radegonde.*
Sainte Radegonde naquit en Allemagne, dans la Thuringe (519). Sa naissance fut toute royale, puisqu'elle eut pour grand-père Basin et pour père Berthaire, rois du pays. Son oncle paternel, Hermenfroi, ne pouvant se contenter d'une petite partie de cet État qui avait été divisé entre lui, Berthaire et Badéric, ses frères, arma puissamment contre eux, et, les ayant défaits, les tua et s'empara de leurs États. Il avait été assisté dans cette guerre par Thierry, roi des Francs, à qui il avait promis de lui faire part de ses conquêtes ; mais, comme après s'être emparé de toute la Thuringe, il refusait d'en rien démembrer pour lui en faire présent, ce roi, indigné de sa perfidie, appela Clotaire Ier, son frère, à son secours et, se jetant sur cette province, il tailla l'armée d'Hermenfroi en pièces, le contraignit de se renfermer dans un château, et, après s'être rendu maître de presque tout le pays, il fit un très-riche butin et un grand nombre de prisonniers. Les principaux furent notre illustre sainte Radegonde, qui était à la cour de son oncle, et un jeune prince, son frère, dont on ne dit pas le nom. Clotaire, qui ne devait avoir pour sa récompense qu'une partie des dépouilles, demanda avant toute chose Radegonde, de qui la modestie, la bonne grâce et l'honnêteté charmaient déjà tous ceux qui la voyaient. Thierry ne put lui refuser sa demande, quoiqu'il vît bien qu'il demandait un trésor incomparable ; ainsi Clotaire se saisit de cette aimable prisonnière et, l'ayant amenée en France, il la mit au château d'Athies, dans le Vermandois, pour y être élevée selon sa qualité.
La grâce du Saint-Esprit commença dès lors à agir puissamment dans son âme, et, quoiqu'elle n'eût encore qu'environ dix ans, elle ne laissa pas d'être parfaitement éclairée sur les devoirs de la vie chrétienne et d'en pratiquer d'une manière excellente les plus pieux exercices. On la voyait assidue à son oratoire, devant un crucifix, tantôt réciter des psaumes et des hymnes en l'honneur de Dieu, tantôt méditer sur les plaies et les souffrances de son Sauveur, tantôt s'élever dans la contemplation des grandeurs de la Divinité, tantôt répandre des larmes pour les misères spirituelles et corporelles de son prochain. Elle avait tant de vénération pour les saints autels qu'elle en nettoyait le marchepied de ses propres mains royales, et qu'en ayant ramassé la poussière dans un mouchoir, elle ne la portait dehors qu'avec respect, comme si cette poussière eût contracté quelque sainteté pour avoir couvert le pavé du sanctuaire. Sa charité pour les pauvres était extrême : son palais servit d'asile aux malades qu'elle pansait elle-même et servait dans les thermes dont les Gallo-Romains avaient légué l'usage aux Francs. Tout l'argent qu'elle recevait était employé en aumônes ; elle prodiguait aux pauvres, de ses mains royales, mille soins de propreté et leur versait des breuvages cordiaux pour réparer leurs forces au sortir des étuves. Elle distribuait aux jeunes enfants, qu'elle se plaisait à rassembler autour d'elle, les mets qu'elle retirait de sa table ; elle les faisait figurer dans des processions et de pieuses cérémonies qu'elle organisait dans le bourg. Tels étaient les jeux innocents et pieux de la jeune vierge qui, reine par la naissance et plus tard par le mariage, se constituait la servante des pauvres dans le palais même où elle commandait en souveraine. Une conduite si extraordinaire dans une jeune princesse lui suscita bien quelques persécutions domestiques que l'évêque Fortunat n'explique pas ; mais elle fut tellement admirée par les personnes les plus éclairées, qu'on ne parlait, à la cour de Clotaire et dans tout le royaume de Soissons, que des rares vertus de Radegonde. Cela fit résoudre ce prince à l'épouser, quoiqu'il eût déjà eu trois femmes qui lui avaient donné plusieurs enfants, entre autres Caribert, Gontran, Chilpéric et Sigebert, qui ont tous régné après lui. Radegonde, ayant connu son dessein, se sauva secrètement de son palais d'Athies, préférant infiniment la qualité de vierge et d'épouse de Jésus-Christ à celle de reine de France et d'épouse d'un roi de la terre ; mais Clotaire l'ayant fait arrêter dans un village qui porta depuis le nom de Sainte-Radegonde, se la fit amener à Soissons, où, malgré toutes ses remontrances et ses prières, il l'obligea de l'épouser. On fit partout des feux de joie pour une alliance si avantageuse, et le peuple conçut de grandes espérances qu'elle servirait beaucoup à modérer l'esprit de ce prince, qui était d'une humeur farouche et se sentait encore de la barbarie des premiers Francs. La reine seule ne se pouvait consoler de se voir engagée dans le grand monde et dans une cour où l'innocence et la piété n'étaient guère en honneur. La pensée de sa première solitude, où elle goûtait dans le repos les douceurs du paradis, lui rendait sa nouvelle dignité insupportable, et elle l'eût quittée volontiers à tout moment pour se renfermer dans un cloître, si l'autorité du roi ne l'eût empêchée de rompre ses chaînes et de se mettre en liberté.
Le nombre de ses officiers et l'éclat de sa majesté ne l'empêchèrent pas de continuer les exercices de dévotion et de miséricorde qu'elle avait pratiqués dès son enfance. Elle assistait aux saints mystères et aux offices de l'Église avec une piété merveilleuse qui donnait de l'édification à toute la cour. Une partie de son temps du matin et du soir se passait à l'oraison ; elle se levait même souvent de table et quittait son lit la nuit pour s'appliquer à la prière, le faisant auparavant trouver bon au roi. Lorsqu'il était absent, elle se servait de cette occasion pour passer la plus grande partie des jours et des nuits auprès de Jésus-Christ, et on la trouvait quelquefois le matin, en hiver, à son oratoire ou sur le plancher de sa chambre, si transie de froid, qu'on avait de la peine à la réchauffer auprès du feu. Sa charité pour les pauvres, bien loin de diminuer, prit au contraire des accroissements ; elle ne recevait aucune somme d'argent sans en donner d'abord la dîme pour leur secours. Ce qui lui restait, après les dépenses indispensables de sa maison, était pour les églises, les monastères, les ermites et les mendiants. Elle portait souvent elle-même son aumône ; et lorsqu'elle ne la pouvait pas porter, elle l'envoyait par des personnes fidèles qui lui servaient de bouche et de mains. Elle ne se contentait pas de donner de l'argent, elle avait aussi des troupes de pauvres qu'elle entretenait de toutes choses, leur donnant à manger et leur distribuant le linge et les habits qui leur étaient nécessaires. Sa charité la porta même à faire faire un hôpital dans le bourg d'Athies, où elle avait été élevée, pour y perpétuer ses bienfaits.
Ce qui est encore plus surprenant, c'est la rigueur avec laquelle elle traitait son corps au milieu des plaisirs d'une cour si éclatante. Lorsqu'on lui apportait un habit relevé d'or et orné de pierreries, si l'une de ses filles de chambre témoignait le trouver bien fait et de grand prix, elle s'en privait pour l'amour de Dieu, et l'envoyait à l'église la plus proche pour en faire des parements d'autel et des ornements ecclésiastiques ; elle faisait de même des toiles fines, des dentelles, des points coupés d'une beauté extraordinaire que ses dames d'atour lui présentaient, disant qu'il valait bien mieux les appliquer à des nappes d'autel et à des corporaux pour l'usage du saint Sacrifice, que d'en orner un corps qui devait être la pâture des vers. Elle vivait dans une mortification des sens et une abstinence continuelles. Tandis que la table du roi, où elle mangeait, était couverte de mets délicats, elle ne se faisait ordinairement servir que des légumes. Elle observait tous les jeûnes commandés avec une sévérité inexorable, ne mangeant qu'une fois le jour et se contentant d'un aliment très-léger. Dès le commencement du Carême, une sainte religieuse, nommée Pie, lui envoyait, dans un paquet cacheté, un cilice qu'elle portait jusqu'à Pâques sans le quitter ni jour ni nuit ; et, après ce temps, elle le lui renvoyait aussi cacheté, afin que cette pénitence ne pût être connue de personne. Lorsque quelque homme de Dieu venait au lieu où était la cour, elle allait le trouver dès le soir, et, malgré sa résistance, elle lui lavait les pieds avec une profonde humilité, et lui servait à boire et à manger. Le lendemain, elle venait encore le trouver pour s'entretenir avec lui du mépris du monde, du désir des choses célestes et des voies de la perfection : car c'était tout ce qui occupait sa pensée et était capable de lui donner de la joie et de la consolation.
Le démon ne pouvant souffrir une vertu si héroïque, suscita contre elle des seigneurs et des dames de la cour, qui remontrèrent au roi qu'il n'avait pas épousé une reine, mais une religieuse et une servante d'hôpital : ce qui les fâchait le plus, c'était de la voir courir aux maisons communes où l'on recevait les pauvres, y panser leurs plaies, amasser autour d'elle des misérables, et se tenir plus volontiers avec eux que dans le cercle des princesses du sang et des autres dames les plus considérables du royaume. Le roi écoutait quelquefois volontiers ces plaintes, particulièrement parce qu'il arrivait souvent que, lorsqu'il la demandait pour dîner ou pour souper, on lui répondait qu'elle était appliquée à ses exercices de piété ; mais elle l'apaisait facilement, lui remontrant que, les pauvres étant les membres de Jésus-Christ, elle ne pouvait avoir d'occupation plus noble et plus salutaire que de leur procurer du secours. S'il arrivait qu'il lui dît quelque parole rude, il s'en excusait aussitôt, et lui en faisait satisfaction, en lui donnant des sommes d'argent ou d'autres présents pour le soulagement des pauvres. Elle acquit tant de crédit sur son esprit, qu'elle obtint aisément de lui la grâce des criminels condamnés à mort, et que lui-même attribuait à ses mérites et à la force de ses prières tous les bons succès qui lui arrivaient dans la paix et dans la guerre.
Aussi Dieu fit connaître, par un grand miracle, combien sa conduite lui était agréable, et en quelle estime on devait avoir sa vertu. Un jour qu'elle se promenait après dîner dans son jardin, dans la ville de Péronne, les prisonniers, qui n'étaient pas éloignés du château, étant informés qu'elle y était, crièrent si haut pour implorer son assistance, qu'elle les entendit. Elle demanda aussitôt ce que c'était ; mais les officiers, qui connaissaient sa bonté, craignant qu'elle ne demandât la délivrance de ces misérables, lui firent un mensonge, et lui dirent que c'était une troupe de gueux qui attendaient l'aumône aux environs du palais : elle les crut, et, ayant donné de quoi contenter ces prétendus pauvres, elle se retira dans son oratoire. Cependant les prisonniers ne voyant point de secours, et ne croyant point avoir été entendus, implorèrent l'assistance du ciel par les mérites de la reine : le soir même leurs fers se rompirent, leur prison s'ouvrit, et personne ne les put empêcher d'en sortir. Ils vinrent aussitôt au palais pour remercier Sa Majesté, qui les exhorta à bien vivre, et fit ratifier sur la terre la grâce qui leur avait été accordée dans le ciel.
Sainte Radegonde vécut ainsi cinq ou six ans dans la compagnie de Clotaire, chérie de ce monarque, et honorée de tout ce qu'il y avait de gens de bien dans tout son royaume : mais cette paix changea tout d'un coup ; car le roi, ayant fait mourir, par nous ne savons quel caprice, le prince de Thuringe, frère unique de notre Sainte, vit qu'il serait trop pénible pour elle de rester avec lui. Il lui permit donc de se retirer dans un monastère, comme elle le souhaitait depuis longtemps. La cause de cette séparation ne put être que très-affligeante et très-douloureuse à Radegonde : l'amour qu'elle avait pour son frère lui faisait déplorer sa mort si tragique et si injuste ; et l'amour qu'elle avait pour son mari lui causait d'ailleurs une peine extrême, sachant qu'il était coupable du meurtre de ce prince, qu'une alliance si étroite lui devait rendre extrêmement cher. Mais cette tristesse était un peu adoucie par la pensée que cet accident était cause de sa liberté et lui donnait lieu de sortir de la cour et du monde pour ne plus converser qu'avec Jésus-Christ. Elle vint d'abord trouver saint Médard, évêque de Noyon, pour le supplier de lui donner l'habit et de la recevoir au nombre des épouses de son Sauveur : mais, comme ce prélat faisait difficulté de lui accorder sa demande, parce que l'Apôtre ne permet pas aux personnes liées par le mariage de se délier par elles-mêmes, et aussi parce que les seigneurs qui se trouvèrent à Noyon lui remontrèrent qu'il ne pouvait pas, sans offenser le roi, le priver de son épouse ; cette courageuse reine, qui était assurée du consentement de son mari, entra dans la sacristie, se coupa elle-même les cheveux, se revêtit d'un habit de religieuse, et, dans cet état, rentra dans l'église, où, s'adressant au saint évêque, elle lui dit : « Sachez, bienheureux prélat, que si vous vous laissez aller au respect humain et à la crainte des hommes, et que vous différiez de me consacrer, le souverain Pasteur vous demandera compte de mon âme ». Saint Médard, admirant sa constance et sa résolution, et ne doutant plus qu'une entreprise si généreuse ne lui fût inspirée de Dieu, lui mit les mains sur la tête et la reçut au nombre des diaconesses. Après cette consécration, elle donna à l'église de Noyon l'habit dont elle se parait dans les jours de plus grande solennité, avec des pierreries et d'autres ornements de grand prix. Elle fit de semblables présents à plusieurs monastères qu'elle trouva sur le chemin de Tours, se dépouillant ainsi peu à peu de toutes choses pour imiter la pauvreté de Jésus-Christ.
La dévotion pour le grand saint Martin, que toute la France honorait alors d'un culte particulier, lui fit prendre le chemin de son sépulcre. Elle l'enrichit aussi de dons très-précieux, et elle y passa quelques jours dans les sentiments d'une piété extraordinaire : car on la voyait à la porte de l'église, tantôt le visage collé contre terre, tantôt les joues et les yeux baignés de larmes, et, si elle avançait vers le sanctuaire, c'était avec tant de respect et d'humilité, qu'on ne pouvait assez admirer sa foi et sa ferveur. De là, elle se rendit à Candes, où saint Martin est décédé ; puis à Chinon, où elle mena, durant quelque temps, une vie retirée et religieuse. Enfin, elle se rendit à Saix, près de Loudun, en Poitou. Cependant, le roi touché de regret d'avoir perdu une épouse de si grand mérite, résolut de la faire revenir ; le bruit se répandit même qu'il venait la chercher lui-même à Saix. Radegonde, effrayée, se retira dans l'église de Saint-Hilaire, à Poitiers, et écrivit à son époux de lui laisser la liberté. Selon la prophétie du bienheureux Jean, reclus de Chinon, les jeûnes, les prières de notre Sainte, obtinrent que Dieu changeât le cœur de Clotaire. Ce prince lui permit même de bâtir à Poitiers, suivant sa demande, un monastère de femmes et une église avec un collège de prêtres pour la desservir (544-559). Telle fut l'origine du célèbre monastère de Sainte-Croix et de l'église de Sainte-Radegonde.
Il n'a pas fallu une moindre plume que celle du savant et pieux Venance Fortunat pour décrire les actions héroïques de piété et de miséricorde et les austérités surprenantes de cette reine solitaire, depuis sa retraite de la cour. Il dit lui-même qu'on ne pouvait pas comprendre où elle prenait les aumônes abondantes et infinies qu'elle distribuait. Comme elle n'était jamais sans qu'on lui demandât quelque chose, soit pour secourir un malade, soit pour revêtir un pauvre, soit pour racheter un captif, soit pour délivrer un prisonnier, soit pour nourrir une veuve ou un orphelin, de même elle n'était jamais sans donner. Elle tenait tous les jours table ouverte pour les pauvres : tandis qu'elle ne vivait que de légumes, elle les nourrissait grassement, leur donnant du bon potage et de la viande bien assaisonnée. Deux fois la semaine, le jeudi et le samedi, elle s'appliquait aux secours des femmes et des filles infirmes et malades, et c'était une chose surprenante de la voir les peigner, les panser elle-même, et mettre ses mains royales sur leurs gales et sur leurs teignes, pour travailler à leur guérison. Lorsqu'elle leur avait rendu un office de charité si dégoûtant, si elle voyait qu'elles eussent de mauvais habits, elle les en faisait changer et les revêtait tout de neuf ; puis, ayant la première lavé ses mains, elle leur donnait à laver et les faisait asseoir à sa table, où elle leur servait, debout et à jeun, trois sortes de mets, ne se reposant sur personne, ni pour apporter les plats, ni pour couper le pain et la viande, ni pour donner à boire. S'il se trouvait dans la troupe de ses pauvres quelque personne percluse de ses membres, elle lui portait la cuillère ou le morceau à la bouche. Pour les dimanches, qui sont les jours destinés au culte divin, lorsque les pauvres étaient assemblés, elle se contentait de leur présenter une fois à boire, et, laissant le reste à faire à une de ses filles, elle se retirait pour continuer ses prières ; après quoi elle donnait à dîner aux ecclésiastiques, qu'elle recevait avec un honneur proportionné à leur dignité. Les lépreux, qui étaient en grand nombre en ce temps-là, ne lui faisaient point horreur. Lorsqu'ils avertissaient de leur venue par un signal, elle envoyait savoir combien ils étaient, et, leur ayant fait préparer des écuelles, des tasses et des couteaux en même nombre, elle les faisait entrer secrètement dans une chambre destinée pour les recevoir. Là, toute pleine de ferveur, elle leur lavait le visage avec de l'eau chaude, elle pansait leurs plaies gâtées et infectes, de ses propres mains, et, si c'étaient des femmes, elle ne faisait point difficulté de les embrasser et de leur donner le baiser de paix. Ensuite, elle les faisait manger, leur servant elle-même ce qu'on avait accommodé pour leur nourriture. Enfin, ils ne sortaient pas sans avoir reçu de l'argent et des habits de sa munificence toute royale. Elle n'avait ordinairement qu'une fille pour témoin d'une action si merveilleuse ; car, autant elle sentait d'inclination pour faire du bien, autant avait-elle d'aversion pour l'estime et l'honneur des hommes, qui étaient capables de lui dérober le mérite de ses bonnes œuvres.
Cependant Dieu fit souvent paraître par des miracles combien sa charité lui était agréable, car, lorsqu'elle avait béni une feuille de vigne, ce que ces filles lui faisaient faire sous prétexte qu'elles en avaient besoin, c'était assez pour guérir un malade désespéré des médecins ; et pour une plaie incurable, on appliquait cette feuille sur le mal. Lorsqu'on avait reçu un cierge de sa main, il ne fallait point autre chose pour chasser les fièvres les plus malignes que de l'allumer auprès de ceux qui en étaient tourmentés, la santé la suivait partout, et, quand elle venait rendre visite à des malades, les fruits et les confitures qu'elle leur apportait leur étaient si salutaires qu'on voyait aussitôt leur maladie diminuer.
Sa sévérité contre elle-même égalait sa douceur et sa miséricorde envers le prochain. Venance Fortunat nous apprend que, depuis qu'elle eut été consacrée par saint Médard, elle se fit une loi de ne manger jamais ni viande, ni poisson, ni fruit, ni aucune autre chose délicate, mais seulement des herbes et des légumes. Elle ne buvait point non plus de vin, mais seulement de l'eau et au plus du poiré. Le pain qu'elle mangeait n'était que d'orge ou de seigle ; elle n'en mangeait que quatre fois la semaine en Carême, et en ce temps, elle moulait elle-même le grain dont on faisait ce pain. Elle s'appliquait aussi, par un esprit de religion, à façonner la cire qui devait servir à l'autel et à cuire les hosties dont on devait faire l'oblation et la consécration à la messe.
Lorsque son couvent fut achevé et qu'elle eut assemblé une compagnie nombreuse de saintes filles qui voulurent imiter son exemple, elle prit jour pour se renfermer avec elles. Il y eut tant d'empressement pour la voir entrer dans ce bienheureux tombeau, où elle voulait mourir toute vivante, que les rues et les fenêtres n'étant pas assez spacieuses pour contenir tout le monde, on en voyait jusque sur les toits. Elle donna d'abord un exemple d'humilité qui n'a presque pas son semblable ; car bien que toutes sortes de raisons semblaient demander qu'elle fût abbesse de ce nouveau monastère, dont elle était la fondatrice et la mère, elle ne voulut néanmoins jamais prendre cette qualité, mais nomma une autre abbesse, qui fut Agnès, très-sainte religieuse à qui Fortunat adresse plusieurs de ses vers, soit pour la remercier des œufs et du lait qu'elle lui avait envoyés, soit pour lui présenter aussi des fleurs et des fruits de son jardin : les fleurs pour la décoration de son église, et les fruits pour la consolation de ses filles. La sainte Reine, lui ayant donné la qualité de supérieure, se dépouilla entre ses mains de tout ce qui lui restait de richesses, et lui soumit aussi sa propre personne, afin de vivre dans une pauvreté, une chasteté et une obéissance perpétuelles, qui sont les vertus dont la vie religieuse tire son éclat.
Dès la première année qu'elle fut dans ce monastère, elle passa le Carême dans une austérité incroyable ; car, pour enchérir encore sur ses premières rigueurs, elle ne mangea de pain que les dimanches, et les autres jours elle ne vivait que de mauves et de racines crues, sans huile et sans sel. Elle ne but aussi que de l'eau, mais en si petite quantité qu'elle était dans une altération continuelle, ce qu'elle souffrait avec joie en l'honneur de la soif que Notre-Seigneur a endurée pour nous sur l'arbre de la croix.
VIES DES SAINTS. — TOME IX.
Aux autres Carêmes, tout l'adoucissement qu'elle apporta fut de goûter du pain le jeudi et le dimanche. Pour le reste de l'année, elle relâchait quelque chose de cette grande rigueur ; mais si l'on excepte les octaves de Pâques et les fêtes solennelles, son jeûne était continuel. Le lit où elle couchait était plutôt pour la tourmenter que pour lui donner du repos. Étant religieuse, elle n'avait point d'autre matelas qu'un peu de cendre couverte d'un cilice. Son sommeil ne durait guère plus d'une heure. Elle était toujours la première au chœur pour chanter les louanges de Dieu, et n'en sortait que la dernière, après une longue oraison qui l'embrasait continuellement d'un nouveau feu de l'amour divin. La haire était son habit ordinaire, et lorsqu'elle eut usé celle que le bienheureux Jean de Chinon lui envoya, elle eut toujours l'adresse de s'en procurer d'autres, qu'elle voulait être des plus piquantes. Mais, ne se contentant pas de la douleur que lui causait ce vêtement si rude, elle affligeait encore son corps délicat par des chaînes et des ceintures à pointes de fer qu'elle serrait si fortement sur sa peau qu'elles lui faisaient souvent de grandes plaies. Il arriva même une fois qu'une de ces chaînes s'étant enfoncée bien avant et la chair étant crue par dessus, il lui fallut faire une incision autour du corps pour la tirer, ce qui lui fit répandre beaucoup de sang et endurer des douleurs extrêmes. Sa ferveur la porta à une pénitence bien plus surprenante, et que nous ne proposons pas comme un modèle qu'il faille imiter, mais comme un sujet d'étonnement et d'admiration. S'étant fait faire une lame de cuivre où l'image de Notre-Seigneur et les instruments de sa Passion étaient gravés, elle la mit dans le feu, et, lorsqu'elle fut toute rouge, elle se l'imprima sur le corps en deux différents endroits, se faisant ainsi souffrir à elle-même ce que les tyrans, dans les premiers siècles, faisaient souffrir aux martyrs. Une autre fois, en Carême, son ardeur pour les souffrances ne pouvant être satisfaite ni de la sévérité de son abstinence et de son jeûne, ni de la soif intolérable qui lui brûlait la langue, ni des piqûres qu'elle recevait des soies de porcs dont sa chair était hérissée, ni des plaies que ses chaînes pointues lui faisaient, elle entreprit encore de se rôtir le corps, pour n'être pas exempte en cette vie de la peine du feu. Elle se fit donc apporter un réchaud plein de charbons ardents, et, ayant jeté les charbons, elle s'appliqua le cuivre tout brûlant sur ses membres : l'horreur d'un tel supplice faisait frémir. Il s'y fit de grands trous, dont elle endura la cuisson avec une patience invincible, sans se mettre en peine de l'adoucir par des remèdes ; et, si la corruption qui se mit dans ces nouvelles plaies et qui en fit sortir le sang et le pus en abondance ne l'eût obligée de les découvrir, on n'aurait jamais rien su d'une mortification si terrible.
Nous ne doutons point que le lecteur ne soit saisi d'étonnement en voyant une si grande reine se traiter elle-même d'une manière si sévère, ou, pour mieux dire, si cruelle et si inhumaine : mais il ne sera pas moins étonné lorsqu'il considérera les pratiques d'humilité auxquelles elle s'abaissait pour se faire la dernière de toutes les sœurs : elle balayait à son tour le monastère, elle portait du bois à la cuisine et y attisait le feu, prenant quelquefois plaisir à se laisser brûler ; elle y faisait aussi sa semaine comme les autres religieuses, durant laquelle, ne voulant point être soulagée, ni par les sœurs, ni par les servantes, elle lavait elle-même les herbes, mettait le pot sur le feu, dressait les potages, servait les légumes qu'elle avait préparés par obéissance, nettoyait la vaisselle et ne reculait pas devant des offices plus vils encore. Le grand Venance Fortunat ne rougit point de dire que souvent elle décrottait et graissait les souliers de ses sœurs, et qu'elle prenait pour son office perpétuel de tenir propres les lieux les plus immondes du couvent. Il ajoute qu'elle était comme l'infirmière perpétuelle, ne se contentant pas d'assister les malades à son tour, mais leur rendant en tout temps les offices les plus pénibles : ce qu'elle faisait à jeun, sans se plaindre jamais et avec un visage riant qui marquait la satisfaction qu'elle prenait à des emplois si humiliants.
Plus elle avait été riche dans le monde, plus elle voulait être pauvre dans le cloître, à l'imitation de son souverain Maître qui, étant infiniment riche dans l'éternité, s'est fait pauvre dans le temps pour notre amour. Le même Fortunat et la vierge Baudonivie, qui nous ont donné sa vie, remarquent l'un et l'autre qu'elle avait la vertu si à cœur, qu'elle ne portait volontiers que des habits vils et usés et qu'elle se servait quelquefois de vieux restes pour se faire les vêtements dont elle avait besoin. Sa pureté était admirable, elle avait été si détachée de tous les plaisirs de la chair et elle possédait la chasteté dans un si excellent degré, qu'il y a peu de vierges dont l'esprit et le cœur soient aussi purs que le sien. On voyait en elle un concert de toutes les autres vertus, nous voulons dire : la douceur, la modestie, la simplicité, la patience, la joie dans les adversités, la prudence, l'assiduité à la prière et aux autres pratiques de dévotion et le zèle de la gloire de Dieu. Comme elle dormait peu, elle était toujours occupée des choses divines. Après la contemplation de nos mystères, la lecture des saintes Écritures était son élément et sa vie ; les sœurs se plaisaient à l'aider dans cet exercice, et elles éprouvaient souvent que si son corps, abattu de veilles et de travail, se laissait aller au sommeil, son cœur demeurait toujours éveillé, suivant cette parole de l'Épouse : « Je dors et mon cœur veille », puisque, lorsqu'elles interrompaient leur lecture, elle les priait aussitôt de la continuer. L'amour qu'elle portait à ces nouvelles plantes qui composaient sa communauté était admirable ; elle leur disait souvent : « Vous êtes mes chères filles, vous êtes ma lumière, mon repos, ma félicité et ma vie ; travaillons si diligemment en ce monde que nous puissions recevoir la récompense éternelle en l'autre ; cherchons Dieu dans la simplicité de notre cœur, servons-le avec foi, avec confiance et avec crainte ; aimons-le de toutes nos forces et de toutes les affections de notre âme ; enfin comportons-nous tellement que nous lui puissions dire au jour de son jugement : Rendez-nous, Seigneur, ce que vous nous avez promis, parce que nous avons fait ce que vous nous avez commandé ». Souvent aussi elle leur expliquait avec beaucoup de lumière et d'onction les paroles des psaumes ou des évangiles dont on avait fait la lecture, ce qui était d'un grand profit pour toute cette congrégation d'épouses de Jésus-Christ.
Cette charité, pour sa communauté naissante, lui fit entreprendre le voyage d'Arles, avec la vierge Agnès, qu'elle avait fait élire supérieure, pour y obtenir une copie de la Règle que saint Césaire, archevêque de ce siège, avait composée en faveur de sainte Césarine, sa sœur, et de quelques autres saintes filles qui s'étaient assemblées avec elle pour servir fidèlement Jésus-Christ. Elle n'eut pas de peine à l'obtenir, et elle eut encore la consolation de voir de quelle manière ces anciennes religieuses se comportaient dans toute l'économie de la discipline régulière. Étant de retour à Poitiers, elle donna cette même Règle à ses filles, et prit soin de les former selon le modèle de l'observance qu'elle avait vue dans le monastère de sainte Césarine. Saint Benoît était déjà décédé, et saint Maur avait apporté sa Règle en France ; mais elle y était encore peu connue, particulièrement pour des femmes. Dans la suite elle a été introduite dans le monastère de sainte Radegonde ; et c'est celle que l'on y observe très-saintement depuis plusieurs siècles.
Depuis, la sainte Reine, voulant enrichir son église de quelques saintes reliques, envoya le prêtre Réovale à Jérusalem, pour obtenir du patriarche une partie des dépouilles du bienheureux martyr saint Mammès. Le patriarche reçut avec honneur son envoyé ; mais, pour ne rien faire sans être assuré de la volonté de Dieu, avant de démembrer le saint corps, il ordonna une prière publique dans son église. Au bout de trois jours, il célébra la messe, et, étant accompagné d'une nombreuse assistance, il éleva la voix, et lui dit, dans une parfaite confiance : « Je vous supplie, bienheureux Confesseur et Martyr de Jésus-Christ, si Radegonde, qui a envoyé vers nous, est une véritable servante de Notre-Seigneur, de nous le faire connaître par quelque signe extérieur, et de trouver bon qu'on lui donne une partie de vos reliques comme elle le souhaite et qu'elle nous en a fait prier ». Tout le peuple répondit Amen. En même temps, il fit ouvrir la châsse où ce précieux trésor était enfermé, et, approchant sa main de chaque membre, il demandait en lui-même au Saint lequel il voulait donner. Il toucha ainsi tous les doigts de la main droite ; mais, lorsqu'il fut au petit doigt, à peine l'eut-il touché, qu'il se détacha sans difficulté ; ce qui fit voir le mérite de la bienheureuse reine, et que Dieu lui accordait ce doigt de son Martyr. On l'apporta à Poitiers avec une dévotion et une solennité convenables, en chantant continuellement les louanges divines. Radegonde, de son côté, le reçut avec une piété qui ne se peut exprimer, et, pour actions de grâces, elle passa les sept jours suivants, avec ses filles, dans le jeûne et dans des prières continuelles.
Sa dévotion n'étant pas encore satisfaite, elle souhaita d'avoir une partie du bois de la vraie Croix ; mais comme il fallait envoyer pour cela vers l'empereur Justin le jeune, ne croyant pas le devoir faire sans l'agrément du roi, qui était alors, pour le Poitou, Sigebert Ier, l'un des enfants de Clotaire, son mari, elle lui écrivit et le supplia de trouver bon que, pour le salut de toute la France et la prospérité de son royaume, elle se procurât, auprès de l'empereur, le trésor inestimable de la croix du Sauveur. Le roi loua extrêmement son zèle et lui donna pour cela toutes les permissions qu'elle souhaitait. Ainsi, ayant choisi des personnes d'une prudence et d'une piété singulières, elle les envoya à Constantinople, vers l'empereur, pour lui représenter son désir, et le prier de ne pas refuser à la France une partie de ce bois qui avait été sur le Calvaire pour le salut de tout le monde. Ce prince, qui ne pouvait pas ignorer son mérite, tant à cause de sa grande réputation et de celle du feu roi Clotaire Ier, son mari, que parce que quelques-uns de ses parents, après la ruine du royaume de Thuringe, s'étaient réfugiés à Constantinople, lui accorda libéralement ce qu'elle demandait. L'impératrice Sophie, princesse très-pieuse, ne contribua pas peu à le résoudre d'en user de la sorte. Ainsi, il envoya à Radegonde un morceau de la vraie Croix, enrichi d'or et de pierreries, avec beaucoup d'autres reliques des Saints, et un livre des Évangiles couvert d'or et orné de plusieurs pierres précieuses. Nous avons remarqué, au jour de l'Invention de la sainte Croix, que, dans la distribution qui se fit de ce bois sacré à Jérusalem, pour le sauver de la puissance des Barbares, on en avait apporté trois morceaux à Constantinople, outre un morceau qui fut donné en particulier à l'empereur qui régnait alors. Il faut croire que celui que Justin envoya à sainte Radegonde était un de ces quatre morceaux, ou, si vous voulez, une portion de l'un des quatre, puisqu'il se peut faire qu'on eût encore coupé quatre morceaux en plusieurs parcelles. La joie de la bienheureuse Reine, en recevant ce morceau de la vraie croix, le premier qui eût été apporté en France, fut incroyable. Elle ne douta point que Dieu n'eût un amour particulier pour elle, puisqu'il lui faisait part de ce bois, qui a été l'instrument du salut de tout le genre humain. Elle y joignit encore d'autres saintes dépouilles qu'elle avait envoyée rechercher par tout l'Orient, et, lorsqu'on eut disposé des châsses pour les mettre avec honneur, elle pria l'évêque de Poitiers, Mérovée, de faire la cérémonie de la translation. Mais ce prélat, qui, par nous ne savons quel caprice, n'avait pas pour elle et pour ses filles la même affection qu'avait eue saint Pient, son prédécesseur, refusa de le faire ; et, au lieu de rendre ce devoir à ces augustes reliques, il s'en alla à sa maison de campagne. Sainte Radegonde, ne pouvant souffrir ce mépris, en écrivit au roi, qui manda à saint Euphrone, archevêque de Tours, de se transporter à Poitiers et d'y donner à la sainte Reine la satisfaction qu'elle désirait. Saint Euphrone le fit, et plaça les reliques dans l'église de son monastère, qui changea le nom de Sainte-Marie, qu'il portait auparavant, en celui de Sainte-Croix. Saint Grégoire de Tours décrit tout cet événement dans son Histoire des Francs, livre IX, chapitre XI.
Au reste, Dieu fit paraître, par de grands miracles, l'authenticité de la sainte relique ; la religieuse Baudonivie, qui était présente, assure que, par sa vertu, les aveugles recouvraient la vue ; les sourds, l'ouïe ; les muets, la parole ; les boiteux, l'usage de leurs jambes ; et toutes sortes de malades, une parfaite santé ; aussi tout le monde bénissait la reine, qui avait procuré à Poitiers une source de tant de biens. Comme elle savait de quelle manière il fallait se comporter avec les grands princes, elle envoya encore le prêtre Réovale, avec une honorable compagnie de clercs et de laïques, vers l'empereur, pour le remercier des riches présents dont il l'avait favorisée. Au retour, leur vaisseau fut agité pendant quarante jours d'une si furieuse tempête, qu'ils se croyaient à tous moments près de faire naufrage. Les mariniers protestaient n'en avoir jamais vu de semblable, et leur faisaient perdre toute espérance. Lorsqu'ils ne s'attendaient plus qu'à être engloutis, ils eurent inspiration de se recommander à notre Sainte. Ils s'écrièrent donc : « Ô très-pieuse reine Radegonde, qui avez compassion de tous ceux qui ont recours à vous, assistez-nous dans un danger si pressant, où nous ne sommes que pour vous avoir obéi, et ne souffrez pas que nous périssions dans les flots de cet élément impitoyable ». Ils n'eurent pas plus tôt achevé ces paroles, qu'une colombe, paraissant sur leur vaisseau, vola trois fois tout autour, comme pour honorer le mystère de la très-sainte Trinité ; à l'heure même, l'orage cessa ; et le calme lui ayant succédé, le vaisseau se trouva hors de tout péril. Baudonivie dit que ce miracle se fit par le moyen de trois plumes de cette colombe, qu'un des passagers plongea dévotement dans la mer, et qui furent depuis distribuées à diverses églises : nous avons eu avis de Poitiers qu'elles ne sont pas dans l'abbaye de Sainte-Croix.
Outre ce zèle de sainte Radegonde, pour enrichir son église de précieuses reliques, elle eut soin de lui procurer la bienveillance et la protection des rois de France, ses beaux-fils, et des évêques des provinces voisines. Elle écrivit pour cela aux uns et aux autres, et elle obtint toujours des réponses favorables. Elle écrivit à un concile, assemblé à Tours, où étaient les glorieux évêques Euphrone, de Tours ; Prétextat, de Rouen ; Germain, de Paris ; Félix, de Nantes ; Domitien, d'Angers ; et Domnole, du Mans, qui écrivirent en sa faveur une très-belle lettre que Grégoire de Tours nous a donnée tout entière, au livre V de son Histoire, chap. XXXIX. D'ailleurs, elle n'épargna rien pour entretenir ou rétablir la paix entre les quatre enfants de son mari : Caribert, Chilpéric, Sigebert et Gontran, qui régnaient chacun sur un quart de l'empire franc, et qui avaient souvent de grands démêlés ensemble. Elle s'appliquait aussi à une foule de bonnes œuvres pour la gloire de Dieu, pour le soulagement des provinces, pour l'assistance des pauvres, pour le secours des églises, et pour la ruine de l'impiété et de toutes sortes de vices, employant souvent à ces négociations de charité le grand Venance Fortunat, l'un des premiers hommes de son siècle. En effet, il témoigne lui-même qu'il avait fait beaucoup de voyages vers les rois de France et les saints évêques, par son ordre, et qu'il avait parcouru, pour son service, les provinces qui sont arrosées par la Meuse, la Moselle, l'Aisne et la Seine. Nous avons beaucoup de lettres en vers qu'il lui a écrites, ou qu'il a écrites en son honneur, et même quelques-unes où il prend son nom et la fait parler elle-même. Il composa, pour satisfaire à sa dévotion envers la Croix, ces hymnes admirables que l'Église chante dans la semaine de la Passion et dans les solennités de l'Invention et de l'Exaltation de la sainte Croix, qui commencent par ces vers : Vexilla regis prodeunt. — Pange lingua gloriosi. — Lustris sex qui iam peractis.
Au reste, bien qu'il soit fort probable qu'il fut enfin mis sur le siège épiscopal de Poitiers, après Platon, successeur de Mérovée, il est constant, néanmoins, qu'il ne fut pas évêque du vivant de notre Sainte, puisque saint Grégoire de Tours nous apprend que Mérovée vivait encore lorsqu'elle décéda.
Nous avons déjà rapporté quelques-uns des miracles qu'elle a faits durant sa vie. Il y en a beaucoup d'autres décrits par les auteurs que nous avons déjà cités plusieurs fois. Un jour, elle rendit la vue à un aveugle, et remit en santé une religieuse qui se mourait et dont les membres étaient tout corrompus ; elle en guérit une autre qui était hydropique et de qui les sœurs n'attendaient plus que le dernier soupir. Elle délivra des pêcheurs d'un naufrage qui paraissait inévitable ; elle chassa le démon des corps de plusieurs possédés ; elle fit reverdir un laurier, qui, ayant été arraché, était devenu tout sec ; elle multiplia tellement un muid de vin pour le soulagement de la communauté, qu'on en tira toujours, depuis la vendange jusqu'à l'autre, sans qu'on y remarquât de diminution. Enfin, elle donna la vie par ses prières à un petit enfant mort depuis plusieurs heures. Ses habits et les cierges en son nom faisaient aussi des cures surnaturelles, et nous en avons plusieurs exemples dans les histoires de sa vie.
Après tant d'actions éclatantes, Notre-Seigneur, voulant récompenser la foi et les travaux de sa servante, lui fit connaître dans une visite que le temps de sa délivrance était proche. Il lui apparut sous la forme d'un jeune homme d'une beauté incomparable, qui lui voulut faire quelques civilités saintes et innocentes. Elle le repoussa sans le connaître ; mais il lui dit :
« Comment est-ce, Radegonde, que vous me repoussez, vous qui avez tant de désir de me posséder, qui me recherchez avec tant de larmes et de soupirs, et qui exercez tant de rigueurs sur votre corps pour vous rendre plus digne de moi ? Sachez que vous serez une des plus riches pierres précieuses de mon diadème ». On dit qu'alors il avait le pied sur une pierre et qu'il l'imprima si fortement dessus, que la marque y est demeurée. On montrait encore du temps du P. Giry, c'est-à-dire au XVIIIe siècle, cette pierre avec ce vestige sacré, que l'on appelait le Pas-Dieu : c'était là que le recteur de l'Université venait faire tous les ans une harangue à l'abbesse de Sainte-Croix. Notre Sainte vit bien que son Bien-Aimé la voulait appeler à lui. Elle se disposa à cette heure dernière avec toute la ferveur que l'on peut concevoir dans une âme qui ne vit plus que pour le ciel. Étant tombée malade, elle se fit administrer les sacrements, qu'elle reçut d'une manière trèspieuse et très-édifiante. Ses filles tombaient toutes en larmes, et on ne peut même lire le récit que Baudonivie fait de leurs gémissements et de leurs plaintes, sans être excité à pleurer. Aussi, elles perdaient une dame qui les avait protégées par son autorité, une mère qui les avait élevées avec une charité et une tendresse merveilleuse, et une Sainte qui les avait édifiées par une infinité de bons exemples. Mais elle les consola elle-même et les anima à une vigoureuse persévérance. Enfin, elle rendit heureusement son âme à Dieu sous le règne de Clotaire II, fils de Chilpéric, et petit-fils de Clotaire Ier, son mari, le 13 août 587.
L'évêque de Poitiers, Mérovée, était alors éloigné de la ville, et il n'y avait nulle apparence qu'il dût revenir assez à temps pour lui rendre les derniers devoirs. On alla donc promptement à Tours pour prier saint Grégoire, qui en était alors archevêque, de venir au plus tôt l'enterrer. Il dit lui-même dans son livre de la Gloire des Confesseurs, ch. CVI, qu'il la trouva dans le cercueil avec un visage si beau et si éclatant, qu'il surpassait la beauté des roses et des lis ; que deux cents religieuses l'environnaient, dont la plupart étaient des premières maisons du royaume, et quelques-unes mêmes princesses du sang et filles de roi ; que leurs cris et leurs lamentations étaient extrêmes, et qu'il semblait qu'elles eussent tout perdu en perdant cette excellente mère. Il ne put s'empêcher de mêler ses larmes avec les leurs : cependant, il fit ce qu'il put pour les consoler, et, comme le lieu où la Sainte avait souhaité d'être inhumée n'était pas encore béni, il présuma de la bonté de l'évêque diocésain et le bénit. Après quoi, il fit porter son saint corps et l'y enterra avec beaucoup de solennité au milieu des soupirs et des gémissements de toute la ville. Plusieurs grands miracles furent faits à son sépulcre avant même qu'il fût couvert et fermé : car saint Grégoire eut cette déférence pour l'évêque du lieu, de le laisser découvert, afin qu'il eût l'honneur d'achever une cérémonie si auguste. L'abbé Abbon y fut guéri d'une douleur de dents qui l'avait mis à deux doigts de la mort. Un aveugle y recouvra la vue, et deux possédées y furent délivrées de la puissance du démon.
Dans l'église de Missy-Sainte-Radegonde, sous les voussures de son remarquable portail latéral du XVIe siècle, sont admirablement sculptées huit circonstances principales de sa vie, dont quelques-unes ont rapport à son séjour à Missy. Ce sont : sa fuite à dix-huit ans du château royal d'Athies, sur la Somme, où Clotaire lui avait fait donner une éducation chrétienne et libérale ; la roche ou grotte de Missy, sous laquelle elle s'était réfugiée, refusant toujours son consentement aux désirs du roi Clotaire ; — son incarcération au château de Missy ou de Chivres, dans lequel saint Médard, évêque de Noyon, la détermine à épouser le roi ; — ses noces, célébrées à Soissons ; — sa consécration comme diaconesse, après qu'elle eut quitté la cour ; — elle fonde un monastère à Poitiers ; ses miracles ; elle délivre un possédé du démon ; — enfin, on voit Radegonde étendue sur son lit funèbre, entourée de ses religieuses ; deux anges transportent dans le ciel son âme bienheureuse. — À Amiens, dans l'église de l'abbaye, un tableau de la chapelle de Sainte-Radegonde représentait le fait de la délivrance des prisonniers qui avaient imploré son assistance, et dont nous avons donné le récit dans la vie. — On représente ordinairement sainte Radegonde au moment où Notre-Seigneur s'entretient avec elle et lui promet qu'il fera d'elle un joyau de sa couronne.
## CULTE ET RELIQUES.
Le corps de sainte Radegonde, enseveli dans l'église qu'elle avait fait bâtir en dehors des murs de la ville, et dans le terrain attenant au monastère de Sainte-Croix, fut retrouvé intact en 1412. Pendant les invasions des Normands, vers le milieu du Xe siècle, on mura l'entrée du caveau et le tombeau cessa d'être fréquenté. En 1612, il fut retrouvé par l'abbesse de Sainte-Croix, Béliarde. À l'ouverture du tombeau, en 1412, par Simon de Cramaud, évêque de Poitiers, à la demande de Jean, duc de Berri, comte de Poitou, ce prince obtint un des anneaux de la Sainte, celui d'épouse ; quant à celui de religieuse, il ne put l'avoir, la main de la Sainte s'étant retirée d'elle-même. En 1562, les Calvinistes brûlèrent le corps de la Sainte dans la nef de l'église collégiale de Poitiers et s'emparèrent de la couronne de vermeil et de la bague d'or. Des catholiques, mêlés aux dévastateurs, parvinrent à sauver à grand'peine quelques ossements qui furent remis aux Chanoines qui les firent vérifier. On les enferma dans une cassette de plomb (1565), et on les plaça dans le tombeau, dont on rapprocha les fragments qui furent ajoutés comme on les voit aujourd'hui.
En 1569, une bataille se donna dans les plaines de Montcontour et près de la ville d'Airvault ; en 1885, un paysan découvrit dans le même champ de bataille une bague en or ayant appartenu à sainte Radegonde. Sur le chaton de la bague où luit le nom de la reine formé de lettres latines entrelacées et jetées les unes dans les autres (on a remplacé le U par un V) : RADEGNDIS. Au-dessous de l'inscription se voit une petite croix grecque telle qu'on la trouve sur l'avers des monnaies de la première et de la seconde race. Cet anneau doit être celui que saint Médard avait béni pour Radegonde, lorsqu'elle reçut à Soissons, des mains du saint Pontife, le voile et le cilice. On sait que cette reine portait en même temps deux anneaux, celui d'épouse et celui de religieuse, ainsi qu'on le constata, en 1412, à l'ouverture de son tombeau. L'anneau, dont nous venons de parler, fut vendu cinquante francs à un orfèvre d'Airvault, d'où il passa malheureusement entre les mains de M. Fillon de Fontenay, qui le garde comme simple amateur, jaloux d'en objet qu'il sait très-bien très-authentique, et qu'il ne veut garder que pour ne pas alimenter de son chef la superstition des bonnes sœurs.
En 1792, le monastère de Sainte-Croix fut envahi par les révolutionnaires qui se firent remettre tout ce qu'il y avait de précieux ; les religieuses obtinrent enfin qu'on leur laissait les reliques de leur sainte fondatrice. C'est ainsi qu'elles conservèrent une portion considérable du crâne, un os du bras de neuf centimètres et demi de longueur et dont on a retranché une longueur d'un pouce et demi pour distribuer en fragments à diverses paroisses. La portion du crâne a été enfermée depuis dans une boîte d'argent de forme ovale, et scellée du sceau de l'évêque après vérification ; l'os du bras est conservé dans une chasse très-propre. On a réuni à cette relique un petit morceau du suaire où se montre encore la trace du feu, et en outre une mèche de beaux cheveux blonds qui, d'après la tradition, auraient appartenu à la Sainte. Les religieuses de Sainte-Croix, qui, dispersées par la Révolution, se réunirent en 1808, et se cloîtrèrent de nouveau en 1837, possédant encore une croix en cuivre et de forme grecque : c'était, dit-on, pour sainte Radegonde un instrument de piété et de mortification ; c'est aujourd'hui un instrument de guérison miraculeuse. Les bâtiments du monastère de Sainte-Croix ont été vendus ; une partie sert d'évêché, l'église est démolie. Les religieuses habitent le doyenné de Saint-Pierre. Quant à l'église où fut enterrée sainte Radegonde, plusieurs fois reconstruite, elle est encore debout. Le tombeau de la Sainte est en sanctuaire, où les pèlerins prient à chaque heure du jour. Aussi les miracles y continuent.
L'Église de Poitiers célèbre la fête de sainte Radegonde le 13 août, sous le rit double de première classe pour la ville de Poitiers, dont elle est la patronne, sous le rit double de deuxième classe pour le diocèse, avec octave.
A Saint-Vandrille, canton de Caudebec, arrondissement d'Yvetot, sainte Radegonde est honorée d'un culte tout particulier. Toute l'année, un pèlerinage se fait à l'église de Saint-Vandrille en l'honneur de cette Sainte couronnée. Mais c'est surtout les vendredis du mois de mai que les pèlerins abondent ; ils se font dire à l'église un évangile à sainte Radegonde et à tous les Saints, puis ils vont se baigner à la fontaine de Caillouville, où se retrouve encore l'image de la Sainte au milieu de plusieurs autres.
Sainte Radegonde est honorée comme seconde patronne de Grenois et de Perroy, au diocèse de Nevers. Cette dernière paroisse possède une parcelle des reliques de la Sainte. Dans la paroisse de Pazy, on trouve une fontaine qui porte son nom et à laquelle les malades se rendent en dévotion.
Sainte Radegonde est aussi l'objet d'un culte tout spécial dans le diocèse de Soissons. L'église de Missy-Sainte-Radegonde (Missiacum ou Miciacum ad sanctam Radegundim), appelé aussi Missy-sur-Aine, consacrée sous le vocable de la pieuse reine, possède une de ses reliques, qui lui fut donnée par Jean, duc de Berri, comte de Poitou et gouverneur de l'Île-de-France, à la demande de l'archevêque de Reims. Cette relique, munie de ses authentiques, était encore conservée, en 1563, dans une main de bois doré tenue par deux anges. Le pèlerinage, ouvert chaque année le jour de Pâques, est clos le quatrième dimanche suivant par une procession solennelle à laquelle se rendent d'ordinaire un très-grand nombre de pèlerins. Sainte Radegonde est invoquée particulièrement pour la guérison de la gale, de la lèpre et des ulcères. Ceux qui sont atteints de ces sortes de maux ont la dévotion de se laver dans l'eau de la fontaine de Sainte-Radegonde. Leur foi a été plus d'une fois récompensée par de véritables miracles.
Le culte de sainte Radegonde, qui s'est étendu d'une extrémité à l'autre de l'Europe, est assez répandu dans le Santerre, partie orientale de la Picardie, parce que cette sainte reine y fut élevée et y passa huit années de sa vie.
L'hôpital qu'on vient de reconstruire à Athies et qui a environ cinq mille livres de revenu est une transformation de l'ancienne maison royale habitée par sainte Radegonde.
Le portail latéral de l'église, classé parmi les monuments historiques, date du XIIIe siècle et offre des sculptures remarquables de cette époque religieuse. Il est en voie de restauration et il sera dédié à sainte Radegonde dont un médaillon placé au sommet du fronton retrouvera les principaux actes de charité. M. l'abbé Courtin, curé de la paroisse, a choisi la sainte reine pour patronne de la société de Secours mutuels dont il est chef, pour les ouvriers des fabriques de sucre de betteraves du pays.
Le village de Sainte-Radegonde est une des quinze communes de France qui portent le nom de cette Sainte. Il est à deux kilomètres de Péronne et à cinquante-deux d'Amiens. Sa population est de trois cent soixante-quatorze habitants ; son église était autrefois sur un des fossés des ouvrages avancés de Péronne ; mais elle fut détruite, en 1536, lors du siège que cette vaillante cité fit lever aux impériaux ; elle fut transportée, par ordre de Louis XIII, dans les champs à une distance convenable des fortifications, dans un endroit, où, disent de pieuses traditions citées par un ecclésiastique contemporain qui fait autorité en archéologie et en histoire, la jeune princesse avait fixé un but et une station de ses fréquentes promenades aux environs de Péronne et avait fait élever un oratoire. Elle contient deux tableaux assez anciens et assez curieux dont on n'a pu jusqu'à présent bien préciser le sujet, une vieille statue de la Sainte en costume semi-religieux et semi-royal, et un tableau moderne d'un peintre de la localité, la représentant dans l'exercice des œuvres de charité. En outre, un reliquaire contient un des bras de sainte Radegonde ; il fut soustrait, pendant les jours néfastes de la Terreur, aux profanations révolutionnaires, par une pieuse famille de ce village, dont nous connaissons un des membres encore existants, qui nous a transmis quelques-uns de ces précieux détails. Avant 95, on allait en pèlerinage à cette église pour y invoquer spécialement la royale Sainte, et demander à Dieu, par son intercession et l'attouchement de ses reliques, la guérison des acrofules et des diverses maladies de la peau, ainsi que l'atteste une inscription consignée sur un pan de muraille de la chapelle qui lui est particulièrement consacrée, en outre de toute l'église.
Cartigny, à sept kilomètres de Péronne et à cinquante-cinq d'Amiens, peuplé de huit cent soixante-trois habitants, est sous l'invocation de sainte Radegonde ; à droite du chœur est sa chapelle dans laquelle est sa statue qui la représente vêtue en abbesse de Sainte-Croix de Poitiers.
Le vocable de sainte Radegonde est encore celui de Drioncourt, distant de sept kilomètres de Péronne, de huit de Roisel, chef-lieu de canton, et de cinquante-sept d'Amiens, et dont la population est de quatre cent trente-neuf habitants.
A Amiens, dans l'enclos de l'ancienne abbaye de Saint-Jean, Ordre de Prémontré, vers la Hautoye, une fontaine porte, ainsi qu'une île de la Somme, le nom de Sainte-Aragone, par corruption de Sainte-Radegonde. Les malades buvaient de l'eau de cette source dans l'espoir d'être guéris de leurs maux. Quand on réédita, dans la ville, l'église de l'abbaye, une chapelle de Sainte-Radegonde fut placée contre la grille du chœur.
Nous nous sommes servi, pour compléter cette biographie, de l'Histoire de sainte Radegonde, par M. Édouard de Fleury ; des Saints de l'Église de Poitiers, par l'abbé Auber ; des Vies des Saints du Poitou, par Ch. de Chergé ; des Annales du diocèse de Soissons, par l'abbé Pocheur ; de l'Hagiologie Nivernoise, par Mgr Cromier ; des Églises de l'arrondissement d'Yvelot, par l'abbé Cocket ; et surtout de Notes locales fournies par MM. Congnet, du chapitre de Soissons, A. Gore, correspondant du ministère de l'instruction publique, des beaux-arts, etc., et Auber, historiographe du diocèse de Poitiers.
Événements marquants
- Naissance en Thuringe (519)
- Capture par Clotaire Ier après la défaite d'Hermenfroi
- Mariage forcé avec Clotaire Ier à Soissons
- Fuite de la cour après le meurtre de son frère
- Consécration comme diaconesse par saint Médard à Noyon
- Fondation du monastère de Sainte-Croix à Poitiers
- Réception d'un morceau de la vraie Croix envoyé par l'empereur Justin II
Miracles
- Délivrance miraculeuse de prisonniers à Péronne
- Guérison d'aveugles, de sourds et de lépreux
- Multiplication d'un muid de vin
- Résurrection d'un enfant mort
- Apparition du Christ laissant son empreinte sur une pierre (Pas-Dieu)
Citations
Sachez, bienheureux prélat, que si vous vous laissez aller au respect humain... le souverain Pasteur vous demandera compte de mon âme
Sachez que vous serez une des plus riches pierres précieuses de mon diadème