Sainte Julie de Corse

Vierge et Martyre, Patronne de la Corse

Fête : 22 mai 5ᵉ siècle • sainte

Résumé

Patricienne de Carthage devenue esclave après la prise de la ville par les Vandales, Julie resta fidèle à sa foi sous le service d'un marchand syrien. Lors d'une escale en Corse, elle refusa de sacrifier aux idoles et fut crucifiée par le gouverneur Félix. Elle est la sainte patronne de l'île de Corse.

Biographie

SAINTE JULIE, VIERGE ET MARTYRE,

PATRONNE DE LA CORSE

Ve siècle.

La vierge pense à ce qui est dû au Seigneur et s'occupe à être sainte de corps et d'âme. I Cor., vii, 31.

La vertu a des charmes si puissants, qu'elle se fait aimer de ses ennemis mêmes : nous en allons voir une nouvelle preuve dans la vierge Julie, une des plus illustres martyres de l'Église. Cette vierge était à Carthage, en Afrique, lorsque, par un juste jugement de Dieu, cette ville, si célèbre dans l'antiquité et longtemps la rivale de Rome pour la souveraineté du monde, fut surprise par Genséric, roi des Vandales, le 19 octobre 439. Ce prince, non content d'enlever aux Africains ce qu'ils possédaient, les fit tous captifs, sans avoir égard ni à l'âge, ni au sexe, ni à la condition des personnes ; sainte Julie, qui appartenait à une famille patricienne, se trouva enveloppée dans ce malheur, et devint l'esclave d'un païen nommé Eusèbe, natif de Syrie, mais fixé en Afrique.

Comme elle était parfaitement bien instruite des maximes du christianisme, et qu'elle savait la leçon que le prince des Apôtres fait aux serviteurs et aux servantes d'être soumis à leurs maîtres, non-seulement lorsqu'ils sont bons et modestes, mais aussi lorsqu'ils sont d'une humeur fâcheuse et difficile; elle s'acquittait si bien de son devoir, et avait tant de soin du ménage, que son maître n'avait point sujet de s'en plaindre: au contraire, voyant qu'après son ouvrage elle s'appliquait à l'oraison et à la lecture, et qu'elle mortifiait son corps par des jeûnes et des veilles continuelles, il en avait compassion et l'exhortait à se ménager un peu. Mais l'amour de Dieu et le désir de souffrir pour sa gloire l'empêchèrent de rien relâcher de ses austérités, et il n'y avait que le dimanche, à cause de la résurrection de Notre-Seigneur, qu'elle prenait un peu plus de nourriture.

Eusèbe, dont l'emploi était de négocier en divers pays, s'embarquant pour porter des marchandises dans les Gaules, mena avec lui son esclave. Lorsque son vaisseau fut près de la Corse, il le fit approcher de la pointe septentrionale, appelée aujourd'hui Cap-Corse, et débarqua. Il se joignit aux habitants du pays, qui célébraient une fête en l'honneur de leurs dieux, et qui allaient leur sacrifier un taureau.

Julie se tint à l'écart pour ne point participer à cette cérémonie; elle ne put même s'empêcher de déplorer hautement l'impiété et l'extravagance des païens. Félix, gouverneur de l'île, eut bientôt été instruit de la liberté généreuse avec laquelle elle s'était expliquée. Il demanda au marchand quelle était cette femme qui osait ainsi parler contre les dieux. Eusèbe lui dit que c'était une chrétienne qu'il n'avait jamais pu déterminer à changer de religion; qu'au reste, il la trouvait très-fidèle et très-exacte à son devoir, et que jamais il ne prendrait sur lui de la renvoyer.

Félix proposa à Eusèbe de la lui livrer, et lui offrit en échange quatre de ses meilleures esclaves. « Tout votre bien », répondit celui-ci, « ne suffirait pas pour payer ce qu'elle vaut; je sacrifierais ce que j'ai de plus cher et de plus précieux pour la conserver ». Félix n'en resta point là; il invita Eusèbe à manger avec lui et donna des ordres pour qu'on l'enivrat. Lorsqu'il le vit endormi, il envoya chercher Julie, et lui dit que si elle voulait offrir un sacrifice aux dieux, il se chargeait de la faire mettre en liberté. La Sainte rejeta cette proposition avec horreur. « Je suis libre », répondit-elle, « tant que je sers Jésus-Christ, et quelque chose qui puisse m'arriver, jamais je n'achèterai la liberté par une lâche apostasie ». Le gouverneur, qui se crut bravé par une réponse aussi hardie, commanda d'abord qu'on lui frappât les joues de plusieurs soufflets qui lui ensanglantèrent la bouche et tout le visage. Ensuite il la fit tirer inhumainement par les cheveux, et fouetter avec tant de barbarie, que son corps en était tout déchiré. Enfin, il la fit attacher à une croix, afin qu'elle finît sa vie par le même supplice que son Dieu et son Époux avait fini la sienne. Julie en eut une joie extrême, et regarda comme plus glorieux pour elle de monter sur ce gibet que sur le premier trône du monde. La croix fut en effet l'instrument de son bonheur, et elle lui servit de degré pour monter plus facilement dans le lieu du repos éternel. Son âme sortit de son corps sous la figure d'une colombe: marquant ainsi qu'au milieu des tentations du monde et des dangers d'une condition servile, elle avait conservé sa chasteté inviolable. Eusèbe à son réveil ayant appris ce qui s'était passé, n'osa demander vengeance: il avait besoin de l'appui du gouverneur pour son commerce!

22 MAI.

Après son illustre martyre, des anges avertirent des religieux qui demeuraient en l'île Gorgone ou Marguerite, de se transporter en Corse, pour en enlever son précieux corps. Ils montèrent aussitôt sur mer, arrivèrent à l'île qui leur avait été marquée ; et, ayant encore trouvé ce corps pendu à la croix, ils le détachèrent et l'apportèrent à leur monastère. Mais, dans la suite du temps, Arize ou Arse, femme de Didier, roi des Lombards, fit bâtir dans Brescia, ville d'Italie, une église magnifique, où elle fit transférer ses ossements (766). La Corse a aujourd'hui pour patronne l'illustre patricienne de Carthage. Elle est encore particulièrement honorée à Brescia et à Bergame dans l'Italie septentrionale.

La colombe qui sort de sa bouche et prend son vol vers le ciel pour indiquer le départ de son âme, le crucifix qu'on lui met en main ou la croix à laquelle elle est attachée, pour signifier son supplice, sont les attributs de sainte Julie dans les arts.

Telle est l'histoire abrégée de cette illustre Martyre, d'après ses Actes, publiés par Dom Rutnart. Les exemples de sa fidélité, de sa chasteté et de son courage invincible à supporter les tourments pour la cause de la foi, doivent servir d'une grande instruction à toutes les servantes chrétiennes.

Événements marquants

  • Prise de Carthage par Genséric en 439 et mise en esclavage
  • Achat par le marchand Eusèbe
  • Voyage vers les Gaules et escale au Cap-Corse
  • Refus de participer aux sacrifices païens
  • Supplice des soufflets et flagellation
  • Martyre par crucifixion
  • Translation des reliques à Brescia en 766

Miracles

  • Âme sortant du corps sous la figure d'une colombe au moment de la mort
  • Avertissement angélique aux religieux de l'île Gorgone

Citations

Je suis libre tant que je sers Jésus-Christ, et quelque chose qui puisse m'arriver, jamais je n'achèterai la liberté par une lâche apostasie.

— Réponse au gouverneur Félix