Sainte Julienne de Nicomédie

Vierge et Martyre

Fête : 16 fevrier 4ᵉ siècle • sainte

Résumé

Vierge chrétienne de Nicomédie, Julienne refusa d'épouser le préfet Evilatius pour préserver sa foi. Après avoir triomphé d'un démon en prison et survécu miraculeusement à plusieurs supplices, elle fut décapitée sous Dioclétien. Ses reliques, transportées en Italie puis en France, font l'objet d'une grande dévotion.

Biographie

SAINTE JULIENNE DE NICOMÉDIE, VIERGE ET MARTYRE

Les œuvres de la grâce sont comme un jardin de délices et de bénédictions. Ecclés., xx, 17.

Parmi les saints martyrs qui ont souffert à Nicomédie pendant la cruelle persécution de Dioclétien, on a toujours remarqué une illustre vierge, appelée Julienne, qui, dès ses plus tendres années, embrassa le christianisme, quoique ses parents, et surtout son père, nommé Africain, fussent extrêmement zélés pour le culte des faux dieux. Étant en âge de se marier, elle fut recherchée par un jeune noble nommé Evilatius, à qui ses parents la promirent sans la consulter. Mais la sainte fille, pour gagner du temps et trouver un prétexte de rompre son mariage, fit dire sous main à son prétendant qu'elle ne consentirait jamais à l'épouser avant qu'il eût d'abord obtenu de l'empereur la dignité de préfet de la ville, c'est-à-dire de premier magistrat de la judicature. Cette condition sembla rude à Evilatius ; néanmoins il était si passionné pour Julienne, que, pour lui complaire, il employa tout son crédit et acheta bien cher cet office ; ensuite il l'en fit avertir, l'assurant qu'elle serait mariée à un préfet comme elle le désirait. La Sainte, ne sachant plus comment se défaire de ses poursuites, lui fit savoir qu'elle était chrétienne, et qu'elle n'épouserait jamais un homme d'une autre religion que la sienne ; ainsi elle le suppliait d'embrasser la foi de Jésus-Christ, afin qu'ils pussent vivre ensemble dans une sainte union et dans une conformité de croyance. Evilatius fut extrêmement troublé de ce message, et en avertit le père de Julienne ; celui-ci parla d'abord à sa fille avec tout l'artifice que l'amour paternel et le zèle des faux dieux lui put fournir, s'efforçant de l'engager à épouser le nouveau préfet ; mais voyant qu'il ne gagnait rien, il y ajouta les menaces et les terreurs ; puis il en vint aux fouets, à la prison et aux fers ; enfin, connaissant que la résolution de sa fille était inébranlable, et qu'elle ne consentirait jamais au mariage si son époux n'était chrétien, il la mit entre les mains de son prétendant pour gouverner son esprit ainsi qu'il le jugerait à propos.

Evilatius, en qualité de préfet, la fit aussitôt comparaître à son tribunal ; quoiqu'il fût tout bouillant de colère, néanmoins la beauté qu'il aimait encore éblouit tellement ses yeux, qu'il sentit en lui-même un rude combat

16 FÉVRIER.

d'amour et d'indignation ; mais l'amour, triomphant de la fureur, il lui parla doucement, l'exhortant à le prendre pour mari, et l'assurant qu'il ne l'empêcherait pas d'être chrétienne, et que lui-même se ferait chrétien, si cela se pouvait accorder avec le respect qu'il portait aux édits des empereurs. Il ajouta qu'il lui conseillait en époux ce qui lui était le plus avantageux, parce que, si elle ne le voulait pas croire, elle serait condamnée à mort. La vierge, prévenue des bénédictions de son Époux céleste, n'eut d'oreilles ni pour ces ordres ni pour ces menaces ; elle répondit avec une générosité chrétienne que, quand elle devrait être brûlée toute vive ou dévorée par des bêtes sauvages, elle ne changerait point de résolution. Le préfet, irrité jusqu'à la rage par cette réponse, la fit cruellement fouetter d'une façon toute extraordinaire, car il commanda qu'elle fût suspendue en l'air par quatre courroies, et, en cet état, il la fit battre si longtemps à coups de nerfs de bœuf et de verges d'osier vert, que les bourreaux se lassèrent. Et cependant ce tyran lui disait, en l'insultant, que ces coups n'étaient que l'ombre de ce qu'il lui ferait souffrir ; mais elle répliqua qu'elle espérait que Dieu lui donnerait la force et le courage de souffrir tous les supplices, et qu'il serait plus tôt las de frapper qu'elle de souffrir. Ensuite elle fut suspendue en l'air par les cheveux, ce qui dura si longtemps, qu'il n'y en eût pas un qui ne fût arraché ; ses yeux s'obscurcirent et ses sourcils montèrent jusqu'au front, tandis qu'on lui brûlait les flancs avec des gerbes de paille allumée. Enfin ce même juge lui fit percer les mains avec un fer chaud et la renvoya en prison.

Elle n'y fut pas plus tôt qu'elle se mit en prières ; et, pendant son oraison, le démon se présenta à elle sous la forme d'un ange de lumière et dit que le préfet avait préparé des tourments bien plus horribles ; mais que Dieu ne voulait pas qu'elle les endurât, et, qu'au sortir de la prison, elle devait obéir à la volonté des empereurs et ne point faire difficulté de sacrifier. La sainte prisonnière s'aperçut bien que ce conseil venait d'un esprit des ténèbres et non pas d'un ange de lumière. C'est pourquoi elle pria Dieu de la fortifier toujours dans ses combats et de lui découvrir la qualité de celui qui la voulait tromper sous le masque d'un ange. Et alors elle entendit une voix du ciel qui lui dit : « Julienne, aie bon courage ; je suis avec toi ; arrête celui qui te parle, je te donne puissance de lui faire dire son nom ». Cette voix fut aussitôt suivie d'un miracle, car la vierge se trouva saine et libre ; et, s'étant relevée de terre, elle aperçut un démon enchaîné à ses pieds ; elle le traita comme un esclave et lui demanda qui il était, pourquoi il était venu là, et qui l'avait envoyé. Le démon répondit qu'il était un des principaux ministres de Satan, qui l'avait envoyé afin de la séduire comme il en avait trompé une infinité d'autres. A ces paroles, l'innocente vierge le garrotta derechef et le chargea de coups ; cet infâme monstre fit voir qu'il les sentait et se plaignit de ce que, après avoir triomphé de tant de fidèles, il se voyait maintenant vaincu par une fille.

Cependant le préfet, dont la passion n'était pas guérie, commanda que Julienne, si elle était encore en vie, fût amenée devant son tribunal. Elle y vint aussitôt, traînant après elle son ennemi enchaîné, et parut aussi saine que si elle n'avait rien souffert, et avec une beauté qui était au-dessus de tout ce qu'on peut imaginer. Evilatius, étonné et persistant toujours en sa fureur, fit chauffer un four et ordonna que la sainte vierge fût jetée dedans. Mais le feu perdit sa force ; et par ce nouveau miracle, le peuple qui était présent fut si touché qu'il commença à crier qu'il n'y avait point d'autre Dieu que le Dieu de Julienne ; plus de cinq cents personnes embrassèrent la religion

chrétienne et furent mises à mort par le commandement du préfet. Il y eut aussi cent trente femmes qui firent de même et ne se montrèrent pas moins vigoureuses que les hommes. Tout cela ne servit qu'à animer de plus en plus la rage de ce juge cruel. Il fit encore jeter la vierge dans une grande chaudière pleine d'huile bouillante ; mais elle y trouva du rafraîchissement, et cette liqueur toute enflammée rejaillit sur les bourreaux et les ministres de l'injustice. Enfin, le préfet ne sachant plus que faire, la condamna à avoir la tête tranchée ; le démon, la voyant aller au supplice, excitait les exécuteurs à la tuer vivement pour être délivré de ses mains ; mais la sainte vierge, le regardant d'un visage sévère et terrible, le fit trembler de crainte, et aussitôt il disparut : ce qui montre la puissance de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Alors Julienne, consolée en son âme, offrit d'abord à Dieu le sacrifice de ses lèvres par la prière ; et après, celui de sa vie, présentant la tête au bourreau, qui lui donna le coup de la mort. C'est ainsi que son esprit s'envola au ciel pour y recevoir les deux couronnes de Vierge et de Martyre. Il n'est pas certain si c'est aujourd'hui le jour de sa mort ou celui de sa translation.

## RELIQUES ET CULTE DE SAINTE JULIENNE.

Une vertueuse dame, nommée Sophie, passant quelque temps après par Nicomédie, prit ses reliques pour les porter à Rome ; mais le navire ayant été poussé par la tempête aux côtes d'Italie, elles furent déposées au territoire de Pousseles, où on lui érigea un beau mausolée. Pour le malheureux préfet Evilatius, il fut châtié par la main de Dieu et paya, dès cette vie, la peine due à sa cruauté ; comme il s'était embarqué, le vaisseau périt par la tempête, et tous ceux qui étaient dedans furent submergés : lui seul, pour augmenter la rigueur de sa mort, fut poussé par les vagues au bord d'un désert, où il fut dévoré sans doute par les bêtes sauvages.

Il est fait mémoire de sainte Julienne dans tous les martyrologes, particulièrement dans le romain, où l'on peut voir, par les doctes remarques de Baronius, quels auteurs ont traité plus expressément de sa vie. Saint Grégoire le Grand, écrivant à Fortunat, évêque de Naples, parle de ses reliques dans les épîtres 84 et 85 du VIIIe livre. Ces précieuses dépouilles rendirent sa mémoire fort célèbre en plusieurs villes de France, comme à Sens, à Reims, à Autun, à Soissons, à Limoges ; et particulièrement à Paris, où l'on voyait son chef sacré en l'église paroissiale de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, dont elle est reconnue pour patronne. Il en reste quelque chose à Notre-Dame de Longpont, près Paris. La ville de Bruxelles, en Flandre, en possède aussi des ornements considérables. On l'invoque principalement contre les maladies contagieuses. Les diocèses de Versailles, de Chartres, de Cologne, d'Autun et d'Ajaccio font l'office de sainte Julienne le 16 février. Il existe au Val-Saint-Germain, près de Bourdon, diocèse de Versailles, autrefois diocèse de Chartres, une église où le culte de sainte Julienne est très-ancien et très-célèbre. On y vient de toutes parts l'invoquer contre la fièvre, les maladies pestilentielles, et pour l'heureuse délivrance des femmes en couches.

Un martyrologue poétique a résumé ainsi les supplices qu'elle endura et les diverses manières dont on l'a représentée :

Fusa vigut plumbe ; indit suspensa capillis : Rebur ferventis moras resumit aqua. Virgo, palam forti com damone pœlia gessit, Nec cessit danec victa trophaea tulit.

Le plomb fondu la laisse intacte : elle est balancée dans l'espace, suspendue par les cheveux : elle puise de nouvelles forces dans l'eau bouillante où elle est plongée. Faible vierge, elle lutte visiblement contre une puissance de l'enfer et en triomphe : elle ne cesse de vivre qu'au moment où sa main a cueilli la dernière palme.

16 FÉVRIER.

Événements marquants

  • Conversion secrète au christianisme dès l'enfance
  • Refus d'épouser le préfet Evilatius sans sa conversion
  • Emprisonnement et flagellation par son propre père
  • Combat victorieux contre un démon déguisé en ange de lumière en prison
  • Supplices du feu, de l'huile bouillante et des cheveux arrachés
  • Décapitation finale

Miracles

  • Démasque et enchaîne un démon déguisé en ange
  • Guérison instantanée de ses blessures en prison
  • Extinction des flammes d'un four
  • Insensibilité à l'huile bouillante

Citations

Fusa vigut plumbe ; indit suspensa capillis : Rebur ferventis moras resumit aqua.

— Martyrologue poétique

Date de fête

16 fevrier

Époque

4ᵉ siècle

Décès

Sous la persécution de Dioclétien (IVe siècle) (martyre)

Catégories

Invoqué(e) pour

maladies contagieuses, fièvre, maladies pestilentielles, délivrance des femmes en couches

Prénoms dérivés

Julienne

Famille

  • Africain (père)