Sainte Marcelline
Vierge, Sœur de Saint Ambroise
Résumé
Sœur aînée de saint Ambroise de Milan, Marcelline consacra sa vie à la virginité et à l'éducation chrétienne de ses frères. Après avoir reçu le voile à Rome en 332, elle mena une vie d'ascèse rigoureuse tout en restant une conseillère écoutée du grand évêque de Milan. Elle finit ses jours à Milan, laissant l'image d'un modèle de piété et d'étude.
Biographie
SAINTE MARCELLINE, VIERGE,
SŒUR DE SAINT AMBROISE, ARCHEVÊQUE DE MILAN
Magna encomia virginis sunt. O virginitas, opulentia indeficiens! O virginitas, corona immarcessibilis! O virginitas, templum Dei, et domicilium sancti Spiritus!
Quelles louanges ne mérite pas une vierge? O virginité, tu es une fortune inépuisable, une couronne qui ne peut se flétrir! O virginité, tu es le temple de Dieu, la demeure de l'Esprit-Saint!
Saint Athanase le Grand.
Nous donnons d'autant plus volontiers le récit de la vie de cette illustre vierge, que nous avons pour témoin de ce que nous en disons un des plus célèbres docteurs de l'Église, saint Ambroise, son frère. Leur père se nommait aussi Ambroise. Il était préfet du prétoire des Gaules et considéré dans l'empire pour ses emplois et surtout par l'élévation et l'étendue de son esprit. Marcelline, sa fille, vint au monde sous le règne du grand Constantin; elle était l'aînée de saint Ambroise et d'un autre frère, nommé Urane Satyre, dont il est fait mention dans les Annales sacrées, au 47 septembre. L'histoire ne nous dit point le nom de sa mère; nous savons seulement que notre Sainte en reçut une très-bonne éducation, et qu'elle vivait avec cette pieuse dame dans une maison de campagne éloignée de tous les bruits et de toutes les relations du monde. L'Esprit-Saint a inspiré de bonne heure à cette jeune vierge la résolution de n'avoir d'autre époux que Jésus-Christ; elle refusa les nombreux et nobles partis qui s'offrirent à elle pour le mariage; elle menait la vie la plus sainte avec une pieuse compagne qui avait le même dessein et profitait de ses exemples. Après la mort de son père, elle suivit sa mère qui quitta les Gaules, et se retira à Rome où était leur famille. Elle se fit même un plaisir et un devoir, comme étant l'aînée, de se charger, en quelque façon, de l'éducation de ses deux frères, Satyre et Ambroise, le grand évêque de Milan, dont nous avons déjà parlé. Elle prit un grand soin de les instruire dans tous les principes de la religion chrétienne et de leur inspirer les maximes de la piété la plus solide, semblable en ceci à l'illustre Macrine, qui fit la même chose à l'égard de son frère, saint Basile, et ensuite de son autre frère, saint Pierre de Sébaste. Ce n'est pas une petite gloire pour notre Sainte d'avoir été, pendant quelques années, la directrice d'Ambroise, son frère, et d'avoir eu soin de son éducation dans sa jeunesse. Ce disciple lui donna toute la satisfaction possible; il profita si bien des leçons et de l'exemple de cette sainte sœur, qu'il conçut et conserva toute sa vie, à son exemple, une estime très-particulière pour la virginité, ne se lassant point de publier, en toute occasion, les avantages, les récompenses et la gloire des vierges. Il ne faut qu'ouvrir ses écrits pour voir les grands éloges qu'il leur donne, et spécialement ce qu'il en a composé dans les trois livres intitulés : De Virginibus, qu'il adresse à la sainte vierge dont nous parlons.
Marcelline aurait pu, comme beaucoup d'autres le faisaient à cette époque, vivre dans la piété et la virginité, avec les habits du siècle; néanmoins, plus généreuse, plus savante dans les voies de la perfection, elle quitta le monde et reçut publiquement le voile, le jour de Noël de l'an 332, des mains du pape Libère.
La cérémonie se fit dans l'église de Saint-Pierre, en présence d'une grande multitude de peuple. Le Pape l'exhorta à s'attacher fortement à Jésus-Christ qu'elle choisissait pour époux, à vivre dans la pratique perpétuelle de l'abstinence, de la mortification, du silence, de la prière, et à témoigner toujours dans l'église les vifs sentiments de respect dont elle devait être pénétrée. Il lui cita l'exemple de ce page d'Alexandre le Grand, qui, pour ne pas troubler la solennité d'un sacrifice païen, aima mieux se laisser brûler la main jusqu'à l'os que de secouer de la cire fondue qui était tombée dessus.
Saint Ambroise, qui nous a conservé ce discours, ajoute qu'il était au-dessous de ce que pratiquait Marcelline. Elle ne se contentait pas de jeûner tous les jours jusqu'au soir, mais elle passait encore plusieurs jours sans manger, et lorsqu'on voulait lui persuader de quitter les saintes lectures qu'elle faisait, pour venir prendre quelque nourriture, elle répondait ce que le Sauveur avait répondu au tentateur : « Que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Ce saint Docteur nous apprend encore que, quand elle était obligée de prendre quelque aliment, elle choisissait les choses les plus communes et les moins délicates, afin que, ne trouvant rien qui pût flatter son goût, le jeûne lui en devînt plus agréable. Il ajoute qu'elle ne buvait jamais que de l'eau, qu'elle ne prenait son repos que quand elle se trouvait accablée par le sommeil, qu'elle employait ses veilles à lire et à faire oraison, et que ses prières étaient ordinairement accompagnées de ses larmes.
Saint Ambroise, craignant que ces austérités extraordinaires fissent disparaître trop tôt de la terre ce beau modèle des vierges chrétiennes, ce cher objet de sa pieuse affection, la pria de modérer son zèle; il lui disait que, s'étant consacrée publiquement à son Dieu, elle devait servir de modèle aux autres; que, pour cela, il fallait leur présenter des exemples imitables.
Notre Sainte ne vivait point, comme le font aujourd'hui les vierges qui ont pris le voile, dans une communauté, mais dans une maison particulière avec la compagne dont nous avons parlé. Quand son frère saint Ambroise fut nommé archevêque de Milan, elle eut sans doute la pensée d'aller habiter avec lui, afin de profiter de ses leçons et de ses exemples. Mais des raisons supérieures la firent résister à ce désir. Elle s'en dédommagea par un commerce fréquent de lettres; on n'a qu'à ouvrir les écrits de saint Ambroise, et l'on jugera, par les lettres qu'il écrit à sa sœur Marcelline, quelle était l'estime qu'il en concevait. Il ne fait point difficulté de l'appeler Sainte en plusieurs endroits, et, sachant quelle était sa pénétration et l'intérêt qu'elle portait à la cause de l'Église, notre saint prélat se fait un plaisir, en lui écrivant, de lui rendre compte des combats qui lui étaient livrés de la part des hérétiques, et des victoires qu'il remportait sur les Ariens; de son côté, cette pieuse sœur sollicitait avec ardeur ce grand évêque de lui apprendre les heureux succès qui arrivaient à son Église, pour en rendre gloire à Dieu; ou les adversités et les disgrâces pour prier le ciel de les détourner ou de les modérer. Saint Ambroise avait tant de confiance au jugement de sa sœur, qu'il lui envoyait même la copie des sermons qu'il avait
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prononcés en public, pour qu'ils lui servissent à elle-même et qu'elle lui dit ce qu'elle en pensait.
Quand mourut leur frère Satyre, qu'ils chérissaient tendrement pour ses excellentes qualités naturelles et pour l'insigne piété que tout le monde admirait en lui, saint Ambroise fit son oraison funèbre. Dans ce discours, après avoir exposé au peuple ce qu'il perdait en la mort de cet illustre frère, il dit à ses auditeurs « qu'il est vrai qu'il lui restait une sainte sœur, digne de toute vénération pour l'intégrité de sa conduite, qui se soutenait toujours également par la probité de ses mœurs, et dont les actions extérieures répondaient à la sainteté de sa vie cachée » : Superest soror sancta, integritate venerabilis, æqualis moribus, non impar officiis. Ces seules paroles sont un bel éloge de la vierge Marcelline. A la fin du discours funèbre, le saint docteur, après avoir apostrophé son cher frère Satyre, qu'il pleurait, et lui avoir témoigné la douleur qu'il concevait de sa mort, ajoute : « Que deviendra maintenant notre sainte sœur ? Il est vrai que la crainte d'offenser la divine Providence, qui a disposé de Satyre, l'oblige à modérer le chagrin qu'elle a de la perte d'un frère si cher; néanmoins, son amour de la piété lui fait regretter un frère dont les conseils lui étaient si utiles pour aimer Dieu ». Licet fietum sermone suspendat, in oratione renovet. « On la voit », dit-il, « prosternée en terre, embrassant de tout son cœur le tombeau du défunt, accablée de lassitude, en proie à une sainte tristesse, passant les jours et les nuits dans la prière ». Et, comme si ce grand prélat voulait répondre à la pensée de ceux qui pourraient s'imaginer qu'une vierge aussi pieuse et aussi soumise aux ordres de Dieu ne devait pas répandre tant de larmes pour la mort d'un frère, il prononce cette belle sentence sur la fin de son discours : Flere in oratione virtutis est : « il est permis à une personne vertueuse de pleurer devant Dieu ».
Sainte Marcelline interrompait quelquefois sa vie solitaire en allant voir son frère Ambroise à Milan, soit pour conférer avec lui, touchant les moyens de parvenir à la plus haute perfection, ou pour lui rendre les services qu'il pouvait attendre d'une telle sœur.
Ayant appris, en l'année 378, qu'il était tourmenté par une cruelle et très-longue maladie, peu de temps après qu'il lui eut envoyé l'ouvrage qui a pour titre : De Virginibus, Marcelline fit un voyage de Rome à Milan, pour l'assister. On sait aussi qu'elle alla assister son frère Satyre dans sa dernière maladie. Elle entreprit encore un autre voyage par un motif de charité, au sujet d'une vierge chrétienne de Vérone, nommée Indicie, qui avait demeuré à Rome avec la même sainte Marcelline, et que l'on avait accusée et fait condamner devant l'évêque du lieu, par une sentence injuste, dont elle se trouvait obligée d'appeler au tribunal de saint Ambroise comme métropolitain. On sait peu de chose sur le reste de la vie de notre Sainte; on ne peut pas dire combien elle vécut après le dernier voyage qu'elle fit de Rome à Milan pour rendre service à la vierge dont nous venons de parler. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle survécut à ses deux frères, Satyre et saint Ambroise. Le jour de sa fête est marqué au 17 juillet dans le martyrologe romain.
Il paraît qu'elle était allée se fixer à Milan et qu'elle y finit ses jours. Baronius assure qu'elle les termina à Rome; mais il est combattu sur ce point par les écrivains milanais et par plusieurs autres. Ce qui est certain, c'est qu'on voit son tombeau dans la basilique ambrosienne, avec sa statue en marbre blanc, et que ses reliques sont conservées dans cette église. Le martyrologe indique aussi Milan comme le lieu de la mort de cette Sainte.
On la représente : 1° avec une petite croix dans sa main, suivant l'usage grec qui caractérise ainsi les personnes consacrées à Dieu, et une vie occupée de méditation et de pénitence; 2° recevant le voile des mains du pape Libère.
Acta Sanctorum; Godescard; Baillet.
Événements marquants
- Naissance sous le règne de Constantin
- Éducation de ses frères Satyre et Ambroise
- Départ des Gaules pour Rome après la mort de son père
- Réception du voile des mains du pape Libère le jour de Noël 332
- Soutien spirituel et intellectuel à son frère Ambroise, évêque de Milan
- Voyage à Milan pour soigner son frère malade en 378
- Défense de la vierge Indicie de Vérone
Citations
Superest soror sancta, integritate venerabilis, æqualis moribus, non impar officiis.
Flere in oratione virtutis est