Saint Cassien d'Autun

Évêque d'Autun

Fête : 5 aout 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Originaire d'Alexandrie, Cassien renonça à sa fortune pour servir les pauvres avant de devenir évêque d'Orthe. Guidé par une révélation, il partit évangéliser les Gaules et s'établit à Autun aux côtés de l'évêque Rhétice. Succédant à ce dernier, il gouverna le diocèse pendant vingt ans, convertissant les païens par sa douceur et ses nombreux miracles.

Biographie

SAINT CASSIEN, ÉVÊQUE D'AUTUN

Cum te Deum meum quæro, vitam beatam quæro, quæro te, ut vivat anima mea.

Lorsque je vous cherche, vous, mon Dieu, je cherche une vie heureuse ; je vous chercherai donc pour que mon âme vive. Saint Augustin.

Cassien est une des plus pures renommées de son époque ; un de ces hommes grands au ciel et sur la terre qui ont rempli l'Église de la célébrité de leur sainteté, de leurs vertus extraordinaires, du bruit de leurs miracles, et dont le culte, fameux dès la plus haute antiquité, a toujours été répandu au loin, toujours cher aux fidèles et constaté par tous les écrivains ecclésiastiques, par tous les martyrologes et par les liturgies de plusieurs diocèses.

L'école d'Alexandrie devenue chrétienne travaillait à communiquer le trésor de la foi aux autres écoles de l'empire et même du monde entier. On avait vu saint Pantène se diriger vers l'Inde afin de convertir les brâhmanes. Les traditions de nos Églises ont conservé un souvenir vague, mais incontestable, des missionnaires qui partirent de l'Égypte pour venir dans les Gaules combattre les erreurs des Druides et les hérésies qu'avait fait naître le mélange de leur philosophie avec quelques-unes des vérités empruntées au christianisme. Le plus illustre de tous ces missionnaires est Cassien. Les Actes primitifs de l'épiscopat de ce Saint ont probablement péri ; mais on sait que sa mémoire resta toujours entourée d'un grand éclat. L'immense vénération dont il fut l'objet, le concours des pèlerins à son tombeau, les merveilles opérées par son intercession, nous apprennent que les anciens le regardaient comme un des plus illustres apôtres de la Gaule. Sa réputation était si grande, son culte si célèbre et si répandu qu'on a écrit sa vie en prose et en vers. Il fallait qu'il eût laissé de bien grands souvenirs.

Cassien, venu dans nos contrées comme évêque missionnaire, naquit à Alexandrie, en Égypte, de parents nobles et riches. Son éducation, confiée au saint évêque Zonis, que d'autres appellent Zénon ou Théon, fut éminemment chrétienne. Aussi, dès ses plus tendres années se donna-t-il entièrement à Dieu qu'il aimait de tout son cœur, dit l'historien de sa vie. La foi et la piété, semées de bonne heure dans sa jeune âme et cultivées par d'habiles mains, y poussèrent de si profondes racines, que ni l'entraînement de l'exemple, ni les mille séductions d'une vie païenne, ni les fureurs de la grande et dernière persécution, ne purent les ébranler. Il passait de longues veilles en prières, invoquant les martyrs, demandant par leur intercession la grâce de pratiquer leurs vertus, la force d'imiter leur courage et le bonheur de partager leur sort. Bientôt se manifestèrent en lui, à un haut degré, deux vertus dominantes, la charité pour le prochain et le zèle pour la gloire de Dieu, qui au reste se confondent dans les grandes âmes apostoliques en une admirable unité. Ne croyant pas qu'il lui fût permis d'être riche pour lui seul, il répandit les bienfaits autour de lui, affranchit ses esclaves et créa, en s'associant saint Hilarin, une sorte d'hospice où les pauvres voyageurs étaient accueillis avec une bonté touchante. De ses propres mains il leur lavait les pieds, selon le précepte et l'exemple du Sauveur, les servait à table et les soignait dans leurs maladies. Outre les soulagements qu'il prodiguait aux membres souffrants ou nécessiteux de Jésus-Christ, le culte de Dieu et le salut des âmes l'occupaient encore. Il fit bâtir, dit la légende, une église dans la ville d'Orthe, la dota richement et y plaça un nombreux clergé pour la desservir. Quand le monument fut achevé, il le consacra à Dieu sous le vocable de saint Laurent. C'était l'illustre martyr lui-même qui lui en avait fait la demande dans une mystérieuse vision. Déjà Cassien méritait que le ciel entrât en communication avec lui.

Cependant sa réputation ne cessait de grandir : on parlait de sa sainteté et de ses œuvres admirables, non-seulement dans le lieu de sa résidence, mais encore dans la province entière : *In tota Ægypti provincia*. Son nom était dans toutes les bouches, et l'admiration de ses vertus, dans tous les cœurs. On se plaisait à vanter sa charité tendre et compatissante, le noble et saint usage qu'il faisait de ses richesses. Tous les regards étaient attirés par un spectacle si nouveau ; car le paganisme n'avait point accoutumé le monde à de pareils exemples. Enfin, tels furent bientôt l'estime, l'amour et la vénération des peuples pour Cassien que la ville d'Orthe voulut l'avoir pour évêque. L'admirable chrétien, dont l'humilité profonde surpassait encore le mérite éminent, effrayé du poids de l'épiscopat, refusa avec une sainte obstination. Mais les fidèles arrivèrent en foule. Hommes, femmes, enfants, vieillards, tous criaient à la fois en se précipitant vers lui : « Cassien évêque ! Cassien évêque ! » Il ne fallut rien moins que cette espèce de violence que lui faisait une ville entière pour triompher de sa longue résistance. Devenu évêque, c'est-à-dire pasteur, docteur et père, il employa tout le reste de sa fortune à secourir les pauvres, n'ambitionnant d'autres trésors que celui qu'il amassait aux cieux pour l'éternité. Mais tout en nourrissant du pain matériel le troupeau confié à ses soins, il lui distribuait assidûment le pain spirituel de la doctrine évangélique ; et grâce à son active sollicitude, la discipline, la pureté des mœurs, la piété, fleurirent dans son Église. Car ses leçons étaient écoutées, parce que ses exemples parlaient plus haut encore ; et ses travaux devenaient merveilleusement féconds, parce que ses ferventes prières, durant le silence des nuits, attiraient sur eux la céleste rosée. D'ailleurs, tout en lui concourait à gagner les cœurs : une parole douce, un air calme et affable, un visage d'une majestueuse sérénité et d'une beauté parfaite, reflet d'une âme plus belle encore, belle comme un ange, dit l'auteur de sa vie. Jamais il ne contrista personne, et partout, au contraire, sa présence portait le contentement, la paix et la joie.

Cependant la plus terrible des persécutions venait de frapper ses derniers coups, et le saint évêque Zonis avait été du nombre des victimes immolées pour le nom de Jésus-Christ. Cassien recueillit avec un pieux amour et un affectueux respect le corps de son ancien maître, du père de son âme ; et ces restes vénérés qui avaient reçu un second baptême, le baptême du sang, une double consécration, celle de la sainteté et celle du martyre, il les ensevelit dans l'église où reposaient déjà dix-sept prêtres et un diacre, morts aussi, mais dans une persécution précédente, pour leur foi, pour leur Dieu. Dès lors, tous les jours il fit mémoire de lui et porta son nom à l'autel du divin sacrifice. Ces chrétiens si fervents, si forts dans la foi, étaient en même temps pleins de tendresse : ils n'oubliaient pas leurs amis, leurs bienfaiteurs. Car la piété qui ouvre les âmes à l'amour de Dieu, les ouvre aussi à l'amour du prochain, à tous les beaux, à tous les généreux sentiments, à tous les souvenirs, à toutes les affections légitimes, et même elle les épure, les surnaturalise, les sanctifie. Elle est la douce et fidèle gardienne de la reconnaissance et de l'amitié ; elle entretient dans toute la fraîcheur de leurs premiers jours ces deux filles du cœur, qui trop souvent se fanent et périssent bien vite, quand la religion ne vient pas à leur secours pour les conserver en les bénissant, en les surnaturalisant.

Cassien avait ambitionné la gloire de donner aussi son sang pour l'Évangile ; et l'on pourrait dire, s'il était permis de rapprocher deux ambitions si différentes, que les palmes des vainqueurs ne le laissaient pas dormir. Surtout depuis la mort glorieuse du saint pontife qui avait emporté la moitié de son âme, tous ses désirs, tous ses vœux s'étaient portés plus vivement encore vers le martyre. Jusque-là il avait pu nourrir cette héroïque espérance ; mais il lui fallut y renoncer. La paix venait d'être rendue à l'Église et l'empereur était chrétien. A tout prix cependant il voulait souffrir pour la foi et offrir au divin Maître de plus grands sacrifices que ceux d'une prière continuelle, d'un cœur pur, des œuvres journalières de la piété et de la charité chrétiennes, des efforts du zèle le plus persévérant et du dévouement le plus actif au salut du petit peuple confié à ses soins. Les travaux ordinaires d'un épiscopat laborieux mais tranquille, le soin de quelques âmes confiées à sa sollicitude, ne lui paraissaient pas assez pénibles, assez méritoires, assez dignes du divin Pasteur qui avait passé sa vie à courir après tant de brebis égarées et répandu pour elles ses sueurs et son sang. La grande âme de Cassien aspirait plus haut, embrassait un plus vaste horizon, sentait comme le besoin d'un plus généreux, d'un plus sublime dévouement. Il lui fallait les fatigues et les dangers d'une mission extraordinaire, des peuples à conquérir sur des plages lointaines, dans des contrées inconnues : il lui fallait l'apostolat.

Longtemps il examina, il réfléchit dans le secret de son cœur ; longtemps il interrogea par la prière la volonté divine. Enfin, dans ses communications intimes avec le ciel, il entendit cette voix de Dieu, à la fois douce et forte, que les Saints savent comprendre et qui les éclaire, les entraîne, les subjugue ; il vit, à n'en pouvoir douter, que la Providence voulait faire de lui un évêque missionnaire, un Apôtre. Ainsi son désir allait être une réalité, un devoir. « J'irai donc », se dit-il alors à lui-même, « j'irai chercher des nations infidèles, et je trouverai, sinon peut-être le martyre sanglant et instantané que Dieu m'a refusé et dont je n'étais pas digne, du moins le martyre de tous les jours, par lequel je verserai à chaque instant quelques gouttes de ma vie avec mes sueurs. Partons : Dieu le veut ». Aussitôt en effet qu'il fut bien persuadé que cette sainte pensée venait du ciel, il s'y attacha de toute la force de son âme et ne songea qu'à la réaliser. Mais auparavant, il pria de nouveau pour connaître quel était le lieu où la divine Providence, à laquelle il s'offrait comme un docile, quoique misérable instrument, voudrait bien employer les efforts de son zèle. Un jour enfin il lui fut révélé que la Gaule devait être le théâtre de ses apostoliques travaux.

Plus rien dès lors ne l'empêchait de manifester et d'exécuter le grand dessein qu'il nourrissait en secret depuis longtemps. Ayant donc réuni plusieurs de ses collègues dans l'épiscopat et tout son clergé, il prit la parole : « Le ciel », dit-il, « m'a inspiré la résolution de quitter ma patrie, ma famille, mon Église, pour aller à travers les mers, dans les vastes contrées habitées par les Gaulois et les Sicambres, annoncer la parole évangélique ». A ces mots, frappés d'étonnement, ne comprenant rien à une détermination qui leur paraissait étrange et sans motifs, craignant surtout de perdre un si saint évêque, tous l'interrompirent vivement : « Eh quoi ! » s'écrièrent-ils, « votre Église ne réclame-t-elle pas vos soins et n'a-t-elle pas besoin de vous ? Votre zèle ne trouve-t-il plus rien à faire ici ? Et, que vous a donc fait votre patrie pour qu'elle n'ait plus aucun charme pour vous, aucun droit à votre amour, aucune part aux œuvres de votre dévouement ? Ne vous reste-t-il plus de voisins dévoués, plus d'affectueux amis, pour que vous abandonniez ces lieux qui vous ont vu naître, qui vous ont nourri ? » Cassien répondit avec un accent pénétré, d'une voix émue mais ferme, d'un air grave, mais doux et modeste : « Notre-Seigneur a dit que celui qui pour

l'amour de lui quittera sa maison, sa famille, ses champs, recevra des ici-bas le centuple et aura en outre la vie éternelle ; que celui qui ne sait pas renoncer à tout ne peut être son disciple ». Personne n'osa répliquer. Tous cédant à ces hauts motifs de la foi et subjugués par l'ascendant irrésistible d'un grand cœur, déposèrent les armes, ne purent qu'admirer tant de vertus et dire : « Que la volonté de Dieu soit faite ! Partez, puisque le ciel l'ordonne ». C'est ainsi que les mêmes paroles évangéliques qui, dans les mêmes lieux, avaient fait voler saint Antoine au désert, nous envoyèrent saint Cassien.

Le nouvel apôtre n'ayant plus à combattre, adresse séance tenante un touchant adieu à ses vénérables frères, prend avec lui deux prêtres, Domitien et Didyme, deux diacres, Orian et Néonas, avec sept clercs inférieurs, tous comme lui dans la force de l'âge, tous animés de ce zèle et de ce courage surnaturels qui font le missionnaire, et s'apprête au départ. Une joie céleste, la joie d'un grand sacrifice accompli, rayonnait sur son front. Mais au dernier moment, son cœur eut à soutenir un bien rude assaut. Car on ne saurait croire, dit le biographe, quel fut le deuil du clergé et de toute la ville au moment de la séparation. On ne voyait que larmes, on n'entendait que gémissements, lamentations et sanglots. Tous disaient en pleurant : « Tendre et bon père, pourquoi laissez-vous ainsi vos enfants orphelins ? Qui donc aura pour nous désormais les soins assidus et vigilants que vous nous prodiguiez ? Qui priera pour nous ! qui nous instruira ! qui nous dirigera dans la voie du salut, quand nous ne vous aurons plus, ô vous notre guide et notre lumière ? Bon pasteur, quoi ! vous abandonnez ce troupeau que vous avez longtemps nourri et qui aimait tant à vivre sous votre garde, à marcher sous votre conduite ! Et vous le quittez pour aller dans une terre lointaine que nous n'avons jamais vue, dont nous avons à peine entendu parler ! Ah ! qu'allez-vous devenir ? Vous êtes perdu pour nous à jamais ». L'homme de Dieu n'était certes pas insensible aux plaintes déchirantes de ce bon peuple ; mais si son cœur était profondément touché, son courage n'était pas affaibli, ni sa résolution ébranlée. Planant, élevé et soutenu par la foi, dans une région supérieure où rien de terrestre ne pouvait l'atteindre, et sachant mettre quand il le faut l'amour de Dieu bien au-dessus de l'amour de la patrie et de la famille, au-dessus de toutes les affections humaines, même les plus légitimes, les plus saintes comme les plus chères, il répondit par des plaintes sublimes aux tendres plaintes de la foule éplorée : « Que faites-vous ? » dit-il. « Pourquoi, par vos larmes, troublez-vous mon cœur ? » Il voulait continuer, mais son émotion le trahit et arrêta la parole sur ses lèvres. Il ne put que donner une paternelle bénédiction à cette famille spirituelle si aimée, si aimante et si désolée. Puis, s'étant un peu remis, il ajouta : « Ne craignez rien pour nous, car Dieu qui nous envoie sera lui-même du voyage et nous accompagnera partout ». Et il embrassa son clergé en l'inondant de ses larmes. Cependant, une joie surnaturelle brillait dans ses yeux humides : les plus doux, et en même temps les plus nobles, les plus sublimes sentiments de la terre et du ciel attendrissaient à la fois et exaltaient son cœur d'évêque, de pasteur et de père, sa grande âme d'apôtre. Nous lisons dans les Actes des Apôtres que saint Paul, après avoir fait ses dernières recommandations et ses derniers adieux aux principaux représentants de l'Église d'Éphèse, au moment de s'embarquer pour de nouvelles régions où l'appelait son zèle, se mit à genoux pour prier avec les fidèles, ses enfants spirituels. Et tous alors versèrent d'abondantes larmes, en se jetant à son cou et en l'embrassant. Ils étaient surtout navrés d'une parole qu'ils venaient d'entendre. L'Apôtre leur avait dit : « Vous ne me verrez plus ». Et ils l'accompagnèrent bien tristes jusqu'au navire.

Après avoir laissé tomber de sa bouche les derniers mots que nous venons d'entendre et mêlé ses pleurs aux pleurs de son peuple, le Saint se dirigea avec ses compagnons de voyage vers le vaisseau prêt à quitter le port. Quand il fut seul avec les dignes coopérateurs qui allaient partager avec lui les fatigues et les dangers, les sacrifices, les dévouements et les mérites d'un apostolat lointain, il leur dit, pour les fortifier au moment du suprême adieu à la terre natale, alors que la nature souffre et gémit, que le cœur bat plus fort et semble vouloir tenter un dernier assaut contre le côté surnaturel de l'âme : « Le maître souverain et tout-puissant, notre aide et notre protecteur, sera toujours avec nous. Courage donc, mes frères, mes enfants bien-aimés ! Partons ! A la garde de Dieu ! » Puis, pendant que le navire s'ébranlait pour quitter le rivage de la patrie, il ajouta en levant les yeux au ciel et d'un air inspiré : « Seigneur, ouvrez vous-même devant nous la voie où nous allons marcher, dirigez nos pas dans les sentiers de la paix, gardez-nous sous l'abri de vos ailes et conduisez-nous pour la gloire de votre nom grand et saint, qui mérite d'être connu, loué, glorifié par toute la terre et jusqu'au bout du monde ». Les prêtres et les jeunes clercs répondirent tous : « Ainsi soit-il ! » Alors Cassien, levant les mains, les bénit en disant : « Seigneur Jésus, conservez vos serviteurs qui mettent toute leur confiance en vous ! » Et la terre fuyait déjà loin d'eux. C'était la veille des calendes d'avril (31 mars), probablement vers l'an 320. — Tels on voit encore de nos jours un évêque avec quelques prêtres aussi, quelques clercs et quelques catéchistes, missionnaires intrépides qu'enfante le sein toujours fécond de l'Église et que nourrit son inépuisable charité, monter sur un navire pour aller chercher jusqu'au fond d'un autre hémisphère, sous de nouveaux cieux, des côtes inhospitalières ou quelques îlots jetés au milieu des immenses solitudes de l'Océan, et y planter la croix, la croix qui fait du sauvage un homme, un chrétien, un fils de Dieu, un héritier du céleste royaume.

Le voyage de Cassien et de ses compagnons dura six mois, parce qu'ils le firent en apôtres, semant partout sur leur passage la parole de Dieu, détruisant les idoles, administrant le baptême, ouvrant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit la porte du ciel à un peuple nombreux, visitant dans toutes les villes les tombeaux des martyrs et emportant avec eux de précieuses reliques pour leur consolation et le salut des âmes. Enfin après avoir parcouru une partie des rivages africains, échappé avec la protection divine aux mains des infidèles, être sortis sains et saufs de tous les dangers de la terre et de la mer, ils abordèrent heureusement à Marseille. En touchant le rivage désiré vers lequel, dit la pieuse légende, Jésus-Christ avait dirigé la course de leur navire, ils tombèrent à genoux pour rendre grâces au divin Maître.

Mais la troupe apostolique ne pensa pas que cette ville dût être le but de sa longue pérégrination. Elle aspirait au centre des Gaules, où elle pensait que le christianisme était moins connu ; et toujours sous la conduite de l'ange du Seigneur, elle dirigea ses pas vers Autun, attirée sans doute par la réputation de cette cité fameuse, centre du vieux druidisme et alors encore couverte de temples païens. Cassien jugea que c'était là, préférablement à toute autre ville du pays des Celtes, qu'il devait déployer son zèle ; aller, au début des travaux de son apostolat, puiser sur cette terre baignée du sang et consacrée par les reliques de saint Symphonien des inspirations de piété, de foi et de courage, enflammer son ardeur évangélique et chercher un appui céleste pour le succès de sa mission. Aussi, à peine fut-il arrivé, qu'on le vit se diriger au tombeau du martyr. « Il se rendit », dit l'historien B. Goujon, « au propre lieu où saint Symphorien avait souffert mort et passion, et entra dans l'oratoire que déjà les chrétiens y avaient construit, pour y faire sa prière ».

C'est là que humblement prosterné, il ne cessait d'offrir et de recommander son œuvre à l'illustre Saint, le protecteur et la gloire de l'Église éduenne ; là, que les jours passaient pour lui comme des heures ; là, près de ces dépouilles sacrées, qu'il semblait avoir fixé sa demeure, demandant à Dieu, du matin au soir et pendant de longues veilles, par les mérites de la jeune victime immolée sur ce sol même, de bénir la ville qui l'avait donnée à la terre et au ciel, d'ouvrir les yeux aux pauvres aveugles qu'elle renfermait encore en grand nombre. Qui nous dira le ravissement de ses extases pendant ses ferventes oraisons dans le petit sanctuaire et sur la tombe de saint Symphorien, la ferveur de ses prières, la vivacité de ses désirs, l'ardeur de ses vœux ? Mais comment sonder les mystères du ciel dans les profondeurs de l'âme d'un apôtre ? C'est ainsi que le pieux et dévoué missionnaire sanctifiait les premiers jours qui suivirent son arrivée à Autun, persuadé qu'il ne pourrait rien, si d'abord il ne mettait dans ses intérêts le Maître souverain des cœurs et les Saints, nos protecteurs auprès de lui.

Cependant Rhétice ayant appris qu'un saint homme, un évêque, venait d'arriver d'Orient, alla aussitôt le trouver dans l'oratoire de Saint-Symphorien. Et lorsque Cassien, dans cette première entrevue et avant de commencer ses travaux évangéliques, lui offrit ses services et sa coopération, instruit déjà et frappé de tout ce qu'on lui avait dit de l'étranger, l'illustre pontife le reçut avec un profond respect, avec de grands honneurs et une pieuse joie, au chant des hymnes et des cantiques sacrés, sans oublier de lui donner le baiser des Saints, l'accolade fraternelle, comme à un cher et vénérable collègue qui semblait lui venir de la part du ciel pour le seconder dans l'exercice du ministère pastoral. Les deux hommes de Dieu se comprirent et s'apprécièrent aussitôt. Ensemble ils rendirent grâces au ciel qui les avait réunis, ensemble ils travaillèrent à la conversion de la cité. Rhétice, heureux d'avoir trouvé un tel collaborateur, le chérissait comme un ami, comme un frère, comme un soutien que la Providence envoyait à ses vieux ans. Apprenant tous les jours à l'estimer davantage, il n'avait plus qu'un désir, celui de pouvoir le conserver et pour sa propre consolation et surtout pour le bien de sa chère Église d'Autun. Un ami, un saint est un si grand trésor ! Mais après avoir travaillé avec l'illustre prélat durant plusieurs années et avancé beaucoup l'œuvre de Dieu, Cassien, dont le zèle dévorant demandait toujours un aliment nouveau, lui dit un jour : « Très-saint frère, j'ai formé le projet de porter l'Évangile dans la Bretagne : ici maintenant Jésus-Christ est connu, tandis que là il y a un peuple qui ne le connaît point encore ». C'est ainsi que Cassien voulait aller chercher partout la race gallique et poursuivre le druidisme jusqu'aux limites du monde alors connu. Il était parti d'Égypte avec cette idée digne d'un apôtre ; et probablement il ne désira passer en Bretagne que parce qu'il vit cet ancien culte à peu près oublié et discrédité à Autun, ou du moins sur le point de l'être. Tandis que dans l'île lointaine des Bretons il pensait le trouver encore vivace, au milieu des populations ignorantes et à demi barbares, l'étudier et le combattre en zèle missionnaire tourmenté sans cesse de la soif et de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Rhétice attristé de ne pouvoir garder jusqu'à la mort auprès de sa personne celui qui était un autre lui-même, un coadjuteur incomparable, un appui pour sa vieillesse épiscopale, et le léguer comme son successeur à l'Église d'Autun, lui dit avec l'accent de la douleur la plus profonde : « Mon frère, je n'ai plus sans doute qu'un bien petit nombre d'années à passer sur la terre, et Dieu, qui vous a envoyé ici, veut que vous restiez avec moi. L'heure n'est donc point venue où il doit vous ouvrir la voie dans laquelle vous désirez entrer : attendez encore un peu ». Cassien vit une manifestation de la volonté divine dans le désir et les paroles du vénérable prélat. Du reste, il lui en eût tant coûté d'affliger son cœur ! Il resta donc. Les deux Saints vécurent et travaillèrent encore trois ans ensemble : ce fut la mort seule qui les sépara. L'âme de Rhétice monta au ciel ; et Cassien inhuma son corps avec une pompe épiscopale et une piété fraternelle dans le cimetière situé en face de la ville. Là, tous les jours, en mémoire de lui il immolait la céleste victime, il déposait une prière sur sa tombe : *Sacrificium pro eo immolabat per singulos dies*.

On donna au deuil et aux regrets une année entière, après laquelle tout le clergé et tout le peuple, riches et pauvres, appelèrent d'une voix unanime Cassien à la dignité de premier pasteur de la sainte et apostolique Église d'Autun. Cette unanimité était un hommage rendu tout à la fois et à Cassien, dont elle proclamait si solennellement le mérite, et à Rhétice, dont elle honorait la mémoire par l'élévation du coadjuteur de son choix. Et quel autre eût été plus digne de succéder au grand évêque dont on pleurait la perte, que celui qui avait partagé longtemps ses travaux pendant sa vie, et ensuite soutenu, continué son œuvre, mérité une si haute confiance et occupé une si large place dans un cœur si grand et si saint ? Cassien eût bien voulu décliner l'honneur ou plutôt le lourd fardeau de l'épiscopat, qui allait désormais peser sur lui. Il redoutait l'immense responsabilité de tant d'âmes dont il répondrait devant Dieu ; mais en même temps des vœux si universels, si spontanés, en lui imposant une nécessité et lui faisant une sorte de violence, ne lui fournissaient-ils pas une preuve frappante, indubitable, des intentions de la Providence ? Il dut donc se soumettre et renoncer à son grand projet d'aller évangéliser la Bretagne. Son humilité se consola par la pensée que celui qui l'avait appelé saurait bien le soutenir.

Élevé sur le siège d'Autun, Cassien se montra évêque éminent, bon pasteur, tout en restant l'apôtre et le missionnaire infatigable venu des bords du Nil pour gagner des âmes à Jésus-Christ. Après avoir prêté à la vieillesse de Rhétice le secours de son zèle actif pour la conversion des infidèles, il parut encore redoubler d'efforts quand il se vit seul à la tête du troupeau ; et la grande œuvre, objet de ses constantes préoccupations, fit de nouveaux progrès. Affable pour tous, faisant du bien aux idolâtres comme aux chrétiens, il était aimé de tous, parce que tous voyaient qu'ils étaient aimés de lui. Cette réciprocité d'affection, ce rapprochement des cœurs dans un mutuel amour servait de préparation évangélique. Comme à Orthe autrefois, sa douceur, sa paternelle bonté, ses allures franches, ouvertes, cordiales et accueillantes, son immense charité lui gagnait les âmes, et Jésus-Christ en reçut un grand nombre de ses mains. Aussi le divin Pasteur voulut honorer son digne ministre aux yeux des peuples par la plus grande gloire qui soit sur la terre : il récompensa, tout à la fois il sanctionna le zèle de Cassien et augmenta la puissance de son action sur les infidèles par un don éminemment privilégié, le don des miracles. Combien de fois, par le ministère du saint Évêque, le souverain Maître de la nature ne rendit-il pas la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds ; aux infirmes, aux malades de toute espèce la force et la santé ? Et les païens, frappés de cette éclatante, de cette perpétuelle intervention du ciel, accouraient en foule au pied de la croix.

Après avoir, pendant un laborieux épiscopat de vingt ans depuis son élévation sur le siège d'Autun, travaillé avec une incessante activité, veillé avec une pieuse sollicitude à la garde du troupeau que le souverain Pasteur lui avait confié, et introduit dans le divin bercail une multitude de brebis nouvelles, Cassien fut appelé à l'éternel repos (vers l'an 335). Son âme s'envola au sein de Dieu qu'il avait tant aimé ; et son corps, instrument périssable d'œuvres immortelles, reste vénéré d'un Saint, déposé dans le cimetière de la *Via strata*, attendit la résurrection générale et la glorification céleste près de celui de saint Rhétice, son illustre prédécesseur, non loin aussi du petit oratoire gardien des reliques de saint Symphonien, où il passait de si longues heures en prières, qu'il semblait y avoir fixé sa demeure.

## CULTE ET RELIQUES.

La mémoire du grand évêque resta en bénédiction dans toute la province. Outre la fête du 5 août, qui rappelait son entrée au ciel, on célébrait encore, le 9 février, la mémoire de son ordination. Plusieurs églises, entre autres celle d'Atte-sous-Moûtier, à deux lieues de Semur-en-Auxois, celles de Savigny, de Veilly, d'Écutigny, furent mises sous le vocable de cet illustre Saint. Le souvenir de sa charité, de sa bonté, de son zèle fertile en conversions, des miracles qu'il avait opérés de son vivant, se perpétua, en passant par la tradition, d'une génération à l'autre ; et les prodiges qui continuèrent à signaler son tombeau vinrent sans cesse, dans la suite des âges, raviver la dévotion et la confiance des peuples. C'est sa tombe, entourée d'une vénération vraiment extraordinaire, qui, avec celle de saint Symphonien, donna le plus d'illustration à ce petit coin de terre bien digne en vérité d'être appelé la demeure des saints, *loci sanctorum*, les lieux sacrés d'Autun, et qui, pendant des siècles, y attira tant de pieux et même tant de célèbres visiteurs. Le concours des pèlerins venant de toutes parts implorer l'intercession du saint évêque fut immense, puisque, dès le temps de Grégoire de Tours, la pierre qui recouvrait ses précieuses reliques était presque entièrement usée. Chacun en détachait quelques parcelles et se retirait heureux d'emporter avec soi cette poussière qui opérait des prodiges. Même dans les temps modernes, la confiance en saint Cassien n'avait pas cessé, et sa puissante intercession opérait encore des miracles.

L'abbé de Saint-Quentin, en Vermandois, touché des merveilles qui s'opéraient continuellement au tombeau du Saint, demanda et obtint de Madon, évêque d'Autun, en 829, le corps de saint Cassien pour le transporter dans son église. Il le plaça d'abord en divers endroits qui ne parurent point assez décents pour un trésor aussi précieux. C'est pourquoi Charles le Chauve lui fit préparer un reliquaire magnifique dans la voûte souterraine de la basilique de Saint-Quentin et eut soin de l'y faire placer honorablement. Quoique le corps de saint Cassien ne reposât plus à Autun, le roi Robert éleva une très-belle chapelle dans le lieu où il avait été inhumé. On voit encore aujourd'hui, dans l'église de Saint-Quentin, le tombeau de saint Cassien ; mais il est vide. Ce qui reste de ses reliques est enfermé dans un trop modeste reliquaire qu'on expose, les jours de fête, sur une petite crédence à côté du maître-autel.

Nous avons tiré cette biographie d'un ouvrage de M. l'abbé Dinot, intitulé : *Saint Symphonien et son culte, avec tous les souvenirs historiques qui s'y rattachent*. — Cf. *Légendaire d'Autun*, par M. Fouquepot

DÉDICACE DE NOTRE-DAME DES NEIGES. 323

Événements marquants

  • Naissance à Alexandrie de parents nobles
  • Éducation chrétienne sous l'évêque Zonis
  • Élection comme évêque de la ville d'Orthe en Égypte
  • Départ en mission pour la Gaule vers l'an 320
  • Arrivée à Marseille puis à Autun après six mois de voyage
  • Coopération avec l'évêque Rhétice à Autun pendant plusieurs années
  • Élection à l'unanimité comme évêque d'Autun après la mort de Rhétice
  • Épiscopat de vingt ans marqué par de nombreux miracles

Miracles

  • Guérison d'aveugles, de sourds et d'infirmes
  • Poussière de son tombeau opérant des prodiges

Citations

Dieu qui nous envoie sera lui-même du voyage et nous accompagnera partout.

— Paroles de Saint Cassien au moment du départ