Sainte Pome de Châlons
Vierge
Résumé
Sœur de saint Memmie, premier évêque de Châlons, Pome quitta Rome au Ier siècle pour préserver sa virginité vouée à saint Pierre. Établie à Châlons, elle y fonda le premier hôpital, se dévouant au soin des pauvres et des malades. Elle est honorée comme le modèle des vierges chrétiennes de la région.
Biographie
SAINTE POME, VIERGE, À CHALONS-SUR-MARNE,
SŒUR DE SAINT MEMMIE, PREMIER ÉVÊQUE DE CE SIÈGE.
### par siècle.
La vertu d'une véritable prière se trouve dans une charité parfaite.
*Maxime de saint Grégoire le Grand.*
La persécution contre les chrétiens ayant commencé à sévir à Rome, Pome, pour mettre sa foi et sa vertu à l'abri de tout danger, songea à recourir à son frère. Elle profita avec joie d'une semblable circonstance pour aller contempler les succès admirables de son ministère, dont l'heureuse nouvelle avait été portée à Rome.
On croit qu'elle put facilement entreprendre son voyage par l'entremise du préfet Lampas, gouverneur de Châlons pour les Romains, qui avait de fréquentes relations avec Rome, parce qu'il était tenu d'y envoyer de temps en temps les sommes provenant des tributs, dont il était chargé de faire le recouvrement. Ce fut pour lui un bonheur de faire conduire à Châlons la sœur du saint apôtre, qui évangélisait cette ville, avec plusieurs autres vierges romaines, pour les mettre à l'abri des dangers qu'elles pouvaient courir à Rome.
Ce fut environ vers l'année 53 de Notre-Seigneur, qui était la onzième de l'empereur Claude, année signalée par la conversion de Denis l'Aréopagite, apôtre de Paris, dont les yeux s'ouvrirent à la foi, quand saint Paul prêcha l'Évangile dans l'aréopage d'Athènes, que Pome quitta sa patrie, ses parents, ses richesses et toutes les grandeurs de la terre, pour venir mener une vie céleste à Châlons. Elle déploya un généreux courage pour s'arracher ainsi à toutes les jouissances du monde.
Ce qui la détermina surtout à sortir de Rome, ce fut le désir de garder sa virginité, qu'elle avait vouée à Dieu entre les mains de saint Pierre, son père spirituel. Car les Apôtres étaient aussi bien les prédicateurs de la virginité que de l'Évangile. Plusieurs d'entre eux moururent pour la défense de cette vertu.
Pome possédait tous les avantages qu'on estime tant dans le monde. Sa beauté était accomplie, toutes les grâces brillaient sur son visage. Elle sortait d'une famille illustre, et jouissait d'une fortune considérable. Il ne lui en fallait pas tant pour être recherchée en mariage. Mais elle avait voué à Dieu sa virginité. Pour se soustraire à toutes les importunités, elle vint chercher un asile assuré auprès de son frère. Quelle fut sa consolation, quand elle vit le vrai Dieu connu, adoré, aimé et servi par tous les habitants de Châlons !
Memmie reçut sa sœur avec une sainte joie, comme Abraham, quand Sara, sa sœur et son épouse, retourna vers lui, après que l'impie Abimélech eut été forcé de la laisser partir de son palais. Il lui assigna une demeure séparée dans une rue, qui touche à la rue Grande-Étape, qu'on nomma plus tard rue Saint-Lazare, et qui est peu éloignée de l'église Notre-Dame.
On s'arrête encore maintenant tous les ans devant cette maison, quand on fait la procession solennelle des chasses, le mardi de la Pentecôte, et M. le curé de Notre-Dame encense la chasse de sainte Pome.
Cette pieuse vierge, se trouvant ainsi placée au centre de la ville, pouvait plus facilement remplir la mission qui lui était destinée. Memmie lui servit de guide dans la voie de la perfection, et lui fit pratiquer les exercices de la vie contemplative et de la vie active. Tantôt, comme Marie, elle écoutait les paroles de salut, qui coulaient de la bouche du saint pontife, ou la voix de Dieu même dans la méditation; tantôt, comme Marthe, elle recevait les pauvres, qui sont les membres souffrants de Jésus-Christ.
Voilà deux nobles rivaux dans la carrière du bien. Si Memmie était le modèle des hommes, Pome devint le miroir des femmes, et surtout des vierges chrétiennes. Elle seconda son frère d'une manière admirable, par les soins qu'elle donna aux personnes de son sexe et par ses vertus.
Sa modestie était parfaite. Elle avait tellement renoncé aux pompes mondaines que, loin de la prendre pour une personne de noble extraction, on eût cru qu'elle n'était qu'une servante. Elle ne sortait que la tête voilée et le visage couvert. Sa robe était simple et sa démarche pudique. Elle ne cherchait à plaire qu'à son céleste époux; elle lui avait donné son cœur et consacré son corps.
Rien n'est plus difficile à observer que le silence, qui est la garde de la virginité. Pome eut assez de force pour faire un pacte avec sa langue; elle avait réglé les heures où elle devait la tenir enchaînée, à moins que la charité ou une grande nécessité ne la contraignît à parler. Comme elle aimait à demeurer dans la solitude qu'elle s'était faite dans son cœur !
Quand elle était obligée de s'entretenir avec les hommes, sa conversation était extrêmement aimable. Comme la bouche parle de l'abondance du cœur, ses discours ne roulaient que sur les grandeurs de Dieu, sur les charmes de la vertu, sur le bonheur de servir le prochain. Ses paroles, qu'enflammait l'amour divin, paraissaient comme autant de traits brûlants, qui embrassaient ceux qui l'écoutaient. La calomnie, la médisance, le jugement téméraire, la plaisanterie mordante, la réticence plus cruelle encore, ne reposèrent jamais sur ses lèvres.
Son occupation la plus ordinaire était l'hospitalité. Les voyageurs et les pauvres avaient tous place à sa table, trouvaient un lieu de repos dans son logis, et éprouvaient combien sa charité était inépuisable. Elle savait que ce que l'on fait au moindre des disciples de Jésus-Christ, on le fait à lui-même, que l'aumône couvre la multitude des péchés, que toutes nos œuvres de miséricorde sont inscrites dans le grand livre de vie, et que le juge suprême nous en récompensera au centuple. Son affection pour les malheureux était si ardente, que tout son bonheur consistait à les soulager.
Elle pratiquait encore une autre œuvre beaucoup plus pénible à la nature et par là même beaucoup plus agréable à Dieu. De concert avec Memmie elle établit un hôpital, où elle recevait tous les malades. Cet hôpital était dans la première enceinte de Châlons, à l'ouest, à l'endroit où l'on vient de construire le chemin de fer, où l'on a trouvé une statue de sainte Pome ainsi que des médailles de Tibère. Pome soignait les malades de ses propres mains, leur rendait les services les plus rebutants, et se réservait à elle seule le soin de panser les ulcères les plus infects. Comme Dieu prenait plaisir à contempler sa chaste épouse dans ces exercices si humbles, dont une servante n'aurait pas voulu se charger !
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C'était un prodige de voir une fille de qualité passer sa vie parmi les pauvres, leur rendre avec affabilité tous les services dont ils avaient besoin, les traiter avec une tendresse de mère, les consoler avec des paroles si touchantes, si affectueuses, qu'elle leur imprimait la patience au fond du cœur. Quel baume divin elle répandait dans l'âme des malades ! Elle leur faisait comprendre le grand mystère des afflictions, leur inspirait un courage invincible, et leur faisait même dire avec l'Apôtre des nations : « Je surabonde de joie au milieu de toutes mes tribulations » : *Superabundo gaudio in omni tribulatione mea*.
Dieu honorait souvent sa servante, qui s'humiliait ainsi pour son amour, en guérissant miraculeusement les infirmes qu'elle traitait. La tradition raconte qu'elle ressuscita un ou plusieurs morts. Mais loin de se glorifier de ces œuvres merveilleuses, elle en rapportait tout l'honneur à Dieu. Elle avait un soin extrême de les cacher. Quand on s'en apercevait, elle ne manquait pas de dire que Dieu donnait sa bénédiction aux remèdes qu'elle faisait prendre aux malades, à cause de leur foi.
C'est dans ces exercices de la plus héroïque charité qu'elle passa les jours et les nuits, depuis son arrivée à Châlons jusqu'à sa mort. Elle était venue, comme son divin maître, non pour être servie, mais pour servir.
La mémoire des œuvres de charité de cette sainte vierge demeura tellement empreinte dans le cœur des Châlonnais, qu'elle ne s'en est point effacée par la longue suite des siècles. Toute l'antiquité attribue à sainte Pome, sœur de saint Memmie, l'établissement du premier hôpital à Châlons, et l'ancien hôpital a toujours été appelé l'hôpital de sainte Pome.
Ces œuvres de miséricorde envers le prochain ne la rendaient pas moins assidue à remplir ses devoirs envers Dieu; il semblait au contraire qu'elle ne vivait que de prières. Loin que l'amour de Dieu soit incompatible avec l'amour du prochain, joints ensemble, ils se soutiennent l'un et l'autre, s'enflamment et font tout avec une harmonie divine. Pome priait toujours et toujours travaillait. Les exercices du corps n'interrompaient point son oraison, ni son oraison les œuvres de charité; parce qu'elle faisait l'un et l'autre par le même désir de plaire à son Dieu. Quand elle priait, elle parlait à Dieu. Soignait-elle les malades? C'était les membres souffrants de Jésus-Christ qu'elle soulageait. Ainsi priant et travaillant, elle était toujours unie à Dieu. Voilà la véritable piété, qui sait concilier ses devoirs envers Dieu et ses devoirs envers le prochain.
Pome fit encore quelque chose de plus grand. Elle ne se contenta pas de pratiquer elle-même tant de vertus, elle voulut apprendre à une infinité de jeunes filles à marcher sur ses traces. Elle servit de maîtresse à toutes celles qui fuyaient le monde, qui consacraient à Dieu leur virginité, et qui se dévouaient au soulagement des malheureux. Mais elle se montrait la plus humble de toutes, et les formait à la vertu et aux œuvres de charité plus par ses exemples que par ses paroles.
Nous devons avouer que la plupart des actions de cette sainte vierge ne sont connues que de Dieu seul, qui tient compte même d'un verre d'eau froide qu'on donne à un pauvre en son nom. Les malheurs des temps nous ont ravi l'histoire de sa vie, de ses bonnes œuvres, de ses miracles et de sa mort précieuse devant Dieu.
Pome, qu'on doit regarder comme la reine des vierges de Châlons, continua pendant trente ans ses pieux exercices. Memmie l'assista en ses derniers moments, aida son âme à voler dans le sein de Dieu et rendit à son corps les honneurs funèbres. Il déposa sa dépouille mortelle dans un tombeau qu'il fit creuser dans sa solitude de Buxerre. C'est là qu'il reposera bientôt lui-même. Plus tard leurs ossements seront placés dans la même chasse, de sorte que ceux que la nature avait unis pendant leur vie le seront davantage encore après leur mort.
SAINT CYRIAQUE, DIACRE, ET SES COMPAGNONS, MARTYRS À ROME. 401
Pome passa de cette vie terrestre à la gloire céleste le 27 juin, jour auquel on célébrait annuellement sa fête, qui fut ordonnée par saint Alpin, lorsqu'il la canonisa en érigeant un autel et un oratoire sur son tombeau. Aujourd'hui on l'honore le 8 août.
Comme cette sainte vierge avait honoré Dieu par les plus hautes vertus, Dieu, qui ne se laisse jamais vaincre en générosité, l'honora, pendant sa vie et après sa mort, par le don des miracles.
Le Père Rapine, qui nous a donné la plupart de ces détails, vit, en 1624, les précieux ossements de sainte Pome, qui étaient dans une chasse d'argent doré. Or, ces ossements se faisaient reconnaître entre tous les autres des corps saints, qui furent alors examinés, par une vive couleur d'or, qui sont un témoignage de l'or vif de sa virginité et de sa charité tant envers Dieu qu'envers le prochain, dont cette heureuse vierge fut embrasée pendant sa vie. Ce ne peut être que par un miracle particulier qu'ils restent si solides et si vivement colorés. Par là cette sainte fait comprendre que sa puissance est toujours grande auprès de Dieu, en faveur de ceux qui l'invoquent.
Depuis la révolution de 93, les reliques de sainte Pome sont renfermées séparément dans une chasse en bois peint.
Extrait des *Rues* de l'histoire de la Champagne, par l'abbé Boitel.
Événements marquants
- Vœu de virginité entre les mains de saint Pierre à Rome
- Départ de Rome pour Châlons vers l'an 53 (11e année de l'empereur Claude)
- Installation dans une demeure séparée près de la rue Grande-Étape
- Fondation du premier hôpital de Châlons avec son frère Memmie
- Direction d'une communauté de jeunes filles vierges
- Décès un 27 juin après trente ans d'exercices pieux
Miracles
- Guérisons miraculeuses d'infirmes
- Résurrection d'un ou plusieurs morts
- Conservation miraculeuse des ossements prenant une couleur d'or
Citations
La vertu d'une véritable prière se trouve dans une charité parfaite.