Bienheureux Ignace d'Azevedo et ses compagnons

Martyrs dans l'île de Palma

Fête : 15 juillet 16ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Jésuite portugais et visiteur des missions du Brésil, Ignace d'Azevedo fut martyrisé en 1570 avec trente-neuf compagnons lors d'un voyage vers l'Amérique du Sud. Leur navire fut attaqué près des Canaries par des pirates calvinistes commandés par Jacques Sourie. Ils furent massacrés et jetés à la mer pour leur attachement à la foi catholique.

Biographie

LE B. IGNACE D'AZEVEDO ET SES COMPAGNONS,

MARTYRS DANS L'ÎLE DE PALMA, UNE DES CANARIES

15 JUILLET.

les cœurs par sa parole, que les larmes de tous les auditeurs répondaient à ses discours.

Ses vertus et son rare mérite lui ouvrirent de bonne heure les portes du sanctuaire, et il reçut l'ordre sacré de la prêtrise dès qu'il eut atteint l'âge prescrit par les canons. À cette époque, il fut désigné par saint Ignace de Loyola pour aller diriger le collège de Saint-Antoine, que la Compagnie venait d'ouvrir à Lisbonne. Notre Bienheureux se montra digne de la confiance qu'on avait en lui. Son application, sa vigilance, sa douceur, lui attirèrent la confiance de tous. Après avoir rempli les devoirs de sa charge, il travaillait humblement de ses mains à tout ce que réclamait le service de la maison, montrant ainsi le premier l'exemple de l'humilité et de l'obéissance à la règle. Supérieur attentif à tous les besoins de ses inférieurs, il avait pour eux une sollicitude paternelle, cherchant par tous les moyens à adoucir leurs privations.

Les devoirs de sa charge ne suffisant pas à son zèle, il allait partout où le bien des âmes le réclamait ; c'est ainsi qu'on le vit parcourir les prisons, les hôpitaux, pour y porter les lumières et les consolations de la charité. Il se faisait tout à tous, s'asseyant au chevet des malades, se constituant leur infirmier, les visitant chaque jour, et pansant lui-même leurs plaies. Au milieu des travaux et des fatigues que sa charité lui imposait, il ajoutait les veilles, les jeûnes, la discipline.

Sur ces entrefaites, Ignace fut envoyé en Portugal pour remplacer le Père provincial qui s'était rendu à Rome pour l'élection du successeur de saint Ignace. Il laissa partout sur son passage un souvenir durable de son zèle et de ses rares vertus. Après avoir rempli ces fonctions importantes, il revint au collège de Coïmbre pour y terminer ses études théologiques, et entra ensuite à la maison professe de Lisbonne, d'où il fut tiré par l'ordre de ses supérieurs, à la demande du vénérable Barthélemy des Martyrs, archevêque de Braga, en Portugal, qui voulait l'avoir pour l'accompagner dans la visite qu'il allait faire de son vaste diocèse. Il partit donc pour cette ville avec le Père Gomez, et ils furent reçus avec beaucoup de joie par le pieux archevêque. La visite du diocèse leur causa de grandes fatigues qu'augmentait encore la vie pauvre et mortifiée qu'ils menaient ; mais ils eurent la consolation de contribuer à produire des fruits abondants de salut par leurs saintes instructions et les grands exemples de leurs vertus et de leur charité.

Quand ils furent de retour à Braga, le bienheureux Ignace se disposa à retourner à Lisbonne ; mais le pieux archevêque, voulant fonder dans sa ville un collège de la Compagnie de Jésus, le retint près de lui et le nomma supérieur du nouvel établissement. Le saint religieux montra dans sa charge la même prudence, la même douceur et la même charité qu'au collège de Coïmbre ; il y fit de plus éclater les merveilles de son zèle, de sa sainteté et de son humilité. Il se livrait aux derniers emplois, servait à la cuisine, gardait la porte, balayait la maison, et son autorité ne souffrait point de ce qui le confondait ainsi avec ses moindres inférieurs. Elle tirait, au contraire, un nouvel éclat de ces humbles pratiques, qui ajoutait au rang de supérieur les qualités d'un saint. Il savait dérober du temps à ses occupations ordinaires pour aller annoncer la parole de Dieu, et les conversions étonnantes qu'il fit prouvèrent les bénédictions que le Seigneur attachait à ses prédications. L'estime générale dont il jouissait alarma son humilité, et pour échapper aux témoignages de vénération dont il était l'objet et qu'il ne croyait pas mériter, il écrivit au général de la Compagnie, le priant de

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lui permettre de quitter Braga. Le Père général y ayant consenti, Ignace revint à Lisbonne, où il fit sa profession solennelle des quatre vœux, en 1565. De plus en plus détaché de lui-même par une vie de sacrifice, de ferveur et de charité, il marcha rapidement sur la voie qui conduit à la palme du martyre, qui devait couronner sa vie pleine de bonnes œuvres et mûre pour le ciel.

Saint François de Borgia ayant été élu général de la Compagnie de Jésus, à la mort du Père Lainez, le bienheureux Ignace fut envoyé vers lui pour traiter des affaires des missions des Indes et du Brésil. Le nouveau général ne crut pouvoir rien faire de mieux que de confier à son zèle les missions portugaises. De retour en Portugal, Ignace se prépara au départ, car peu après il fut nommé visiteur des missions du Brésil. Il quitta le Portugal au milieu d'unanimes regrets et se rendit en toute hâte vers ces lointaines et sauvages contrées. À peine arrivé, il se mit à l'œuvre, visita toutes les maisons de la Compagnie, qui étaient très-éloignées les unes des autres.

Après trois années de courses pénibles et de travaux continuels, il quitta le Brésil et revint en Europe, emportant au fond de son cœur la pensée de se dévouer désormais tout entier à ces chères missions qu'il venait d'arroser de ses sueurs et qu'il espérait arroser un jour de son sang. Arrivé à Lisbonne, il alla remercier le roi Don Sébastien de la protection qu'il accordait aux travaux de la Compagnie, puis il repartit pour Rome et vint soumettre humblement à son supérieur, François de Borgia, ce qu'il avait déjà fait, et lui demander encore comme une faveur de retourner au Brésil. Le général, après l'avoir pressé sur son cœur et baigné de ses larmes, approuva tous ses projets, le nomma supérieur des missions du Brésil et lui permit de réunir, en Espagne et en Portugal, autant de religieux qu'il le jugerait utile à son entreprise.

Avant son départ, il fut présenté au saint pape Pie V, qui lui donna des marques touchantes de son affection. Plein de joie et de bonheur, Ignace quitta Rome et partit ensuite pour le Portugal et l'Espagne, où ses paroles brûlantes et ses éminentes vertus lui attirèrent de nombreux ouvriers évangéliques. Parmi ses nouveaux compagnons se trouvait un neveu de sainte Thérèse, dont les vertus édifiaient alors le monde chrétien. Il passa avec ses disciples cinq mois dans la solitude et dans les pratiques de la piété la plus fervente, et après les avoir ainsi préparés pour toutes les épreuves de l'apostolat, il se disposa à s'embarquer avec eux.

Le jour du départ étant arrivé, le bienheureux Ignace s'embarqua, avec trente-neuf de ses compagnons, sur le Saint-Jacques ; les autres prirent place sur les vaisseaux de l'escadre royale, qui partaient pour le Brésil. Nos missionnaires, par les soins d'Ignace, vivaient d'une manière aussi régulière que s'ils avaient été en communauté. L'équipage éprouva également les effets de leur zèle : ils apprêtaient la nourriture commune, la portaient eux-mêmes aux matelots, visitaient et soignaient les malades.

L'escadre royale ayant relâché à Madère, le capitaine du Saint-Jacques voulut la devancer et tâcher d'atteindre l'île de Palma ; mais le bienheureux Ignace, songeant à la responsabilité qui pesait sur lui, hésitait à courir les hasards d'un si grand péril, parce que cette mer était alors sillonnée de pirates calvinistes. Il rassembla ses compagnons et leur dit : « Prenez courage, mes chers enfants, Dieu aime son petit troupeau ; il vous a ménagé dans sa miséricorde la plus glorieuse destination. Goûtez d'avance tout votre bonheur ; prenez aujourd'hui les sentiments les plus nobles et les plus dignes de la grandeur de votre vocation. Non, ne craignez ni la fureur

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ni le glaive des ennemis de Jésus-Christ. Portez désormais vos regards vers le ciel, contemplez la couronne qui vous y est préparée, combattez avec une humble défiance de vous-même, mais espérez tout de la protection du Très-Haut. Il y a grande apparence que nous serons attaqués par les calvinistes. La haine qu'ils portent à notre sainte religion les déterminera à nous ôter la vie. Qu'il n'y ait donc que ceux qui sont prêts à mourir pour Jésus-Christ qui me suivent. S'il en est quelqu'un qui redoute la mort, qu'il reste ici pour attendre l'escadre ». Quelques-uns ne se sentant pas assez forts pour faire le sacrifice de leur vie, furent remplacés par d'autres frères de l'escadre et complétèrent ainsi la généreuse troupe des futurs martyrs.

Le navire ayant mis à la voile, Ignace et ses compagnons se préparèrent à leur glorieuse destinée. Comme on approchait de l'île Palma, l'une des Canaries, le vaisseau fut attaqué par un corsaire, commandé par Jacques Sourie, de Dieppe, calviniste fanatique et cruel. Le bienheureux Ignace, avec un visage enflammé comme s'il avait vu le ciel entr'ouvert, dit à ses compagnons : « Voici l'heureux moment de signaler notre amour pour Dieu et notre zèle pour la foi. Il faut que notre sang rende aujourd'hui ce double témoignage, ne craignons rien de ceux qui ne peuvent que faire périr le corps. Fixons tous nos regards au ciel ; rappelons-nous ce que nous sommes et ce que nous avons tant de fois désiré : les souffrances ne dureront que quelques instants, et la récompense sera éternelle ».

Après un combat acharné, les pirates envahirent le navire, dont ils se rendirent bientôt les maîtres. Les calvinistes, ivres de joie et de fureur, se précipitèrent sur les prisonniers. Leur commandant fit égorger ceux qui s'étaient le plus énergiquement défendus, et épargna les autres : « Pour ce qui est des jésuites », ajouta-t-il, « tuez, massacrez ces abominables papistes, qui ne vont au Brésil que pour y répandre une fausse doctrine ». Les pirates se ruèrent sur Ignace qui, à leur approche, se tourna vers ses compagnons et leur dit : « Courage, mes frères, donnons courageusement notre vie pour un Dieu qui, le premier, a donné la sienne pour nous ». Un coup de sabre lui fendit le crâne et le renversa sur le pont. Quoique mourant, il eut encore assez de force pour dire : « J'atteste les anges et les hommes que je meurs dans la foi de l'Église catholique, apostolique, romaine, et que je meurs avec joie pour la défense de ses dogmes et de ses pratiques ». Il dit ensuite à ses compagnons : « Réjouissez-vous avec moi de ce qui fait mon bonheur. Espérez une faveur semblable, je ne vous précède que de quelques moments ; aujourd'hui, comme je l'attends de la divine bonté, nous serons tous ensemble dans le ciel ». Comme il tenait serrée entre les mains une image de la sainte Vierge, les pirates s'efforcèrent, mais en vain, de la lui arracher. Ecumants de rage, ils le précipitèrent, encore vivant, au milieu des flots.

Le Père Jacques d'Andrada, accouru, en voyant tomber Ignace, pour lui donner une dernière absolution, fut percé par les hérétiques de vingt coups de poignard et jeté à la mer. Tous les autres prisonniers, à l'exemple de leur supérieur, confessèrent leur foi et furent ensuite tous massacrés et jetés à la mer. Un seul, Jean Sanchez, qui remplissait sur le navire les fonctions de cuisinier, fut épargné par les corsaires, parce qu'ils comptaient sur ses services : ce fut lui qui plus tard fit connaître les détails de la mort des saints Martyrs. Trente-neuf jésuites avaient donné leur vie pour leur Dieu ; mais le nombre des victimes devait être complété. Le neveu du capitaine du Saint-Jacques, qui avait demandé à entrer dans la Compagnie et que le bienheureux Ignace avait admis en qualité de novice, compléta le nombre

des quarante martyrs. Leur bienheureuse mort arriva le 15 juillet 1570.

Le culte public rendu à ces glorieux Martyrs s'étant répandu partout, le pape Pie IX le confirma solennellement le 11 mai 1854.

On représente le bienheureux Ignace d'Azevedo : 1° sur la flotte où il était monté avec ses compagnons pour se rendre au Brésil, et d'où il fut jeté avec eux dans la mer ; 2° encourageant l'équipage en élevant au pied du grand mât une image de la sainte Vierge, peinte par saint Luc. Le pape Pie V la lui avait confié pour la porter au Brésil ; 3° en groupe, avec ses compagnons de martyre.

Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, de la Vie du Bienheureux Ignace d'Azevedo, par le P. de Beauvais, de la Compagnie de Jésus.

Événements marquants

  • Direction du collège de Saint-Antoine à Lisbonne
  • Profession solennelle des quatre vœux en 1565
  • Nomination comme visiteur des missions du Brésil
  • Rencontre avec le pape Pie V à Rome
  • Attaque du navire Saint-Jacques par des pirates calvinistes
  • Massacre et immersion dans les flots près de l'île de Palma

Citations

J'atteste les anges et les hommes que je meurs dans la foi de l'Église catholique, apostolique, romaine, et que je meurs avec joie pour la défense de ses dogmes et de ses pratiques.

— Dernières paroles rapportées par Jean Sanchez