Saint Saturnin, Saint Datif et leurs compagnons

Martyrs en Afrique

Fête : 11 fevrier 4ᵉ siècle • saints

Résumé

Sous le règne des empereurs romains, le prêtre Saturnin, le sénateur Datif et quarante-huit compagnons sont arrêtés à Abytina pour avoir célébré la messe dominicale malgré l'interdiction. Transférés à Carthage, ils subissent d'atroces tortures devant le proconsul Anulinus, affirmant qu'ils ne peuvent vivre sans le Jour du Seigneur. La plupart meurent de misère en prison, devenant les modèles de la fidélité à l'Eucharistie.

Biographie

SAINT SATURNIN, SAINT DATIF,

ET LEURS COMPAGNONS, MARTYRS EN AFRIQUE

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de ses quatre enfants; la moitié devait partager avec lui le martyre, et il laissait l'autre à l'Église, comme un gage destiné à rappeler son nom et son dévouement. L'armée entière des soldats du Seigneur les suivait, avec l'éclat et la splendeur des armes célestes, le bouclier de la foi, la cuirasse de la justice, le casque du salut et le glaive à deux tranchants de la parole sainte. Invincibles sous une telle armure, ils donnaient aux frères l'assurance de leur prochaine victoire. Enfin ils arrivèrent sur le forum de la ville. C'est là qu'ils livrèrent leur premier combat, dans lequel, au jugement même des magistrats, ils enlevèrent la palme d'une glorieuse confession. Sur ce même Forum, le ciel avait combattu pour les Écritures divines, lorsque l'évêque de la cité, Fundanus, avait consenti à les livrer pour être brûlées. Déjà le sacrilège magistrat les avait jetées sur la flamme, quand tout à coup, par un ciel sans nuages, une pluie abondante avait éteint les feux, tandis que la grêle sévissait d'une manière terrible, et les éléments déchaînés ravageaient au loin le pays, après avoir respecté les Écritures du Seigneur.

Ce fut donc dans cette ville que les martyrs du Christ reçurent leurs premières chaînes, qu'ils avaient tant désirées. De là on les dirigea sur Carthage, et pendant toute la route, dans les élans d'une vive allégresse, ils chantaient au Seigneur des hymnes et des cantiques. Quand ils furent arrivés au tribunal d'Anulinus, alors proconsul, ils gardèrent les rangs de leur sainte milice avec courage et fermeté; et les cruelles attaques du démon vinrent se briser contre la constance que le Seigneur leur inspirait.

Mais parce que tous ces soldats du Christ se trouvant réunis étaient trop forts contre la rage du diable, il voulut les appeler l'un après l'autre à des combats singuliers. Ce n'est pas de nous-même, c'est avec les paroles des martyrs que nous voulons vous tracer le récit de ces combats, afin qu'on apprenne à connaître l'audacieuse cruauté de l'ennemi, dans les supplices qui furent inventés et dans ses attaques sacrilèges, et qu'en même temps on loue dans la patience des martyrs et dans leur confession la vertu toute-puissante du Christ notre Seigneur.

L'officier, en les présentant au proconsul, les annonçait comme étant des chrétiens que les magistrats des Abytiniens lui avaient envoyés, parce que, contre les édits des empereurs et des Césars, ils avaient tenu leurs Collectes et célébré les mystères du Seigneur. Le proconsul demanda d'abord à Datif quelle était sa condition dans le monde, et s'il avait tenu des Collectes. Datif confessa qu'il était chrétien, et qu'il avait assisté à des Collectes. Le proconsul insista pour savoir quel était l'auteur de ces réunions saintes, et en même temps il ordonna à l'officier d'étendre Datif sur le chevalet, et de le déchirer avec des ongles de fer. Les bourreaux exécutèrent ces ordres avec un cruel empressement; déjà les flancs du martyr étaient mis à nu et préparés pour la torture; les ongles de fer se dressaient au-dessus de la victime, quand tout à coup le généreux martyr Thélica fendit la foule, et vint se présenter aux supplices. Il criait à haute voix: « Nous aussi nous sommes chrétiens, nous avons fait des réunions ». A ces mots, la fureur du proconsul s'enflamme; il pousse un soupir, et profondément blessé par le trait qui lui déchire le cœur, il fait d'abord frapper de coups vigoureux le martyr du Christ, puis il l'étend sur le chevalet, où les ongles de fer mettent ses membres en lambeaux. Mais au milieu de la rage de ses bourreaux le glorieux martyr Thélica répandait en ces termes devant le Seigneur ses prières, avec l'hommage de sa reconnaissance: « Grâces soient rendues à Dieu! En votre nom, Christ, Fils de Dieu, délivrez vos serviteurs ».

Le proconsul, interrompant cette prière, lui demanda: « Qui donc a été

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avec toi l'auteur de vos réunions ? » — Et le martyr, sans s'émouvoir, au milieu des fureurs de plus en plus cruelles du bourreau, répondit à haute voix : « Le prêtre Saturnin et nous tous avec lui ». Généreux martyr ! il donne à tous le premier rang ! il n'a point nommé le prêtre à l'exclusion des frères ; mais au prêtre il a associé les frères dans les honneurs d'une confession commune. Le proconsul demanda alors Saturnin ; le martyr le lui montra. Ce n'était pas le trahir, puisqu'il le voyait déjà combattre à ses côtés avec lui contre le diable ; mais il voulait prouver au proconsul qu'il avait assisté à une Collecte solennelle des chrétiens, puisqu'un prêtre était avec eux. Cependant le martyr unissait ses prières à son sang ; et, fidèle aux préceptes de l'Évangile, il demandait pardon pour ses ennemis qui mettaient ses chairs en lambeaux. Au milieu des plus cruels supplices, il reprochait à ses bourreaux et au proconsul leur impiété. « Malheureux », s'écriait-il, « vous êtes des injustes ; vous agissez contre Dieu. O Dieu très-haut, vous punirez leurs crimes. Malheureux ! vous péchez, vous agissez contre Dieu. Gardez les préceptes du Dieu très-haut ! Malheureux ! vous commettez l'injustice, vous déchirez des innocents ; car nous ne sommes pas des homicides, nous n'avons commis aucune fraude. O Dieu ! ayez pitié. Je vous rends grâces, Seigneur ! accordez-moi de souffrir pour la gloire de votre nom. Délivrez vos serviteurs de la captivité de ce monde. Je vous rends grâces, et je me sens incapable de vous témoigner ma reconnaissance ». Cependant les ongles de fer plus fortement appliqués imprimaient sur les membres du martyr de plus profonds sillons ; des flots de sang s'échappaient en bouillonnant des mille sources qui leur étaient ouvertes.

A ce moment le proconsul s'écria : « Tu vas enfin commencer à éprouver ce qu'il vous faudra souffrir ». Thélica, qui l'entendit, ajouta sur-le-champ : « Oui, ce qu'il nous faudra souffrir pour arriver à la gloire. Je rends grâces au Dieu des empires. Je le vois, l'empire éternel, l'empire incorruptible. Seigneur Jésus-Christ, nous sommes chrétiens ; c'est vous que nous servons ; vous êtes notre espérance ; vous êtes l'espérance des chrétiens ; Dieu très-saint ! Dieu très-haut ! Dieu tout-puissant ! Pour la gloire de votre nom, nous vous offrons le tribut de nos louanges, Seigneur tout-puissant ! » Au milieu de cette prière, le diable, par la voix du juge, lui ayant dit : « Tu devais garder l'ordre des empereurs et des Césars » ; Thélica, malgré l'épuisement de son corps, lui répondit avec le courage et la constance d'une âme qui se sent victorieuse : « Je n'ai appris qu'une loi, la loi de Dieu ; que m'importent toutes les autres ? C'est elle que je veux garder, pour elle je veux mourir, dans elle je consommerai mon sacrifice ; car en dehors de cette loi il n'y en a pas d'autre ». Ces paroles du glorieux martyr, au milieu de ses supplices, étaient pour Anulinus la plus cruelle des tortures. Enfin, quand il eut assouvi sa rage et sa férocité, il cria : « Arrêtez ! » Puis faisant renfermer le martyr dans une étroite prison, il le réserva à des souffrances plus dignes de lui et de son courage.

Après lui, le Seigneur rappela au combat Datif, qui, du chevalet sur lequel il était resté étendu, avait contemplé de près le généreux combat de Thélica. Comme il répétait souvent et à haute voix qu'il était chrétien, et qu'il avait fait une réunion, on vit tout à coup sortir de la foule Fortunatien, le frère de la très-sainte martyre Victoria. C'était un grand personnage, revêtu des honneurs de la toge, mais qui jusqu'alors était demeuré l'ennemi de la religion chrétienne. Il n'avait cessé d'attaquer par des paroles impies le martyr étendu sur le chevalet. « Seigneur », disait-il au proconsul, « c'est lui qui, profitant de l'absence de notre père, et lorsque nous-

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même nous étions retenus ici pour nos études, c'est lui qui a séduit notre sœur Victoria, et qui l'a entraînée avec lui loin des splendeurs de Carthage, jusqu'à la colonie d'Abyrina, accompagnée des deux vierges Restituta et Secunda. Jamais il n'était entré dans notre demeure, si ce n'est quand, par de perfides insinuations, il avait cherché à corrompre l'esprit de ces jeunes filles ». Mais l'illustre martyre du Seigneur, la grande Victoria, ne put souffrir qu'un serviteur de Dieu, son collègue et son compagnon de martyre, fût injustement accusé. Aussitôt elle fend la foule, et avec une liberté toute chrétienne : « Aucun conseil », dit-elle, « n'a décidé mon départ, et je ne suis point venue avec lui dans Abytina. Je puis le prouver par le témoignage des habitants. J'ai tout fait de moi-même et en toute liberté. J'ai célébré les mystères du Seigneur avec les frères, parce que je suis chrétienne ». Alors l'impudent avocat se mit à entasser sur le martyr les plus infâmes accusations : mais du haut de son chevalet le généreux athlète les détruisait par la force de la vérité.

Cependant Anulinus, enflammé de colère, ordonne qu'on ait recours une seconde fois aux ongles de fer. Aussitôt les bourreaux mettent à nu les flancs de leur victime ; et, quand ils les ont préparés pour leurs ongles de fer, ils commencent à sévir par de sanglantes blessures. Leurs cruelles mains semblent voler plus rapides que la voix emportée qui les commande. Ils déchirent la peau, arrachent les entrailles, et, par une atroce barbarie, ils mettent à découvert les mystères du cœur que la poitrine recèle. Au milieu du certerfaire, l'âme du martyr demeurait immobile, ses membres se rompaient, ses entrailles étaient répandues, ses flancs en lambeaux s'épuisaient, mais son cœur demeurait entier et inébranlable. Datif, autrefois sénateur, se souvient de sa dignité, et sous les coups d'un bourreau furieux il adresse à Dieu cette prière : « O Seigneur, ô Christ, que je ne sois pas confondu ! » Le bienheureux martyr mérita d'être exaucé, et l'effet fut aussi prompt que la prière avait été courte.

Bientôt le proconsul, violemment ému, s'écrie : « Arrêtez ! » et il s'élance de son tribunal. Aussitôt les bourreaux ont cessé ; il n'était pas juste que le martyr du Christ fût puni dans une cause qui regardait la seule Victoria, sa compagne dans le martyre. Cependant un cruel délateur, Pompéianus, apporte contre lui d'infâmes soupçons ; il ajoute à la cause du martyre d'odieuses calomnies : mais le bienheureux, le repoussant avec mépris : « Démon », lui dit-il, « que viens-tu faire en ces lieux ? Quels nouveaux efforts viens-tu tenter contre les martyrs du Christ ? » L'autorité du sénateur, la puissance du martyr triomphèrent de l'influence et des fureurs de l'avocat. Mais il fallait que l'illustre athlète fût une seconde fois soumis à la torture pour le Christ. On lui demanda s'il avait assisté à la réunion ; il répondit constamment qu'il était survenu pendant que la réunion se faisait, qu'il avait en conséquence célébré les mystères du Seigneur dans la société de ses frères, avec le zèle que la religion exige, mais que du reste il n'avait pas été la cause unique de la réunion. Cette réponse excita plus violemment que jamais la fureur du proconsul. Dans cette recrudescence de barbarie, les ongles de fer du bourreau se chargèrent d'imprimer sur le corps du martyr le double caractère de sa gloire. Mais Datif, au milieu de ces nouveaux supplices, plus terribles encore, répétait son ancienne prière : « Je vous le demande, ô Christ », disait-il, « que je ne sois pas confondu. Qu'ai-je fait ? Saturnin est notre frère ».

Tandis que, sans autre guide que leur rage, les bourreaux durs et impitoyables lui déchiraient les flancs, on appelle au combat le prêtre Saturnin.

Ravi dans la contemplation du royaume céleste, il n'avait considéré les tourments de ses frères que comme quelque chose de léger et de peu effrayant. C'est dans ces dispositions qu'il commença la lutte. Le proconsul lui dit : « Contre les ordres des empereurs et des Césars, tu n'as pas craint de réunir tous ces hommes ? » Le prêtre Saturnin, avec l'inspiration de l'Esprit-Saint, répondit : — « Nous avons célébré les mystères du Seigneur en toute aisance ». — « Pourquoi ? » — « Parce qu'il n'est pas permis de suspendre les mystères du Seigneur ». A peine eut-il achevé, que le proconsul le fit aussitôt attacher à côté de Datif. Cependant Datif voyait voler les lambeaux de sa chair, plutôt comme un spectateur que comme une victime capable de plaintes. L'esprit et le cœur appliqués au Seigneur, il ne comptait pour rien les douleurs du corps. Seulement il adressait cette prière à Dieu : « Venez à mon aide, je vous en conjure, ô Christ ! ayez compassion de vos enfants. Sauvez mon âme ; gardez mon esprit, et que je ne sois pas confondu. Je vous le demande, ô Christ ! donnez-moi la force de souffrir ». Puis le proconsul lui dit : « Dans cette grande cité, vous deviez user de votre influence pour rappeler les hommes à des sentiments meilleurs, et ne pas violer sans raison l'édit des empereurs et des Césars ». Mais Saturnin criait avec plus de force et de constance : « Je suis chrétien ». A ces paroles le diable demeura vaincu ; le proconsul dit : « Arrêtez ! » En même temps il fit jeter Datif en prison, et le réserva pour un martyre plus digne de son courage.

Cependant le prêtre Saturnin, que le sang des martyrs avait baigné jusqu'au jour de l'errance, s'aimait fortifié dans la foi de ceux dont le sang l'inondait encore. Interrogé donc s'il était l'auteur de la réunion, si lui-même l'avait formée, il répondit : « Oui, j'étais présent à cette réunion ». Alors le lecteur Emérite s'élance au combat pour combattre avec son prêtre. « C'est moi », dit-il, « qui suis le coupable ; c'est dans ma maison que se sont faites les réunions ». Le proconsul, déjà tant de fois vaincu, trembla devant l'impétueuse ardeur d'Emérite ; cependant il eut la force de se tourner vers le prêtre, et il lui dit : — « Pourquoi agissais-tu contre le décret de l'empereur ? » Saturnin répondit : — « Le jour du Seigneur ne doit jamais s'omettre ; ainsi le veut la loi ». Le proconsul continua : — « Cependant tu ne devais pas mépriser la défense des empereurs ; il fallait l'observer et ne rien faire contre leurs ordres ». La sentence contre les martyrs était arrêtée depuis longtemps ; il donna l'ordre aux bourreaux de sévir, et fut obéi sur-le-champ avec un empressement cruel. Tous ensemble se ruèrent sur le corps d'un vieillard, d'un prêtre.

Bientôt, dans leur rage qui grandit toujours, ils ont brisé tous ses nerfs ; ils déchirent alors ses membres dans d'affreux supplies d'un genre nouveau, et que la barbarie a pu seule inventer contre le prêtre de Dieu. Vous eussiez vu ces bourreaux se jeter sur leur victime comme sur une proie livrée à l'insatiable faim qui les provoque à multiplier les blessures. Ils mettent à nu ses entrailles, et la foule voit paraître avec horreur les os du martyr au milieu des flots d'un sang vermeil. Alors le prêtre craignit lui-même qu'au milieu des longs retards de la torture, son âme ne vînt à abandonner son corps pendant la suspension des supplies, et il fit à Dieu cette prière : « Je vous en conjure, ô Christ, exaucez-moi. Je vous rends grâces, ô mon Dieu ! ordonnez que j'aie la tête tranchée. Je vous en conjure, ô Christ, ayez pitié de moi. Fils de Dieu, secourez-moi ». Mais le proconsul qui l'avait entendu lui disait : — « Pourquoi agissais-tu contre l'édit ? » Et le prêtre répondait : — « La loi le veut ainsi ; c'est ainsi que la loi l'ordonne ». O réponse admi-

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rable et vraiment sublime d'un prêtre et d'un docteur digne de toutes nos louanges ! même au milieu des tourments, il proclame la sainteté de la loi divine, et pour elle il affronte tous les supplices. Le nom de loi a effrayé Anulinus : « Arrêtez ! » crie-t-il aux bourreaux. Et il le relègue dans le cachot de la prison, le réservant au supplice qu'il ambitionnait.

Alors il fit approcher Emérite et lui dit : — « Est-ce bien dans ta maison que se sont faites les réunions contre les édits des empereurs ? » Emérite, tout inondé des grâces de l'Esprit-Saint, répondit : — « Oui, c'est dans ma maison que nous avons célébré le jour du Seigneur ». — « Pourquoi leur permettais-tu d'entrer ? » — « Parce que ce sont mes frères, et que je ne pouvais les empêcher ». — « Cependant tu le devais ». — « Je ne le pouvais pas, parce que nous ne pouvons pas vivre sans célébrer le jour du Seigneur ». Le proconsul aussitôt le fit étendre sur le chevalet, puis soumettre à une cruelle torture. On avait renouvelé les bourreaux pour que les atteintes fussent plus vigoureuses. Quant à Emérite, il priait ainsi : « Je vous en conjure, ô Christ, secourez-moi. Malheureux, vous agissez contre les préceptes du Seigneur ». Mais le proconsul en l'interrompant disait : — « Tu ne devais pas les recevoir ». — « Je ne pouvais pas ne point recevoir mes frères ». — « L'ordre des empereurs et des Césars était antérieur ». — « Dieu est plus grand que les empereurs. Je vous prie, ô Christ ! je vous paie mon tribut de louanges, ô Seigneur, ô Christ ! donnez-moi de souffrir ». Au milieu de ce prière, le proconsul lui jeta cette question : — « Tu as donc quelques Écritures dans ta maison ? » — « Oui, je les ai, mais dans mon cœur ». — « Les as-tu dans ta maison, oui ou non ? » — « C'est dans mon cœur que je les ai. Je vous prie, ô Christ ! à vous mes louanges ! délivrez-moi, ô Christ ! c'est pour votre nom que je souffre. Je souffre pour un moment, je souffre de bon cœur ; ô Seigneur, ô Christ, que je ne sois pas confondu ! » Aux paroles du saint confesseur, le proconsul dit : « Arrêtez ! » et il rédigea un mémoire sur la profession de foi du martyr, ainsi que sur celle de ses compagnons, ajoutant : « Vous serez punis tous selon vos mérites, et selon la profession de foi que vous aurez faite ».

Cependant déjà la rage du monstre, rassasiée par les tourments des martyrs, commençait à s'apaiser, quand un chrétien nommé Félix, qui tout à l'heure allait trouver dans les supplices la vérité de son nom, se présenta pour le combat. La légion entière des soldats du Seigneur était là, toujours inattaquable, toujours invincible. Le tyran, le cœur abattu, la voix sans énergie, l'âme et le corps sans vigueur, leur dit à tous : « J'espère que vous du moins vous serez assez sages pour choisir la vie, en observant les édits ». Les confesseurs du Seigneur, les invincibles martyrs du Christ, lui dirent tout d'une voix : « Nous sommes chrétiens ; nous ne pouvons pas ne pas garder la loi sainte du Seigneur, jusqu'à l'effusion de tout notre sang ».

Anulinus, confondu par cette simple parole, fit frapper Félix à coups de bâton ; et bientôt le martyr achevant sa passion glorieuse au milieu du supplice, rendit l'âme et s'envola vers le tribunal du grand Roi, pour se réunir aux chœurs des Bienheureux. Mais il est immédiatement suivi d'un autre Félix qui devait lui être en tout semblable, et par le nom, et par la profession de sa foi, et par le martyre. Descendu dans la lice avec le même courage, il fut brisé comme lui sous le bâton : comme lui il exhala son âme dans les supplices, et mérita ainsi de partager la gloire des premiers martyrs.

Après lui la lutte fut continuée par Ampélius, le gardien de la loi, le conservateur très-fidèle des divines Écritures. Le proconsul lui ayant demandé s'il avait assisté à la réunion, il répondit avec joie, sans crainte et

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d'une voix assurée : « Oui, j'ai assisté aux réunions avec mes frères, j'ai célébré le jour du Seigneur, et je conserve avec moi les Ecritures, mais gravées dans mon cœur ; ô Christ, je vous rends grâces ; exaucez-moi, ô Christ ! » A peine avait-il achevé, qu'on le frappa à la tête, et on le fit reconduire en prison avec les autres frères. Il s'y rendit avec joie, comme si on l'eût introduit dans le tabernacle du Seigneur, Vint ensuite Rogatien, qui, ayant lui aussi confessé le nom du Seigneur, fut réuni aux frères dont nous venons de parler, sans passer auparavant par aucune torture. Puis Quintus, qui rendit un noble et glorieux témoignage au nom du Seigneur. Après avoir été frappé à coups de bâton, il fut jeté en prison et réservé pour un martyre plus digne de son courage. Maximien le suivait ; généreux comme lui dans sa confession, il partagea sa gloire dans les combats, et mérita comme lui les triomphes de la victoire. Après lui vint Félix le jeune, qui proclamait à haute voix que les mystères du Seigneur sont l'espérance et le salut des chrétiens. Et tandis qu'on le frappait, ainsi que les autres, à coups de bâton, il disait : « J'ai de toute la ferveur de mon âme célébré les mystères du Seigneur ; j'ai assisté aux réunions avec les frères, parce que je suis chrétien ». Par cette confession il mérita d'être réuni aux autres frères.

Cependant le jeune Saturnin, digne fils du saint martyr le prêtre Saturnin, s'avance avec empressement pour le combat qu'il ambitionne ; il est noblement impatient d'égaler les glorieuses vertus de son père. Le proconsul en fureur, et cédant au démon qui l'inspire, lui dit : — « Et toi aussi, Saturnin, tu as assisté aux réunions ? » — « Je suis chrétien ». — « Ce n'est pas ce que je te demande ; mais si tu as pris part aux mystères du Seigneur ». — « Oui, j'ai pris part à ces mystères, car le Christ est mon Sauveur ». A ce nom de Sauveur, Anulinus s'enflamma et fit relever pour le fils le chevalet du père. Quand on y eut étendu Saturnin : — « Eh bien ! maintenant », lui disait Anulinus, « quelle est ta foi ? Tu vois en quel état tu es réduit. As-tu les Ecritures ? » — « Je suis chrétien ». — « Je te demande si tu as assisté à vos réunions, si tu conserves les Ecritures ? » — « Je suis chrétien. Il n'y a pas, après le nom du Christ, un autre nom que nous devions adorer comme divin ». — « Puisque tu persévères dans ton obstination, il faut que tu sois soumis à la torture. Réponds, as-tu quelques-unes des Ecritures ? » Puis il dit aux bourreaux : « Frappez-le ». Ceux-ci, déjà lassés des coups dont ils avaient déchiré le père, se jetèrent cependant avec rage sur les flancs de ce jeune adolescent, et ils mêlèrent le sang du fils au sang du père, encore humide sur leurs ongles cruels. Alors vous eussiez vu, le long des profondes blessures qui ouvraient les flancs du jeune Saturnin, couler les flots d'un sang qui ne démentait pas son origine ; mais celui du père se confondait avec celui du fils sur les instruments de torture. Dans ce mélange sacré le jeune martyr sembla recouvrer de nouvelles forces ; il sentait moins la douleur ; le sang de son père était un remède à ses blessures. Alors d'une voix puissante on l'entendit s'écrier : « Je conserve les Ecritures du Seigneur, mais dans mon cœur. Je vous en conjure, ô Christ ! donnez-moi la patience ; mon espérance est en vous ». Anulinus dit : — « Pourquoi agissiez-vous contre l'édit ? » — « C'est parce que je suis chrétien ». Le proconsul, entendant cette parole, dit aux bourreaux ! « Arrêtez ! » Aussitôt on suspendit la torture ; et Saturnin fut conduit dans la compagnie de son père.

Cependant la nuit précipitait les heures, et le jour tendait à son déclin. La torture dut cesser avec le soleil ; la sombre rage des bourreaux était tombée ; elle languissait, comme avait langui la cruauté du juge. Mais les autres soldats du Seigneur, sur lesquels le Christ faisait luire dans son éclat

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divin l'éternelle lumière, s'élançaient toujours avec plus de courage et de constance. Alors l'ennemi de Dieu se sent vaincu par les glorieux combats de tant de martyrs; toutes ses attaques terribles ne lui ont préparé que des défaites; le jour l'abandonne, la nuit le saisit, la rage de ses bourreaux cède elle-même à la fatigue qui l'épuise: il n'a plus la force de recommencer avec chacun des athlètes une lutte trop inégale; il essaiera donc d'interpeller à la fois l'armée entière des martyrs, et de mettre leur dévouement à l'épreuve d'un nouvel interrogatoire. « Vous avez vu », leur dit-il, « ce qu'ont eu à souffrir ceux qui ont persévéré, et ce qu'il leur faudra souffrir encore, s'ils s'obstinent dans leur profession de foi. Tous ceux donc, parmi vous, qui veulent mériter leur pardon et avoir la vie sauve, doivent renoncer hautement à leur foi ». A ces paroles, les confesseurs du Christ, les glorieux martyrs du Seigneur, sont saisis d'un joyeux transport. Ce ne sont point les promesses du proconsul qui les animent, c'est l'Esprit-Saint qui leur a montré la victoire dans les souffrances. Ils élèvent la voix avec plus d'énergie que jamais, et s'écrient tous ensemble: « Nous sommes chrétiens ». Ces seuls mots ont terrassé le diable; Anulinus est ébranlé dans sa résolution; il est confondu, et fait jeter en prison les bienheureux confesseurs; c'est là qu'ils attendront le martyre.

Les femmes, toujours avides de sacrifice et de dévouement, le glorieux chœur des vierges saintes ne devait pas être privé des honneurs de ce grand combat; toutes, avec l'aide du Christ, ont combattu dans notre Victoria et triomphé avec elle. Victoria, en effet, la plus sainte des femmes, la fleur des vierges, l'honneur et la gloire des confesseurs, grande par sa naissance, plus grande encore par sa religion et sa sainteté, le modèle de la tempérance, en qui les grâces de la nature étaient relevées par l'éclat de la pudeur, et chez qui s'alliaient à la beauté du corps la vraie beauté de l'âme, la foi et la perfection de la sainteté, Victoria se réjouissait de trouver dans le martyre la seconde palme que son cœur ambitionnait. Dès son enfance on avait vu briller en elle les signes éclatants de la pureté; dans les années de l'inexpérience on avait admiré chez elle les chastes rigueurs d'une âme généreuse, unies d'avance à cette majesté que donne le martyre. Enfin, lorsqu'elle eut atteint l'âge où la virginité reçoit sa perfection, et que ses parents voulaient malgré ses refus et ses résistances lui donner un époux, afin d'échapper aux mains des ravisseurs, la jeune fille s'était réfugiée dans les profondeurs de la terre; mais le souffle de l'Esprit-Saint la protégeait, et la terre lui donna asile. Elle n'eût jamais souffert pour le Christ son maître, si elle fût morte dans cette circonstance, par le seul motif de sauver sa pudeur.

Ainsi délivrée des flambeaux de l'hymen, après avoir déjoué les pièges de ses parents et de son fiancé, au milieu, pour ainsi dire, d'un nombreux concours réuni pour ses noces, vierge pure et sans tache, elle s'était envolée vers la demeure de la chasteté, vers le port de la pudeur, l'Église. Là elle avait consacré à Dieu son corps dans une perpétuelle virginité, et lui avait dédié en témoignage sa chevelure, comme l'offrande sainte d'une pudeur que rien ne devait ébranler.

Elle accourait donc aujourd'hui au martyre, tenant dans sa main la palme du triomphe unie à la fleur de la chasteté. Interrogée par le proconsul quelle était sa foi, elle répondit d'une voix claire: « Je suis chrétienne ». Son frère Fortunatien, personnage revêtu de la toge romaine, se portait pour son défenseur, et cherchait à montrer par de vains arguments que sa sœur avait perdu l'esprit. Victoria répondit: — « Mon esprit n'est point altéré; jamais je n'ai changé ». — « Veux-tu retourner avec Fortunatien ton

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frère ? » — « Non, je ne le veux pas ; je suis chrétienne. Mes frères, ce sont ces hommes qui gardent les préceptes de Dieu ». En entendant cette réponse, Anulinus déposa son autorité de juge, pour descendre auprès de cette jeune fille à des tentatives de persuasion : — « Songe à toi, lui disait-il ; tu vois la sollicitude de ton frère pour te sauver ». — « Non, mon esprit n'est point altéré ; jamais je n'ai changé. J'ai assisté à nos réunions, j'ai célébré le jour du Seigneur avec les frères, parce que je suis chrétienne ». A ces paroles, Anulinus entra en fureur ; il fit reléguer en prison, avec tous les autres, la très-sainte martyre du Christ, et leur réserva à tous l'honneur des mêmes souffrances que leur maître.

Cependant Hilarion restait seul ; c'était un des enfants du prêtre martyr Saturnin, qui devançait, par les ardeurs de sa dévotion, la faiblesse de son âge. Empressé de partager les triomphes de son père et de ses frères, non-seulement il ne trembla pas devant les cruelles menaces du proconsul ; il sut encore les confondre et les réduire à néant. Comme on lui disait : « As-tu suivi ton père et tes frères ? » aussitôt de ce petit corps sortit une voix déjà pleine d'énergie. La poitrine de l'enfant s'était dilatée tout entière pour laisser échapper cette noble réponse : « Je suis chrétien, et c'est de moi-même et de ma libre volonté que j'ai assisté à nos réunions avec mon père et mon frère ». C'était encore la voix du père, du martyr Saturnin qui retentissait par la bouche de son tendre fils ; c'était la langue d'un frère animé par l'exemple de son frère, et qui rendait hommage au Christ notre Seigneur. Mais l'aveugle proconsul ne comprenait pas qu'il avait contre lui non plus des hommes, mais Dieu lui-même qui combattait dans ses martyrs ; il ne sentait pas, dans l'âge tendre d'un enfant, le courage surhumain qui l'animait. C'est pourquoi il se flattait d'épouvanter Hilarion par les châtiments réservés à son âge. « Je couperai ta chevelure », lui disait-il, « et le nez et le bout des oreilles, et je te renverrai ainsi mutilé ». A ces menaces, le jeune Hilarion, saintement fier des vertus de son père et de ses frères, et qui déjà avait appris de ses ancêtres à mépriser les tourments, s'écria en élevant la voix : « Fais tout ce que tu voudras, je suis chrétien ». Aussitôt l'ordre fut donné de le jeter en prison, et l'on entendit la voix d'Hilarion s'écrier, au comble de la joie : « Grâces soient rendues à Dieu ! » C'est donc là, dans cette prison, que s'acheva la lutte du grand combat, là que le diable fut terrassé et vaincu, là que les martyrs commencèrent à se réjouir dans d'éternelles actions de grâces, en songeant à la gloire qu'allaient leur procurer les souffrances du Christ.

Tous moururent dans cette prison, excepté deux qui avaient succombé sous les coups. La faim, le froid, la soif, la pesanteur des chaînes, l'infection du lieu, tous les genres de misère leur avaient procuré un martyre plus obscur, mais pas moins méritoire que le martyre sanglant que l'on souffre dans l'amphithéâtre ou sur la place publique.

Paronius, D. Balnart, Acta Sanctorum.

11 FÉVRIER.

Événements marquants

  • Célébration illégale des Collectes (mystères du Seigneur) à Abytina malgré les édits impériaux
  • Arrestation par les magistrats des Abytiniens
  • Transfert à Carthage devant le proconsul Anulinus
  • Interrogatoires et tortures sur le chevalet avec des ongles de fer
  • Emprisonnement et mort par privations (faim, soif, froid) ou sous les coups

Miracles

  • Pluie abondante et grêle éteignant le feu des Écritures brûlées par le magistrat

Citations

Nous ne pouvons pas vivre sans célébrer le jour du Seigneur.

— Emérite, lors de son interrogatoire

Je n'ai appris qu'une loi, la loi de Dieu ; que m'importent toutes les autres ?

— Thélica

Date de fête

11 fevrier

Époque

4ᵉ siècle

Décès

11 Février (IVe siècle) (martyre)

Autres formes du nom

  • Saturninus (la)
  • Dativus (la)

Prénoms dérivés

Saturnin, Datif, Thélica, Emérite, Félix, Ampélius, Rogatien, Quintus, Maximien, Hilarion, Victoria

Famille

  • Saturnin (le prêtre) (père de Saturnin le jeune et Hilarion)
  • Saturnin le jeune (fils du prêtre Saturnin)
  • Hilarion (fils du prêtre Saturnin)
  • Fortunatien (frère de Victoria)
  • Victoria (sœur de Fortunatien)