Saint Sébastien (Défenseur de l'Église)

Martyr, Défenseur de l'Église

Fête : 20 janvier 3ᵉ siècle • saint

Résumé

Officier de haut rang dans la garde prétorienne à Rome, Sébastien utilise sa position pour soutenir les chrétiens persécutés. Condamné par Dioclétien, il survit miraculeusement à un premier martyre par flèches avant d'être assommé à mort dans l'hippodrome. Il est l'un des saints les plus invoqués contre la peste depuis le VIIe siècle.

Biographie

SAINT SÉBASTIEN, MARTYR

SURNOMMÉ LE DÉFENSEUR DE L'ÉGLISE

Mon cher lecteur, la grande figure de saint Sébastien se dresse devant nous comme un chêne majestueux; après l'avoir longtemps admiré, vous vous dites : Je voudrais bien avoir dans mon pare un arbre semblable! — Vous ne le pouvez pas; mais ce que vous pouvez, c'est prendre une touffe de feuilles et vous en orner. Et avant tout, apprenons de saint Sébastien à défendre courageusement par nos discours la doctrine de Jésus-Christ. A. Svou.

Narbonne et Milan, deux villes très-célèbres, se disputent saintement l'honneur d'avoir vu naître le glorieux martyr saint Sébastien. Mais il est aisé d'accorder ce différend, car ce grand Saint appartient à toutes les deux; à Narbonne, parce que son père en était, et que c'est là qu'il a pris naissance; et à Milan, parce que sa mère était Milanaise, et qu'il a été nourri et élevé dans cette ville.

Sébastien fut assez heureux pour recevoir une éducation chrétienne. Il n'oublia point, dans la profession des armes qu'il avait embrassée sous l'empereur Carus et ses successeurs, de mettre en pratique les leçons de foi et de vertus apprises dans sa jeunesse. Les empereurs Dioclétien et Maximien l'honorèrent de leur estime et de leur affection, et Sébastien devint capitaine de la première compagnie de la garde prétorienne, charge qui ne se donnait qu'à de grands seigneurs et à des personnes fort illustres. Quand Dioclétien faisait quelque séjour à Rome, il prenait plaisir à s'entretenir familièrement avec son capitaine des gardes et à l'employer à son service. Sébastien était chrétien de cœur et d'affection, quoiqu'il ne fît pas extérieurement profession du christianisme, parce que, voyant plusieurs personnes faibles se laisser emporter par le torrent de cette persécution que Maximien avait suscitée, il crut qu'il était expédient, pour le service de Dieu, qu'il se tînt caché, afin de pouvoir secourir ses frères avec plus de facilité, jusqu'à ce qu'il fût temps de se découvrir et de mourir avec eux. Cependant il s'employait à visiter ceux qui étaient prisonniers pour Jésus-Christ, à pourvoir à leurs nécessités, à leur donner courage dans leurs tourments, et à retenir ceux qui étaient près d'être abattus, assurant ainsi au Sauveur les âmes que l'ennemi s'efforçait de lui ravir. Parmi les chrétiens à qui saint Sébastien conserva la vie de la grâce par ses paroles, il y eut deux chevaliers romains, nommés Marc et Marcellien, frères jumeaux, enfants de Tranquillin et de Marcia, personnes de haute qualité et possédant de grandes richesses; ces deux frères étant arrêtés prisonniers pour la confession de la foi, Sébastien les alla visiter dans la prison et leur représenta qu'il ne fallait rien craindre, pas même la mort, pour le service de Celui qui est la vie éternelle. La sentence de mort avait été donnée contre eux s'ils ne sacrifiaient aux dieux; mais comme c'étaient des personnes de condition, leurs parents, leurs femmes et leurs amis firent tant près des juges que l'exécution fut différée pour quelques jours, durant lesquels ils espéraient persuader à ces deux frères d'obéir au commandement de l'empereur. Ils eurent trente jours de délai pour se résoudre, et cependant on leur assigna pour prison la maison de Nicostrate, premier secrétaire de la préfecture de Rome et mari de sainte Zoé. Il est impossible de s'imaginer les diligences qui furent faites et les artifices qui furent employés pour ébranler leur courage. Les autres seigneurs de la cour, avec qui ils avaient pris autrefois mille divertissements, leur remettaient devant les yeux les plaisirs, les richesses et les dignités dont ils pouvaient jouir en gens d'honneur, sans perdre la vie, leurs femmes et leurs enfants, sans affliger la vieillesse de leurs parents par un regret capable de les mettre au tombeau. Leur mère, Marcia, leur représentait les douleurs qu'elle avait souffertes en les mettant tous deux au monde, la peine qu'elle avait eue à les nourrir et à les élever, et les soins qu'elle avait pris pour les marier avantageusement; elle se plaignait qu'en récompense de tant de biens ils lui voulussent faire perdre la vie; car il lui serait difficile de survivre si elle les voyait exécuter à mort. Tranquillin, leur père, chargé d'années et affligé des douleurs de la goutte, s'efforçait de les émouvoir non par ses paroles, mais par ses larmes et ses sanglots, les embrassant comme ses bien-aimés enfants avec tous les transports de l'amour paternel. À ces assauts succédaient les attaques de leurs femmes, les cris de leurs petits enfants, si propres à percer le cœur de ces pères qui, nobles et riches, ressentaient si sensiblement leur douleur qu'à peine pouvaient-ils résister à tant de pressantes poursuites.

Sébastien se rencontra à ce combat, et, selon sa coutume, il faisait bonne mine et ne donnait point à connaître ce qu'il était. Voyant le péril où se trouvaient les deux soldats de Jésus-Christ attaqués de tous côtés, il crut qu'ils avaient besoin de secours et qu'il était temps de paraître et de parler, pour empêcher que le père du mensonge ne demeurât vainqueur, à la honte et à la confusion des chrétiens. Il se tourna donc vers les deux prisonniers et leur tint ce discours : « O braves soldats du Roi des rois Jésus-Christ, tenez bon en ce combat, et ne vous laissez pas vaincre par vos ennemis, quoique vous les voyiez en si grand nombre; que les femmes soient gagnées par les larmes, que les lâches soient vaincus par l'appréhension de la mort; mais que cela ne fasse point d'impression sur vous, et que votre cœur ne soit point ébranlé par les pleurs de vos parents, non plus que par les cris et les plaintes de vos enfants; celui qui est résolu d'obéir à Dieu ne peut recevoir de mal qu'en apparence de ceux qui attentent à sa vie; et quiconque aspire à la gloire et à la félicité éternelles méprise l'honneur de la terre. Faites voir à tous vos parents, à vos alliés et à vos amis qui sont ici, que le véritable soldat de Jésus-Christ résiste aisément, avec le bouclier de la foi vive et le feu de la charité, aux lâches attaques du plaisir, aux rudes coups des tourments et à l'horreur épouvantable de la mort, quand ils le veulent détourner de l'amour qu'il doit avoir pour la croix, et pour Celui qui l'a choisie en faveur de notre rédemption. Vous êtes réduits au point, ou de perdre tous ceux qui sont ici, ou de vous perdre vous-mêmes en perdant Jésus-Christ. N'est-ce pas lui qui vous a fait confesser son nom jusqu'à présent? N'est-ce pas pour l'amour de lui et avec le secours de sa grâce que vous êtes restés si longtemps en prison et que vous avez enduré tant de tourments et tant de peines? Quoi ! ne saviez-vous pas que votre mort devait attrister vos parents, vos femmes et vos enfants? et néanmoins vous avez passé par-dessus tout cela pour la gloire éternelle. Serait-il possible que les larmes pussent vaincre à cette heure ce qui a été jusqu'ici invincible aux tourments et aux douleurs, pour donner sujet aux Gentils de se moquer de votre constance qu'ils appellent obstination, en vous voyant si lâchement vaincus et pervertis? Non, non, l'amour des vôtres n'aura point le pouvoir de vous faire perdre ce que vous avez gagné au prix de votre liberté et de votre sang ». Puis, se tournant vers les assistants, il leur dit : « Ne permettez pas que, pour une vie si faible et si trompeuse, ces chevaliers perdent le ciel; ne vous opposez point à l'esprit divin, qui leur fait mépriser la vanité. Ne vous affligez pas de ce qu'ils se séparent de vous, puisque c'est pour vous frayer le chemin et vous faire connaître et aimer la vérité par laquelle vous leur serez unie éternellement dans le paradis promis aux chrétiens et où se découvre la source inépuisable de la vie toujours heureuse. C'est pourquoi essuyez vos larmes et accompagnez joyeusement le triomphe de ces saints Martyrs, par le mérite desquels vous serez peut-être quelque jour éclairés ».

Tandis que ce généreux serviteur de Jésus-Christ parlait de la sorte, une brillante lumière descendit dans la prison et remplit de joie et d'admiration tous les assistants. Au milieu de cette clarté, Notre-Seigneur apparut avec sept anges qui le suivaient et lui rendaient hommage; et cet aimable Sauveur, s'approchant de Sébastien, lui donna le baiser de paix et lui dit : « Tu seras toujours avec moi ». Tout ceci arriva en la maison de Nicostrate, où les deux frères prisonniers avaient été conduits. Sa femme, appelée Zoé, devenue muette à cause d'une grande maladie qui lui avait duré six ans, entendit fort bien tout ce que saint Sébastien disait, et de plus, elle vit les anges et la lumière descendus en faveur du glorieux soldat de Jésus-Christ, ce qui fut cause qu'elle se prosterna à ses pieds, lui faisant connaître, par signe et le mieux qu'elle put, qu'elle voulait être chrétienne et qu'elle lui demandait le Baptême. Le Saint, ayant su que Zoé ne pouvait parler depuis sa maladie, lui dit : « Si je suis serviteur de Jésus-Christ, si tout ce que je dis est véritable, que le même Seigneur Jésus-Christ vous guérisse, qu'il délie votre langue et vous rende la parole ». Disant cela, il fit le signe de la croix sur la bouche de la muette qui au même temps commença à parler, à louer Notre-Seigneur et à remercier Sébastien de la grâce qu'elle avait reçue.

Par un miracle si évident, Nicostrate fut converti à la foi de Jésus-Christ et se jeta aux pieds de ces bienheureux frères, les suppliant de se vouloir retirer chacun en leur maison et de lui pardonner s'il les avait retenus si longtemps en la sienne, parce qu'il était aveugle et qu'il ne connaissait pas la vérité; il les assura que, pour lui, il s'estimera fort heureux d'être pris, tourmenté et mis à mort pour leur avoir rendu la liberté. Tranquillin et Marcia, avec les femmes et les enfants de Marc et de Marcellien, touchés de ce qu'ils avaient entendu et vu, changèrent aussi d'avis et embrassèrent la religion chrétienne. Ils fondaient tous en larmes; mais ces larmes sortaient d'un autre cœur et d'une autre source que les premières. Et la très-heureuse fin de ce spectacle fut que Nicostrate et Zoé demandant le baptême, Sébastien leur enjoignit d'amener premièrement, en la chambre, tous les autres prisonniers qui étaient détenus pour des crimes, afin qu'ils entendissent la parole de Dieu et que ceux qui la recevraient participassent aux mystères sacrés de notre sainte foi et au prix de notre rédemption.

Claude, qui était greffier criminal, ayant congédié les ministres de la justice, amena les prisonniers, et Nicostrate les présenta tout enchaînés à Sébastien qui leur proposa des raisonnements si forts et des preuves si convaincantes que, Dieu leur ouvrant le cœur par les lumières de son Saint-Esprit, la vérité y entra : ils connurent les erreurs de leur vie passée et l'aveuglement de l'idolâtrie; ils se convertirent à la foi de Jésus-Christ et demandèrent pardon de leurs fautes. Il y en eut soixante-quatre qui se firent ainsi chrétiens à la parole de Sébastien, savoir : Tranquillin, sa femme, ses brus, ses petits-enfants et leurs amis; Nicostrate, sa femme et sa famille qui était composée de trente-trois personnes; et seize malfaiteurs qui avaient été amenés de la prison. Polycarpe, prêtre de Jésus-Christ, les baptisa tous, après avoir jeûné ce jour-là jusqu'à la nuit et offert à Notre-Seigneur un sacrifice d'oraison et de louanges. Sébastien fut le père spirituel et le parrain de tous ces nouveaux fidèles. Parmi ceux qui furent baptisés, il y avait quelques malades qui furent guéris par la vertu du saint Baptême; entre autres Tranquillin, qui, depuis onze ans, était tourmenté de la goutte, et deux enfants du greffier Claude, qui s'étaient aussi convertis et dont l'un était hydropique et l'autre couvert de pustules.

Grande fut la joie que saint Sébastien et les deux saints frères Marc et Marcellien ressentirent de ce succès; celui-là seul peut s'en faire une idée, qui connaît les douceurs que Dieu communique, et jusqu'où peut aller le contentement des âmes saintes. Ils s'encourageaient les uns les autres à la foi et au service de Jésus-Christ, attendant que le délai des trente jours accordés par le juge pour l'exécution de la sentence contre les deux frères fût expiré. Ils employèrent tout ce temps à prier et à chanter des hymnes et des psaumes, conjurant Notre-Seigneur de leur donner de la force dans les tourments, et de rendre tous les autres dignes du martyre. Ils brûlaient tous des saintes flammes de l'amour de Jésus-Christ. Les femmes mêmes, dont le naturel semble excuser la faiblesse, faisaient paraître une résolution virile, et les enfants surmontaient la délicatesse de leur âge par la force que l'esprit de Dieu ajoutait à leur innocence.

Les trente jours expirés, le préfet de la ville, nommé Chromace, envoya appeler Tranquillin, et lui dit : « Eh bien ! qu'ont résolu vos enfants ? Leur avez-vous persuadé de sacrifier à nos dieux et d'obéir aux empereurs ? — Tranquillin répondit : Mes enfants sont bien heureux et moi aussi depuis que Dieu nous a fait connaître la vérité de la religion chrétienne. — Tu as donc aussi perdu le sens, dit le préfet, et tu radotes sur la fin de tes jours ? — Celui-là est fou, dit Tranquillin, qui laisse le chemin de la vie et suit celui de la mort. — Quelle vie, quelle mort ? répliqua le préfet. — Si vous me voulez écouter avec attention, répondit Tranquillin, vous serez bien heureux en votre âme et aussi tous ceux de votre maison. — Oui, je t'écouterai fort à loisir, dit le préfet, mais garde-toi bien de rien dire que tu ne puisses prouver ». Ils discoururent donc longtemps ensemble. Tranquillin exposa à Chromace les mystères de notre sainte foi et satisfit entièrement aux doutes qu'il lui proposa, de sorte que, par la grâce de Dieu, il le disposa à se convertir; depuis, Sébastien et Polycarpe achevèrent ce que Tranquillin avait commencé. La conversion de Chromace délivré comme Tranquillin des douleurs de la goutte, fut suivie de celle de toute sa famille où il y avait quatorze cents esclaves, auxquels il donna la liberté, disant que ceux qui avaient Dieu pour père ne devaient pas être esclaves des hommes.

La persécution augmentait de jour en jour, tellement que les chrétiens ne pouvaient plus ni vendre ni acheter, ni trouver à manger, s'ils n'encensaient auparavant les statues des dieux dressées, par ordre de l'empereur, dans tous les marchés et sur toutes les places publiques. La maison de Chromace était devenue comme un temple où le pape saint Caïus célébrait les divins mystères et distribuait aux néophytes le corps de Jésus-Christ et le pain de la parole évangélique. Pour éviter une persécution ouverte, Chromace, que sa qualité de sénateur retenait à Rome, sollicita et obtint de l'empereur, sous prétexte de rétablir sa santé chancelante, la permission de se retirer dans ses terres de Campanie. Le jour de la séparation étant arrivé, Caïus vint encore une fois offrir le saint sacrifice dans cette maison bénie. Prenant ensuite la parole, il dit aux fidèles : Notre-Seigneur Jésus-Christ, connaissant la fragilité humaine, a établi deux degrés parmi ceux qui croient en lui : les confesseurs et les martyrs. Ceux qui ne se sentiraient pas assez forts pour supporter le poids de la persécution sont libres de se retirer. Tout en laissant la principale gloire aux soldats du Christ, ils pourront du moins les assister dans leurs combats. Que ceux donc qui le désirent suivent dans leur retraite Chromace et son fils Tiburce; que ceux qui en ont le courage demeurent avec moi dans la ville. La distance ne saurait séparer des cœurs unis par la grâce de Jésus-Christ. Si nos yeux ne peuvent plus vous voir, vous serez sans cesse présents au regard intérieur de notre âme ». C'était Gédéon, prenant pour le combat que ses plus braves soldats. Tiburce s'écria en entendant ces paroles : « Je vous en conjure, ô père et évêque des évêques, ne m'ordonnez point de fuir la persécution. Tout mon désir est de donner ma vie pour mon Dieu. Puisse-je en avoir mille à lui offrir ! » Saint Caïus se rendit en pleurant aux instances de ce noble jeune homme et l'assemblée se sépara. Les uns suivirent Chromace en Campanie, les autres restèrent avec le Pape, exposés comme des agneaux à la fureur des loups. Parmi ces victimes se trouva l'invincible Sébastien honoré par le successeur de Pierre, du glorieux titre de défenseur de la foi. Un autre officier de la cour, Castulus, intendant des bains, les reçut dans le palais même de l'empereur, où Caïus se tint plus en sûreté que dans la catacombe. L'épouse de Nicostrate, la sainte et pieuse Zoé qui allait prier aux tombeaux de saint Pierre et de saint Paul, le jour de leur fête, fut traînée devant le magistrat. Celui-ci n'ayant pu la contraindre de sacrifier aux idoles, la fit pendre à un arbre par les cheveux et ordonna d'allumer à ses pieds un feu de fumier qui l'étouffa. On lui suspendit ensuite au cou une pierre énorme et on la jeta dans le Tibre; « de peur », disaient les bourreaux, « que les chrétiens n'en fissent une déesse ». Nicostrate, Tranquillin, Claude, Castor, Victorin et Symphorien furent aussi arrêtés. Le préfet Fabien les fit tous jeter dans le Tibre. Marc et Marcellien subirent la sentence rendue contre eux précédemment; ils furent cloués par les pieds à un poteau et percés à coups de lance. Leurs corps furent enterrés dans une arénaire à deux milles de Rome. Le généreux fils de Chromace fut pris par la perfidie d'un faux frère que payait la police impériale pour jouer le rôle d'espion dans les assemblées des chrétiens. « Quoi », disait Tiburce aux magistrats, « parce que je refuse d'invoquer une prostituée dans la personne de Vénus, d'adorer l'incestueux Jupiter, un fourbe comme Mercure, et Saturne le meurtrier de ses enfants, je déshonore ma race, je suis un infâme ! » Ce héros de la foi eut la tête tranchée. Castulus, l'hôte des chrétiens, victime de la même trahison que Tiburce, subit la question et fut enfin jeté tout vivant dans une fosse qu'on remplit de sable.

Saint Sébastien, sous l'uniforme de capitaine des gardes prétoriennes, n'avait point cessé de visiter les martyrs, de les encourager dans leurs tourments et de recueillir leurs restes après leur mort. Maximien Hercule, qui avait ordonné tous ces supplices, venait de passer dans les Gaules pour y combattre une insurrection formidable des Bagaudes. En son absence, saint Sébastien fut dénoncé à Dioclétien lui-même, durant un voyage de ce prince à Rome. Le capitaine des gardes parut donc devant l'empereur qui lui reprocha de payer d'ingratitude ses propres bienfaits, et d'attirer le courroux des dieux contre sa personne et son empire. Sébastien répondit : « Seigneur, j'ai toujours été fidèle à mes devoirs et je n'ai cessé de prier pour votre salut et la prospérité de votre règne, le vrai Dieu Créateur du ciel et de la terre, sachant que c'est une grande folie d'adorer des dieux de pierre, de bois, d'argent ou d'or ». Dioclétien, irrité de ce langage, fit venir une compagnie d'archers de Mauritanie qui servaient parmi ses gardes. On dépouilla Sébastien de ses vêtements et les archers le percèrent de leurs flèches. Pour ne pas offenser l'esprit des soldats dont Sébastien s'était concilié l'amitié par son noble caractère et par sa vertu, comme aussi pour excuser en partie sa cruauté auprès du peuple, Dioclétien fit suspendre au cou du martyr un écriteau portant qu'il souffrait ce tourment parce qu'il était chrétien. Sébastien fut laissé pour mort à son poteau. Irène, veuve du saint martyr Castulus, étant venue la nuit pour l'ensevelir, le trouva encore vivant. Elle le transporta secrètement chez elle au palais même de l'empereur et, quelques jours après, Sébastien se trouvait parfaitement guéri.

Les chrétiens, l'ayant appris, le vinrent voir et le supplièrent avec larmes de se retirer, de peur qu'il ne tombât encore un coup entre les mains d'un si cruel tyran; mais le généreux soldat de Jésus-Christ, qui brûlait du désir du martyre, sachant que l'empereur devait aller au temple, il se mit sur l'escalier d'honneur avec les autres courtisans rangés sur son passage et s'adressant à Dioclétien, il lui dit d'une voix grave et sévère : « Les pontifes de vos temples vous abusent, ô empereur ! ils inventent plusieurs choses contre les chrétiens, disant qu'ils sont ennemis de votre empire; ce sont les chrétiens, au contraire, qui le maintiennent par les prières qu'ils font pour sa conservation ». Dioclétien fut extrêmement effrayé d'entendre ces paroles d'un homme qu'il croyait mort, et demeura quelque temps comme interdit; mais revenant à lui il lui dit: « Es-tu Sébastien, celui que j'ai commandé que l'on mît à mort? Quoi? n'as-tu pas été tué? Comment es-tu donc encore vivant? — Le Saint lui répondit: Parce que mon Seigneur Jésus-Christ a voulu conserver ma vie, pour donner à tout le peuple un témoignage de la vérité de sa foi et de votre cruauté; vous qui persécutez sans sujet les Saints, ceux qui sont justes et sans crimes, ne continuez pas à marcher dans cette voie; si vous voulez vivre en paix et assurer à votre empire des jours longs et prospères, ne répandez plus le sang des innocents ». Dioclétien furieux, fit conduire immédiatement le martyr dans l'hippodrome où on l'assomma à coups de bâton. Après sa mort, les bourreaux le jetèrent de nuit, dans un cloaque où l'on portait toutes les ordures de la ville; on craignait que les chrétiens, sachant le lieu où il était, ne lui rendissent les honneurs dus à son mérite, et que par le moyen des miracles qu'il pourrait faire, les infidèles ne se convertissent à la foi de Jésus-Christ. Mais ce bon Maître, qui veut qu'on honore ceux qui le glorifient et qui meurent pour lui, en disposa autrement: car il permit que saint Sébastien lui-même apparût à une sainte dame, appelée Lucine, et lui révélât où était son corps et comment il était demeuré attaché et suspendu à un crochet, sans tomber dans ce lieu infectif où on l'avait voulu jeter. Il lui commanda de l'enterrer aux catacombes, à l'entrée du souterrain, aux pieds des apôtres saint Pierre et saint Paul. Cette vertueuse femme accomplit tout ce qui lui avait été commandé, et fut trente jours en prière continuelle au lieu où elle avait enseveli ce saint corps. Lorsqu'il plut à Jésus-Christ de regarder les fidèles avec compassion et de leur donner la paix, elle fit une église de sa maison, et laissa tous ses biens, qui étaient considérables, pour le service divin et pour la subsistance des chrétiens pauvres.

Voilà la vie et la mort du bienheureux saint Sébastien que nous pouvons dire deux fois martyr, puisqu'il a subi deux fois des supplices capables de lui ôter la vie. Il est extrêmement vénéré de tous les peuples fidèles, à cause des bienfaits qu'ils reçoivent continuellement par son intercession, principalement en temps de peste, où il se montre favorable à ceux qui se recommandent à lui et qui implorent son assistance. Cette dévotion se propagea dans presque toute l'Europe au commencement du viii siècle. En 680, Rome était infectée de la contagion: on dressa un autel à saint Sébastien par inspiration divine, et aussitôt la peste cessa; depuis, plusieurs autres villes et plusieurs villages ont éprouvé la même assistance et le même bienfait en des occasions semblables. C'est aussi une chose fort ancienne en l'Église d'implorer le secours de saint Sébastien, de saint Maurice et de saint Georges contre les ennemis de la religion, comme il est dit dans l'Ordo romain, et comme le remarque le cardinal Baronius.

Le martyre de saint Sébastien eut lieu le 20 janvier, l'an 288, le quatrième de l'empire de Dioclétien; l'Église célèbre sa fête le même jour, avec office double; autrefois elle était chômée par le peuple catholique en plusieurs diocèses.

Le lieu où fut enseveli saint Sébastien, était voisin de la catacombe de Saint-Calixte, il prit le nom de cimetière de Saint-Sébastien.

Plus tard, sur son tombeau, on éleva une belle basilique; une magnifique statue en marbre blanc du Saint décore le tombeau.

Saint Sébastien est le patron des aiguilletiers ou fabricants de galon pour uniformes militaires; des arbalétriers, archers, arquebusiers, et des marchands de ferraille. On l'invoque non-seulement contre la peste en général, mais en Anjou, par exemple, on a recours à lui contre l'épizootie ou peste bovine.

On représente saint Sébastien percé de flèches et attaché à un tronc d'arbre; on voit quelquefois au-dessus de sa tête un ange tenant une couronne. — On trouve aussi ce Saint en costume militaire, tenant deux flèches d'une main, et de l'autre une couronne : ses traits doivent être ceux d'un vieillard.

## RELIQUES ET MONUMENTS.

Le cimetière où furent déposées les reliques de notre Saint, anciennement celui de Calixte, porte depuis longtemps le nom de Catacombes de Saint-Sébastien. L'église, bâtie par le pape Damase à l'entrée de ces catacombes, et que l'on a eu soin de réparer de temps en temps, est une de celles que l'on visite à Rome par dévotion. Le tombeau de saint Sébastien, en marbre blanc, placé dans une des chapelles latérales, est très-beau. Sa statue, sur le tombeau, le représente couché et percé de flèches; c'est l'œuvre de Giorgetto, un des meilleurs élèves de Bernini.

L'église de Saint-Sébastien, qui est très-ancienne, et l'une des sept les plus illustres de Rome et du monde chrétien, a été bâtie sur le lieu même où le Saint accomplit son martyre, près du cimetière de Calixte. Un monument précieux du Saint martyr, c'est son image vénérable représentée en mosaïque et qui se voit parfaitement conservée dans le titre de sainte Eudoxie, à Saint-Pierre-ès-Liens. C'est un vieillard avec une longue barbe blanche : avis aux peintres qui le représentent à tort sous les traits d'un jeune homme attaché à un poteau.

Parmi les précieuses reliques que renferme cette basilique, on voit une partie de la colonne à laquelle le Saint fut lié pour la flagellation, et aussi une des flèches dont il fut percé.

Indépendamment de cette basilique, on bâtit en mémoire du glorieux martyr, au lieu même où il fut percé de flèches, une autre petite église. Cette église, s'élevant sur le Palatin, berceau du grand empire, et dominant seule les ruines du palais du puissant empereur dont rien n'a survécu, pas même un peu de poussière, cette église, dis-je, semble témoigner en même temps et de l'impuissance païenne et de la force impérissable de la religion chrétienne et de la mémoire d'un saint.

Le jour de la fête, ces deux églises sont brillamment décorées; on y célèbre les saints offices et les fidèles y affluent pour prier sur le tombeau du saint martyr, et aussi pour visiter la catacombe ouverte ce jour.

Dans l'église de Saint-André de la Vallée, située près du cloaque où le Saint avait été jeté, on expose sur le tabernacle de la chapelle qui lui est dédiée, dans un reliquaire d'argent, trois anneaux de la chaîne avec laquelle il avait été lié.

On visite avec une pieuse curiosité la salle semi-circulaire (attenante à la sacristie), dans laquelle les premiers papes tinrent les premiers conciles; au milieu de cette salle on voit le puits dans lequel les chrétiens déposèrent les corps des Apôtres saint Pierre et saint Paul dans la crainte qu'ils ne fussent dérobés, et les y conservèrent pendant deux siècles, c'est-à-dire jusqu'au moment où ils furent exhumés, sous Constantin, et partagés. La moitié de chacun de ces saints corps repose actuellement dans la basilique de Saint-Pierre, les autres moitiés dans celle de Saint-Paul-hors-les-Murs; leurs têtes sont dans le reliquaire qui domine l'autel-major de Saint-Jean-de-Latran.

La résidence des premiers papes était attenante à cette salle des conciles.

A peu de distance de la catacombe de Saint-Sébastien est la catacombe de Saint-Calixte, la plus intéressante avec celle de Sainte-Agnès.

Quant aux reliques de notre Saint, la translation la plus importante et la plus célèbre fut celle qui se fit en France sous Louis le Débonnaire. Ce prince obtint du pape Eugène II la permission de faire transporter à Saint-Médard de Soissons ce qui était resté du corps de saint Sébastien hors de la ville de Rome, dans les catacombes. Ce riche trésor fut placé solennellement par l'évêque Rothade dans la célèbre abbaye de Saint-Médard, le second dimanche de l'Avent, le neuvième jour du mois de décembre, l'an 826. Les huguenots, après la prise de Soissons, en 1564, jetèrent ces reliques dans les fossés de l'abbaye, mais on en recouvra quelque chose, ainsi que de celles de saint Grégoire, pape, et de saint Médard, qui se trouvèrent confondues. On en conservait, avant 1793, une partie dans l'église Notre-Dame de Soissons, et l'autre à Saint-Médard.

L'ancienne abbaye de Saint-Médard-les-Soissons a été dévastée et en partie ruinée par suite de la Révolution de 92; ce qui en reste a été acheté par l'ancien évêque de Soissons qui en a fait un établissement de sourds-muets. Il existe dans la contrée des reliques de saint Sébastien; il est à présumer qu'elles viennent de Saint-Médard, au moins en partie; s'il s'en trouvait encore à Saint-Médard, ce qui n'est pas présumable, c'est qu'elles y auraient été rapportées.

Notre-Dame de Moret, diocèse de Meaux, a le bonheur de posséder encore aujourd'hui quelques-unes de ces saintes reliques. On en conserve aussi à la cathédrale, au Carmel, à la Visitation et à la Sainte-Famille d'Amiens; à Bourdon, Corbie, Etelfay, Mailly, Saint-Riquier, etc.

Nous avons complété cette biographie avec des Notes et l'Hagiographie d'Amiens, par M. l'abbé Corblet.

Événements marquants

  • Carrière militaire sous l'empereur Carus
  • Capitaine de la première compagnie de la garde prétorienne sous Dioclétien
  • Soutien secret aux chrétiens emprisonnés (Marc et Marcellien)
  • Conversion de Nicostrate, Zoé, Tranquillin et Chromace
  • Supplice des flèches par les archers de Mauritanie
  • Guérison par Irène
  • Seconde condamnation et mort par flagellation (coups de bâton) dans l'hippodrome

Miracles

  • Guérison de la muette Zoé
  • Guérison de la goutte de Tranquillin et Chromace
  • Survie au supplice des flèches
  • Cessation de la peste à Rome en 680

Citations

Tu seras toujours avec moi

— Parole du Christ à Sébastien dans la prison

Le véritable soldat de Jésus-Christ résiste aisément, avec le bouclier de la foi vive et le feu de la charité

— Discours de Sébastien aux prisonniers