Bienheureux Ange d'Acri
Religieux de l'Ordre des Mineurs Capucins
Résumé
Religieux capucin né en Calabre en 1669, Ange d'Acri surmonta des débuts difficiles en religion pour devenir un prédicateur apostolique infatigable. Pendant trente-huit ans, il parcourut le royaume de Naples, convertissant les foules par son style simple et sa dévotion à la Passion. Il mourut en 1739 après avoir prédit l'heure de son trépas.
Biographie
LE BIENHEUREUX ANGE D'ACRI,
DE L'ORDRE DES MINEURS CAPUCINS DE SAINT-FRANÇOIS.
La prédication produit son effet pour le prédicateur quand, sublime par son éloquence, celui-ci s'applique à être humide dans son ministère.
Saint Grégoire le Grand.
Ce saint religieux dut le jour à des parents qui ne possédaient pas les biens de la terre, mais qui étaient riches en vertus. Il vint au monde le 19 octobre 1669, à Acri, lieu populeux de la Calabre Cithérieure, dans le royaume de Naples. Son père s'appelait François Falcone, sa mère Diane Enrico, et lui reçut au baptême les noms de Luc-Antoine. Admis à la confirmation dès l'âge de cinq ans, il donna dès lors des indices de la sainteté à laquelle il parvint dans la suite. Obéissant au moindre signe de la volonté de ses parents, il n'avait pas d'autre volonté que la leur. Étranger aux divertissements de l'enfance, il trouvait son plaisir à s'agenouiller devant une image de la sainte Vierge. Tout le temps qu'il n'employait pas à l'étude, il le passait à la maison, soit à dresser des autels qu'il ornait de fleurs, soit à entendre des discours de piété qu'il écoutait avec un saint empressement. Il eut, dans sa première jeunesse, le bonheur d'avoir pour maître un pieux prédicateur capucin, nommé le Père Antoine d'Olivadi, qui annonçait la parole de Dieu à Acri, et qui lui apprit, entre autres pratiques de dévotion, la manière de méditer chaque jour la passion de Jésus-Christ, et d'approcher dignement, soit du tribunal de la pénitence, soit de
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la table sainte. Fidèle à suivre les conseils de son guide spirituel, le vertueux jeune homme passait jusque deux et trois heures de suite dans la contemplation des souffrances du Sauveur; il communiait tous les jours de fêtes, et pour se préparer à célébrer plus dignement celles de la sainte Vierge, il jeûnait la veille au pain et à l'eau, préludant ainsi à la vie austère qu'il devait mener dans la suite.
Lorsque Luc-Antoine eut atteint sa dix-huitième année, il songea sérieusement à quitter le monde et à embrasser l'état religieux. L'Ordre qu'il choisit fut celui des Capucins. Avant d'exécuter son dessein, il prit l'habitude de passer une partie de la journée dans l'église du couvent des Capucins d'Acri, et lorsqu'il ne pouvait y aller pendant le jour, il se rendait de nuit à la porte de la même église. Ayant employé quelque temps à connaître les observances de l'institut qu'il avait dessein d'embrasser, il se présenta aux supérieurs qui l'admirent en qualité de postulant, et il commença son noviciat; mais bientôt, cédant aux suggestions du démon, il retourna dans le siècle, où son cœur ne put trouver la paix. Il rentra donc au noviciat, et, au bout de quelque temps, il en sort de nouveau. Il fut recueilli par un de ses oncles, qui était prêtre, et qui voulut l'engager dans le mariage. Luc-Antoine ne put se résoudre à répondre aux vues de son oncle, et lui montra toute la répugnance qu'il éprouvait pour cet état de vie. Son inconstance dans la religion le mortifiait beaucoup et lui faisait sentir vivement sa faiblesse. Il comprit enfin qu'il devait demander à Dieu et attendre de lui une force qu'il ne possédait pas lui-même. Rempli de ces pieuses pensées, il se présente encore au noviciat des Capucins, et y est reçu pour la troisième fois; mais ses tentations recommencent aussitôt, et le démon fait de nouveaux efforts pour le dégoûter de la vie religieuse, en lui représentant qu'il pouvait aisément se sauver au milieu du monde. Les austérités furent le moyen que frère Ange (c'était le nom qu'on lui donna à sa prise d'habit) employa pour vaincre le tentateur; il y joignit l'exercice de l'oraison mentale. Ses combats lui méritèrent la victoire, et il persévéra jusqu'au moment où il prononça ses vœux. À cet instant il semble que Dieu le revêtit d'un nouveau courage pour accomplir avec une fidélité parfaite toutes les obligations de l'état religieux pendant le cours de sa longue carrière. Les vertus de sa profession prirent alors en lui un nouvel accroissement. Sa pureté devint angélique, et il la conserva dans tout son éclat, comme un lis au milieu des épines; sa pauvreté fut extrême, puisqu'il ne posséda jamais la moindre chose en propre. Son obéissance fut entière, et le reste de ses jours il ne fit rien que par le motif de cette vertu.
Frère Ange, après l'émission de ses vœux, fut appliqué par ses supérieurs à l'étude de la philosophie: il s'y distingua et obtint des succès; mais ce n'était pas là son soin le plus important: il ambitionnait surtout d'acquérir la science des Saints; aussi ne négligeait-il aucun moyen pour avancer dans le chemin de la perfection. Tout le temps qu'il n'était pas obligé de donner à l'étude, il le consacrait à la contemplation des choses divines. Persuadé qu'il est presque impossible de soumettre le corps à l'esprit sans le secours de la mortification, il l'affligeait par de sanglantes disciplines, et maîtrisait ses sens par un grand nombre d'autres pénitences secrètes. Le Père Antoine, qui l'avait instruit dans sa jeunesse, était alors provincial; il vint à Acri, fut informé de la vertu du jeune religieux, et voulut s'assurer par lui-même si sa vertu était aussi solide qu'elle paraissait l'être; il le traita donc d'abord durement, le mit plusieurs fois à l'épreuve, et se convainquit tellement que frère Ange était un Saint, que
rempli d'admiration pour lui, il le proposa dès lors aux autres religieux comme un modèle de perfection.
À cette époque, le serviteur de Dieu, appelé au sacerdoce, se disposa, par un redoublement de ferveur, à l'honneur insigne qu'il allait recevoir. Sa première messe fut remarquable par l'abondance de larmes qu'il y répandit et par la profonde extase dans laquelle il tomba après la consécration. Ce respect pour les saints mystères ne fut pas chez lui un sentiment passager, et il ne lui fallait pas moins d'une heure pour offrir le saint sacrifice, tant il y éprouvait fréquemment des extases. Le reste de sa conduite était digne de la tendre piété qu'il faisait paraître à l'autel. La retraite, le silence, l'oraison et la pénitence faisaient ses délices ; le chœur et sa cellule étaient les seuls lieux dans lesquels il se trouvait ; il s'interdisait même l'entrée du jardin du couvent. Plein d'humilité, et ne se croyant bon à rien, il désirait vivement passer ses jours dans les exercices d'une vie cachée et tout intérieure ; mais Dieu avait d'autres desseins sur lui, et il ne tarda pas à les manifester.
Dès que le frère Ange eut terminé ses études, ses supérieurs le destinèrent à l'emploi de prédicateur. Parfaitement soumis à leurs volontés, il s'appliqua à composer une suite de sermons pour le Carême, et lorsqu'il l'eut achevée, il reçut l'ordre d'aller annoncer la parole de Dieu dans un lieu peu éloigné d'Acri. Il commença sa station avec ferveur ; mais, quoi qu'il ne manquât pas de mémoire, il s'aperçut bientôt qu'un obstacle invincible l'empêchait de réciter ses sermons comme il les avait écrits. Il ne pouvait comprendre cette conduite de la Providence à son égard. À la fin du Carême, il retourna à son couvent, et se mit à prier avec ferveur, suppliant Dieu de lui faire connaître sa sainte volonté touchant la prédication.
Il continuait ainsi de prier avec humilité, lorsqu'un jour, pendant sa prière, il entendit près de lui une voix qui lui dit de ne rien craindre. « Je te donnerai », ajouta-t-elle, « le don de la prédication, et désormais toutes tes fatigues seront bénies ». Étonné d'entendre ces paroles, le serviteur de Dieu demande : « Qui êtes-vous ? » — « Je suis Celui qui suis », répond la voix avec un bruit assez fort pour ébranler la cellule. « Tu prêcheras à l'avenir dans un style familier, afin que tous puissent comprendre tes discours ». Saisi d'une sainte frayeur, le frère Ange tomba par terre, presque évanoui. Ensuite, revenu à lui, il écrivit ces paroles, et toutes les fois qu'il les lisait ou qu'il les entendait lire, il éprouvait un tremblement de tout le corps. Cette révélation l'éclaira et lui fit connaître la cause du peu de succès qu'il avait obtenu en prêchant le Carême. Aussitôt il abandonne ses écrits et tous les livres, pour se borner à l'étude de l'Écriture sainte et du grand livre du Crucifix. Telles furent les sources dans lesquelles il puisa désormais pendant le long cours de ses prédications. Telle fut la doctrine qu'il proposa constamment aux peuples qu'il évangélisait. Il expliquait avec tant de sagesse et de profondeur les passages de la sainte Écriture, que les hommes les plus doctes en étaient ravis d'admiration, et disaient que Dieu lui-même lui avait enseigné le moyen de pénétrer les secrets de sa divine parole. C'était surtout dans la méditation de la passion de Jésus-Christ, que le saint homme apprenait les vérités sublimes qu'il annonçait, et il ne faisait que communiquer aux autres les sentiments dont il avait été lui-même pénétré. C'est ainsi que Dieu, qui donne sa grâce aux humbles, récompensa par des succès consolants l'humilité profonde de son serviteur.
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Il est aisé de comprendre, par ce que l'on vient de dire, que le Seigneur voulait faire du saint religieux un nouvel Apôtre, sinon du monde entier, au moins de la Calabre. Il parcourait ce pays pendant trente-huit ans, et, par l'exercice du ministère apostolique, il y arracha au démon un grand nombre de victimes et y reconcilia beaucoup de pêcheurs avec Dieu. L'enfer fit mille efforts pour arrêter ses conquêtes, soit en lui occasionnant des accidents corporels, soit en l'obsédant par les tentations les plus délicates et les plus pénibles pour un homme vertueux ; mais ces accidents ne purent arrêter les effets de son zèle ; et par la rigueur de sa pénitence, il triompha si bien de ces tentations qu'il en fut délivré pour le reste de ses jours.
La préparation que le serviteur de Dieu apportait à la prédication, était une sainte et fervente oraison, soit qu'il prêchât le Carême, soit qu'il donnât une mission. Sa coutume était de commencer le cours de ses prédications dès le mois de novembre et de les continuer jusqu'au mois de juin. À cette époque, il revenait à son couvent, il y prêchait dans l'église les jours de fête, et ses sermons produisaient beaucoup de fruits. En quelque lieu qu'il annonçât la parole de Dieu, que ce fût à la ville ou à la campagne, il parlait toujours d'un ton familier et d'une manière assez intelligible pour que les plus ignorants pussent le comprendre ; il éclairait l'esprit de ses auditeurs par la lumière de la doctrine évangélique. Son habitude n'était pas de crier et de faire des exclamations ; au contraire, il parlait au peuple avec douceur et d'un ton pathétique. Après avoir convaincu son auditoire, il lui présentait, en forme de méditation, un point de la passion de Jésus-Christ. Bientôt son zèle et sa ferveur maîtrisaient tellement les esprits, que les pêcheurs les plus obstinés ne pouvaient lui résister. L'ébranlement était général : tous pleuraient, et, se frappant la poitrine, ils détestaient leurs péchés et demandaient à Dieu miséricorde. Ces effets merveilleux arrivaient dans tous les lieux qu'il évangélisait ; aussi était-il très-rare qu'il trouvait des endurcis qui ne fussent pas touchés et résolus à changer de vie. C'est ainsi qu'en prêchant des stations de Carême et en faisant des missions, le serviteur de Dieu parcourut les deux Calabres. Il se fit entendre dans toutes les villes et dans tous les villages un peu populeux, parlant toujours le même langage, et produisant partout des fruits abondants, ainsi que Dieu le lui avait promis. C'était une chose assez ordinaire de voir, après ses sermons, des blasphémateurs baiser le pavé de l'église, des joueurs brûler leurs cartes ou du moins les déchirer, les débauchés aller la corde au cou demander pardon de leurs scandales, les injustes faire restitution pour leurs injustices, et les femmes détester publiquement leur vanité. En un mot, il réformait partout les mœurs, et ce qu'il y a de plus remarquable, le changement n'était pas passager, comme il n'arrive que trop souvent ; les impressions qu'il produisait étaient si profondes qu'elles étaient toujours durables.
C'est la coutume des missionnaires d'inspirer aux peuples qu'ils évangélisent quelques dévotions particulières. Le Père Ange mettait un soin spécial à établir, dans tous les lieux où il prêchait, la dévotion envers Jésus-Christ au très-saint Sacrement. Il l'imprimait si fortement dans l'esprit de ses auditeurs que rien ne pouvait l'effacer. À son dernier sermon dans chaque église, il faisait orner l'autel avec toute la magnificence possible, afin d'y exposer le saint Sacrement. Alors, en présence de son divin Maître, que sa foi lui faisait découvrir, il adressait au peuple un discours animé qui affermissait la croyance envers cet auguste mystère, fortifiait l'espoir
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et enflammait la charité de ceux qui avaient le bonheur de l'entendre. Le prédicateur était lui-même tellement pénétré du sujet qu'il traitait, que plusieurs fois on l'a vu tomber alors en extase.
Un jour que l'on faisait les préparatifs pour une semblable cérémonie, il arriva un incident qui surprit beaucoup ceux des habitants du lieu où il se passa qui en furent témoins. Le serviteur de Dieu, voyant préparer les cierges qui devaient être placés sur l'autel, dit : « Parmi ces cierges, il y en a un que Notre-Seigneur ne veut pas ». Lorsqu'on se mit en devoir de les allumer, il y en eut un qu'il ne fut pas possible de faire brûler, quoique les autres s'allumassent très-bien. « Ne vous avais-je pas bien dit », ajouta alors le Bienheureux, « que Notre-Seigneur ne le voulait pas ? Otez-le, et jetez-le ». Ses intentions furent remplies. En examinant ensuite la chose, on reconnut que le cierge avait été donné par un personnage qui n'était allé qu'une fois au sermon, et encore pour se moquer du missionnaire, et qui mourut peu de temps après, d'une manière qui ne put guère rassurer sur son salut. On admira la connaissance que le saint religieux avait du secret des cœurs et l'on comprit que Dieu punit tôt ou tard ceux qui méprisent ses ministres.
Après la dévotion au saint Sacrement, celle que le Père Ange recommandait le plus était le souvenir de la Passion de Jésus-Christ et des douleurs de la sainte Vierge. Il parlait sur ces matières avec tant de force, qu'il les imprimait profondément dans l'esprit de ses auditeurs. Dieu seul sait quels fruits il produisit dans les âmes. Partout où il prêchait, il plantait un calvaire, afin de rappeler plus vivement aux peuples les vérités qu'il leur avait annoncées ; et depuis, ces calvaires ont été en grande vénération. La dévotion à la Mère de douleur s'est tellement établie dans les Calabres qu'aujourd'hui encore beaucoup de personnes en récitent chaque jour l'office.
Tels furent les prodiges de zèle et de charité qu'opéra le saint prédicateur pendant le cours de son long ministère. Il apprenait aux pêcheurs les moyens de faire une conversion solide et durable, et aux justes à persévérer dans le bien. Par ses discours simples et familiers, il faisait comprendre à tous les fidèles les devoirs qu'ils avaient à remplir. Mais ce n'était pas seulement par ses sermons, que le Père Ange annonçait aux peuples les vérités du salut ; son exemple seul était une prédication aussi éloquente que ses paroles. Tous voyaient bien que c'était le zèle de leur salut qui portait le saint homme à souffrir de très-grandes incommodités, à marcher dans des chemins fangeux ou couverts de neige, à travers des torrents et des rivières débordées, et, après tant de fatigues, à se livrer au travail de la chaire et du confessionnal avec une ardeur qui lui permettait à peine de prendre un peu de repos. Tous savaient que pour prix de tant de peines, il n'acceptait pas la moindre chose, pas même le plus léger présent, et qu'il ne demandait d'autre récompense que de voir les chrétiens quitter le péché et se réconcilier avec Dieu. Une conduite si désintéressée le faisait partout regarder comme un saint.
Il l'était effectivement, non-seulement par son mépris des choses de la terre, mais par toutes les autres vertus qu'il pratiquait d'une manière parfaite. Son humilité était profonde. Il avait coutume de dire qu'il offrait à Dieu toutes ses fatigues et ses peines pour l'expiation des grands péchés qu'il avait commis, quoiqu'il ne parût pas qu'il se fût jamais souillé d'une seule faute mortelle. Les bas sentiments qu'il avait de lui-même le rendaient extrêmement patient à supporter les injures et les insultes qu'il
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recevait dans le cours de ses missions; il n'en témoignait ni émotion ni ressentiment. Dans une ville où il prêchait, un jeune homme l'apostropha pendant qu'il était en chaire, et le traita de la manière la plus insolente; non content de ce premier outrage, il le suivit au confessionnal, où il lui fit un semblable affront. Le saint religieux se mit à genoux devant cet insensé, et confessa qu'il méritait ces mauvais traitements parce qu'il avait offensé Dieu. Il faut avoir bien étudié les maximes et les exemples de Jésus-Christ, pour être capable d'un acte de vertu aussi héroïque.
Sa charité pour le prochain était en quelque sorte sans bornes; il ne vivait que pour lui faire du bien. C'était surtout lorsqu'il recevait les pêcheurs au tribunal de la pénitence, qu'il montrait toute la tendresse dont son cœur était rempli pour ses frères. L'air de bonté avec lequel il les accueillait, encourageait les plus criminels à tout espérer de la miséricorde divine. Il oubliait ses besoins corporels les plus impérieux lorsqu'il s'agissait de les aider à se convertir. Ses compagnons l'engageant un jour à se ménager un peu, de crainte qu'il ne succombât à tant de fatigues: « Que dites-vous, mes frères? » leur répondit-il; « non, non. Oh! qu'une âme a coûté à Jésus-Christ. Toutes ces fatigues du monde seraient bien employées pour obtenir la conversion d'une seule âme! »
On conçoit aisément que cette admirable charité pour le prochain était produite par un ardent amour pour Dieu. Le Père Ange en était tout embrasé. « Oh! qu'il est beau d'aimer Dieu! » s'écriait-il souvent. « Oh! qu'il est beau de servir Dieu! O amour qui n'êtes point aimé! » L'amour divin le pénétrait tellement pendant la célébration des saints mystères, que son visage en paraissait tout enflammé. L'accomplissement de la volonté de Dieu faisait tout son bonheur; aussi les peines les plus sensibles ne pouvaient ni le troubler ni le porter au murmure. Un jour qu'en tombant il s'était causé une fracture considérable, il n'en montra aucun déplaisir; au contraire, il dit à ses compagnons: « Réjouissons-nous, mes frères, frère Ange (il s'appelait ainsi par humilité) s'est cassé la jambe ».
Nous ne parlerons point ici des dons surnaturels dont le saint religieux fut favorisé; mais nous ne pouvons omettre un fait qui prouve évidemment que Dieu lui révélait les choses cachées. Lorsque Belgrade fut reprise sur les Turcs par les troupes chrétiennes sous les ordres du prince Eugène, il sortit de sa cellule en criant: « Grande joie, grande joie! La sainte foi a triomphé: en ce moment les nôtres ont pris Belgrade ».
La réputation dont jouissait le Père Ange, fit désirer au cardinal Pignatelli, archevêque de Naples, qu'il prêchât dans cette capitale. Ses supérieurs le lui ayant ordonné, il se soumit à leurs volontés et vint annoncer la parole de Dieu. Son premier sermon, loin de plaire, mécontenta tous ses auditeurs; un d'entre eux surtout se servit de ce prétexte pour tourner ce saint religieux en ridicule; mais Dieu frappa ce railleur d'une mort subite, qui parut si bien un châtiment du ciel, que toute la population changea de sentiments à l'égard du prédicateur et le suivit avec empressement. Quelques miracles qu'il opéra, accrurent tellement la haute idée qu'on avait conçue de sa sainteté, qu'il fallut, pour qu'il allât à l'église et qu'il revînt à son couvent, l'entourer de soldats et le faire garder par des hommes robustes, afin qu'il ne fût pas étouffé par la multitude qui se pressait sans cesse autour de lui.
Dieu avait fait connaître à son serviteur, qu'il continuerait jusqu'à l'âge de soixante-dix ans l'exercice du saint ministère. Lorsqu'il fut parvenu à cette époque de sa vie, il eut une révélation du jour et de l'heure de sa
FÊTE DES SAINTES RELIQUES À NEVERS. mort; il en informa son compagnon en lui recommandant de n'en rien dire. À mesure que ce moment approchait, le saint religieux croissait en ferveur et en amour de Dieu; aussi ses extases devenaient-elles plus fréquentes. Six mois avant son trépas, il retourna au couvent des Capucins, et il perdit la vue; mais, chose admirable! il la recouvrait pour réciter l'office et célébrer la messe, puis il en était privé de nouveau. Quelques jours avant qu'il passât de la terre au ciel, il se sentit brûlé d'une chaleur interne sans aucun symptôme de fièvre, ce qui fit croire aux médecins que ce n'était pas une maladie naturelle qu'il éprouvait, mais plutôt un redoublement d'amour de Dieu. Malgré son état d'abattement, il ne laissait pas d'assister au chœur de jour et de nuit. Bientôt la maladie faisant des progrès, il se rendit à l'église pour y recevoir le saint Viatique. Pendant le peu de temps qu'il vécut ensuite, il ne s'occupa que de son divin Maître. « Oh! qu'il est beau d'aimer Dieu ! » s'écriait-il. Enfin, au jour qu'il avait prédit et à l'heure qu'il avait indiquée, il rendit tranquillement son esprit à son Créateur. Sa bienheureuse mort arriva le 30 octobre 1739.
A peine le serviteur de Dieu eut-il expiré, que le peuple d'Acri se porta en foule pour vénérer son saint corps. On le laissa trois jours exposé, pour satisfaire la dévotion des fidèles, et dès lors on sentit les effets salutaires de son pouvoir auprès de Dieu. Le temps qui s'écoula depuis sa mort ne diminua pas la confiance qu'on avait en son intercession, et plusieurs miracles ont prouvé combien elle était fondée. Le pape Léon XII le béatifia en 1825, et la cérémonie s'en fit avec solennité le 18 décembre de la même année.
Les continuateurs de Godrecourt ont tiré cette biographie de la Vie du bienheureux Ange d'Acri, écrite en italien et publiée à Rome en 1825.
Événements marquants
- Naissance à Acri le 19 octobre 1669
- Entrée au noviciat des Capucins après deux tentatives infructueuses
- Profession des vœux religieux et ordination sacerdotale
- Révélation divine lui accordant le don de prédication familière
- Trente-huit ans de missions apostoliques en Calabre
- Prédication à Naples sous l'ordre du cardinal Pignatelli
- Béatification par Léon XII en 1825
Miracles
- Don de prophétie (annonce de la prise de Belgrade)
- Cierge refusant de s'allumer car offert par un impie
- Guérisons et extases publiques
- Recouvrement temporaire de la vue pour dire la messe
Citations
Je suis Celui qui suis... Tu prêcheras à l'avenir dans un style familier, afin que tous puissent comprendre tes discours.
Oh ! qu'il est beau d'aimer Dieu ! Oh ! qu'il est beau de servir Dieu ! O amour qui n'êtes point aimé !