Le Bienheureux Jacques de Voragine

Archevêque de Gênes

Fête : 13 juillet 13ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Dominicain italien du XIIIe siècle, Jacques de Voragine devint archevêque de Gênes où il se distingua par sa charité et son rôle de pacificateur entre Guelfes et Gibelins. Célèbre auteur de la Légende dorée, il consacra sa vie à l'étude, à la prédication et au soin des pauvres avant de mourir en 1298.

Biographie

LE BIENHEUREUX JACQUES DE VORAGINE,

ARCHEVÊQUE DE GÈNES

Perfecta scientia est, et emesta sollicite agere, et scire de suis meritis se nihil esse.

La science parfaite consiste à faire tout avec soin et à se bien pénétrer qu'on n'est rien par ses propres mérites.

S. Bonaventure, Sup. Job.

Jacques de Voragine ou de Varagine naquit vers 1230, à Varaggio, bourg situé sur le golfe de Gênes, non loin de Savone. On ignore le nom et la position sociale de ses parents. Il n'avait point dépassé l'adolescence lorsqu'il prit, en 1244, l'habit de dominicain, et bientôt il se distingua par son zèle pour l'étude, non moins que par sa conduite édifiante ; il professa avec éclat la théologie dans diverses maisons de son Ordre, et son talent pour la prédication fixa sur lui l'attention générale. En 1267, il fut élu provincial de la Lombardie, emploi qu'il remplit durant dix-huit ans ; on l'éleva pour lors à la dignité de définiteur.

En 1288, le pape Honorius IV ayant entendu parler de sa prudence et de sa sainteté, lui confia la mission honorable d'absoudre les Génois des censures qu'ils s'étaient attirées par leur désobéissance au Saint-Siège, en prenant parti pour les Siciliens révoltés contre le roi de Naples. Jacques s'acquitta de cette commission délicate avec la prudence qui le distinguait ; il s'acquit tellement l'estime du clergé et des habitants de Gênes, par ses vertus, sa charité et sa miséricorde, que Charles Bernard, de Parme, archevêque de Gênes, étant mort sur ces entrefaites, le chapitre métropolitain le désigna comme devant le remplacer : sur son refus, le Pape chargea de l'administration de cet important diocèse Obozzon de Fiesque, patriarche d'Antioche, que les Sarrasins avaient expulsé de son siège. Celui-ci étant mort en 1292, le chapitre élut Jacques d'une voix unanime : le Pape et le sénat applaudirent à ce choix, le peuple en manifesta une joie extrême, et le dominicain fut obligé de céder.

Acceptant avec répugnance des fonctions qu'il suffit d'avoir ambitionnées pour en être presque indigne, Jacques de Voragine comprit toute l'étendue des obligations et de la responsabilité qui allaient peser sur lui. Dévoué tout entier à de pieux devoirs, il se fit une loi de ne plus quitter

LE B. JACQUES DE VORAGINE, ARCHEVÊQUE DE GÈNES. 289

son diocèse. Son ministère fut couronné d'éclatants succès dans plusieurs circonstances importantes, et son éloquence persuasive remporta de beaux triomphes. Il fit, à force de zèle, cesser les divisions dont, ainsi que toutes les républiques italiennes du moyen âge, Gênes était alors déchirée ; il réconcilia les Guelfes et les Gibelins. Cette paix, qui lui avait coûté trois ans d'efforts, fut conclue en 1295 ; malheureusement elle dura peu ; les dissentiments recommencèrent bientôt de plus belle ; pendant deux mois entiers, les rues de la capitale de la Ligurie furent de vrais champs de bataille, et pour apaiser de telles semences de discorde il fallut tout le dévouement du prélat, qui se précipita, au risque de sa vie, entre les combattants.

L'archevêque de Gênes menait au milieu des grandeurs une vie mortifiée et pénitente ; sa charité était inépuisable, le luxe des aumônes étant le seul qu'il ne se fût pas interdit. Exemple remarquable de détachement et de religion sincères pratiqué à une époque où certains princes de l'Église, oublieux de leur caractère, préféraient souvent aux soins de l'épiscopat des intrigues politiques, quelquefois même se trouvaient mêlés à d'étranges scandales.

Le bienheureux Jacques était regardé et vénéré comme un père, et il montra qu'il l'était en effet dans une famine qui désola le pays ; il se dépouilla de tout ce qu'il possédait pour nourrir les pauvres qui étaient dans un besoin extrême et pour fournir aux besoins de l'hôpital ; par ses discours il encouragea les riches à suivre son exemple, et leur empressement à répondre à ses invitations pressantes fut pour lui un sujet de consolation dans cette calamité publique. Il aimait les pauvres comme s'ils eussent été ses enfants et, quand ils étaient malades, il les soignait de ses propres mains.

L'activité de ce saint archevêque était telle que, quoiqu'il donnât tous ses soins à son troupeau, il trouvait encore le temps de composer des livres qu'il croyait propres à entretenir la piété des fidèles ou à conserver le souvenir des événements qui intéressaient son église. On lui attribue une version italienne de l'Écriture sainte ; la Légende des saints, dite Légende dorée, dont nous parlerons dans notre Historique de l'hagiographie, au tome dix-septième ; des Sermons pour le Carême, les dimanches et les principales fêtes de l'année ; une Table des histoires contenues dans la Bible ; un livre Sur les ouvrages de saint Augustin ; un abrégé de La Somme des vertus et des vices, de Guillaume Pérault, dominicain ; un Traité des louanges de la sainte Vierge ; un traité de morale, ou La Décision des cas de conscience ; une Chronique de la ville de Gênes, qui s'étend jusqu'à l'an 1277 ; l'Histoire des archevêques de Gênes, ses prédécesseurs ; et les Actes du synode qu'il tint en 1293, pour la réformation du clergé.

Le pieux archevêque enrichit les églises de Gênes de nombreuses reliques apportées de Constantinople, lors de la prise de cette ville par les croisés, en 1203.

Après avoir occupé, durant sept ans, le trône archiépiscopal, le saint Pontife mourut le 18 juillet 1298, à l'âge de soixante-huit ou soixante-neuf ans ; il fut inhumé, ainsi qu'il l'avait demandé, dans l'église Saint-Dominique, à Gênes, du côté gauche du maître-autel, où il demeura jusqu'en 1798, époque à laquelle il fut transféré dans l'église des Frères Prêcheurs, où il est l'objet de la vénération des fidèles. En 1816, le pape Pie VII approuva son culte et permit à l'Ordre de Saint-Dominique, ainsi qu'au clergé des diocèses de Gênes et de Savone, d'en célébrer la fête.

Tiré de sa vie par M. G. B. — Cf. Godescard.

VIES DES SAINTS. — TOME VIII. 19

14 JUILLET.

Événements marquants

  • Naissance à Varaggio vers 1230
  • Prise d'habit chez les Dominicains en 1244
  • Élection comme provincial de la Lombardie en 1267
  • Mission diplomatique pour le pape Honorius IV en 1288
  • Élection à l'archevêché de Gênes en 1292
  • Réconciliation des Guelfes et des Gibelins en 1295
  • Rédaction de la Légende dorée
  • Mort à l'âge de 68 ou 69 ans

Citations

La science parfaite consiste à faire tout avec soin et à se bien pénétrer qu'on n'est rien par ses propres mérites.

— S. Bonaventure (cité en exergue)