Saint Andéol
Apôtre des Helviens, Martyr
Résumé
Disciple de saint Polycarpe à Smyrne, Andéol est envoyé évangéliser les Gaules au IIe siècle. Après quarante ans de mission en Provence et dans le Vivarais, il est arrêté à Bergoïate par l'empereur Sévère. Il subit le martyre en 208, ayant la tête fendue en croix par une épée de bois.
Biographie
SAINT ANDÉOL
A tous ceux qui aiment à étudier et à contempler dans les saints « les plus belles âmes de la terre, les meilleures, les plus nobles, les plus pures, les plus fortes que l'humanité ait produites... »
Mgr Dupanloup.
La jeunesse d'Andéol nous est presque inconnue. De bonne heure, il fréquenta la célèbre école de Smyrne, véritable pépinière d'Apôtres et de Martyrs, qui avait eu pour fondateur saint Jean l'Évangéliste et qui avait pour continuateur l'admirable Polycarpe.
Comme à Antioche, l'Esprit-Saint avait dit : « Séparez-moi Saul et Barnabé pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés », il fut révélé à saint Polycarpe que Bénigne, Andoche, Thyrse et Andéol iraient travailler au salut des peuples des Gaules. Les deux premiers étaient prêtres, Thyrse, diacre, et le bienheureux Andéol, sous-diacre.
Cependant, on touchait au moment suprême ; le vaisseau allait mettre à la voile : « Frères, faites-nous vos adieux », dit Polycarpe ; et des larmes coulaient de ses yeux. Ce noble et saint vieillard, âgé de plus de quatre-vingts ans, ne pouvait quitter sans une profonde émotion des fils qu'il aimait tendrement.
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Le navire qui portait saint Andéol et ses compagnons fut obligé, à ce que l'on croit, de relâcher à l'île de Corse. Les légendaires racontent qu'une furieuse tempête s'étant élevée, telle que les matelots ne se souvenaient pas d'en avoir jamais vu la pareille, on fut forcé de séjourner, pendant quelques jours, dans cette île, dont saint Paul avait évangélisé les habitants. Le calme s'étant rétabli, on remit à la voile et les missionnaires saluèrent bientôt la nouvelle patrie où les envoyait la Providence.
Ayant pris terre à Marseille, ils s'acheminèrent directement sur Lyon, où ils furent accueillis par saint Pothin et par saint Irénée.
Quoiqu'il soit impossible de fixer la date de son départ, il paraît plus certain qu'Andéol ne prolongea pas beaucoup son séjour à Lyon. Il reçut pour mission de porter l'Évangile à Carpentras et dans les régions méridionales que fertilise le Rhône (166).
Dieu laissa saint Polycarpe plus de quatre-vingts ans sur la terre, pour rendre témoignage aux vérités qu'il avait apprises des Apôtres. Cette longue vie, toute dépensée au service de l'Église et à la gloire de Dieu, fut couronnée par un glorieux martyre, en la sixième année de l'empire de Marc-Aurèle, qui est la cent soixante-sixième après Jésus-Christ.
Cette date est très importante pour nous. D'abord, elle fixe, d'une manière certaine, l'époque de l'arrivée de saint Andéol dans les Gaules. En effet, qu'on fasse suivre le martyre de l'évêque de Smyrne, d'aussi près que l'on voudra, de l'envoi des quatre missionnaires, on ne pourra placer cet envoi plus tard qu'en l'année 166. En rapprochant de cette date celle de la mort de saint Andéol (208), par la différence, on obtient, d'une manière précise, le minimum de la durée de son séjour dans les Gaules, c'est-à-dire quarante-deux ans. Si l'on borne à quelques mois, comme il est probable, le temps qu'il passa à Lyon, il restera quarante ans environ pour la vie apostolique de notre Saint. Ce calcul a reçu la plus haute sanction dans les liturgies romaine et viennoise, où on le lit, chaque année, dans l'office divin, au jour de la fête de saint Andéol.
Nous avons vu que saint Andéol, en quittant Lyon, se dirigea vers Carpentras.
En effet, dans le canton de Carpentras, on trouve des lieux où le souvenir de ses prédications a survécu, malgré tous les obstacles, dans la mémoire reconnaissante des peuples. Nous voulons parler du bourg de Mazan. Dans cette commune, il y a un quartier dit de saint Andéol, où il existait, avant la révolution de 89, une chapelle très-ancienne, dédiée à notre Saint. Elle était bâtie sur une colline au pied de laquelle on voyait des restes de monuments antiques. Une tradition immémoriale en ce pays veut que saint Andéol s'y soit arrêté pour l'évangéliser.
Un peu plus haut, non loin d'Orange, à Camaret, on retrouve les mêmes traditions et les mêmes hommages. On assure même que l'Apôtre de Jésus-Christ y fut battu de verges et l'on montre encore le lieu où s'accomplit
par lequel il a été envoyé en France pour prêcher l'Évangile, ainsi qu'il est dit dans le martyrologe romain et attesté par saint Jérôme, Eusèbe, etc... nous adopterions volontiers. Henseigneur, l'office particulier que vous récitez le jour de sa fête, car nous aurions ainsi le bonheur d'unir ce jour-là nos prières aux vôtres, et de resserrer ainsi les liens de la charité entre l'église de Smyrne, une des sept de l'Apocalypse, et la respectable église de Viviers.
* Veuillez agréer, Menseigneur, l'assurance, etc.
* † ANTOINE, archevêque de Smyrne a.
Extrait de l'Histoire du Vicarais, t. I, p. 179.
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cette cruelle exécution. Saint Andéol possède dans cette paroisse un antique sanctuaire bâti par Louis le Débonnaire.
Dans l'accomplissement de l'œuvre du salut des âmes, le courageux sous-diacre, comme un autre saint Jean-Baptiste, remplissait le rôle de précurseur. Partout où il allait, il invitait à faire pénitence et annonçait la venue du royaume de Dieu. Lorsque ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre avaient formé le désir d'embrasser la vie nouvelle, il les catéchisait et leur conférait le baptême. Puis, content d'avoir accompli sa mission dans ce lieu, il se retirait, cédant la place, sans doute, aux vrais Pasteurs des âmes, à ceux que Jésus-Christ a revêtus des pouvoirs plus étendus du sacerdoce. Suivant toutes les probabilités, il parcourut de cette manière une partie de la Provence, le Dauphiné et la Franche-Comté qu'évangélisaient en même temps les disciples de saint Irénée, saint Ferréol et saint Ferrution, apôtres de Besançon; saint Félix, apôtre de Valence.
La tradition semble assez explicite sur ce point : elle rapporte que saint Félix et ses compagnons ont aussi évangélisé le Vivarais ; d'un autre côté, les nombreuses paroisses ou chapelles du diocèse de Valence qui conservent encore le nom de saint Andéol donnent à penser qu'il avait précédé les disciples de saint Irénée dans ces parages : sa marche le conduisait naturellement vers ces contrées. Mais il est temps de le suivre dans le Vivarais, l'Helvie de César, le département de l'Ardèche actuel.
Ceux qui ont étudié les origines du christianisme savent que les premiers missionnaires de la foi avaient une prédilection bien connue pour les grands centres de population.
Il semble naturel de voir saint Andéol rester fidèle à cette discipline, et venir, en entreprenant la conversion des Helviens, établir son séjour à Aps, leur cité principale.
Cependant, il lui préféra une ville, certainement moins populeuse, mais qui ne laissait pas d'être considérable, Bergoïate, appelée aujourd'hui Bourg-Saint-Andéol. Dans cette dernière ville, la plus méridionale du Vivarais, il se trouvait plus rapproché des pays qu'il avait parcourus d'abord. Dieu, d'ailleurs, dont la Providence dispose toute chose pour le bien des âmes et pour la gloire des Saints, voulait, en conduisant son serviteur dans cette cité, donner pour théâtre à ses derniers travaux et à ses luttes suprêmes un lieu plus durable qu'Aps, que les Vandales détruisirent entièrement deux siècles après l'époque dont nous parlons.
Avant de pousser plus loin notre récit, il est nécessaire, pour l'intelligence des faits, de prendre une exacte connaissance de la cité, objet des prédilections de saint Andéol.
La ville se composait de deux agglomérations bien distinctes, séparées par le fleuve, mais portant le même nom et régies par la même administration urbaine : Bergoïate de la rive droite et Bergoïate de la rive gauche, qu'on désignait par ces mots : Haut ou Bas-Bergoïate. Le Bas-Bergoïate ou Gentibe occupait l'emplacement de la ville actuelle de Bourg-Saint-Andéol.
De ces deux agglomérations, Bergoïate-le-Haut nous paraît avoir été la plus considérable à l'origine : c'était le centre de l'activité, du commerce et de l'industrie, la cité des travailleurs et du petit peuple, circonstance qui nous explique les prédilections de l'Apôtre, qui en avait fait sa résidence et le siège de sa prédication. L'autre, au contraire, placée par sa situation un
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peu en dehors du tumulte et du mouvement des affaires, moins peuplée, toujours calme et silencieuse, était le séjour préféré des nobles Gallo-Romains dont les fastueuses villas s'étalaient au front des coteaux d'alentour, et des prêtres voués au service des dieux du paganisme. La première conserva jusqu'au milieu du moyen âge la prépondérance dont elle jouissait sous les empereurs romains ; la seconde dut à la découverte du tombeau de notre saint Martyr, d'être tirée tout à coup de son obscurité, et de conquérir en peu de temps la célébrité et la prééminence que ses dieux jadis n'avaient pu lui assurer ; à partir du douzième siècle, les accroissements successifs de ce simple petit bourg lui donnèrent bientôt l'aspect et les proportions d'une ville importante, tandis que le Bergoïate de la rive gauche, désolé par les ravages des guerres et des inondations, s'acheminait avec une égale rapidité vers son déclin et vers sa ruine. Abandonné chaque jour de quelques-uns de ses habitants, qui allaient chercher un refuge dans la ville de saint Andéol, il n'était plus, à la fin du treizième siècle, qu'un lieu complètement désert : la fille avait dévoré la mère.
C'est donc à Bergoïate-le-Haut qu'Andéol était descendu en arrivant ; c'est là qu'il prêchait l'évangile de Jésus avec un succès merveilleux. Sur ces entrefaites, l'empereur Sévère, qui traversait les Gaules pour se rendre en Bretagne, où il allait soumettre les tribus sauvages de la Calédonie, vint aussi à Bergoïate, en se dirigeant sur Valence, et y campa avec une partie de ses troupes. Or, au moment de l'arrivée de ce prince, il y avait en ce lieu un concours extraordinaire de peuple. La foule se pressait autour d'un personnage qui discourait en public : tout entière sous le charme de cette parole inconnue, elle jetait à peine un regard distrait sur le spectacle imposant des légions romaines marchant, enseignes déployées, sous les ordres de leur empereur. Piqué dans sa curiosité et peut-être aussi dans son orgueil, Sévère demanda la cause du rassemblement. Terrible fut la colère du césar, en apprenant que le personnage qui attirait ainsi l'attention et les sympathies du peuple, n'était autre qu'un chef de chrétiens, propageant en plein jour les erreurs de sa secte. Il ordonna qu'on se saisît sur-le-champ d'Andéol et qu'on l'amenât devant lui.
Un tribunal est dressé à la hâte ; auprès sont étalés tous les instruments ordinaires de la torture, et au milieu de ce funèbre appareil, siège Sévère en personne. C'est lui-même qui, d'un ton de menace, interroge Andéol sur son nom, son pays, l'objet de la mission qu'il se donne. — « L'Orient est ma patrie », répond l'Apôtre avec calme, « et je viens de Smyrne, envoyé par l'évêque de cette ville avec plusieurs autres qui sont mes pères et mes maîtres, pour annoncer le Sauveur Jésus-Christ et prêcher sa doctrine aux peuples qui l'ignorent : si vous voulez savoir mon nom, César, je m'appelle Andéol ». — « Tu es donc venu », s'écrie le tyran, « pour déshonorer nos dieux et fouler aux pieds les édits des empereurs ! songes-tu bien à la sévérité des châtiments qui t'attendent, toi et les malheureux Helviens que tu séduis ? »
Prenant ensuite un air et un ton de douceur affectée, il exhorte l'Apôtre à renoncer à ses chimériques idées plutôt que d'exposer sa personne à la rigueur des tourments : qu'il abandonne une secte impie, qu'il consente à offrir de l'encens aux dieux, il pourra vivre heureux au sein d'un doux repos, gratifié de l'une des fonctions les plus honorables du palais, comblé de distinctions et de richesses, que lui assure la munificence des empereurs. — « Prête donc l'oreille à mes conseils », ajoute-t-il, « laisse là cette religion que tu professes, laquelle a été inventée depuis peu par un certain
Christ que j'ignore et qui a été crucifié, dit-on, en la prêchant. Maudis ce Christ, et rends hommage aux dieux immortels ». — « Je n'adore qu'un Dieu », réplique Andéol, « le Dieu unique et véritable, qui a créé le ciel et la terre. Pour vos stupides divinités, César, je les méprise ; ce ne sont qu'idoles sourdes et muettes, fabriquées par la main des hommes, que le démon vous persuade d'adorer ».
Irrité de la sainte hardiesse de ce langage, l'empereur Sévère ordonne qu'Andéol soit livré à la torture. Alors se renouvelle l'une des scènes accoutumées de la sanglante tragédie à laquelle le monde païen ne cessait d'assister depuis la naissance du christianisme. Lorsque les paroles de séduction, les promesses comme les menaces étaient venues échouer devant la foi ferme et généreuse du chrétien, le tyran polythéiste appelait à son aide les bourreaux : il fallait alors épuiser sur des enfants, des vierges délicates, de faibles vieillards, toutes les ressources de la cruauté et toute la science des tortures, sans pouvoir venir à bout d'ébranler leur constance. Ainsi, au signal donné pour commencer le supplice, Andéol est couché à terre, lié par les pieds et les mains à des cordes qu'on tend et qu'on détend ensuite avec de violentes secousses au moyen d'arcs et de poulies : et, au milieu de cette affreuse tension, qui rend tous les nerfs du corps humain semblables aux cordes d'un instrument de musique, le saint Confesseur est rudement battu de verges armées de piquants et de pointes de fer ; puis on lui déchire la chair avec des ongles rougis au feu ; puis ce corps tout meurtri et sanglant est attaché à une roue élevée au-dessus d'un brasier dans lequel on verse l'huile à flots pour activer l'ardeur des flammes !
Du haut de cette roue embrasée, comme sur un lit de repos, Andéol tranquille, le visage radieux et serein, levait les yeux au ciel et priait : « Soyez béni, mon Dieu », disait-il, « je vous rends grâces, Seigneur Jésus, qui m'accordez de souffrir pour votre nom. Ne m'abandonnez point dans ce suprême combat ; faites, au contraire, qu'y persévérant avec une constance inébranlable, je mérite de me présenter devant votre majesté avec la palme du vainqueur ». On l'entendit aussi faisant cette belle et touchante invocation : « Ô saint Polycarpe, mon bienheureux maître, vous l'ami du Christ, qui brillez au ciel comme une pierre précieuse, priez pour votre serviteur, afin qu'il soit muni de patience et de courage, et que vous puissiez triompher avec joie de votre doctrine et de ma victoire dans le Seigneur ». En effet, le courage du saint Martyr semblait renaître à mesure qu'on multipliait les tourments. Les bourreaux étaient lassés, la fureur de Sévère, désespérée, mais non vaincue : voulant réserver Andéol à de nouveaux supplices pour le lendemain, il ordonne qu'on le conduise en prison. Alors Géricius, tribun d'une des légions de l'armée, propose à l'empereur de renfermer le chrétien dans un caveau du temple dédié au dieu Mars, sur l'autre rive du Rhône : amener ainsi, chargé de chaînes, l'ennemi des dieux jusqu'à dans leur sanctuaire était une sorte de réparation qui toucherait le cœur des immortels et les rendrait propices. Le superstitieux césar applaudit à cette idée ; le fleuve lui semble d'ailleurs une excellente barrière à interposer entre l'Apôtre, dont il redoute l'influence, et ce peuple, coupable de trop de sympathie pour le chrétien. Andéol est donc enfermé dans le caveau souterrain du temple de Mars.
Or, vers le milieu de la nuit, les gardes d'Andéol virent tout à coup des rayons de lumière briller à travers les portes de sa prison : tout l'intérieur du souterrain en était illuminé. Puis des voix d'une douceur ravissante se
firent entendre ; un colloque mystérieux s'établit entre Andéol et d'invisibles personnages ; ils parlaient des combats du saint Martyr et de la gloire qui l'attendait : « Bon courage, frère chéri », disaient ces voix, « demain vous recevrez la couronne du martyre. Parcourez jusqu'au bout la sanglante carrière, et le Christ vous recevra lui-même en triomphe, décoré de la palme du martyre, dans la gloire du paradis ». Andéol, de son côté, exprimait à ses célestes visiteurs toute la joie qui inondait son âme ; il les remerciait du baume qu'ils avaient répandu sur ses souffrances, et les priait pour que l'exemple de sa patience dans la lutte suprême achevât la conversion des gentils à la foi. — Un concert d'une délicieuse harmonie succéda à ces discours : les voix semblaient monter dans les airs, s'affaiblir graduellement et se perdre dans le lointain. Le silence et l'obscurité se firent de nouveau dans la prison ; la vision céleste avait disparu.
Lorsqu'on vint, par l'ordre de Sévère, tirer l'Apôtre de la prison, toutes les plaies qui, la veille, couvraient son corps étaient cicatrisées et entièrement guéries : Andéol semblait avoir recouvré les forces et l'énergie de sa jeunesse. Le farouche empereur, ayant appris de l'un des gardes les détails de la vision nocturne, jura, par le dieu Mars et par ses victoires, qu'il saurait empêcher le magicien de séduire plus longtemps les peuples et de ruiner la puissance de ses dieux. Il se hâta de prononcer la sentence de mort, et ordonna qu'elle fût exécutée en sa présence. A l'instant, un soldat s'arme de l'une de ces épées de bois très-dur, dont les gladiateurs se servaient pour s'escrimer, et, tandis qu'Andéol adresse au ciel une dernière prière dans un dernier regard, le bourreau de Sévère lui partage la tête en forme de croix.
Ainsi consomma son martyre, le 1er mai de l'an 208, selon l'opinion la plus commune, le bienheureux Andéol, premier apôtre des Helviens. Sévère, dont la haine fanatique trouvait encore à s'exercer jusque sur les membres inanimés du saint Martyr, fit lier le corps avec une chaîne de fer à laquelle était suspendue une énorme pierre, et jeter ce lourd fardeau dans le Rhône, afin que, ensevelis sous les flots, les restes vénérés d'Andéol échappassent aux honneurs que leur réservait la piété des fidèles. Mais la Providence, qui veille sur les ossements de ses Saints, poussa la précieuse dépouille vers la rive occidentale du fleuve. Il est dit que l'Apôtre, avant de quitter sa prison, avait prié le Seigneur de permettre qu'il reposât, après sa mort, dans ce lieu où la gloire de Dieu et de ses Anges l'avait visité. Et Dieu, pour exaucer ce dernier vœu de son serviteur, sembla s'être plu à multiplier les prodiges. Ainsi la lourde chaîne enroulée autour du corps mutilé du Martyr, et qui devait par son poids l'entraîner au fond du fleuve, se rompit d'elle-même, comme l'un de ces liens fragiles qu'une main d'enfant brise en se jouant, et disparut seule sous les eaux. Le saint corps, au contraire, soutenu et dirigé par un bras invisible, prit sa route à travers les flots rapides, coupant le courant du fleuve en ligne droite : arrivé au bord, il fut soulevé par une vague et porté mollement à une distance d'environ deux toises sur le rivage. Depuis cinq jours, il était là exposé aux injures de l'air, sans montrer la plus légère trace de corruption, protégé par une vertu mystérieuse qui commandait le respect aux bêtes et aux oiseaux de proie. Chaque nuit, assurait-on, des chants et des sons, doux et harmonieux comme ceux d'une mélodie céleste, s'étaient fait entendre, et l'on avait vu briller une lumière qui entourait le saint corps d'une auréole éclatante. Le récit de ces merveilles, porté au loin de bouche en bouche, parvint aux
oreilles d'une dame riche et de noble condition, nommée Tullie. Elle se rendait, ce jour-là même, à une de ses villas située aux environs de Bergolate. En suivant la voie romaine, elle rencontra, près du lieu où gisait le corps de saint Andéol, un groupe nombreux de païens que la nouveauté du spectacle y avait attirés. Faisant arrêter son char, elle interrogea quelques-unes des assistantes et recueillit de leur bouche tous les détails que nous venons de raconter : détails bien consolants pour sa foi et pour sa piété, car elle était chrétienne. Elle résolut aussitôt de donner une sépulture honorable aux restes vénérés du saint Martyr. Mais, n'osant confier à personne l'exécution de son pieux dessein, elle vint elle-même, accompagnée de ses esclaves les plus fidèles et les plus sûrs, et, profitant du silence et de l'obscurité de la nuit, elle enleva le corps secrètement, et le déposa dans un sarcophage païen qu'elle fit enterrer au même endroit, à une grande profondeur, afin de soustraire la précieuse dépouille à la fureur sacrilège des persécuteurs.
On représente saint Andéol debout, en costume de sous-diacre, tenant à la main une palme et un livre, le catéchisme sans doute. Un couteau de bois est enfoncé horizontalement sur le haut de la tête du saint martyr.
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES DE SAINT ANDÉOL.]
Les reliques du bienheureux Andéol demeurèrent ainsi cachées pendant six cents ans, jusqu'au jour de leur première invention, qui eut lieu en 858 sous le règne de Charles le Chauve et l'épiscopat de Bernoin, évêque de Viviers.
Tout en laissant le sarcophage dans le même lieu et à la même profondeur où elle l'avait placé, Tullie fit faire par-dessus une petite crypte qui a conservé son nom. Ce précieux monument existe encore, sous l'église Saint-Polycarpe, tel qu'il fut reconstruit au IXe siècle. Il a toujours été connu sous le nom de crypte de la bienheureuse Tullie. Le peuple l'appelait la grotte ou crypte de la sainte Romaine. Le nom de Sainte Roumelle, que l'on trouve dans quelques documents, est évidemment une corruption de Sainte Roumaine ou Sainte Romaine.
C'est dans ce modeste sanctuaire que les premiers chrétiens de Bergolate venaient s'agenouiller, auprès de la tombe vénérée de leur Apôtre.
Quelque vénérable que fût la crypte de la bienheureuse Tullie nouvellement rendue à la lumière avec le saint dépôt qu'elle avait si fidèlement conservé, c'était un lieu trop étroit et trop pauvre pour y laisser plus longtemps le tombeau de saint Andéol. L'église de Saint-Polycarpe elle-même était désormais insuffisante. Il fallait un édifice à la fois plus vaste et plus magnifique, digne de la gloire du saint Martyr et de l'affluence des fidèles. D'après des notices faites dans le XVIIIe et le XIXe siècle, Charles le Chauve contribua par ses largesses à l'érection de cet édifice. C'est à partir de la construction de cette église que Bergolate prit le nom de Bourg-Saint-Andéol. Malgré les restaurations du XIIe siècle et quelques mutilations d'une date postérieure, l'œuvre de Bernoin est parvenue jusqu'à nous. Quoique restée vide depuis la translation des reliques de saint Andéol, la crypte de la bienheureuse Tullie fut conservée avec le plus grand soin et entourée d'un profond respect. Jusqu'à la fin du dernier siècle, on y venait prier et offrir le saint sacrifice de la messe comme dans un lieu très-saint. M. l'abbé Paradis, ancien élève de l'École des Chartes, a acheté l'église Saint-Polycarpe et la crypte, pour les rendre au culte.
Lorsque la victoire et l'édit du grand Constantin eurent assuré la paix de l'Église et permis au culte chrétien de prendre sa place au soleil, les fidèles s'empressèrent de perpétuer par des monuments le souvenir des scènes que nous venons de décrire. Sur les ruines du temple de Mars, au-dessus de la crypte souterraine qui avait servi de prison pour Andéol, ils bâtirent une église dédiée au saint Sauveur et une autre au-dessus du tombeau de saint Andéol, placée sous l'invocation de saint Polycarpe ; cette antiquité chrétienne, qui possédait au plus haut degré le sentiment des choses religieuses, consacrait ainsi, en les associant l'une à l'autre, la gloire du disciple par la mémoire vénérée du maître. Sur le lieu même du martyre, ils ne firent que dresser un tronçon de colonne antique, et ce monument si simple, entouré pour tout ornement d'une agreste végétation, a traversé les siècles, connu jusqu'en ces derniers temps sous le nom de saint Pilon. Chaque année, au jour de la fête de saint Andéol, on voyait accourir des populations entières qui venaient raviver leur foi au contact de cette terre arrosée par le sang du premier apôtre de la contrée. La partie supérieure du Pilon se couvrait, au printemps, d'une effervescence rougeâtre, que le peuple, dans sa foi simple et naïve, prenait pour les taches mêmes du sang de saint Andéol,
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qui réapparaissaient à chaque anniversaire de son martyre. Ce précieux monument avait disparu à la suite de la grande Révolution. On le croyait détruit. Il avait été, en effet, scié en plusieurs morceaux, et ses débris étaient entrés comme vils matériaux dans la construction des bâtiments d'une ferme. Mais on a eu le bonheur d'en retrouver un des fragments les plus considérables.
Le nom sous lequel on désignait ce monument, la vénération dont il était l'objet, portant à penser que le choix n'en fut pas abandonné à l'arbitraire ni au hasard ; mais que ce Pilon était une horse ou un poteau d'amarrage, que les bourreaux rencontrèrent sur le lieu du supplice, et dont ils profitèrent pour la sanglante exécution. La croyance populaire veut qu'il en ait été ainsi.
Au commencement du XIIIe siècle, l'église de Saint-Andéol se trouva, par le fait des guerres féodales, réduite à un état d'extrême détresse. Pour la relever, Léger, évêque de Viviers, la céda aux chanoines de Saint-Ruf, qui la desservirent jusqu'en 1774, époque de leur suppression. Léger ne se contenta pas de réparer les ruines spirituelles du sanctuaire : l'église de Saint-Andéol menaçait ruine, il la fit réparer et embellir en respectant scrupuleusement le plan de Bernois : puis il obtint que le pape Calixte II vînt en personne la consacrer (27 février 1119). Le souvenir de cette consécration a été célébré par une fête spéciale jusqu'à la Révolution.
La gloire de saint Andéol ne resta pas enfermée dans les étroites limites du théâtre de son martyre. En 544, à la suite d'une guerre contre Theadis, roi des Visigoths, Childebert, fils de Clovis, ayant apporté d'Espagne et de la Septimanie un grand nombre de reliques, ce prince, de concert avec saint Germain, évêque de Paris, résolut de placer ces restes vénérables dans une basilique qui fût pour les âges futurs une preuve de sa munificence et de son respect envers les Saints. Il fit construire, dans ce but, l'abbaye de Saint-Vincent, à laquelle saint Germain devait plus tard donner son nom. Cet illustre et saint évêque engagea aussi Childebert à élever en l'honneur de saint Andéol une chapelle ou oratoire qui dépendit de l'abbaye. En traversant la portion de la Septimanie qui était encore soumise aux Visigoths, Childebert, entre autres reliques, avait pu s'emparer de quelque ossement de saint Andéol : ce qui expliquerait la dévotion extraordinaire de Childebert et de saint Germain pour l'Apôtre du Vivarais. Le célèbre évêque de Paris, ayant passé la première partie de sa vie à Autun, dans les contrées évangélisées par saint Bénigne, saint Andoche et saint Thyrso, trouvait aussi dans sa dévotion envers ces Saints, un motif tout naturel d'honorer celui dont le nom fut toujours inséparable du nom des Apôtres de la Bourgogne. L'oratoire finit par devenir une église paroissiale, sous le nom de Saint-André-des-Arns, qui a toujours reconnu saint Andéol pour son principal patron. L'église Saint-André-des Arns ou des Arts, à Paris, n'existe plus, quoi qu'en disent les centimateurs de Godescard : le nom de la rue seule rappelle son existence : l'emplacement en était au coin de cette rue et de la place actuelle de Saint-Michel.
Si nous descendons jusqu'à l'extrémité septentrionale de l'Espagne, dans le comté de Bessin, qui, sous Chademagne et ses premiers successeurs, releva de la France, nous trouvons un monastère fort ancien, placé sous le vocable de saint Andéol et de saint Laurent. Autour du monastère, aujourd'hui détruit, se forma le village de Saint-Andéol-de-Guya, où le culte de notre Saint est encore très-populaire.
En 793, Louis le Débonnaire, se rendant en province, fit construire à Camaret, bourg de la principauté d'Orange, une église pour honorer une relique de saint Andéol que possédait déjà cette localité. L'antique sanctuaire de Louis le Pieux existe encore. Il a été refait en partie ; mais ce qui est primitif se reconnaît aisément.
Pour achever d'esquisser le tableau du développement de son culte, pendant le moyen âge, en dehors du Vivarais, il n'y a qu'à placer ici l'énumération des lieux où il est encore en honneur.
Dans le diocèse de Dijon, non loin de la ville de Saulieu, se trouve la paroisse de Saint-Andeux ou de Saint-Andéol. L'église paroissiale est assez grande et paraît fort ancienne. Outre le maître-autel, il y a, dans la nef latérale de droite, une chapelle dédiée à saint Andéol. Sur l'autel de cette chapelle, on voit une antique statue en pierre peinte, représentant le Martyr vêtu en sous-diacre et la tête rasée, sauf la couronne, qui est très-apparente. Au diocèse de Lyon, nous trouvons l'église de Saint-Andéol-de-Monceaux, que Leutade, comte de Mâcon, par une charte de l'an 943, donna à l'abbaye de Cluny ; celles de Saint-Andéol-la-Valla, archiprêtre de Saint-Étienne, et de Saint-Andéol-le-Château, archiprêtre de Mornant, mentionnées toutes deux dans les pouillés du XIIIe et du XIVe siècle, mais dont l'origine doit remonter beaucoup plus haut. Au diocèse de Grenoble, l'église et paroisse de Saint-Andéol, canton de Monestier-de-Clermont. Au diocèse du Puy, il y avait autrefois le prieuré de Saint-Andéol-de-Polignac, qui relevait de l'abbaye de Pébrac et qui reçut de grands dons, en 1096, d'Armand, vicomte de Polignac, et d'Hombert, évêque du Puy. Au diocèse de Mende, il y a l'église de Saint-Andéol-de-Clerguemort, canton de Fraissinet-en-Lozère, arrondissement de Florac. Dans le diocèse de Valence, où, suivant toute probabilité, saint Andéol précéda les disciples de saint Irénée, saint Félix et ses compagnons, les lieux qui s'honorent de l'avoir pour Patron se multiplièrent. Il y avait autrefois Saint-Andéol-en-Trièves, archiprêtre du Bas-Triève. On y trouve actuellement Saint-Andéol-en-Quint, archiprêtre de Die ; Saint-Andéol-de-Chadeuil ; Saint-Andéol, canton de Saint-Vallier. Il existe, dans cette dernière paroisse, un pèlerinage en son honneur, où de nombreux pèlerins venaient l'invoquer. On y vénérait une relique et une statue du Martyr. Par une singularité historique, destinée à rappeler son genre de mort, il est représenté n'ayant que la moitié de sa tête. Il y a quelques années, Mgr
Chatrousse, évêque de Valence, condamna l'exposition et le culte public de la relique, parce qu'elle n'était pas accompagnée de lettres authentiques. Dans le même diocèse, il y a encore un hameau, commune de la Bastie-Holland, qui porte le nom de Saint-Andéol et qui possède, en l'honneur du saint Martyr, une chapelle fort ancienne et vénérée. Au commencement du mois de mai, on y vient en pèlerinage de toutes les contrées voisines. La tradition des lieux veut que saint Andéol y ait apporté la foi. Au diocèse de Gap, encore une église de Saint-Andéol. Dans le diocèse d'Avignon, non loin de Carpentras, sur la paroisse de Mazan, il y avait, avant 1793, une chapelle dédiée à saint Andéol avec le titre de prieuré. Les habitants de la campagne l'invoquaient comme leur Patron particulier et comme l'apôtre du pays. Lorsque le printemps commençait à étaler ses richesses, ils allaient en procession, des rameaux verdoyants à la main, dans l'oratoire du Saint, pour demander à Dieu par sa puissante intercession la conservation des fruits de leurs travaux. La chapelle avait été réparée en 1679, et on y avait ajouté un petit ermitage destiné à loger celui qui prenait soin du vénéré sanctuaire. Dans l'assemblée, où ces réparations furent décrétées, et dont le compte rendu se conserve dans le Livre des conseils de la communauté de Mazan, le premier consul expose que ladite communauté « doit faire mettre en état la fontaine qui coule auprès de la chapelle, afin de s'attirer davantage les grâces particulières que le grand saint Andéol se trouve faire dans les ville et terroir de Mazan, ainsi que plusieurs merveilles en faveur des personnes atteintes de fièvres et autres maladies, lesquelles sont guéries, principalement le jour de la fête du Saint, au 1er mai, en se servant, après l'avoir invoqué à la sainte messe, de l'eau de ladite fontaine ».
Sur les bords de la Durance, au diocèse d'Aix, on trouve, près d'Orgon et antérieurement à l'an 1800, une chapelle de Saint-Andéol, que Pons, évêque de Marseille, céda, en 1698, à la célèbre abbaye de Saint-Victor. C'est à l'ombre tutélaire de cet oratoire, que se forma, plus tard, le village de Saint-Andéol. L'antique chapelle n'est autre que celle qu'on voit encore au milieu du cimetière.
En 1562, le trop fameux baron des Adrets, après avoir semé le meurtre et l'incendie dans le Dauphiné, vint attaquer Bourg-Saint-Andéol, qui ne put tenir contre des forces trop supérieures en nombre. À peine des bandes protestantes y furent-elles entrées, qu'elles coururent aux églises. Les portes de celle de Saint-Andéol furent houlées, les autels renversés, le tombeau du saint Martyr ouvert : tout fut horriblement saccagé et profané. Le farouche baron livra la ville au pillage. Les conseils se virent contraints de livrer l'argenterie des églises. La chasse de saint Andéol, les autres reliquaires et les vases sacrés furent fondus et servirent à payer le salaire des fanatiques. En se retirant, le baron des Adrets laissa une garnison, sous les ordres du seigneur de Saint-Bénézé.
Dans ces temps de dévastation et d'acharnement contre les reliques des Saints, que devinrent celles de saint Andéol ? Elles furent heureusement sauvées de la fureur des protestants. Lorsqu'on confia la chasse en argent à la garde des conseils, le chef du Martyr en avait été retiré préalablement et placé dans une petite caisse en bois, avec quelques autres fragments. Après l'apaisement des troubles, le chef de saint Andéol fut retiré de la caisse en bois pour être placé dans un reliquaire nouveau d'une magnificence en rapport avec sa destination. Il était d'argent, comme l'ancien, et surmonté pareillement d'un buste en argent, à l'effigie du glorieux Martyr. Le protestantisme passa dans la ville de Bourg comme un torrent dévastateur ; il ne put y prendre racine. Grâce à sa confiance en saint Andéol, cette cité devint, au contraire, jusqu'à la fin des troubles religieux, le boulevard du catholicisme en Vivarais.
Les armoiries de la ville de Bourg-Saint-Andéol nous fournissent le parfait symbole de cette confiance de ses habitants envers leur saint Patron. Elles sont de gueules à trois bourdons d'argent, au chef cousu d'azur chargé d'un badelaire d'argent vairé d'or. Dans le couteau on reconnaît sans peine le signe traditionnel du genre de mort qui a terminé le martyre de saint Andéol. Les bourdons représentent l'affluence des pèlerins à son tombeau et la dévotion envers lui. Il y en a trois, peut-être à cause des trois quartiers de la ville, qui formaient autant de paroisses. La devise achève d'éclaircir ce symbolisme : « His fulta manebit unitas, Appuyée sur ces choses l'unité nous restera », c'est-à-dire, tant que fleurira dans nos murs la dévotion envers notre illustre et saint Patron, nous sommes assurés qu'il étendra sur nous sa protection et qu'il ne permettra pas à l'erreur de briser parmi nous l'unité de la foi. Ce caractère remarquable de la protection de saint Andéol sur la cité qui lui est particulièrement consacrée, a été reconnu et accepté par l'autorité la plus compétente. Il se trouve, en effet, consigné dans la légende de l'office du saint Martyr. On y attribue à son puissant patronage le privilège que la ville de Bourg-Saint-Andéol possède, seule parmi les villes circonvoisines, d'être restée toujours vierge dans sa foi.
Les quelques vieillards qui ont vu la fin du XVIIIe siècle et qui survivent encore, se souviennent des marques non équivoques de vénération dont on environnait alors non-seulement les ossements sacrés du saint Martyr, mais tous les monuments illustrés et sanctifiés par son souvenir. Ils racontent qu'au jour de la fête de saint Andéol, on voyait des populations entières venir rendre hommage au Saint qui avait évangélisé leurs pères. On accourait, non-seulement des lieux circonvoisins, mais de Grenoble, de Carpentras, de Vaison, d'Orange et du fond de la Provence. Un de ces vieillards a affirmé à M. l'abbé Mirabel, auteur d'une vie de saint Andéol, que l'Espagne elle-
1er MAI.
même avait envoyé des dépositions, qu'il en était venu plusieurs fois de Catalogne. Cet état de choses persévéra jusqu'aux jours néfastes de la grande Révolution.
Comme tant d'autres cultes que les siècles avaient environnés de leur respect, celui de saint Andéol sombra, pour un temps, dans l'immense cataclysme qui vint fondre sur la France, après 1789. En 1791, le curé et les vicaires de Saint-Andéol ayant prêté serment à la constitution civile du clergé, le service religieux en souffrit beaucoup. Les offices furent désertés par les paroissiens les plus instruits et les plus fervents. À partir du 1er février 1794, les portes de Saint-Andéol furent fermées. Cinquante citoyens eurent le courage de demander à la municipalité la faculté de rouvrir cette église et d'y entretenir des ministres du culte à leurs frais ; mais leurs plaintes ne furent pas écoutées. Le vénéré sanctuaire ne s'ouvrit que devant les commissaires du gouvernement. Au nom de la souveraineté populaire, ces derniers vinrent enlever l'argenterie et livrer le monument à la dévastation. Le maître-autel, remarquable par sa beauté, fut détruit. Le tombeau de saint Andéol, profané et jeté à la rue. Les statues des Saints, les bannières, les reliquaires en bois, mis en pièces et jetés dans les flammes d'un bûcher allumé sur la place publique. Il faut rendre justice au malheureux prêtre qui avait donné l'exemple de la défection à ses paroissiens : dans ces conjonctures, il fit tous ses efforts pour sauver de la destruction les ossements de saint Andéol. Il demanda qu'ils fassent déposés aux archives de la commune, avec les documents annexés, pour y être conservés à titre d'antiquités. On dit aussi qu'il avait essayé de les cacher. Mais tous ses efforts furent inutiles ; le saint corps fut jeté dans les flammes, sous ses yeux. Les révolutionnaires de Paris, persuadés qu'il faut un culte au peuple, lui avaient donné celui de la déesse Raison. La nouvelle divinité fut établie dans le sanctuaire de Saint-Andéol, sur le frontispice duquel on mit cette inscription : *Temple de la Raison*. En 1806, on mit la main à l'œuvre pour réparer l'église paroissiale, dédiée à saint Andéol, qui menaçait ruine. La restauration intérieure et extérieure de l'édifice fut bientôt complète. Mais il manquait à ce sanctuaire dont la jeunesse venait d'être redoublée ; il lui manquait, au moins quelque parcelle des restes vénérables de son illustre Patron. Assez longtemps on aima à croire qu'une partie du saint corps, cachée par des mains pieuses, en 1793, avait échappé aux flammes. Dans cette espérance, de nombreuses recherches avaient été faites, mais inutilement, le vandalisme sacrilège des révolutionnaires n'ayant rien épargné. Toutefois, Dieu voulait ne pas rester sourd à des désirs si conformes à ses desseins. En effet, à peine les travaux de restauration étaient-ils achevés, que des reliques arrivaient de deux côtés à la fois. Les premières ont été tirées de deux reliquaires en bois conservés à l'hospice de Bourg-Saint-Andéol et munis des lettres et du sceau de Mgr de Savines, évêque de Viviers. L'un de ces reliquaires, envoyé à Rome par les soins de Monsieur l'archiprêtre de Bourg-Saint-Andéol, fut présenté à l'examen de la Congrégation des Saintes-Reliques, qui, le trouvant muni de toutes les marques d'authenticité désirables, permit, par lettres signées du cardinal-vicaire, de l'exposer publiquement à la vénération des fidèles. L'autre reliquaire, en tout semblable au précédent, a été reconnu et déclaré authentique par Mgr Delcasy, évêque de Viviers. Une parcelle de ces reliques a été placée dans le nouvel autel de saint Andéol ; une autre, dans un reliquaire, à part, pour être plus facilement présentée à la vénération des fidèles. Des reliques plus considérables se conservaient, à Valence, dans l'ancien prieuré de Saint-Félix, qui appartint longtemps à l'Ordre de Saint-Ruf, et où sont actuellement des religieuses de Saint-Vincent de Paul. Elles étaient renfermées dans un coffret, que l'on trouva, en 1850, dans le maître-autel de la chapelle du prieuré, en faisant quelques réparations. Grâce à l'initiative de M. Paradis, l'église de Bourg-Saint-Andéol vient de recouvrer intégralement cette insigne relique. Pour achever sa bonne œuvre, le donataire a renfermé ces restes vénérables dans un beau reliquaire. La translation de ces fragments du chef de l'illustre Martyr a été faite le dimanche 3 mai 1868.
Cf. Histoire de l'Église de Viviers, par M. l'abbé Roushier, et Vie de saint Andéol, par M. l'abbé Mirabel.
Événements marquants
- Formation à l'école de Smyrne sous saint Polycarpe
- Envoi en mission dans les Gaules en 166
- Évangélisation de Carpentras, Mazan et Camaret
- Prédication à Bergoïate (Bourg-Saint-Andéol)
- Arrestation par l'empereur Sévère
- Martyre par partage de la tête en forme de croix avec une épée de bois
Miracles
- Cicatrisation spontanée des plaies en prison
- Vision céleste et chants d'anges dans son cachot
- Corps flottant miraculeusement sur le Rhône malgré une chaîne et une pierre
- Apparition d'une effervescence rougeâtre sur le monument du Pilon
Citations
L'Orient est ma patrie, et je viens de Smyrne, envoyé par l'évêque de cette ville... pour annoncer le Sauveur Jésus-Christ.