Saint François de Girolamo

Prêtre de la Compagnie de Jésus

Fête : 11 mai 17ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre jésuite italien du XVIIe siècle, François de Girolamo consacra quarante ans de sa vie à l'évangélisation de Naples et de ses environs. Surnommé le 'Saint Prêtre', il était célèbre pour son éloquence dramatique, ses miracles et son dévouement envers les pauvres et les prisonniers. Il mourut en 1716 après une vie marquée par une charité héroïque et une profonde dévotion à Saint Cyr.

Biographie

SAINT FRANÇOIS DE GIROLAMO,

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS

* « Si Dieu est pour nous, répétait souvent le Bienheureux François, qui sera contre nous ? »

Si les saints sont des astres dont Notre-Seigneur orne le firmament de l'Église, pour nous éclairer dans notre dangereuse navigation, sur une mer pleine d'écueils, il nous semble que leur lumière nous est plus utile, lorsqu'ils ont brillé dans des temps plus rapprochés de nous. C'est ce qui nous engage à écrire l'histoire de saint François de Girolamo, qui a vécu dans le XVIIIᵉ siècle et qui a été canonisé de nos jours. Un petit village, voisin de Tarente, en Italie, et qui porte le nom de Grotailles, sera à jamais célèbre pour avoir vu naître notre Saint, le 17 septembre 1642. Ses parents, Jean Léonard de Girolamo et Gentilesca Gravina, étaient encore moins distingués par le rang honorable qu'ils occupaient dans leur pays que par la vertu et l'excellente éducation qu'ils donnaient à leurs enfants, au nombre de onze : François était l'aîné ; on pouvait, dès l'enfance, entrevoir, dans cette plante bénie du ciel, toutes les vertus, comme des fleurs à travers leurs boutons naissants ; on admirait surtout un jugement qui devançait les années, une douce soumission, une entière obéissance à ses parents, une modestie virginale, un ardent amour pour la prière et la retraite ; sa charité pour les pauvres était sans bornes ; il n'avait pas le courage de renvoyer un mendiant sans le soulager ; il répandait à pleines mains de l'argent, des vivres et tout ce qu'il pouvait se procurer : ce que Dieu montra lui être agréable par un grand prodige ; car sa mère le surprit un jour dans un pieux larcin, au moment où il emportait, pour le distribuer aux pauvres, du pain qu'il avait pris à la maison ; elle lui reprocha de dépouiller sa famille pour des étrangers, lui défendant d'en user ainsi à l'avenir ; l'enfant répondit, la rougeur sur les joues, mais avec des yeux rayonnants de confiance en Dieu : « Pensez-vous, ma mère, que l'aumône nous laisse jamais sans pain ? regardez le buffet, satisfaites-vous et voyez ». Elle y regarde aussitôt et voit qu'il n'y manque pas un pain ; elle se jette alors à son cou, les yeux baignés de larmes, retire la défense qu'elle lui a faite, et lui donne toute liberté de disposer à son gré de tout ce qui était dans la maison.

Ses dispositions ne brillèrent pas moins pour l'étude que pour la piété : il saisissait principalement les vérités de la religion avec une facilité admirable ; tout cela porta ses parents à le consacrer au Seigneur comme un autre Samuel. Il y avait, dans le village, une société d'ecclésiastiques, qui vivaient saintement, sans être liés par des vœux, sous la protection de saint Cajétan : François fut reçu dans cette sainte communauté où sa piété fit bientôt l'admiration de tout le monde et le sujet de tous les entretiens. Le supérieur, charmé de ses excellentes qualités, le chargea de faire le catéchisme aux enfants et de tenir l'église en ordre ; il remplit si admirablement cette tâche, que l'archevêque de Tarente lui donna la tonsure à l'âge de seize ans. Comme il avait achevé ses humanités, ses parents l'envoyèrent à Tarente suivre le cours de philosophie et de théologie ; il y reçut les ordres mineurs, le sous-diaconat et le diaconat. Ensuite, il se rendit à Naples pour y apprendre le droit canonique et le droit civil, en compagnie d'un de ses frères, nommé Joseph, qui, montrant pour la peinture un goût merveilleux, venait étudier cet art sous un maître éminent. Mais ce qui occupait le plus les pensées de notre Saint était d'achever le sacrifice qu'il voulait faire de lui-même à Dieu. S'étant donc procuré une dispense du Pape à cause de son âge, il reçut, le 18 mars 1666, avec des transports de joie impossibles à décrire, l'ordre de la prêtrise, des mains de don Sanchez de Herrera, évêque de Pouzzolès.

Quoiqu'il vécût dans le monde comme n'étant pas du monde, il aspirait dès lors à s'arracher à sa dissipation, à son air empesté, et à chercher la science et la perfection dans la solitude ; le ciel condescendit à son désir. Une place de préfet étant devenue vacante au collège des nobles de la compagnie de Jésus, il l'obtint, et il lui fut même permis de conserver son frère avec lui. Les jeunes gens confiés à ses soins ne tardèrent pas à s'apercevoir que c'était un Saint qui avait été placé à leur tête : ils le virent à son air, à son maintien, à ses manières aimables, à sa conversation pleine de douceur et de piété, aux austérités et aux mortifications qu'il ne réussissait pas à cacher entièrement, et surtout à sa patience, dont nous devons donner ici un exemple : un écolier irrité, après avoir vomi contre lui un torrent d'injures, en vint jusqu'à le frapper au visage. Quoique pris à l'improviste, il ne manifesta pas la moindre émotion, ne proféra pas une plainte ; mais, tombant à genoux, il présenta humblement l'autre joue à celui qui l'avait frappé. Depuis, on ne l'appela jamais autrement que le Saint Prêtre. Après cinq ans de résidence en ce lieu, dans le poste de préfet, notre Saint, alors âgé de vingt-huit ans, suivant la volonté de Dieu qui l'appelait dans la compagnie de Jésus, triompha, à force de prières, de la résistance de son père, qui s'opposait à ce pieux dessein. On n'avait jamais eu de novice plus humble, plus fervent, plus mortifié, plus obéissant : pour éprouver l'or de ses vertus dans le creuset des afflictions et des croix, ses supérieurs le soumirent aux plus rudes épreuves, jusqu'à lui défendre, pour ses prétendus péchés, de dire la messe plus de trois fois la semaine : ce coup, le plus rude pour son cœur, dont toute la joie était de s'unir à son Sauveur, ne put lui arracher le moindre murmure. Mais Notre-Seigneur sut bien le dédommager de ce sacrifice qu'il s'imposait par obéissance : il le visitait en personne, et de sa divine main lui distribuait le pain des anges.

De si rudes exercices anéantirent tellement en lui le vieil homme, et l'homme nouveau grandit de telle sorte, qu'au bout d'un an il put s'élancer comme un géant dans la carrière apostolique ; ses supérieurs l'envoyèrent en mission avec le fameux Père Agnello Bruno. Pendant trois ans, ces saints missionnaires parcoururent tous les villages de la Pouille et de la terre d'Otrante, convertissant les pécheurs et fortifiant les justes, de sorte qu'on avait coutume de dire d'eux : le Père Bruno et le Père Girolamo semblent être, non de simples mortels, mais des anges envoyés exprès pour sauver les âmes. Rappelé à Naples en 1674, pour achever ses études de théologie, ce savant directeur des âmes, cet éloquent prédicateur se remit sur les bancs avec la joie et la docilité d'un enfant, protestant qu'il ne savait rien, qu'il avait besoin d'apprendre, bien que ses Cahiers de théologie fussent grandement recherchés et estimés ; il consultait ses compagnons d'étude et ne perdait aucune occasion de se faire passer pour ignorant. Afin d'entretenir son zèle, ses supérieurs lui permirent de prêcher le dimanche et les fêtes sur les places publiques : ce qu'il faisait avec des succès merveilleux. Ses études terminées, il fut, par une disposition particulière de la divine Providence, nommé prédicateur à l'église appelée le Gesù-Nuovo, en 1675, où il commença les travaux de cette carrière apostolique qu'il continua pendant quarante ans, sans interruption, jusqu'à la fin de son pèlerinage terrestre. Pendant les trois premières années, il est vrai, il n'eut point d'autre charge que de faire l'invitation ou exhortation à la communion, comme cela se pratiquait en cette église, le troisième dimanche de chaque mois. Cette œuvre et une foule d'autres, auxquelles il se livrait tout entier, ne pouvaient étancher sa soif du salut des âmes. A la nouvelle que la mission du Japon allait s'ouvrir de nouveau, il demanda d'aller verser son sang pour Jésus-Christ ; mais Jésus-Christ lui répondit par la bouche de ses supérieurs, qu'il devait considérer Naples comme « ses Indes et son Japon », et se contenter des épines du martyre par un renoncement absolu à ses inclinations, sans en cueillir la rose. Dès lors il regarda le royaume de Naples comme la portion de la vigne du Seigneur où il devait dépenser ses sueurs. Voici à quelle occasion il en commença la culture :

Pour délivrer le royaume de Naples des calamités qui le désolaient, on avait ordonné des prières publiques pendant huit jours, et chaque jour une procession de pénitence devait se rendre, à travers les rues de la ville, à la cathédrale, pour y entendre la parole de Dieu. Le Père Sambrosi, le plus grand prédicateur de l'époque, fut chargé un jour de faire le sermon, et le Père François de diriger la procession, et de lui adresser de temps en temps des paroles de pénitence. Quand la procession fut entrée dans l'église, le tendre pasteur de Jésus-Christ, voyant une partie du troupeau en dehors, exclue du divin pâturage, parce qu'il lui était impossible de pénétrer, fut inspiré du Saint-Esprit de rassasier leur faim : il monte sur une éminence qui dominait la foule, puis, élevant la voix, il tonne contre le vice avec une énergie si pleine de feu et de terreur, en même temps que le zèle et la majesté d'un prophète brillaient dans ses yeux, qu'il s'élève un cri général d'effroi parmi ses auditeurs, comme s'ils voyaient l'enfer s'ouvrir pour les dévorer : ils tombent la face contre terre, ils versent des torrents de larmes, ils font retentir l'air de leurs gémissements, ils poussent des cris de douleur vers le trône de la miséricorde : ainsi il fut difficile de dire lequel, du discours prononcé dans l'église ou de celui qui l'avait été en dehors, produisit le plus de bien. Cet heureux incident détermina les supérieurs, en 1678, à confier à François toute la mission ; elle comprenait trois devoirs :

Le premier était d'entretenir le zèle d'une confrérie dont les membres assistant à toutes les processions étaient comme le bras droit du missionnaire ; il établit parmi eux la coutume de fréquenter les Sacrements tous les dimanches et toutes les fêtes de la sainte Vierge ; la pratique de l'oraison mentale aussi bien que la prière vocale ; celle aussi de la pénitence et de l'humiliation publiques ; l'exercice des stations ou Chemin de la Croix, où il versait ordinairement lui-même des torrents de larmes ; enfin, la visite en procession de sept églises, en mémoire des sept voyages de notre divin Rédempteur. A chaque église, le Saint faisait une exhortation, et la pieuse cérémonie se terminait par une consécration que chacun faisait de lui-même à Notre-Seigneur Jésus-Christ et à sa sainte Mère, avec des vœux de fidélité perpétuelle.

Le second devoir était de prêcher en public. Voici de quelle manière notre Saint s'y comportait : chaque dimanche il passait d'abord deux heures en oraison, après quoi il se frappait longtemps et rudement avec la discipline (pratique qu'il observait tous les jours à son lever) ; puis il disait la messe, récitait ensuite les heures canoniales, la tête nue et à genoux, quelquefois devant le saint Sacrement ; il passait le reste de la matinée au confessionnal, ou avec sa congrégation. Après le dîner, il employait la récréation en grande partie en entretiens spirituels avec ses bien-aimés, et ne la quittait que pour discourir et méditer pendant une heure sur la Passion de Notre-Seigneur. A l'heure marquée, le Saint et ses compagnons sortaient dans les rues, marchant en procession ; puis se dirigeant de divers côtés, se mettaient à prêcher au peuple. François montait ordinairement sur une estrade, près ou vis-à-vis des baladins et des charlatans, qui s'enfuyaient à son approche. Après le discours, il tombait à genoux au pied de la croix et se frappait les épaules avec la discipline ; puis il retournait au confessionnal, où il demeurait jusqu'au moment où l'on fermait les portes de l'église.

Le troisième devoir attaché à sa charge était l'invitation à la communion : pendant les neuf jours qui précédaient le troisième dimanche de chaque mois, il parcourait les rues de la ville, agitant une sonnette et répétant d'une voix forte quelques sentences tirées de l'Écriture, pour inviter les âmes à se nourrir du pain qui donne la vie éternelle. On ne saurait imaginer ses peines et ses privations, lorsqu'il parcourait ainsi les environs de Naples : souvent sous un soleil dévorant ou une pluie battante, à travers des marais, sur des rochers, souvent au péril de sa vie et de ses membres. Il voyageait toujours à pied, jusqu'au dernier temps de sa vie, qu'il fut obligé d'aller à cheval ; mais il était bien récompensé de ses fatigues, lorsque, le jour venu, il pouvait introduire dans la salle du festin, pour manger l'Agneau qui sauve de l'extermination éternelle, jusqu'à vingt mille convives.

Mais, avant d'entrer dans de nouveaux détails sur la carrière apostolique de notre Saint, il est bon de dire quelque chose de la qualité qui lui fit opérer tant de merveilles, c'est-à-dire de sa rare éloquence ; sa voix était forte et sonore, son style simple, abondant et impressionnable : quelquefois il s'insinuait dans le cœur de son auditoire par des manières gracieuses et attrayantes ; quelquefois il accablait les esprits sous le poids des plus forts arguments. Il avait coutume de parler avec tant de véhémence, que le sang lui venait parfois sur les lèvres. Sa méthode ordinaire était de peindre d'abord l'énormité du péché et les terreurs des jugements divins sous des couleurs si frappantes, qu'il excitait dans les pécheurs des alarmes et de l'indignation contre eux-mêmes ; puis, changeant de ton avec une habileté de maître, il parlait sur la douceur et la bonté de Jésus-Christ, de manière à faire succéder l'espoir au désespoir et à porter la conviction dans les cœurs les plus endurcis. C'était là le moment qu'il choisissait pour leur adresser un appel si tendre et si entraînant, qu'on les voyait tomber à genoux devant leur Sauveur crucifié, et solliciter par les précieux canaux de la grâce, c'est-à-dire par ses plaies encore saignantes, en versant des larmes et en poussant des sanglots, leur pardon et leur réconciliation. Il était dans l'usage d'ajouter à la fin quelque exemple frappant des châtiments ou des grâces de Dieu, pour laisser dans les âmes une impression plus profonde. Avant de parler aux hommes, il avait soin de s'entretenir avec Dieu aux pieds du crucifix ; comme un autre Moïse, il sortait tout en feu de ce colloque sacré. Le ciel lui inspira, en diverses circonstances, des paroles d'un effet surnaturel : en 1707, une éruption du Vésuve obscurcit l'air, le peuple tremblant se rassemble sur la place, le Saint y paraît et s'écrie d'un ton lugubre : « Naples, dans quel temps es-tu ? Naples, dans quel temps es-tu ? » En 1688, dans un tremblement de terre, il cria aussi au peuple effrayé : « Cessez de pêcher ! si vous voulez que le châtiment cesse ». Beaucoup de pécheurs confessèrent leurs péchés et menèrent depuis une vie religieuse. Ses sermons étaient ordinairement suivis du repentir et de la conversion de cinq ou de six et même de dix femmes perdues de mœurs, qui venaient, en s'arrachant les cheveux et versant des larmes amères, solliciter la permission d'aller expier leurs fautes dans quelque couvent.

Un jour, une misérable de cette espèce, devant la maison de laquelle le serviteur de Dieu prêchait, fit ce qu'elle put pour l'interrompre, en préférant toutes sortes de sons discordants : notre Saint n'y fit pas même attention et continua son discours jusqu'au bout. Quelque temps après, passant devant cette maison et la voyant fermée : « Ah ! dit-il à un de ceux qui étaient à ses côtés, qu'est devenue Catherine ? » — « Elle est morte subitement hier », répondit-on. — « Morte ! ajouta François, entrons et voyons-la ». Puis entrant, en effet, dans la maison, il monta l'escalier et trouva le cadavre déposé, selon l'usage. Alors, au milieu du silence de l'assemblée : « Catherine ! » s'écria-t-il, « dites-moi où vous êtes ? » et deux fois il répéta les mêmes paroles. Mais, quand une troisième fois il eut parlé d'un ton d'autorité, les yeux du cadavre s'ouvrirent, ses lèvres s'agitèrent à la vue de tout le monde, et une faible voix, qui semblait venir d'une grande profondeur, répondit : « En enfer ! en enfer ! ! » Aussitôt, tous ceux qui étaient présents, saisis de terreur, s'enfuirent de la chambre, et le saint homme, lui, en se retirant, répéta plusieurs fois : « En enfer ! en enfer ! Dieu tout-puissant, Dieu terrible ! en enfer ! » Cette circonstance et ces paroles produisirent tant d'effet que plusieurs n'osèrent rentrer chez eux sans s'être confessés. Ainsi, il profitait de toutes les circonstances pour amollir les âmes endurcies. Une autre fois il peignit en termes si forts l'ouvrage fait à Dieu par le péché, qu'un enfant se mit à pleurer amèrement : le Saint le fait venir auprès de lui, l'embrasse avec tendresse et s'écria : « Cet enfant innocent verse des larmes, tandis que tant de pécheurs restent insensibles ». Puis, éclairé d'une lumière surnaturelle, il dit à l'enfant : « Mais ton père, que fait-il ? » Or, ce père était un grand pécheur, et, comme il se trouvait présent, il fut tellement touché des larmes de son fils, des reproches du Saint et surtout de la grâce, qu'il accourut se jeter au pied du crucifix en criant miséricorde pour ses péchés. Son repentir sembla se communiquer à la foule, et plusieurs pécheurs se convertirent.

Une femme, qui avait pendant bien des années mené une vie de désordre, s'était enfin convertie après un sermon ; François lui dit en public : — « Ma pauvre fille, qu'avez-vous gagné par le péché ? quels biens, quel plaisir ? » — « Rien, rien, répondit-elle toute en pleurs ; les vêtements mêmes que je porte ne sont pas les miens ! Ils sont de loyer ». — « Dieu, l'entendez-vous ? s'écria le Saint, tel est le sort de tout pécheur ! » Un jour qu'il prêchait devant une maison mal famée, on en vit, au milieu même de son discours, une voiture se préparer à sortir ; on pria ceux qui y étaient d'attendre quelques instants et de ne pas interrompre le serviteur de Dieu ; mais, ces personnes n'en faisant aucun cas, crièrent au cocher de pousser en avant : « Divin Jésus », s'écria notre Saint en tenant le crucifix à la main devant les chevaux, « puisque ces déesses n'ont point de respect pour vous, ces bêtes sans raison du moins vous rendront hommage ». A l'instant même, ces animaux tombèrent à genoux et ne voulurent point remuer que le discours ne fût fini. On ne peut expliquer, sans miracle, comment saint François pouvait suffire à des travaux qui auraient occupé la vie de plusieurs apôtres : on le voyait continuellement dans les hôpitaux, les prisons et les galères, et, en outre, il allait dans les maisons visiter les malades ; il pourvoyait aux nécessités spirituelles des monastères, des asiles ou maisons de refuge, des confréries et des écoles ; il allait prêcher la nuit même dans les repaires du vice. Une fois, au moment où il était en prières dans sa chambre, il se sentit tout à coup inspiré d'aller prêcher : il le fait dans les ténèbres, à l'angle d'une rue, prenant pour sujet la correspondance immédiate à la grâce divine, et s'en retourne sans savoir dans quel dessein et avec quel fruit le Saint-Esprit l'a fait parler. Le lendemain, une jeune femme vint se confesser à lui ; elle avait été effrayée, lorsqu'il avait fait retentir dans la nuit la menace des vengeances divines et le danger de différer sa conversion au moment même et au lieu où elle était disposée à pêcher ; son complice, qui se moquait de ses craintes, était mort tout à coup, son âme s'étant déjà envolée au tribunal de Dieu, lorsque les paroles de blasphème étaient encore sur ses lèvres. Rien ne pouvait arrêter un zèle si ardent. Il fut souvent maltraité par ceux qu'il voulait retirer de l'enfer, mais il ne recula jamais, pas même devant la mort, et Dieu le protégea toujours.

Nous regrettons de ne pouvoir raconter toutes les conversions admirables qui sont rapportées dans la vie de ce saint missionnaire ; mais nous ne pouvons nous défendre de citer celle-ci, qui intéresse en quelque sorte notre pays. Il y avait à Paris un protestant qui s'appelait François Cassier. Cet homme avait épousé une bonne catholique, nommée Magdeleine Olivier, de laquelle il eut deux filles. Il aurait bien voulu les amener au protestantisme, mais la mère les avait toujours préservées de cette apostasie : aussi, les accablait-il de mauvais traitements et les avait-il prises en une haine terrible. Après la mort de sa femme, il résolut de conduire ses enfants à Genève pour en avoir plus facilement raison. Il les force à prendre des habits d'homme et se met en route avec elles. Un jour qu'elles étaient fatiguées de la marche, elles prient leur père de leur permettre de se reposer un peu. Le père y consent, se sentant las aussi : il se couche sur l'herbe et s'endort. C'était dans un lieu solitaire ; les malheureuses filles, égarées par les mauvais traitements qu'elles enduraient depuis longtemps, profitent de son sommeil, prennent doucement ses pistolets, le tuent et cachent son cadavre sous des buissons. Après cet horrible crime, elles sortent de France, gardant toujours leurs habits d'hommes et vont s'engager à Milan, au service de Charles II, roi d'Espagne, à qui ce duché appartenait. Leur compagnie, dont le capitaine était don Emmanuel de Arrieta, fut envoyée en garnison à Messine, puis à Naples, d'où elle partit pour une expédition contre les bandits qui s'étaient retirés dans les Abruzzes. Les deux sœurs se battirent vaillamment : mais l'une, ayant été tuée dans une rencontre, l'autre eut soin d'enterrer son cadavre, de peur qu'en le dépouillant on en reconnût le sexe, ce qui aurait fait découvrir la fraude. Celle qui restait avait pris le nom de Charles Pimentel. Après l'extermination des bandes de brigands, elle revint à Naples, où la grâce de Dieu l'attendait.

Un jour que Charles Pimentel était de garde avec sa compagnie, sur la place du Château-Neuf, le Saint l'aperçut, et après le sermon, il lui fit signe de venir lui parler. — « Que peut me vouloir cet homme », se disait le soldat ? Je ne le connais pas et n'ai rien à faire avec lui ». Cependant le Saint l'ayant appelé de nouveau, il y alla, et celui-ci lui dit en le prenant à l'écart : — « Je voudrais bien que tu allasses te confesser ». — « Me confesser ! » répondit le soldat, « et pourquoi ? Est-ce que j'ai commis quelque grand crime qui ait mérité la corde ? En bonne conscience, je ne me connais pas de péchés ». Et en disant cela, il lui tourna brusquement les épaules. Le saint l'arrêta. — « Mais comment peux-tu dire que tu n'as pas commis de péché », reprit-il ? « N'es-tu pas une femme qui se cache sous ces habits d'homme ? n'es-tu pas Marie Cassier, née à Paris, d'où tu es venue en Italie ? ne te fais-tu pas appeler Charles Pimentel ? Il ne te sert à rien de le nier, car celui qui me l'a dit, c'est ce Seigneur Jésus que tu vois là sur la croix. Veux-tu que je t'en dise davantage ? N'est-ce pas-toi qui, d'accord avec ta sœur, as tué cruellement ton père ? » A ces paroles si nettes, le soldat, tout étourdi, pâlit et se mit à trembler des pieds à la tête. Il ne voulut point avouer cependant : — « Mais, Père », reprit-il après un moment de silence, « je ne sais qui a pu vous faire un pareil conte ». Puis, réfléchissant qu'il fallait empêcher le Père de parler, il lui promit de l'aller trouver le lendemain pour se confesser. Le Saint attendit deux jours, mais inutilement ; il se mit à la recherche, et l'ayant rencontré, il lui dit : « Est-ce ainsi que tu tiens la parole que tu m'avais donnée ? » — « Père, croyez-moi », reprit le soldat, « je ne l'ai pas pu ; du reste, il est impossible que j'aille vous trouver maintenant, car, par ordre du vice-roi, nous allons nous embarquer sur-le-champ ; nous partons pour la Toscane ». Le Saint réfléchit quelque temps. « Non, vous ne partirez pas », reprit-il ; « jure-moi donc sur ce Christ que tu viendras demain matin me trouver. Ne crains rien, car j'ai grand espoir que Dieu veut te sauver ». En effet, l'ordre de départ fut révoqué le jour même, comme il l'avait prédit, et le soldat se rendit aussitôt à l'église du Gesù-Nuovo pour accomplir sa promesse. Quand le Père l'aperçut, il tressaillit d'une sainte allégresse. « Eh quoi ! » lui dit-il, « tu voulais t'échapper des mains de Dieu ! Mais c'est un père qui t'aime et qui te voulait pour lui ». Le Saint entendit ensuite sa confession ; il le disposa à recevoir l'absolution ce matin-là même et le fit approcher de la Table sainte. Le soldat passa cette heureuse journée à l'église, en exercices de dévotion. Le soir, le Saint le fit conduire chez la marquise de Santo-Stéfano. Cette dame, qui était fort pieuse, l'accueillit à merveille. Elle fit reprendre à Marie Cassier les habits de son sexe, la garda pendant quatre mois et l'établit ensuite dans une petite maison où elle vécut d'une rente de six ducats par mois, que le Saint lui avait obtenue sur la caisse militaire, et qui était la retraite des soldats invalides.

Cette conversion si extraordinaire eut lieu en l'année 1688. Marie Cassier ne mourut qu'en 1727, et elle en confirma les détails sous la foi du serment pour le procès de canonisation. Elle resta toujours dans les sentiments les plus humbles et les plus repentants, pleurant sa faute et en faisant chaque jour pénitence. Le Saint avait placé auprès d'elle un de ses frères, nommé Cataldo. C'était un homme tout occupé de son salut, de bon conseil et d'une vie exemplaire. Marie Cassier le servait et le soignait dans ses maladies, qui étaient fort fréquentes. Un jour, il fut surpris d'une fièvre si ardente que l'on connut bientôt qu'il n'y pourrait résister. Cataldo comprit le danger où il était : il fit volontiers à Dieu le sacrifice de sa vie ; il ne regrettait qu'une chose, c'est que son frère bien-aimé ne fût pas là pour l'aider dans ce terrible passage. Saint François de Girolamo était, lui aussi, malade en ce moment-là, et ses supérieurs l'avaient envoyé à cinq lieues de Naples, dans le bourg de Récalé, renommé pour la salubrité de l'air. Or, deux jours avant que Cataldo ne mourût, Marie Cassier, étant dans une chambre voisine, l'entendit pousser un fort gémissement. Elle accourut pour lui porter secours, mais elle s'arrêta tout effrayée à l'entrée de la chambre, en voyant saint François de Girolamo qui embrassait tendrement le malade et qui lui disait : « Mon frère, allez plein de courage et avec confiance là où Dieu, votre bon père, vous appelle, et où les Saints vous attendent. Souvenez-vous qu'il rend au centuple ce qu'on lui a donné, et sachez que je ne tarderai guère à vous suivre ». Il prit ensuite Marie Cassier à part. « Ma fille », lui dit-il, « Cataldo marche à grands pas vers l'éternité : aie soin de l'assister fidèlement. Il mourra vendredi prochain, à la quatrième heure de nuit. Il faut que je le quitte maintenant ; mais j'espère le revoir avant sa mort ». On croit qu'il le revit, en effet, car le malade, un peu avant sa mort, donna tant de signes d'une joie extraordinaire, que Marie Cassier était persuadée qu'il avait eu le bonheur de mourir dans les bras du Saint, encore que celui-ci fût resté invisible pour elle. Du reste, le jour où il était venu, il entra et sortit, quoique les portes de la maison fussent closes, et deux frères qui étaient avec lui au bourg de Récalé affirmèrent qu'il ne les avait pas quittés d'une minute, qu'il n'était pas même en état de le faire à cause de sa grande faiblesse.

Parmi les hardiesses où l'Esprit-Saint l'a poussé, nous en citerons encore une des plus merveilleuses : dans une procession, il s'arrêta devant la porte d'une maison ; mû par une inspiration soudaine, il frappe fortement en criant : « Ouvre, femme infernale, maîtresse d'école d'enfer, ouvre ! » Quelques instants après, on vit paraître une méchante femme flétrie, hideuse, défigurée, dans l'intérieur de la maison, on aperçut une demi-douzaine de jeunes gens et un pareil nombre de jeunes personnes que cette misérable avait réunis pour le crime et qui étaient près de sacrifier leur vertu. « Voilà bien », s'écria le Saint, « l'école de Satan, l'antichambre de l'enfer. Comment osez-vous », dit-il à ces jeunes gens, « attenter à la vertu de ces âmes innocentes, pour lesquelles Dieu a versé son sang ? Sortez d'ici ! » Il retira ainsi ces malheureuses filles de l'abîme, et leur procura une place dans un asile où elles purent sauver leur âme. Plusieurs fois il arrêta des jeunes gens à la porte de ces repaires du vice, ou les en retira en y entrant lui-même le crucifiix à la main. Nous ne finirions jamais s'il nous fallait raconter les conversions merveilleuses où notre Saint fut l'instrument de la grâce. Un homme ne fréquentait plus les Sacrements depuis vingt-cinq ans, lorsque, averti en songe, à plusieurs reprises, d'avoir recours à notre Saint, il prit enfin courage et obéit, à son grand bonheur et pour la gloire de Notre-Dame, à la protection de laquelle il était redevable de cet avertissement. Un autre, à qui le Saint, au commencement de sa confession, demanda combien il y avait de temps qu'il ne s'était pas confessé, se mit à fondre en larmes et à supplier le Saint de ne pas le renvoyer parce qu'il était un grand pécheur ; et le Saint, lui recommandant de ne pas se décourager, lui demanda s'il y avait dix, vingt ou cinquante ans : « Précisément, mon père », dit-il, « il y a cinquante ans que je suis éloigné de Dieu. — Eloigné de Dieu ! » reprit François, « pourquoi avez-vous abandonné un si tendre Père, un Sauveur qui a versé son sang pour vous, jusqu'à la dernière goutte ? Ah ! plutôt convertissez-vous à lui, et allez au-devant de celui qui a couru si longtemps après vous ». Un assassin, qui avait été payé pour tuer quelques personnes, traversant un groupe d'auditeurs, devant lequel le Saint prêchait, s'arrêta en se disant à lui-même : « Celui que je cherche ne serait-il point parmi cette multitude ? » Il se tint donc là pour observer et ne put s'empêcher d'entendre le discours de notre saint prédicateur, et, en l'entendant, il ne put se défendre de rester pour l'écouter, comme s'il eût été retenu dans ce lieu par enchantement, quand tout à coup ces paroles retentissent à ses oreilles : « Des milliers de pénitents pleurent leurs fautes passées, et toi, misérable pêcheur, tu médites de nouveaux crimes ! Malheureux, que ni le bras de Dieu levé pour lancer ses foudres, ni l'enfer ouvert sous tes pieds pour t'engloutir, ne sauraient détourner du crime ! » Sa conscience fut déchirée de remords, son cœur se détourna du mal, il confessa ses iniquités, et de meurtrier, il devint un Saint. Naples ne fut pas le seul théâtre du zèle de notre saint apôtre ; il parcourut toutes les provinces du royaume, à l'exception de la Calabre, et donna plus de cent missions ; partout où il allait, le clergé et le peuple venaient à sa rencontre, il commençait aussitôt par un discours d'ouverture et une invocation au saint patron et aux anges gardiens du lieu. A la fin, avant de partir, lorsqu'il exhortait les fidèles à la persévérance, tous, d'une seule voix, promettaient de garder inviolablement leurs engagements, et quand il leur donnait sa dernière bénédiction et leur faisait son adieu ordinaire, qui était de les retrouver dans le ciel, les paroles ne peuvent exprimer, ni l'imagination se représenter les émotions de la multitude. Le démon, il est vrai, furieux de voir tant d'âmes arrachées des filets de l'enfer, ne négligeait rien pour molester François et le faire échouer en suscitant contre lui des nuées d'ennemis qui décriaient sa conduite ; mais sa conduite, mieux connue, réfutait toutes les calomnies, et sa patience décourageait les outrages.

Il eut quelquefois à lutter contre les obstacles d'une autre nature : l'évêque de Chieti, capitale des Abruzzes, auquel il demanda la permission de prêcher, lui dit : « Vraiment oui ; mais, Père François, je dois vous prévenir que le peuple de notre ville est un peuple spirituel et cultivé, accoutumé à peser à son juste poids la force des raisons et capable de le faire ; vous sentirez donc tout d'abord que certaines pratiques propres à parler aux sens, telles que l'exposition de la Croix ou des images de la Sainte Vierge et des autres Saints, choses admirables en elles-mêmes, seraient ici tout à fait hors de place et de nature à faire plus de mal que de bien ». — « On aura certainement égard aux désirs de Votre Grandeur », dit l'humble Saint, « au moins jusqu'à ce que vous jugiez convenable d'y déroger ». Peu après, le prélat ressentit une peine aiguë dont il ne pouvait se rendre compte. Cédant aux remords de sa conscience, il envoya dire au Saint qu'à l'égard de ce qui avait fait le sujet de leur conversation, il s'en rapportait à sa discrétion, et il eut plus d'une fois occasion de constater les fruits de ces pratiques qu'il avait d'abord condamnées.

Nous n'entreprendrons pas de traiter en particulier chacune des vertus de notre Saint. Toutefois, nous ne pouvons passer sous silence son fervent amour pour Jésus-Christ : il l'honorait et l'adorait plus particulièrement dans les mystères de sa sainte enfance, de sa sainte passion et de son adorable Sacrement. Lorsqu'il méditait sur ces mystères, il était toujours absorbé et pénétré d'amour, et quand il approchait du Sacrement de l'autel, son visage était enflammé comme s'il eût été devant le feu ; il ne pouvait souffrir les irrévérences envers la divine Eucharistie ; il réprimanda une dame de qualité qui était demeurée assise pendant la consécration. Il avait aussi une tendre dévotion pour la Sainte Vierge : pendant vingt-deux ans, il eut l'habitude de prêcher un sermon en son honneur et à sa louange, toutes les semaines. C'était à la jeunesse surtout qu'il avait soin de recommander cette dévotion comme le préservatif le plus assuré de l'innocence et le meilleur remède du péché, disant qu'il était difficile de se sauver, si on ne se sentait pas de dévotion envers la Mère de Dieu. Marie était son conseil dans le doute, sa consolation dans ses peines, sa force dans toutes ses entreprises, son refuge dans le danger ; il éprouvait des délices inexprimables toutes les fois qu'il récitait le rosaire de notre tendre Mère. Il avait également une dévotion toute particulière pour son Ange gardien, pour saint François-Xavier, pour saint Janvier et surtout pour saint Cyr ; il plaçait toutes les missions qu'il faisait sous son patronage : ce fut un débat perpétuel entre le Martyr et le Saint à qui procurerait le plus d'honneur à l'autre ; François recourait à saint Cyr dans toutes ses entreprises ; saint Cyr favorisait, de son côté, toutes les entreprises de François ; il ne visitait jamais un malade qu'il ne le bénît avec les reliques du saint Martyr, et les reliques du saint Martyr obtenaient toujours la santé du corps ou de l'âme, selon son désir. Il ne fut point content qu'il n'eût obtenu les permissions nécessaires pour établir une fête en l'honneur de ce saint Patron, afin qu'il lui fût rendu un honneur public. Le troisième dimanche de mai fut le jour fixé pour cela.

La charité, l'humilité, l'obéissance de notre Saint n'étaient pas moins admirables : Dieu ne lui refusa pas non plus les dons précieux dont il se plaît quelquefois à favoriser ses serviteurs. En voici quelques exemples : il éprouvait de fréquentes extases, souvent en présence de plusieurs témoins ; un jour surtout, qu'il faisait une exhortation à la communion, son visage brillait, par moments, d'un si radieux éclat, que, comme celui de Moïse, il éblouissait les yeux de ceux qui le voyaient. Ce n'était pas non plus par des moyens naturels que sa voix, lorsqu'elle était enrouée et faible, se faisait entendre distinctement à des distances immenses ; il avait le don de se rendre présent en plusieurs lieux à la fois et en même temps ; pour celui de prophétie, il l'exerçait tantôt sérieusement et ouvertement, tantôt comme en plaisantant et d'une manière énigmatique, comme si l'on n'eût pas dû croire qu'il avait cette faveur. Une jeune fille, étant dans le doute si elle devait se marier ou bien entrer dans l'état religieux, consulta le Saint : « Vous courez de plus grands dangers en restant dans le monde », lui dit-il, « et ne vous laissez pas épouvanter par la pensée que vous aurez à mener une vie longue et laborieuse. Quel âge avez-vous ? » — « Dix-sept ans », répondit-elle. — « Encore juste autant d'années, et vous serez à la fin de votre pèlerinage ». Ce que l'événement montra être véritable ; car cette jeune personne, retirée dans un couvent, y mourut en odeur de sainteté au bout de dix-sept ans.

Une pauvre femme perdit un enfant d'un an, et n'ayant pas le moyen de le faire enterrer, elle le porta à l'église et le plaça dans le confessionnal du Père François. En entrant dans l'église, le saint homme, qui avait tout vu par une lumière surnaturelle, s'adressant à la célèbre pénitente Marie-Louise Cassier, lui dit : « Voyez dans mon confessionnal, vous y trouverez un enfant abandonné ; chargez-vous-en, jusqu'à ce que je trouve à le placer convenablement ». Elle obéit à l'instant ; mais, levant la couverture qui l'enveloppait, elle se tourna vers le Saint et lui dit : « Mon père, il est mort ! » — « Non, non », répondit-il, « il est endormi » ; et en même temps il lui fit un signe de croix sur le front et lui appliqua de l'eau bénite sur les lèvres, et voilà que l'enfant ouvre les yeux et commence à respirer. « Allons », ajouta le Saint, « appelez la mère, qui est au bas de l'église ». La pauvre femme tout d'abord refusa de venir, et, à la vue de l'enfant, elle ne pouvait croire que ce fût le sien; mais lorsqu'il allongea ses petits bras et témoigna la reconnaître, elle le colla sur son sein avec des ravissements de joie; et, après avoir reçu de saint François une aumône abondante, elle retourna chez elle. Une jeune religieuse s'étant présentée devant notre Saint pour faire sa confession : « Allez », lui dit-il sèchement, « je ne puis ni ne veux vous entendre ». — « Comment ! » s'écria-t-elle avec étonnement, « vous volez à la recherche des femmes de mauvaise vie et vous rejetteriez une épouse de Jésus-Christ? » — « Venez-vous pour vous confesser », reprit François, « sans examen, sans contrition, sans ferme propos de changer de vie et sans la moindre étincelle de dévotion? » Cette réponse fit rentrer la religieuse en elle-même, et, reconnaissant ses désordres, elle changea de vie.

Il faisait honneur à saint Cyr de tous les miracles que le ciel lui accordait. Il y avait, dans un monastère, une religieuse affligée d'horribles convulsions; on envoya, à la fin, chercher le Père François : « Je vous apporte de bonnes nouvelles », dit-il en entrant, « un médecin qui guérit tous les maux »; puis il lui donna la relique de saint Cyr à baiser, en disant : « Avez-vous confiance en ce médecin? voulez-vous l'invoquer et avoir dorénavant de la dévotion pour lui? » Et comme elle répondit affirmativement : « Vous voilà déjà guérie », dit-il, « levez-vous et allez à l'instant même au chœur, rendre grâces à Dieu ». Et aussitôt, à son grand étonnement et à sa grande consolation, comme de tous ceux qui étaient présents, elle fit ce qu'il avait commandé.

Mais il est temps de raconter la fin d'une si belle vie : notre Saint en fut averti par une inspiration divine. A la mort de son frère, il fit entendre ces paroles : « Dans un an d'ici, nous nous trouverons réunis ». Et lorsqu'il était encore en pleine santé, il dit en prenant congé des religieuses de Sainte-Marie-du-Divin-Amour : « Mes chères filles, c'est pour la dernière fois que je vous parle aujourd'hui; ne m'oubliez pas dans vos prières. Adieu, jusqu'à ce que nous nous revoyions dans le paradis ». Pendant sa maladie, il dit, à l'approche de la fête de saint Cyr : « Je ne serai pas en vie pour la voir ». Enfin, lorsque le médecin qui le soignait lui fit sa dernière visite, il le remercia de ses attentions et ajouta : « Nous ne nous reverrons plus désormais de ce côté de la tombe : car lundi sera le dernier jour de ma vie ». On ne saurait exprimer les cruelles souffrances que Notre-Seigneur lui envoya pour achever de le purifier, afin que son âme entrât plus brillante dans la gloire, et cependant il ne lui échappa jamais un murmure; il répétait seulement : « Béni soit Dieu, le père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous console dans toutes nos tribulations! » Quand quelqu'un s'approchait pour compatir à ses souffrances, lui, qui ne trouvait pas le calice assez plein auprès de celui de son Sauveur, joignait les mains sur sa poitrine en s'écriant : *Crescant in mille millia* : « Qu'elles s'accroissent à l'infini! » On lui parlait du bien qu'il avait fait : « Rien, rien », répondait-il, « la faute que j'ai le plus à appréhender, c'est ma paresse ». Comme on l'exhortait à invoquer saint Cyr pour obtenir le rétablissement de sa santé et obtenir quelques années de vie à consacrer encore au service de Dieu : « Ah ! non », dit-il, « le Saint et moi nous nous sommes entendus sur ce point; l'affaire est maintenant consommée ». La faveur qu'il demandait était de voir achever la statue qu'il avait entreprise en l'honneur de son saint Patron; elle lui fut accordée : « Maintenant », dit-il, « je meurs content ». Le jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix, après avoir fait une confession générale, il reçut le saint Viatique, et, six jours après, l'Extrême-Ouction. Tout le long de la nuit, il laissa son cœur s'épancher en toute liberté, et voici quelles étaient les paroles qu'on lui entendait répéter : « Bénissons le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; louons-le et exaltons-le à tout jamais ! Le Seigneur est grand et infiniment digne de louanges, dans la cité de notre Dieu sur la sainte montagne ! » Puis, baisant les plaies du Crucifix en pleurant, il s'écrierait : « Souvenez-vous, divin Jésus, que cette âme vous a coûté pour sa rançon jusqu'à la dernière goutte de votre sang ! » L'infirmier, l'engageant à prier du cœur plutôt que des lèvres, à cause de la peine qu'il avait à parler : « Ah ! mon cher frère », lui répondit-il, « quoi que nous puissions penser ou dire d'un Dieu si grand, sa grandeur est au-delà de toute pensée et de toute expression ! » Puis, les yeux fixés sur la pieuse image de la Sainte Vierge, il lui parlait en ces termes si humbles : « Ah ! Marie, ma très-chère mère, vous m'avez toujours chéri comme une tendre mère, quoique je ne fusse pour vous qu'un enfant trop indigne. Comblez maintenant la mesure de vos bontés à mon égard, en m'obtenant l'amour de votre divin Fils ! » Ensuite, comme s'il se fût déjà trouvé sur la porte du paradis, il exhalait ainsi ses ardents désirs d'y entrer : « Que la maison du Seigneur est grande ! bienheureux ceux qui habitent dans votre maison, Seigneur ; ils vous loueront dans les siècles des siècles. Anges saints, que tardez-vous ? ouvrez les portes de la justice, j'y entrerai et je louerai le Seigneur ! »

Malgré le désir que notre Saint avait tant de fois exprimé qu'on le laissât seul, il fut impossible d'arrêter la foule qui se pressait pour le voir une dernière fois, lui baiser les mains et recevoir sa dernière bénédiction. Il les bénissait tous avec une aimable douceur, et, voyant couler leurs larmes : « Ne pleurez pas », disait-il, « je vais au ciel, où je me souviendrai de vous et serai plus à portée de vous être utile ». Le démon fit un dernier effort pour arracher, au moment décisif, la victoire des mains de celui qui l'avait terrassé si souvent. Dieu le permit pour ajouter à la honte du malin esprit et à la gloire du Bienheureux. Dans la rigueur de la lutte, on vit toute sa personne s'agiter violemment : poussant un cri, il appelait à son secours Notre-Seigneur, Notre-Dame et tous les Saints ; il répondit à ceux qui lui demandèrent la cause de cette horrible convulsion : « Je combats, je combats ! Au nom de Dieu, priez pour moi que je ne succombe pas ! » Puis, comme s'il repoussait son ennemi, il disait : « Non, jamais ; retire-toi, je n'ai rien à démêler avec toi ! » Son visage, enfin, reprit son éclat, et il répéta avec douceur ces paroles : « C'est bien, c'est bien ! » et aussitôt il se mit à chanter le Magnificat et le Te Deum, pour remercier Dieu de sa victoire ; enfin, il alla en recevoir la couronne éternelle le 11 mai 1716, dans la soixante-quatorzième année de son âge et la quarante-sixième de sa vie religieuse.

L'infirmier, voulant garder quelques reliques d'un si saint homme, osa, avant de le revêtir des habits sacerdotaux, lui couper un morceau de la peau qui couvrait la plante de ses pieds, si souvent sanctifiés en courant après les brebis égarées ; mais, malgré ses précautions, le pieux larcin fut bientôt découvert ; car le sang se mit à couler si abondamment de la plaie, que non-seulement les linges en furent empreints, mais qu'on en remplit une fiole contenant trois ou quatre onces. De nombreux miracles honorant ses précieuses reliques, indiquèrent la gloire dont son âme jouissait dans le ciel ; il fut béatifié par Pie VII, en 1806, et canonisé par Grégoire XVI, en 1839, en même temps que saint Alphonse de Liguori, saint Jean-Joseph de la Croix, saint Pacifique de San-Severino et sainte Véronique Giuliani. Cette circonstance a fait qu'on a représenté ces Saints réunis dans un même tableau. En sa qualité de missionnaire, on met dans la main de saint François un Crucifix ; dans le lointain on place le Vésuve, pour rappeler que Naples fut le théâtre principal de ses travaux apostoliques. Saint François est l'un des nombreux patrons de Naples.

Son corps est conservé sous un autel latéral qui lui est dédié, dans la belle église de la maison professe des Jésuites, à Naples, nommée le Gesù-Nuovo. Au-dessus de l'autel, on voit, dans une niche, sa statue de grandeur naturelle.

Nous avons tiré sa vie du récit que nous en a donné le cérébral Wiseman.

Événements marquants

  • Naissance à Grotailles le 17 septembre 1642
  • Tonsure à l'âge de seize ans
  • Ordination sacerdotale le 18 mars 1666
  • Entrée au noviciat de la Compagnie de Jésus à vingt-huit ans
  • Missions dans la Pouille et la terre d'Otrante
  • Nomination comme prédicateur au Gesù-Nuovo de Naples en 1675
  • Quarante ans de carrière apostolique à Naples
  • Béatification par Pie VII en 1806
  • Canonisation par Grégoire XVI en 1839

Miracles

  • Multiplication du pain dans le buffet familial
  • Résurrection d'un enfant mort déposé dans son confessionnal
  • Bilocation lors de la mort de son frère Cataldo
  • Le cadavre de la pécheresse Catherine répondant 'En enfer !'
  • Chevaux s'agenouillant devant son crucifix
  • Liquéfaction de sang après sa mort

Citations

Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?

— Paroles fréquentes du Saint

Crescant in mille millia (Qu'elles s'accroissent à l'infini !)

— À propos de ses souffrances

Date de fête

11 mai

Époque

17ᵉ siècle

Décès

11 mai 1716 (naturelle)

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

conversions des pécheurs, guérisons (via reliques de Saint Cyr)

Autres formes du nom

  • Francesco de Geronimo (it)
  • Le Saint Prêtre (fr)

Prénoms dérivés

François

Famille

  • Jean Léonard de Girolamo (père)
  • Gentilesca Gravina (mère)
  • Joseph (frère)
  • Cataldo (frère)