Sainte Euphémie de Chalcédoine
Vierge et Martyre
Résumé
Vierge de noble famille à Chalcédoine, Euphémie fut arrêtée sous Dioclétien pour avoir refusé de sacrifier au dieu Mars. Après avoir survécu miraculeusement à de nombreux supplices (roues, feu, fosses), elle mourut d'une morsure d'ours en 303. Ses reliques jouèrent un rôle célèbre lors du Concile de Chalcédoine en désignant la profession de foi orthodoxe.
Biographie
SAINTE EUPHÉMIE, VIERGE ET MARTYRE À CHALCÉDOINE
ET SES COMPAGNONS SAINTE LUCE ET SAINT GÉMINIEN, MARTYRS À ROME
Vers 303. — Pape : Saint Marcellin. — Empereur romain : Dioclétien.
« Nous espérons avec la vie future une bienheureuse éternité et un éternel bonheur. » Saint Prosper.
Pendant la persécution de Dioclétien, les idolâtres, pour découvrir facilement tous les chrétiens, afin de les contraindre de sacrifier aux idoles, se servaient d'une invention diabolique que les prêtres des faux dieux leur avaient inspirée. Ils faisaient des fêtes solennelles en l'honneur de quelque divinité, et obtenaient des édits de l'empereur pour obliger les habitants des lieux d'y assister, et ceux qui y manquaient étaient aussitôt arrêtés comme chrétiens et condamnés à de cruels supplices.
Sous Prisque, proconsul d'Asie, un sacrificateur de Mars institua une de ces fêtes à Chalcédoine, où était un temple célèbre et un insigne simulacre de ce faux dieu ; chacun fut averti d'y venir sacrifier pour rendre plus d'honneur à ce démon, qui se nommait le dieu des armées. On y convoqua par édit, à son de trompe, tous les citoyens, avec des menaces épouvantables contre ceux qui négligeraient de s'y trouver. En cette terrible occasion, les fidèles se divisèrent en plusieurs groupes, et se cachèrent dans des maisons particulières, ou se retirèrent dans des solitudes pour y rendre leur culte au vrai Dieu.
Il se trouva, dans une de ces assemblées, une vierge, nommée Euphémie, qui en faisait toute la gloire, à cause de son éminente vertu, qui était connue et admirée de toute la ville. Son père, qui s'appelait Philophron, était d'une famille de sénateurs et avait exercé plusieurs magistratures. Sa mère, nommée Théodorose, était une femme fort pieuse, et que Dieu semblait avoir donnée aux pauvres pour les secourir dans toutes leurs misères. Le soin que l'un et l'autre avaient pris de l'éducation de leur sainte fille, en avait fait une merveille de piété, de religion et de miséricorde.
Appellien, c'est le nom du sacrificateur dont nous parlons, observant diligemment les personnes qui n'étaient pas à la solennité dont il était l'auteur, s'aperçut bientôt de l'absence d'Euphémie. Il ne différa pas d'en avertir le proconsul, qui donna en même temps des ordres pour se saisir d'elle ; et, comme on la trouva dans une compagnie de fidèles, on arrêta avec elle tous ceux qui la composaient, au nombre de quarante-neuf. On les amena tous devant Prisque, qui leur promit de grands biens et les assura de la bienveillance de l'empereur s'ils voulaient sacrifier au dieu Mars. Mais les généreux confesseurs, parmi lesquels Euphémie était, pour sa jeunesse, pour sa beauté, pour sa naissance et pour sa piété, comme un soleil lumineux entre les étoiles, dirent tous d'une voix et animés du même esprit : « Sachez, proconsul, que nous n'adorons que le Dieu qui, par une seule parole, a tiré du néant le ciel, la terre et tout ce qu'ils contiennent, et que nous détestons le culte que vous rendez à vos idoles. Faites vos présents et offrez vos honneurs aux âmes basses et assez intéressées pour s'y laisser gagner ; pour nous, nous en faisons si peu de cas, que nous ne les regardons qu'avec un extrême mépris ; nous n'ambitionnons qu'une seule chose, c'est de monter au ciel pour y jouir d'une vie éternelle, que nous appelons le royaume de Dieu. Si vous nous préparez des supplices, bien loin d'en redouter la violence, nous appréhendons plutôt qu'ils ne soient pas assez rigoureux pour nous donner lieu de témoigner notre amour à Jésus-Christ, et pour faire paraître davantage sur nous la puissance de sa grâce. Faites donc, sans perdre votre temps en vaines paroles, un essai de ce que nous disons, afin que vous voyiez que nous sommes plus disposés à souffrir vos tourments que vous n'avez d'envie de nous les faire endurer. »
Prisque fut tellement irrité de ce discours, qu'il donna ordre sur-le-champ que les Martyrs fussent tourmentés pendant plusieurs jours par toutes sortes de supplices : ce qui fut cruellement exécuté. Mais, plus on affligeait leurs corps, plus ils témoignaient la joie qu'ils avaient de souffrir. Ensuite il les fit mettre dans des cachots pour les garder jusqu'à ce qu'il pût les envoyer à Dioclétien, à la réserve d'Euphémie, qu'il prit en particulier, dans l'espérance de la gagner par la douceur. Il lui dit tout ce qu'il crut capable de la fléchir et d'ébranler sa fermeté ; mais ce fut inutilement. « Je ne suis qu'une fille », lui répondit la généreuse vierge, « mais croyez-vous pour cela que je sois capable de me laisser séduire par vos trompeuses persuasions ? Je ne crains point vos artifices, et, toute jeune que je suis, je triompherai de votre malice. J'ai pour moi mon Sauveur Jésus-Christ, qui me prêtera sa main invisible pour me délivrer de toutes vos embûches ». Le tyran fut si confus de se voir ainsi méprisé, que, pour se venger de cette liberté chrétienne d'Euphémie, il fit construire une machine avec plusieurs roues, et la fit appliquer dessus pour être brisée et mise en pièces. Mais la Sainte, ayant fait le signe de la croix et appelé à son secours son céleste Époux, sortit glorieuse de cet horrible supplice. Ses plaies se guérirent en un instant, sa chair reprit sa première intégrité, et son visage parut plus beau que jamais.
Ce prodige, au lieu d'adoucir le proconsul, l'aigrit encore davantage. Il la menaça de la faire brûler toute vive si elle ne renonçait à la foi. « Je ne crains point ce feu dont vous me menacez », lui dit-elle d'un air intrépide, « on l'allume quand on veut, et il s'éteint de lui-même ; j'ai assez de courage pour ne pas appréhender des douleurs qui n'ont presque qu'un moment de durée ; mais ce qui me fait frémir, c'est la pensée de ce feu éternel qui brûle et brûlera toujours dans les enfers, de ce feu qui s'allumera de plus en plus, sans jamais diminuer ; de ce feu qui est préparé pour ceux qui sacrifient aux idoles et qui abandonnent le vrai Dieu ». Cependant on fit un grand feu dans une fournaise, avec de la poix, du soufre, des étoupes et des sarments : ce qui faisait monter la flamme à quarante-cinq coudées de haut. La Sainte, avant d'y être jetée, eut recours à la prière et au signe de la croix ; mais, comme deux officiers de la justice allaient exécuter l'ordre du tyran et la plonger dans ce brasier, ils virent des anges, d'un regard terrible, qui les menaçaient de les punir s'ils avaient la témérité de mettre les mains sur elle. Cette vision les saisit et les arrêta. Prisque, voyant qu'ils tardaient trop longtemps, commanda à deux autres de prendre leur place : ils obéirent, mais ils ne l'eurent pas plus tôt fait, qu'ils furent eux-mêmes dévorés par les flammes, tandis que la Sainte, demeurant tranquille au milieu du brasier, comme si elle eût été dans un lieu de rafraîchissement, chantant les louanges de son Dieu, en sortit sans avoir reçu le moindre mal, même en ses habits. Les deux premiers bourreaux, nommés Victor et Sosthène, se convertirent à ce spectacle, et dès le lendemain, ils furent exposés aux bêtes, qui leur procurèrent la gloire du martyre.
Le jour suivant, le proconsul fit revenir Euphemie devant son tribunal, pour tâcher de lui persuader de sacrifier aux idoles : « N'est-ce pas une folie à vous », lui dit-il, « de vous laisser ainsi tourmenter et de vous attirer, par votre opiniâtreté, l'indignation des dieux et la colère de l'empereur ? » — « Serait-ce donc un trait de sagesse », lui répliqua notre sainte vierge, « de me laisser tromper à vos vaines sollicitations ; ou plutôt ne serait-ce pas une étrange folie de reconnaître quelque divinité dans des statues de pierre faites de la main des hommes ? La prudence me dit de n'adorer que le vrai Dieu et de mépriser vos idoles ». Prisque, désespérant de pouvoir rien gagner sur elle, ne pensa plus qu'à inventer les supplices les plus cruels pour la tourmenter. Il la fit attacher à un instrument fait de pierres et de lames de fer, qui devait lui disloquer tous les membres ; mais ce supplice ne lui fit aucun mal. Il la fit ensuite jeter dans une grande fosse remplie de poissons voraces ; mais elle fut respectée de ces animaux, qui, au lieu de l'enfoncer pour la dévorer, la portèrent sur leur dos et la promenèrent sur les eaux. Il fit creuser une autre fosse, où l'on jeta des pierres aiguës, des pointes de fer et des morceaux de scie, qu'il fit couvrir d'un peu de terre, afin qu'Euphemie, ne s'apercevant point de ce supplice, y tombât lorsqu'elle passerait dessus : car il attribuait à l'art magique tous ses miracles précédents ; il s'imaginait, par un prodigieux aveuglement qui l'empêchait de reconnaître la puissante main de Dieu, qu'étant surprise, elle ne pourrait pas avoir recours à sa magie ordinaire. Mais cette précaution fut inutile à l'égard de la Sainte, et très-funeste à plusieurs idolâtres. Elle passa sur la fosse sans y tomber, étant soulevée par les anges, et quelques païens, qui la suivaient, s'y précipitèrent et y périrent misérablement, ces paroles du prophète se vérifiaient en cette rencontre : « Ils ont creusé la fosse et ils sont eux-mêmes tombés dedans ». Il fit préparer des scies pour lui scier le corps par morceaux et de grandes poêles pour les griller et les réduire en cendres ; mais le fer perdit sa force, et le feu s'éteignit. Enfin, le proconsul furieux de ce qu'aucun de ses supplices n'avait réussi, la fit exposer aux lions et aux ours pour être dévorée. La bienheureuse Euphemie aurait pu encore cette fois éviter la mort par ses prières et par le signe de la croix, comme elle avait triomphé du feu, de l'eau, des roues et des autres tourments ; mais, ayant fait assez paraître la puissance de son céleste Époux, et désirant avec ardeur aller jouir de sa présence dans le ciel, elle lui adressa cette prière : « Mon Seigneur Jésus-Christ, Souverain de tous les rois de la terre, après avoir montré jusqu'à présent le pouvoir invincible de votre bras, en me guérissant des plaies que j'ai reçues par la violence des supplices, et en me délivrant de tous les dangers où j'ai été exposée ; après avoir confondu la malice des démons et fait paraître la folie et la faiblesse des tyrans, donnez des marques de votre miséricorde envers votre servante, et recevez le sacrifice de son cœur qu'elle vous offre avec humilité. Détachez mon âme de ce corps mortel, et placez-la dans vos tabernacles sacrés parmi les chœurs de vos saints anges et de ceux qui ont versé leur sang pour la gloire de votre nom ». Cette fervente prière fut aussitôt exaucée ; car un ours, lui ayant donné un seul coup de dent sans lui faire aucune autre plaie, et les autres animaux lui léchant la plante des pieds, elle rendit aussitôt son âme très-pure entre les mains des anges, qui l'appelaient à la couronne du martyre : ce qui arriva le 16 septembre, au commencement du IVe siècle. Un grand tremblement de terre, qui survint à l'heure de sa mort, obligea les idolâtres de prendre la fuite, et donna moyen à ses parents d'enlever son corps, qu'ils enterrèrent auprès de la ville de Chalcédoine. Ils bénirent Dieu de la grâce qu'il avait accordée à leur fille, et se crurent abondamment récompensés des soins qu'ils avaient pris de son éducation, puisqu'elle leur avait procuré l'honneur d'être les parents d'une Martyre.
L'Église célèbre encore en ce jour la fête de sainte Luce et de saint Géminien, martyrs, qui furent aussi mis à mort sous le même Dioclétien. Luce était une dame romaine : demeurée veuve à l'âge de trente-neuf ans, elle avait passé doucement le reste de sa vie dans la pratique des vertus chrétiennes. Elle était déjà fort âgée lorsque Euprèpe, son fils, par un faux zèle pour l'idolâtrie dont il faisait profession, la dénonça comme chrétienne à ce grand persécuteur du nom de Jésus-Christ. Elle fut aussitôt arrêtée et amenée devant son tribunal. Il lui demanda s'il était vrai qu'elle se moquait des dieux de l'empire, et qu'à leur place elle adorât un homme crucifié. Luce répondit généreusement qu'il n'y avait point d'autre religion que celle des chrétiens, et qu'elle était prête à souffrir pour Jésus-Christ, le feu, les chaînes et toutes sortes de supplices. Sur cette réponse, elle fut cruellement maltraitée à coups de bâtons ; mais, pendant cette exécution, il se fit un tremblement de terre si violent qu'il renversa le temple de Jupiter, sans qu'il restât pierre sur pierre. Ce prodige ne touchant point l'empereur, il la fit mettre dans une chaudière de cuivre pleine de poix et de plomb fondu, où elle demeura trois jours, chantant des psaumes à la gloire de Dieu. Au bout de ce temps, le prince, sachant qu'elle n'avait reçu aucun mal de ce supplice, commanda qu'elle fût promenée, ignominieusement chargée de fer et de plomb, dans tous les carrefours de Rome, afin d'attirer sur elle toutes les malédictions de la populace.
Elle passait devant la maison d'un patricien nommé Géminien, qui était si adonné à l'idolâtrie, qu'il avait chez lui toutes sortes de simulacres. Une colombe d'une blancheur admirable descendit visiblement sur lui, et, après avoir voltigé trois fois en forme de croix, elle se reposa sur sa tête. Cette nouveauté lui fit lever les yeux en haut ; mais il fut encore plus surpris de voir le ciel ouvert comme pour l'y recevoir. Ces merveilles lui changèrent le cœur en un moment ; il courut après la Sainte, se prosterna à ses pieds, lui raconta ce qui venait de lui arriver, et la pria de lui faire, au plus tôt, administrer le baptême. Dans le même temps, un ange apparut au saint prêtre Protais, et l'avertit de se rendre incessamment à la prison où était Luce, pour y baptiser le nouveau néophyte Géminien qu'il y trouverait. Dioclétien fut bientôt informé de cet événement ; il se fit amener l'une et l'autre, et, après leur avoir fait endurer plusieurs tourments, il les mit entre les mains d'un juge qui passait pour impitoyable envers les chrétiens, afin qu'il achevât de les faire mourir par d'autres supplices. Ce barbare leur fit abattre la tête à coups de bâton ; mais un nouveau tremblement de terre étant survenu, la chambre de son audience tomba et l'ensevelit sous ses ruines. Ils furent ensuite livrés à un autre juge, Albofrase, qui inventa de nouveaux tourments pour les réduire ; mais ils les endurèrent si patiemment, que leur constance fut cause de la conversion de soixante-quinze personnes qui les accompagnèrent au martyre. La cruauté de ce tyran ne demeura pas impunie, car, en passant à cheval sur un pont, il tomba dans la rivière et fut emporté si loin par les eaux, que l'on ne put jamais trouver son corps. Enfin, sainte Luce et saint Géminien, après tant d'illustres victoires, furent décapités par le commandement de Mégalius, personnage consulaire, le 16 septembre de l'an 303. Une vertueuse femme, nommée Maxime, eut soin d'enlever leurs corps et de les enterrer avec toute la piété et la révérence qu'il lui fut possible dans un temps où la persécution était allumée avec tant de fureur. Les religieuses de la Visitation de Chaillot, près de Paris, possédaient une relique considérable de saint Géminien.
On représente sainte Euphemie avec une croix à la main, pour rappeler que, comme on la conduisait en prison avant ses dernières tortures, elle étendit les mains pour appeler Dieu à son aide ; et, pendant cette prière, une croix se montra au-dessus de sa tête. — On la voit aussi sur un bûcher dont les anges détournent les flammes sur les bourreaux. — On la peint quelquefois au moment où un ours lui donne la mort, pendant que d'autres animaux farouches lèchent affectueusement ses pieds.
## CULTE ET RELIQUES.
On bâtit en l'honneur de sainte Euphemie, à l'endroit de sa sépulture, une magnifique basilique qui devint la plus célèbre de l'Orient, et qui fut le lieu où se tint le Concile de Chalcédoine. Quelques auteurs grecs rapportent que les Pères de ce Concile, voulant confondre les hérétiques qui refusaient d'accepter la profession de foi qui y avait été dressée, convinrent avec eux d'écrire chacun la sienne en particulier, et de les mettre toutes deux dans la chasse où reposait le corps de sainte Euphemie ; on cacheta cette chasse des sceaux des deux parties ; et après trois jours de prières, l'empereur l'ayant fait ouvrir en sa présence, on trouva sous les pieds de la Sainte la profession de foi des hérétiques ; celle des chrétiens fut trouvée sur son sein. Enfin, elle étendit ses mains pour donner celle-ci au patriarche de Constantinople, comme la véritable et l'orthodoxe. Mais, comme ce n'est pas la coutume des Conciles d'avoir recours aux miracles pour connaître les vérités de la foi, qu'ils ne décident que par l'Écriture sainte, la tradition de l'Église et les écrits des Pères, et que, d'ailleurs, il n'est fait aucune mention de ce prodige dans les actes de celui de Chalcédoine, le récit de Zencre, de Glycas et de beaucoup d'autres auteurs approuvés par Baronius est plus vraisemblable : ils disent qu'après le Concile, comme les Eutychiens faisaient grand bruit dans Constantinople de la profession de foi des Pères de Chalcédoine, et que leur tumulte tendait à une sédition manifeste, le patriarche Anatole, par une inspiration divine, leur proposa de mettre cette profession avec la leur sur le corps de sainte Euphemie, et qu'à leur extrême confusion, la catholique fut confirmée par le miracle que nous avons rapporté.
Pendant plusieurs années, le corps de cette illustre Martyre distilla des gouttes de sang que l'on recevait sur des éponges, pour les distribuer aux églises voisines, et ces précieuses gouttes demeuraient toujours dans le même état, sans perdre par la longueur du temps leur couleur vermeille. L'empereur Maurice, ayant de la peine à croire ce prodige, vint lui-même au tombeau de la Sainte, et reçut dans ses mains plusieurs de ces gouttes, qui l'obligèrent de confesser que Dieu est admirable dans ses Saints. Son corps, à cause des incursions des Perses, fut transféré de Chalcédoine à Constantinople ; il y demeura jusqu'au règne de l'empereur Constantin Copronyme, qui, suivant l'impiété de son père Léon l'Isaurien, le destructeur des images et des reliques des Saints, ne pardonna pas aux églises et les convertit en arsenaux. Il fit surtout jeter le corps de cette sainte vierge dans la mer, pour abolir le culte qu'on lui rendait ; mais Dieu fit heureusement tomber ce riche trésor entre les mains de quelques passagers qui le portèrent dans l'île de Lemnos, dans l'Hellespont, d'où, par la piété de l'empereur Constantin VI et d'Irène, sa mère, il fut rapporté à Constantinople avec beaucoup de pompe et de magnificence. Avant cela, saint Paulin, évêque de Nole, en avait eu quelques ossements dont il enrichit son église, comme il le remarque lui-même dans une hymne qu'il a faite à la louange de saint Félix. Au commencement du XVIIe siècle, le grand maître des chevaliers de Malte en envoya, par un député exprès, une portion considérable à la célèbre maison de Sorbonne, à Paris, où elle se conserva avec une singulière vénération. Elle y fut transférée de l'hôtel du Temple l'an 1606, le 28 décembre, dans une procession solennelle, composée du recteur de l'Université de la même ville et de tous les docteurs de cette illustre maison, d'un grand nombre d'ecclésiastiques et d'une infinité de peuple.
Nous avons tiré la vie de sainte Euphemie de Siméon Metaphraste, et culte de sainte Luce et de saint Géminien, d'Adan, archevêque de Vienne. Elles sont rapportées par Dureus dans son tome V.
Événements marquants
- Arrestation avec quarante-neuf autres chrétiens à Chalcédoine
- Supplice de la machine aux roues brisée par miracle
- Épreuve de la fournaise ardente dont elle sort indemne
- Survie dans une fosse de poissons voraces et une fosse de pièges acérés
- Martyre par un coup de dent d'ours dans l'amphithéâtre
- Intervention posthume lors du Concile de Chalcédoine pour désigner la vraie foi
Miracles
- Guérison instantanée après le supplice des roues
- Innocuité des flammes dans la fournaise
- Lévitation au-dessus d'une fosse piégée
- Distillation de gouttes de sang miraculeuses de son tombeau
- Désignation de la vraie foi lors du Concile de Chalcédoine
Citations
Je ne crains point ce feu dont vous me menacez, on l'allume quand on veut, et il s'éteint de lui-même ; [...] ce qui me fait frémir, c'est la pensée de ce feu éternel qui brûle et brûlera toujours dans les enfers.