Sainte Galle de Valence

Vierge

Fête : 16 novembre 6ᵉ siècle • sainte

Résumé

Vierge de Valence au VIe siècle, sainte Galle refusa un mariage noble pour se consacrer à Dieu. Elle vécut une vie de charité et de miracles au sein de sa cité, qu'elle sauva miraculeusement de l'invasion des Lombards par sa prière. Elle mourut à l'âge de 90 ans, honorée comme la protectrice de la ville.

Biographie

SAINTE GALLE, VIERGE, À VALENCE

VIe siècle.

Le monde, par les amertumes dont il nous abreuve, par les calamités dont il nous accable, que nous apprend-il, sinon de ne pas l'aimer ? Saint Antonin, IV part., tit. III, c. 7, § 6.

La bienheureuse Vierge dont nous allons raconter la vie naquit à Valence vers le commencement du VIe siècle. Sa famille, l'une des plus distinguées du pays, lui prodigua, dès le berceau, les soins les plus affectueux, et eut la consolation de la voir grandir en âge et en sagesse jusqu'au moment où l'on résolut de lui choisir un époux. Belle, riche et pieuse, Galle était regardée comme une personne accomplie. De nombreux prétendants sollicitaient sa main, et son père n'était embarrassé que par le choix de celui qui réunissait en sa personne les qualités les plus recommandables; mais la jeune Vierge avait déjà pourvu à son alliance : ayant su ce qui se passait, elle déclara qu'elle avait elle-même choisi l'époux selon son cœur, qu'elle n'en voulait pas d'autre et que rien au monde ne pourrait changer sa détermination. Étonné de cette ouverture, son père lui demanda qui était celui qu'elle avait honoré de cette préférence. « Celui que j'aime », répondit-elle, « et que j'aimerai toute ma vie, à l'exclusion de tout autre, c'est Jésus-Christ, mon Sauveur et mon Dieu. Ne me parlez point des avantages d'une alliance terrestre, des biens et des trésors qu'un homme mortel pourrait m'offrir ; Jésus-Christ et son amour valent mieux pour moi que toutes les richesses de ce monde ; c'est à lui que je me suis donnée pour toujours ». Galle avait fait cette déclaration inattendue avec tant de candeur et d'ingénuité que son père en fut touché profondément; il comprit, dès lors, que le choix de sa fille, étant une inspiration du ciel, serait irrévocable; toutefois, il résolut de la mettre à l'épreuve en faisant de nouveau briller à ses yeux la perspective d'une riche alliance qui comblerait les vœux de sa famille et assurerait son propre bonheur. « Père bien-aimé », lui répondit la jeune Vierge, « je vous en

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conjure par la tendresse que vous avez pour moi, renoncez à l'espoir que vous avez conçu de me donner pour époux un homme mortel; je me suis déjà consacrée à Jésus-Christ; c'est à lui seul que je veux appartenir désormais. Au reste, souffrez que je vous le dise, si vous me forcez à lui être infidèle, si, au mépris de mes engagements, vous m'obligez à offrir ma main à un époux d'ici-bas, je vous obéirai, mais le Seigneur est tout-puissant, il exaucera ma prière; j'espère que le jour de mes noces sera aussi celui de mes funérailles ».

Il en fallait beaucoup moins pour désarmer un père dont la tendresse était sans bornes et qu'un pareil langage avait rempli d'admiration. Galle s'aperçut bientôt qu'elle avait remporté la victoire, et se retirant dans l'endroit le plus secret de la maison, elle se prosterna devant le Seigneur et lui rendit grâces.

Pleine de ces généreux sentiments et désormais à l'abri des sollicitations de sa famille, Galle ne tarda point de se lier plus étroitement à Dieu par un engagement solennel. Elle avait fait vœu de virginité dans le silence de la prière, elle résolut de le renouveler en face des autels et entre les mains des ministres de la religion. L'évêque de Valence à qui elle fit part de ce dessein l'exhorta beaucoup à la ferveur, et voulut présider lui-même la cérémonie de sa consécration; il y invita plusieurs évêques qui se trouvaient alors réunis à Valence, on ne sait pour quel motif, et ce fut au milieu de cette assemblée vénérable que la jeune Vierge, entourée de ses amis et de ses parents en pleurs, renouvela ses vœux et reçut le voile blanc, symbole de son innocence et de sa virginité.

Bien que vouée de la sorte à la pratique des vertus religieuses, Galle ne jugea point à propos de se retirer dans la solitude pour y vivre dans le silence et la contemplation; le Seigneur lui inspira le désir de rester au milieu du monde pour l'édifier par ses bonnes œuvres, et ce n'est pas le seul exemple que l'on trouve dans les premiers siècles de l'Église, d'une vocation qui peut avoir ses dangers, mais qui n'en est que plus méritoire quand on y correspond fidèlement.

Notre pieuse Vierge ne faillit point à la sienne. L'exercice de la prière, le soin des pauvres, la visite des églises et les pratiques de pénitence, tel fut le genre de vie qu'elle mena depuis son retour au sein de sa famille. Son cœur était embrasé d'un si grand amour pour Jésus-Christ, qu'elle passait la plus grande partie du jour et quelquefois la nuit entière aux pieds des saints autels. La ferveur lui faisait oublier le soin de prendre sa nourriture, et elle demeurait habituellement sans manger jusqu'à la tombée de la nuit. Les malheureux de tout âge étaient ses amis de prédilection; l'auteur de sa vie ne craint pas d'affirmer qu'on ne pourrait dire les aumônes et les secours de toute espèce qu'elle leur distribuait continuellement. La charité fut toujours la vertu favorite des Saints, et Dieu s'est plu maintes fois à l'autoriser par des miracles. Notre pieuse Vierge en fit un grand nombre parmi lesquels nous en citerons quelques-uns. Lorsqu'elle allait visiter les pauvres malades, ceux-ci l'accueillaient avec tant de bonheur que souvent ils se prosternaient à ses pieds, implorant sans cesse avec ses aumônes le secours de ses prières; Galle, touchée de leur foi, priait pour eux et les malades se trouvaient guéris.

Un jour une des filles qui la servaient étant sortie pour aller puiser de l'eau, fit une chute et se blessa la poitrine d'une manière si grave que toutes les personnes qui en furent témoins et qui étaient accourues pour la relever s'écrièrent qu'elle était morte. Galle, qui l'aimait beaucoup, ayant su l'accident, se prit à pleurer et ordonna de lui apporter le corps de la jeune fille, ce qui fut exécuté à l'instant même. Dès qu'elle l'eut aperçu, elle se mit en prières ; puis, prenant entre ses mains les mains déjà glacées de la morte, elle s'écria avec cet accent de la foi qui transporte les montagnes : « Seigneur, guérissez-la ». Aussitôt la jeune fille se leva parfaitement guérie, et tous les témoins de ce prodige glorifièrent Dieu en disant : « Voyez quel pouvoir le Seigneur a donné à sa servante ».

Une autre fois le feu ayant pris dans une maison voisine de celle que Galle habitait, tout le monde courut pour en arrêter les progrès. Mais l'incendie se propageait si rapidement qu'on tremblait déjà pour sa demeure. Galle tomba à genoux, et à peine a-t-elle commencé sa prière que les flammes s'abaissant et se concentrant dans la maison qu'elles dévoraient, s'y éteignent tout à coup aux applaudissements d'une multitude de spectateurs stupéfaits d'admiration.

Quelques temps après, la pieuse Vierge allant, suivie de ses servantes, dans une maison où l'appelait quelque bonne œuvre, fut injuriée dans la rue par un homme du peuple qui s'écria : « Où croyez-vous que va cette femme que l'on dit une sainte ? Ne pensez point qu'elle soit sortie pour un motif de charité ; elle court au crime, la misérable, elle est perdue de mœurs ». Galle endura cet affront sans répondre un seul mot, et comme l'insensé continuait à vomir contre elle un torrent d'insultes, on le vit tout à coup tomber à la renverse et s'agiter dans des convulsions horribles ; Dieu, pour venger l'honneur de sa servante, ayant permis qu'il fût possédé du démon.

Galle continua sa route, en bénissant le Seigneur, et lorsqu'elle fut entrée dans la maison, une foule de pauvres malades et d'infirmes se présentèrent à la porte, sollicitant le secours de ses prières. Dans le nombre se trouvait une jeune enfant qui était sourde et muette. Dès que Galle l'eut aperçue, elle leva les yeux au ciel et pleura ; puis, prenant un verre d'eau, elle le bénit et le lui donna à boire ; à l'instant même, la jeune fille sentit sa langue se délier et ses oreilles s'ouvrir. Elle guérit encore, dans le même lieu, plusieurs autres malades, en faisant sur leur front le signe de la croix.

Cependant, celui qui l'avait injuriée demeurait toujours au pouvoir du démon ; elle le trouva sur son passage en retournant chez elle, et dès qu'elle le vit elle se mit à pleurer, en disant : « Seigneur, ayez pitié de lui, car il a été créé à votre image ; ayez pitié de lui, je vous en conjure, car il a été racheté au prix de votre sang ». Puis, faisant le signe de la croix, elle s'approche du possédé et s'écria : « Esprit immonde, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, je t'ordonne de sortir ». À ces mots le démoniaque qui se roulait dans la poussière se calme tout à coup et se trouve entièrement délivré.

Mais de tous les prodiges opérés par sainte Galle, le plus célèbre est celui que nous allons rapporter sur la foi de son historien, dont le témoignage est d'ailleurs conforme à celui de la tradition.

Vers l'an 566, une armée de Lombards, conduite par trois de leurs ducs, franchit les Alpes et s'avança vers le haut Dauphiné. Enhardis par l'espoir du butin que leur promettait l'occupation de cette riche province, les barbares se divisèrent en trois corps de troupes, afin de l'envahir sur plusieurs points à la fois. Rodan, le premier duc, se dirigea vers Grenoble ; Zaban, le

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second, prit la route de Die, et Aman, le troisième, marcha vers Embrun. Ce dernier fut assez heureux dans son expédition, mais les deux autres payèrent cher leur audace. Gontran, roi de Bourgogne, informé de l'irruption des barbares, leur opposa le patrice Mommol, qui était le plus habile guerrier de son siècle. Mommol courut à la rencontre de Rodan, lui offrit la bataille près de Grenoble et le défit. Rodan s'enfuit avec cinq cents hommes seulement et prit la route de Valence, dont il savait que Zaban avait formé le siège depuis quelques jours. Malgré le nombre et la valeur des soldats qui la serraient de près, la ville se défendait assez vaillamment; la population tout entière s'était en quelque sorte groupée derrière les remparts et se tenait toujours prête à repousser l'ennemi. Zaban, de son côté, redoublait d'ardeur et de courage; animé par un secret pressentiment de la victoire, il multipliait les assauts, il tentait sans cesse d'escalader les murs, il lassait enfin de toute manière la valeur des assiégés, dont la confiance allait tous les jours déclinant. Il ne fallait plus qu'un dernier effort pour le rendre maître de la ville. Déjà les barbares étaient sur les remparts, les portes s'ouvraient, les rues étaient envahies, lorsque les habitants se souvinrent qu'ils avaient au milieu d'eux une thaumaturge, à qui Dieu ne savait rien refuser. Galle était alors en oraison dans la basilique de Saint-Pierre, au Bourg-les-Valence. On court vers elle en désordre, la foule se jette à ses genoux, en criant: « Servante du Seigneur, sauvez-nous, nous allons tous périr ». — « Ne craignez rien », répond la pieuse Vierge, « saint Pierre vous défendra ». Et elle se remit en oraison.

« Tout à coup », ajoute l'historien qui nous a conservé le souvenir de ce prodige, « on vit dans les airs une multitude d'oiseaux de proie, qui fondaient vers les barbares, et une grêle de pierres qui tombaient sur eux miraculeusement. » Courez à la poursuite de vos ennemis, s'écria sainte Galle, ils sont saisis de terreur; allez recueillir les dépouilles qu'ils ont abandonnées; mais ne leur faites aucun mal, car le Seigneur a combattu pour vous.

La foule, étonnée de ce langage, obéit à la servante du Seigneur, elle se précipita vers les portes de la ville, qu'elle trouva désertes, et vit bientôt les barbares qui fuyaient en désordre, comme si une armée tout entière les eût suivis l'épée dans les reins. À cette nouvelle, des transports de joie éclataient au sein de la population, et tous les cœurs des Valentinois se confondirent dans un commun sentiment d'admiration et de reconnaissance.

Sainte Galle ne survécut pas longtemps à la délivrance miraculeuse de la ville. Comme durant plusieurs jours le peuple ne cessa de publier ses louanges, et que la foule se pressait sans cesse autour de sa demeure, afin de se recommander à ses prières, son humilité s'en alarma, et, voulant se soustraire aux applaudissements dont elle était l'objet, elle conjura le Seigneur de l'appeler à lui. Puis elle dit au peuple: « Mes enfants, le jour de ma mort est venu, laissez-moi seule avec mon Dieu. Vous savez combien je vous aime, la seule chose que je vous demande avant de vous quitter pour toujours, c'est que lorsque j'aurai rendu le dernier soupir vous ensevelissiez mon corps soigneusement ». À ces mots tout le peuple fondit en larmes; mais Galle s'écria: « Ne pleurez point, mes frères, n'est-il pas bien temps que je m'en retourne vers Dieu? N'ai-je pas assez vécu? Voilà quatre-vingt-dix ans que je suis au monde, laissez-moi donc mourir et mettez en Dieu toute votre confiance ».

La pieuse Vierge mourut, en effet, comme elle l'avait prédit. Sa mort plongea la ville entière dans le deuil et la consternation; mais les prodiges, par lesquels Dieu manifesta bientôt la sainteté de sa servante, consolèrent le

peuple et transformèrent sa douleur en véritable allégresse. Les obsèques de Galle furent un triomphe plutôt qu'une cérémonie funèbre. Son corps fut transporté solennellement du Bourg-les-Valence dans l'église Saint-Étienne, où l'on devait l'ensevelir. Le convoi traversa la ville au milieu d'un concours immense de spectateurs, qui déjà offraient à leur sainte protectrice un culte de vénération, d'amour et de prières, tel que l'Église a coutume de l'autoriser en faveur des plus grands Saints. Plusieurs malades se firent placer sur le seuil de leur demeure, d'autres voulurent toucher le cercueil, et leur foi fut récompensée par de nombreuses guérisons. Durant plusieurs jours l'église de Saint-Étienne fut littéralement assiégée par le peuple, et le tombeau de la Sainte, glorifié par les prodiges les plus éclatants, devint, à dater de cette époque, un lieu de pèlerinage où les Valentinois reçurent, dans tous les siècles, toutes sortes de faveurs et de bénédictions.

Le diocèse moderne de Valence fait la fête de sainte Galle le 16 novembre.

Événements marquants

  • Naissance à Valence au début du VIe siècle
  • Refus du mariage pour se consacrer à Jésus-Christ
  • Prise de voile blanc devant l'évêque de Valence et une assemblée de prélats
  • Vie de charité et de prière au sein de sa famille
  • Délivrance miraculeuse de Valence assiégée par les Lombards (vers 566)
  • Décès à l'âge de 90 ans

Miracles

  • Résurrection d'une servante morte après une chute
  • Extinction miraculeuse d'un incendie par la prière
  • Châtiment d'un calomniateur possédé par le démon, puis sa délivrance
  • Guérison d'une enfant sourde et muette avec de l'eau bénite
  • Apparition d'oiseaux de proie et grêle de pierres mettant en fuite l'armée lombarde

Citations

Celui que j'aime, et que j'aimerai toute ma vie, à l'exclusion de tout autre, c'est Jésus-Christ, mon Sauveur et mon Dieu.

— Paroles rapportées dans le texte

J'espère que le jour de mes noces sera aussi celui de mes funérailles.

— Paroles rapportées dans le texte

Date de fête

16 novembre

Époque

6ᵉ siècle

Décès

VIe siècle (vers 566 ou peu après) (naturelle)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

protection contre les invasions, guérison des malades, protection contre les incendies, sourds et muets

Prénoms dérivés

Galle