Sainte Julie de Troyes
Vierge et Martyre
Résumé
Jeune chrétienne de Troyes vouée à la virginité, Julie est emmenée captive en Germanie par le prince Claude en 247. Elle convertit son maître par sa piété et revient avec lui à Troyes pour y subir le martyre sous l'empereur Aurélien en 275. Ses reliques, longtemps conservées à Jouarre, font l'objet d'une grande dévotion contre la peste et les fièvres.
Biographie
SAINTE JULIE, SAINT CLAUDE OU CLAUDIEN,
ET LEURS COMPAGNONS, MARTYRS À TROYES
21 JUILLET.
la religion de Jésus-Christ. Elle fit de si rapides progrès dans toutes les vertus chrétiennes, qu'elle était renommée partout pour sa tendre piété, sa grande sagesse et sa prudence précoce, et qu'on la citait comme un parfait modèle parmi les jeunes personnes de son temps.
Elle n'avait que dix ans, lorsqu'elle prit la généreuse résolution de garder la pureté virginale, de ne servir que Dieu seul, et de n'accepter aucune alliance, si noble et si attrayante qu'elle pût être. Elle se retira dès lors dans la maison de ses parents; elle les servait avec obéissance et affection, et elle s'éloignait de toutes les compagnies mondaines. Elle ne vivait qu'avec Dieu et pour Dieu et marchait sans cesse dans les voies de sa crainte et de son amour.
A cette époque, les Allemands faisaient des courses fréquentes dans les Gaules, tantôt pour piller, tantôt pour conquérir. Dans une de ces expéditions, un prince, nommé Claude ou Claudien, qui avait la conduite d'une troupe de ces pillards, dirigea, vers 247, sa marche sur Troyes, qui était alors sous la domination des Romains. Il y fit plusieurs captifs, entre autres Julie, âgée de dix-huit ans, et remarquable par la beauté de sa figure, que rehaussait encore une angélique modestie. Les attraits de la jeune fille touchèrent le cœur du prince : il résolut de l'épouser. Mais il ne lui découvrit ses desseins que lorsque, arrivé dans son propre pays, il se persuada que la mollesse et les plaisirs du palais feraient impression sur la jeune vierge. Il s'attendait à un triomphe. Mais la servante de Jésus-Christ lui répondit avec autant de courage que de douceur :
« Depuis longtemps, j'ai choisi mon Époux, mon Seigneur et mon Maître; c'est à lui que j'ai consacré ma vie entière, à lui que j'ai confié mon âme. Son ange est toujours avec moi, et, si un amour impur vous faisait attenter à ma personne, il vengerait bientôt sur vous l'injure que vous m'auriez faite ». À ces mots, Claude entra en fureur : « Et quel est donc cet époux plus noble que moi? » s'écria-t-il. « Quel est celui qu'il a chargé de venger sur moi l'injure que je pourrais te causer? D'ailleurs, quel tort puis-je te faire en te prenant pour épouse, toi qui n'es que mon esclave? » Mais l'intrépide vierge lui répondit sans s'émouvoir : « Mon Époux et mon Maître, c'est Jésus-Christ, qui est dans les cieux, et dont la noblesse et la puissance surpassent celles des plus grands monarques. C'est à lui que j'ai voué ma virginité. Ne serait-ce pas lui faire affront que de lui enlever celle qu'il a daigné choisir pour son épouse? » — « Tu es donc chrétienne? » lui demanda Claude. « Vous l'avez dit, je suis chrétienne », répondit Julie ; « et, si vous-même embrassez la religion de Jésus-Christ, il vous assistera dans toutes les circonstances de votre vie ».
Ces réponses, pleines d'une noble indépendance, pénétrèrent Claude de respect et de crainte. Il commença dès lors à honorer sa captive. Il lui fit préparer dans son palais un appartement retiré, avec un oratoire, et il en interdit l'entrée aux officiers de sa maison. Il eut des attentions plus délicates encore, et, afin de permettre à Julie de vaquer plus librement à ses pieuses pratiques, il lui donna plusieurs jeunes filles de haute naissance pour lui tenir compagnie et lui rendre les services dont elle pourrait avoir besoin.
Notre Sainte devint apôtre au milieu de ces jeunes idolâtres, et bientôt le palais du prince infidèle fut comme un temple du vrai Dieu, d'où s'élevaient jusqu'au ciel l'harmonie des cantiques sacrés et le pur encens de la prière.
Les ombres de la nuit apportaient aux compagnies de Julie le repos et le sommeil ; mais la ferveur de la jeune vierge prolongeait encore le temps et l'oraison. C'était alors qu'elle répandait librement son âme devant le Seigneur, qu'elle le bénissait mille fois d'avoir daigné la regarder jusque dans son exil, de l'avoir préservée du danger de perdre et sa foi et sa chasteté au milieu d'un peuple infidèle, et d'avoir inspiré à son maître tant de bonté et de prévenances pour elle. Jamais, en effet, le prince n'entreprenait rien sans consulter sa captive. Il aimait à converser avec elle, et bien qu'il ne partageât pas encore ses croyances religieuses, il ne laissait pas que de se recommander souvent à ses prières.
Il devait bientôt éprouver les effets de sa conduite à l'égard de Julie. Ses ennemis débordaient de toutes parts sur ses terres; ils allaient l'attaquer jusque dans son palais, s'il ne leur opposait promptement des armes victorieuses. Il lui fallut partir. Mais il ne voulut pas se mettre en campagne avant de s'être assuré des prières de Julie : « Vous savez », lui dit-il, « le repos que je vous ai donné dans mon palais et l'honneur que je vous ai rendu, sans vous inquiéter jamais. Aujourd'hui, je dois aller à la guerre : des ennemis, jaloux de ma couronne, veulent me la ravir. Implorez donc pour la prospérité de mes armes le Dieu que vous servez; si je reviens victorieux et sans blessure, je vous honorerai plus que jamais à mon retour, je vous en donne ma parole ». — « Marchez avec confiance », lui répondit Julie ; « je vais prier mon Dieu, et vous reviendrez couvert des lauriers de la victoire ».
Claude se mit en campagne, rencontra ses audacieux ennemis et les tailla en pièces. Il revint triomphant à son palais, proclamant partout qu'il devait aux prières de Julie, plus qu'à sa vaillance, d'avoir vaincu des adversaires dont la multitude devait écraser la faiblesse de ses troupes. Dès lors, sa vénération pour Julie s'accrut tous les jours, et il la regarda, non plus comme son esclave, mais comme sa protectrice et sa souveraine.
Il serait trop long de rapporter toutes les bénédictions qu'attira sur Claude la présence de la vierge troyenne ; qu'il suffise de dire que, toutes les fois qu'il entreprenait quelque guerre, il remportait toujours sur ses ennemis une éclatante victoire, parce que Notre-Seigneur exauçait toujours son humble et fidèle servante.
Vingt-huit ans se passèrent ainsi. Enfin le Seigneur apparut à Julie : « Lève-toi », lui dit-il, « ne reste pas plus longtemps en ce lieu ; mais retourne en la ville de Troyes, d'où tu as été emmenée captive ; c'est là que, à la couronne de la virginité, tu joindras la palme du martyre ». Julie se lève aussitôt, et, pleine d'un nouveau courage après cette céleste vision, elle va trouver le prince et lui communique les desseins de Dieu sur elle.
« Quoi ! » dit Claude avec tristesse, « vous vous en allez ! À qui donc me laissez-vous en garde ? Que deviendrai-je ? N'êtes-vous pas mon ange tutélaire ?... Si vous partez, mes ennemis, ne craignant plus votre prière, fondront sur moi comme sur une proie facile, et ils me mettront bientôt à mort... Non ! j'aime mieux tout abandonner et marcher à votre suite ». — « Laissez donc vos biens et venez avec moi », lui répliqua Julie ; « car j'espère que le Seigneur mon Dieu jettera sur vous et sur vos gens un regard favorable ».
Aussitôt Claude abandonne sa maison, sa femme et ses enfants, son or et ses nombreuses possessions, et se met en route avec la servante de Dieu. Ce n'est plus un barbare, c'est un chrétien fidèle ; ce n'est plus un loup cruel, c'est une brebis docile qui se met sous la direction d'une vierge.
Enfin, ils arrivent à Troyes, où la persécution d'Aurélien sévissait avec une extrême violence. Dans sa ville natale, le zèle de Julie ne resta point inactif. Elle consolait les fidèles emprisonnés pour la foi ; elle leur adoucissait par ses paroles et ses secours les rigueurs du tyran. Son intrépide courage fut bientôt remarqué, et les satellites de l'empereur la saisirent un jour et l'amenèrent en présence de leur maître. Le président Elidius fut chargé de l'interroger.
« Tu adores le Christ, que tu dis être ton Époux ? » lui demanda-t-il. « Oui », répondit Julie, « je confesse que Jésus-Christ est mon Seigneur ; car je n'adore point des démons impurs ». — « Allez », dit le président à ses soldats, « étendez-la sur un chevalet et mettez sur son dos des charbons ardents ». Mais à peine fut-elle placée sur l'instrument du supplice, que ses bourreaux furent frappés d'aveuglement et s'écrièrent : « Julie, secourez-nous ! » D'autres vinrent pour l'assommer à coups de nerfs de bœufs ; mais leurs efforts furent inutiles. L'impie Aurélien, voyant la constance de la vierge, lui dit : « Sacrifice aux dieux, ou, je le jure, tu mourras aujourd'hui même par le glaive ». — « La mort d'amour qu'a endurée l'Homme-Dieu pour mon salut », répliqua Julie, « exige de moi la mort pour son amour. Aussi je suis prête à tout souffrir pour mon Seigneur Jésus, et j'espère que, après ces légers combats, il voudra bien me donner une impérissable couronne de vie ». Alors l'empereur lui fit trancher la tête.
Dès que Claude apprit la terrible exécution, il alla trouver Aurélien et lui dit : « Ordonnez que je meure avec elle, car elle m'a servi de maître dans sa religion ». — « Qui êtes-vous ? » lui dit Aurélien. « Je m'appelle Claude », répondit-il, « et j'ai emmené Julie en captivité, lorsque je combattais contre les Romains. Son Dieu m'a comblé de bienfaits par son intercession ; j'adore ce Dieu unique et j'ai tout quitté pour Jésus-Christ ». — « Mais vous n'êtes pas chrétien », répliqua Aurélien. « Comment pouvez-vous mourir pour cette religion ? » — « Il est vrai », répondit Claude, « que je n'ai pas été baptisé ; mais je crois fermement que si je répands mon sang pour le nom de Jésus-Christ, je serai véritablement chrétien, et que, grâce aux mérites et aux prières de sa glorieuse martyre sainte Julie, Dieu ne dédaignera pas de m'admettre en présence de sa souveraine Majesté ».
Alors Aurélien prononça sa sentence et le fit décapiter, hors des murs de la ville, au lieu même où sainte Julie avait enduré le martyre quelques heures auparavant. C'était le XII des calendes d'août, c'est-à-dire le 21 juillet de l'an 275.
De retour au prétoire, l'empereur Aurélien trouva vingt autres chrétiens, compagnons de sainte Julie et de saint Claude ; il les condamna également à la mort, et ils reçurent la palme de gloire à l'endroit même où sainte Julie fut inhumée. Les noms de plusieurs d'entre eux nous ont été conservés ; c'étaient : Juste, Jucondin, Ternus, Antoine, Hérénus, Théodore, Denys, Apollonius, Apamie, Pionicus, Custion, Papyrus, Saturius et Secundinus ; les noms des six autres sont inscrits au livre de l'Agneau, qui a daigné leur accorder la couronne de la vie éternelle.
Dès que sainte Julie et saint Claude eurent été martyrisés, les chrétiens de Troyes creusèrent une fosse au lieu même de leur supplice, et enterrèrent les saints corps, laissant entre eux l'espace de dix pas environ. Plus tard, les précieuses dépouilles furent exhumées et placées dans un sépulcre de pierre.
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]
Au XIIe siècle, on voyait, à côté de ces tombeaux, un monastère dont les religieuses, appelées les Filles-Dieu, s'étaient vouées à la garde de ces reliques sacrées. Mais, comme les guerres fréquentes, dont la ville de Troyes était le théâtre, troublaient souvent leurs pieux exercices, elles résolurent de chercher des contrées plus paisibles. Elles jetèrent les yeux sur le monastère de Jouarre, au diocèse de Meaux, et s'y retirèrent avec les ossements de la Martyre troyenne : c'était vers l'an 1233.
Alise, abbesse du couvent, fit déposer le corps dans une chasse artistement travaillée, enrichie de lames d'argent et de pierres précieuses. On y voyait représentées les diverses circonstances de la vie de sainte Julie. Sa tête fut enchâssée à part dans un reliquaire de vermeil qu'on voyait encore figurer, au siècle dernier, parmi les richesses de la collégiale de Saint-Étienne.
Cent ans plus tard, les restes de saint Claude furent aussi transportés au même lieu : il semblait qu'on ne dût pas séparer après leur mort ces deux serviteurs de Jésus-Christ, qui, après avoir partagé les mêmes combats, avaient mérité le même triomphe.
On invoquait sainte Julie dans les nécessités publiques, surtout dans les temps de contagion ; saint Claude exauçait particulièrement les prières des guerriers exposés aux hasards des combats. En 1628, deux religieuses du monastère de Jouarre moururent de la peste qui faisait alors de nombreuses victimes. Alarmée des ravages du fléau, l'abbesse fit porter solennellement la chasse de sainte Julie au milieu du cloître, et soudain la peste disparut.
Ce miracle et d'autres encore augmentèrent considérablement la vénération des religieuses de Jouarre pour la vierge de Troyes : aussi célébraient-elles solennellement sa fête avec octave.
Quoique le corps de sainte Julie reposât à Jouarre, le peuple de Troyes n'était pas entièrement privé des reliques de sa noble Martyre : les Filles-Dieu, en se retirant, en avaient laissé plusieurs fragments. En 1590, les guerres civiles dispersèrent ces restes vénérés. Les habitants du faubourg Saint-Martin adressèrent alors quelques-uns d'entre eux à l'abbesse de Jouarre. Ceux-ci rapportèrent, le 3 septembre 1599, une portion des reliques de la Sainte, qu'ils placèrent dans une petite chapelle qui subsista jusqu'en 1833. À cette époque, on transporta les précieux restes à l'église paroissiale de Saint-Martin, où ils reçoivent chaque année des fidèles le tribut d'une ardente et tendre dévotion. Enfin, tout récemment, Mgr Allou, évêque de Meaux, répondant aux pieux désirs de Mgr Ravinet, s'est empressé de lui offrir de nouveaux fragments des reliques de sainte Julie et de son intrépide compagnon, saint Claude ; ils ont été partagés entre la cathédrale, Saint-Martin-ès-Vignes et la chapelle du lycée.
À quelque distance de la chapelle dont nous venons de parler, était la source d'eau vive qui avait jailli de terre à l'endroit même où le sang de la Martyre avait coulé : on l'appelait le Puits de sainte Julie. Les personnes atteintes de la fièvre venaient avec confiance en puiser l'eau, et Dieu récompensait souvent la foi ardente des malades en leur rendant la santé. Le Puits de sainte Julie, ce pieux témoignage de la dévotion de nos pères, fut plusieurs fois renouvelé, et le dernier état en remontait à l'an 1671 ; il a disparu avec le modeste oratoire. C'est presque sur son emplacement que s'élève la chapelle actuelle du lycée.
Le seul monument qui rappelle aujourd'hui la vie et la mort de sainte Julie est à l'église paroissiale de Saint-Martin-ès-Vignes : c'est, avec l'autel dédié à la vierge-martyre, une magnifique verrière.
L'Église de Troyes célèbre sa fête le 21 juillet.
Extrait de la Vie des Saints du diocèse de Troyes, par l'abbé Defer, et des Acta Sanctorum.
21 JUILLET.
Événements marquants
- Vœu de virginité à l'âge de dix ans
- Capturée à Troyes par le prince Claude en 247
- Conversion du prince Claude et de sa suite
- Vision divine lui ordonnant de retourner à Troyes
- Martyre par décapitation sous l'empereur Aurélien
Miracles
- Aveuglement des bourreaux lors du supplice du chevalet
- Victoires militaires de Claude grâce à ses prières
- Cessation de la peste à Jouarre en 1628
- Source miraculeuse (Puits de sainte Julie) jaillie au lieu du martyre
Citations
Depuis longtemps, j'ai choisi mon Époux, mon Seigneur et mon Maître; c'est à lui que j'ai consacré ma vie entière.
La mort d'amour qu'a endurée l'Homme-Dieu pour mon salut exige de moi la mort pour son amour.