Sœur Marie-Madeleine (Julie Postel)
Fondatrice des Sœurs des Écoles Chrétiennes de la Miséricorde
Résumé
Julie Postel, en religion Sœur Marie-Madeleine, est la fondatrice des Sœurs de la Miséricorde au XIXe siècle. Elle consacra sa vie à l'éducation des pauvres et à la restauration monumentale de l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Reconnue pour son obéissance héroïque et son austérité, elle mourut à 90 ans en laissant une congrégation florissante.
Biographie
SŒUR MARIE-MADELEINE, NÉE JULIE POSTEL,
FONDATRICE DES SŒURS DES ÉCOLES CHRÉTIENNES DE LA MISÉRICORDE
16 JUILLET.
lique il ne restait que de tristes et magnifiques débris. La supérieure, âgée de soixante-seize ans, choisit la fête de sainte Thérèse, en 1832, pour prendre possession de l'abbaye au nom de ses vingt-quatre filles. C'était la pauvreté s'abritant sous des ruines.
Cinq ans durant, les pauvres religieuses de la Miséricorde durent se contenter de pleurer auprès du sanctuaire désolé. « Faisons sans cesse amende honorable », répétait la Mère, « pour toutes les profanations commises ici. Tout sera réparé ; Dieu le veut, je le sais ». La Providence ménageait en effet les moyens les plus propres à réaliser ce vaste projet. Les études archéologiques du nouveau supérieur, M. l'abbé Delamare (mort archevêque d'Auch), le dévouement à toute épreuve du digne chapelain, M. Lerenard, étaient déjà une garantie de succès. En même temps se révélait chez un jeune ouvrier de Saint-Sauveur, François Halley, un vrai génie d'architecte. Sans leçons d'aucun maître, il sut diriger l'entreprise, tirer parti des débris qui jonchaient le sol, et sculpter avec un fini merveilleux les nouvelles pierres qui décorent l'édifice. Mais l'âme de ce gigantesque ouvrage, c'était la supérieure. Son ardeur au travail, sa confiance en Dieu, sa parole enflammée, animaient tous les courages, inspiraient tous les dévouements. Une tempête renverse, en 1843, le clocher nouvellement restauré. Les religieuses consternées exhalent leur douleur avec quelque découragement. « Eh ! quoi, mes sœurs », reprend la Mère avec autorité, « voudriez-vous faire à Dieu son procès ? N'est-il pas le maître ? Je vous dis que tout sera réparé ». Alors elle envoie partout, à Paris et ailleurs, une jeune et timide religieuse, à l'effet de recueillir des secours. « Ma fille », dit-elle, « soyez l'instrument de Dieu, un instrument souple et docile ; et Dieu fera des merveilles ». Cette prédiction s'accomplit à la lettre : l'obéissance de la jeune sœur, qui a remplacé la Fondatrice au gouvernement de la communauté, est bénie au-delà de toute attente. D'abondantes aumônes permettent de reprendre les travaux avec plus d'activité que jamais, et assurent la restauration de l'église. Ainsi Marie-Madeleine voit se vérifier cette partie de la prophétie de l'enfant. Douze ans suffiront pour achever cette entreprise colossale, où éclate visiblement l'intervention divine. Le 28 août 1856, dix ans après la mort de la vénérée Mère, la basilique fut solennellement consacrée par Mgr Delamare. Marie-Madeleine avait dit, en parlant de cette belle cérémonie : « Je la verrai du ciel ; mais je n'y assisterai pas ».
La seconde mission prédite à Julie Postel était la fondation et le développement de sa Congrégation. Nous avons déjà parlé des débuts de cette œuvre. Le règlement primitif des Sœurs de la Miséricorde consista dans quelques articles fondamentaux tracés par la Fondatrice, qui les résuma dans cette maxime sublime inscrite sur une simple croix noire : *Obéissance jusqu'à la mort*. La Supérieure savait d'avance que la règle définitive lui serait donnée par l'autorité ecclésiastique. Aussi, quand son Supérieur lui apporta les constitutions du vénérable abbé de La Salle, elle les accepta de grand cœur comme l'expression de la volonté d'en haut. On vit alors cette femme admirable renoncer, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, à ses propres règlements, aux pratiques pieuses de toute sa vie, et se conformer avec une docilité parfaite à tous les points des nouveaux statuts. Ceux-ci, du reste, étaient en harmonie avec les habitudes, l'esprit et le but de la communauté. La Fondatrice fixa comme essentiels les articles relatifs à l'esprit de pauvreté, d'abnégation, de simplicité, qui forment encore le cachet spécial de l'Institut.
SOEUR MARIE-MADELEINE, NÉE JULIE POSTEL. 487
Les trente premières années de la Congrégation furent traversées par des épreuves de tout genre, et presque stériles en vocations. Le personnel se composa longtemps de vingt-cinq religieuses. Mais à partir de l'année 1839, époque des premiers travaux à l'église, les vocations abondent. Dieu récompense ainsi le zèle de ses servantes pour sa maison. Une double merveille, qui ne peut humainement s'expliquer, brille à tous les regards. A l'étonnante restauration de la basilique correspond le développement aussi prodigieux de l'Institut. La Fondatrice voit en huit années le nombre de ses filles arriver de vingt-cinq à plus de cent cinquante. Ce progrès ne s'est pas ralenti depuis lors. Le grain de sénévé est devenu un grand arbre. Aujourd'hui (1873), la communauté des Sœurs de la Miséricorde est la plus nombreuse du diocèse de Coutances. Elle compte près de mille religieuses, réparties dans cent cinquante maisons, dont neuf à Paris et dix-huit en Allemagne. Son but est la direction des écoles de filles, des orphelinats, des ouvroirs, des crèches et des salles d'asile. « Faire le plus de bien possible en se cachant le plus possible », tel est l'idéal que les filles de l'humble Marie-Madeleine s'efforcent de réaliser, en suivant l'exemple et la maxime de la bonne Mère.
Nous avons anticipé sur les événements pour jeter un coup d'œil d'ensemble sur les deux œuvres principales de Julie Postel. A mesure que le corps vieillissait chez elle, la vie de l'âme semblait se fortifier de plus en plus. Malgré son grand âge et ses infirmités, elle demeurait parfois à genoux durant trois ou quatre messes successives. Toute sa vie elle restait sans prendre aucune nourriture depuis le mercredi saint au soir, jusqu'à la fête de Pâques. La ferveur de son oraison, sa parole de feu, les élans de son amour pour Dieu, embrassaient tous les cœurs. Elle sentait néanmoins que le moment de rejoindre l'Époux approchait, et faisait ses dernières recommandations à ses filles. L'Extrême-Onction lui fut administrée la veille de sa mort. Le lendemain, 16 juillet 1846, on devait lui porter le saint Viatique. Quelle ne fut pas la surprise générale, quand on la vit se traîner encore à la chapelle, assister à la messe et communier ! Son état s'aggrava dans la journée. Son dernier acte fut de chercher et de montrer du doigt, comme son testament, ce passage de saint Bernard : « Le Religieux qui ne travaille pas n'est pas digne d'être Religieux ». Elle rendit sa belle âme à Dieu, à l'âge de quatre-vingt-dix ans. On trouva sur le chevet de son pauvre grabat un grand cilice et un corset tout hérissé de pointes de fer. Les restes de la pieuse Fondatrice reposent dans la chapelle de la Croix. Les nombreux prodiges opérés à son tombeau attestent la puissance de son intercession auprès de Dieu. Émue de ces faits, l'autorité diocésaine a déjà fait plusieurs enquêtes, à l'effet d'introduire à Rome la cause de sa béatification.
La vie de Marie-Madeleine offre un modèle achevé de perfection religieuse. Outre les maximes citées dans le cours de cette notice, voici celles qu'elle répétait le plus souvent à ses filles :
« Si l'on connaissait bien la grandeur du prêtre, on se prosternerait pour baiser la trace de ses pas... Obéir, c'est aller au ciel sur les épaules d'autrui. J'obéirais au plus petit enfant, s'il avait autorité sur moi... Il faut donner à Dieu tout son cœur, sans réserve, sans retour : l'arbre et les
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fruits... Attendre tout de Dieu seul; ne compter jamais sur un bras de chair, quelque respectable qu'il soit. Se plonger dans la volonté de Dieu, comme le poisson dans l'eau... Être entre les mains de ses supérieurs, comme l'argile aux mains du potier... Porter avec honneur les livrées de Jésus, sa pauvreté, sa couronne d'épines, sa croix. On veut bien des croix d'or ou d'argent; quant aux autres, on leur donne volontiers un coup de pied. Au moment de l'épreuve, dire du fond de l'âme: Viens, ô croix, que je t'embrasse... Être les mères des enfants; gagner ces jeunes cœurs au bon Dieu. Chaque sœur doit sauver au moins mille âmes dans sa carrière. Quand vous aurez empêché la plus petite enfant de verser une seule larme, dites: Soyez-en béni, mon Dieu! »
Vie édifiante de la très-honorée supérieure Marie-Madeleine, par M. l'abbé Delamare, 1852. — Discours prononcé à la consécration de l'église de l'abbaye de Saint-Souveur-le-Vicomte, par M. l'abbé Guilbert (aujourd'hui évêque de Gap).
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Événements marquants
- Prise de possession de l'abbaye de Saint-Sauveur en 1832
- Restauration de la basilique de Saint-Sauveur-le-Vicomte
- Adoption des constitutions de l'abbé de La Salle à l'âge de 82 ans
- Expansion de la Congrégation à partir de 1839
- Mort à l'âge de 90 ans le 16 juillet 1846
Miracles
- Prophétie sur la restauration de la basilique
- Prophétie sur sa présence céleste à la consécration
- Nombreux prodiges opérés à son tombeau
Citations
Obéissance jusqu'à la mort
Le Religieux qui ne travaille pas n'est pas digne d'être Religieux
Obéir, c'est aller au ciel sur les épaules d'autrui.