Sainte Pélagie d'Antioche (Pénitente)
Pénitente
Résumé
Célèbre comédienne d'Antioche menant une vie de débauche et de luxe, Pélagie se convertit après avoir entendu un sermon de l'évêque Nonne. Après son baptême, elle distribue ses richesses et s'enfuit à Jérusalem déguisée en homme. Elle y vit en ermite sur le mont des Oliviers jusqu'à sa mort vers 460.
Biographie
SAINTE PÉLAGIE D'ANTIOCHE, PÉNITENTE.
Vers 460. — Pape : Saint Léon Ier, le Grand. — Empereur d'Orient : Léon Ier, l'Ancien ou le Grand.
*Lætantur et mundi sunt, qui et præterita plangunt, et fienda iterum non committunt.*
Celui qui pleure le passé et évite désormais tout ce qui serait pour lui un sujet de larmes, trouve dans la pénitence un bain salutaire qui le purifie.
*Saint Isidore d'Espagne.*
Sous l'empire de Théodose le Jeune (408-450), le très-saint patriarche d'Antioche, Maximien, assembla un Synode d'évêques pour quelques affaires particulières de sa province. Le bienheureux Nonne, qui, à cause de son éminente sainteté, avait été tiré de sa vie solitaire pour être mis sur le siège épiscopal d'Édesse, étant du nombre de ces prélats, fut prié par les autres de leur faire une exhortation spirituelle. Il la fit à la porte de l'église du martyr saint Julien ; pendant que ses auditeurs étaient suspendus à ses lèvres, Pélagie, la première et la plus débauchée des comédiennes de la ville d'Antioche, y passa élégamment vêtue, couverte de perles, d'or et de pierres précieuses, dont l'éclat éblouissait les yeux de tout le monde, et suivie d'une infinité d'autres personnes qui étaient aussi fort richement parées, afin de rendre sa marche plus pompeuse. C'était une femme d'une beauté si ravissante, qu'on ne pouvait se lasser de la considérer ; plus on la regardait, plus on découvrait de grâces et de charmes dans son port et dans son visage. Elle portait toujours des parfums si excellents, qu'elle embaumait les lieux par où elle passait. Elle avait la tête nue et le sein découvert avec une immodestie qui allait jusqu'à l'impudence. En un mot, il ne lui manquait rien pour s'attirer des adorateurs et séduire les cœurs les moins sensibles à la volupté. Dès que les évêques l'aperçurent en cet état, ils tournèrent la tête d'un autre côté pour ne point la voir lorsqu'elle passerait, déplorant en eux-mêmes la perte de cette âme. Il n'y eut que le prédicateur qui la regarda fixement et la suivit de l'œil le plus loin qu'il put. Après quoi, s'adressant à ses confrères, il leur dit, les yeux baignés de larmes : « Avez-vous considéré la beauté et les ornements de cette créature ? Hélas ! Notre-Seigneur se servira d'elle pour condamner notre négligence dans les fonctions de notre ministère : car, quel soin ne prend-elle pas à se parer et à s'ajuster pour plaire aux hommes mortels ? Elle emploie tout son temps à cela, c'est toute l'occupation de son esprit, de son cœur et de ses mains. Elle est toujours appliquée à trouver de nouvelles inventions pour se rendre de plus en plus agréable, et se faire aimer de ceux qui sont aujourd'hui, et qui peut-être ne seront plus demain. Et nous, qui avons un Dieu d'une majesté infinie, un Époux immortel que les anges ne cessent jamais de contempler, dont le soleil et la lune admirent la beauté, et qui a promis de grandes récompenses à ceux qui le serviront fidèlement ; nous, qui sommes éclairés de ces belles lumières, nous négligeons l'embellissement de nos âmes ; et, par une lâcheté insupportable, les laissons
8 OCTOBRE.
toutes languissantes et couvertes d'une infinité de taches qui les rendent hideuses aux yeux de notre Père céleste ». Aussitôt qu'il eut fini de parler, il se retira dans sa chambre; là, s'abandonnant de nouveau aux gémissements, il se prosterna contre terre pour demander pardon à Dieu de la lâcheté avec laquelle il l'avait servi jusqu'alors: « Pardonnez, Seigneur », disait-il, « à ce misérable pécheur; j'avoue que le soin que prend cette femme pour orner son corps surpasse tout ce que j'ai fait pour embellir mon âme, quoique j'aie si souvent l'honneur de paraître à l'autel devant votre divine Majesté. Elle a promis qu'elle n'épargnerait rien pour plaire aux hommes, et elle ne manque point à sa parole; et moi, qui vous ai promis tant de fois de me rendre agréable à votre divine Majesté, je chancelle dans mes résolutions, et, par une paresse que je condamne maintenant, je vous ai trompé, et n'ai point eu le courage d'exécuter ce que je vous avais promis ».
Le dimanche suivant, le bienheureux Nonne ayant été prié, par le patriarche, de faire une instruction au peuple après l'Évangile, il parla avec tant de véhémence de l'horreur du péché, du redoutable jugement de Dieu et de la récompense qui est préparée à ceux qui le servent durant leur vie, qu'il tira des larmes de tous les auditeurs. Pélagie, par un effet visible de la miséricorde divine sur elle, n'était jamais entrée à l'église et n'y était point venue ce jour-là dans le dessein de se convertir et de quitter sa mauvaise vie, mais plutôt pour voir et pour être vue. Cependant, elle se sentit si touchée des paroles du saint prélat, qu'après avoir pleuré amèrement ses péchés comme les autres, elle résolut de les expier par une sincère pénitence. S'étant retirée dans sa maison, elle lui écrivit ce billet: « Au saint disciple de Jésus-Christ, la pécheresse et la disciple du démon. J'ai ouï dire de votre Dieu qu'il est descendu des cieux, non pour sauver les justes, mais les pécheurs; qu'il s'est humilié jusqu'au point de converser avec les publicains, et que même il n'a point dédaigné de s'entretenir avec une femme pécheresse de Samarie. Si vous êtes disciple d'un tel Maître, ne méprisez pas une pauvre pécheresse qui désire vous parler pour se convertir ». L'évêque reçut cette lettre; mais, craignant que le démon ne se servît de l'artifice de cette femme pour le surprendre, il lui fit cette réponse: « Qui que vous soyez, vous êtes connue de Dieu, qui pénètre le fond de votre cœur et l'intention que vous avez; gardez-vous bien de vouloir tenter la fragilité d'un homme pécheur, qui a l'avantage d'être le serviteur du Dieu tout-puissant; si vous avez une volonté sincère de vous convertir, vous pouvez me venir voir en présence des autres évêques; car je ne crois pas devoir vous accorder une audience particulière pour ne pas m'exposer à la malice du démon ».
Pélagie n'eut pas plus tôt lu ces paroles, qu'elle courut à l'église de Saint-Julien; et là, trouvant Nonne avec les autres évêques assemblés, elle se jeta à ses pieds en leur présence, les baisa et les arrosa de ses larmes, puis après avoir confessé publiquement que toute sa vie n'était que péchés, elle le conjura d'imiter la douceur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et d'avoir la bonté de la faire chrétienne. L'évêque l'ayant obligée de se lever, lui dit qu'il était défendu par les Canons de baptiser une pécheresse publique, si elle ne donnait auparavant des personnes qui justifiassent qu'elle était fortement résolue de ne plus retourner à sa mauvaise vie. À cette objection, elle se prosterna derechef contre terre, et le pria avec une ferveur admirable de ne point différer de lui accorder la grâce qu'elle demandait, ajoutant, que s'il refusait de la laver promptement dans les eaux salutaires
du Baptême, elle le rendait responsable au jugement de Dieu du salut de son âme. Ces paroles entrecoupées de soupirs et de sanglots, qu'elle animait d'une foi vive, firent juger aux évêques que sa pénitence étant véritable, on pouvait se relâcher en sa faveur de la discipline ecclésiastique et lui conférer le premier Sacrement de l'Église : c'est pourquoi ils envoyèrent au patriarche, pour lui demander des diaconesses aux soins desquelles elle pût être confiée. Romaine, qui tenait le premier rang entre elles, fut aussitôt destinée à cette fonction. S'étant rendue au saint temple, elle y trouva encore Pélagie aux pieds des évêques, d'où elle eut bien de la peine de la retirer pour la faire exorciser. Alors, le bienheureux Nonne lui demanda son nom ; elle répondit que ses parents l'avaient nommée Pélagie, mais que ceux d'Antioche la surnommaient Marguerite, à cause de la grande quantité de perles dont elle se parait ordinairement afin de plaire aux hommes. Elle fut ensuite exorcisée, selon les cérémonies de l'Église, puis l'évêque lui conféra le Baptême et lui imposa les mains pour la confirmer. Enfin, sa pénitence parut si merveilleuse, qu'il jugea même à propos de lui donner le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Après quoi, il la laissa à la conduite de Romaine pour être plus amplement instruite des mystères de la religion.
Ce changement produisit des effets bien différents dans les esprits. Les serviteurs de Dieu en rendirent des actions de grâces à sa miséricorde, et les libertins ne cessèrent de regretter la perte d'une créature dont les charmes leur plaisaient si fort. Le démon même, qui perdait une si belle conquête, fit entendre une voix horrible pour se plaindre du saint évêque, qui, non content de lui avoir ravi trente mille Sarrasins et tous les habitants de la ville d'Héliopolis, convertis par ses prédications, lui enlevait encore Pélagie, qui faisait sa plus grande gloire. Aussi, cet esprit de ténèbres employa-t-il toutes sortes d'artifices pour tâcher de la replonger dans le désordre ; mais, par le signe de la croix que le saint prélat lui avait commandé de faire toutes les fois que cet esprit de ténèbres la tenterait, elle triompha toujours de sa malice.
Trois jours après son baptême, elle donna à saint Nonne tous ses habits précieux, son or, son argent, ses pierreries et tout ce qui avait servi à sa vanité, le priant de les distribuer aux pauvres, aux veuves et aux orphelins, sans en rien réserver pour aucun usage, quelque saint qu'il pût être, afin que le fruit de ses crimes et les richesses d'une pécheresse publique devinssent un trésor de justice, pour réparer le scandale qu'elle avait donné au peuple. Elle affranchit aussi tous ses esclaves de l'un et l'autre sexe, les exhortant à profiter de leur liberté, non pas pour se soumettre à la servitude du péché et de l'iniquité du siècle, mais pour servir Dieu et mener une vie chrétienne. Le huitième jour auquel elle devait quitter la robe blanche dont elle avait été revêtue au baptême, elle prit un rude cilice avec une mauvaise tunique d'homme, et, à l'insu de Romaine, sa maîtresse dans la foi, elle sortit secrètement de la ville d'Antioche et se retira à Jérusalem sur le mont des Oliviers, où elle se bâtit une cellule qui ne recevait la lumière du soleil que par une petite ouverture. Elle y vécut pendant trois ou quatre ans, sous le nom de Pélage, dans les exercices d'une parfaite pénitence. Au bout de ce temps-là, un diacre du bienheureux Nonne, nommé Jacques, vint visiter les saints lieux, et, s'étant informé, selon l'ordre de son évêque, du solitaire Pélage, il y trouva notre pénitente dans cet ermitage. Il ne la reconnut pas, parce qu'elle était tellement exténuée par les austérités, qu'il ne lui restait plus rien de son ancienne beauté. Après
8 OCTOBRE.
lui avoir fait les recommandations du saint prélat, il parcourut tous les monastères de la Palestine, où il ouït parler de Pélage comme d'un prodige de sainteté. Cette haute estime qu'on en avait, lui donna envie de retourner à sa cellule pour avoir la consolation de lui parler encore une fois ; mais il le trouva mort. Il en avertit les solitaires, qui vinrent aussitôt pour lui donner la sépulture. On fut bien étonné d'apprendre que c'était une femme, et le bruit de cette merveille, qui se répandit à l'heure même dans les lieux circonvoisins, attira à ses obsèques un grand nombre de religieux et de vierges des monastères de Jéricho et du Jourdain ; ils vinrent en faire la cérémonie avec des cierges et des lampes allumées, rendant gloire à Dieu d'avoir donné le courage à une femme de faire une si rude pénitence.
On la représente : 1° dans sa solitude, priant devant un crucifix ; 2° recevant les instructions d'un évêque, puis se retirant dans un couvent ; 3° avec des vêtements de femme mondaine, couverte d'étoffes richement brodées ; 4° après sa conversion, revêtue d'un costume noir et d'une gravité toute chrétienne ; ici sa tête est entourée du nimbe, attribut de sa sainteté.
## CULTE ET RELIQUES.
Le culte de sainte Pélagie est devenu célèbre en Orient et en Occident. Les Grecs ont marqué sa fête dans leur ménologe au 8 octobre. Le martyrologe romain et Ussard le mettent au même jour. On prétend que son corps fut apporté en France, plusieurs siècles après sa mort, et déposé dans la royale et célèbre abbaye de Jouarre, au diocèse de Meaux, abbaye dont il ne reste plus que les tours de l'église et l'abbatiale. Mais dans l'ancien cimetière de l'église paroissiale, on voit encore, adossée à une chapelle, une crypte magnifique désignée sous le nom de *Sainte Chapelle de Jouarre*. On descend d'abord cinq marches et l'on se trouve dans un parvis soutenu par des murs en terrasse ; neuf autres marches introduisent dans l'enceinte. La voûte est soutenue par six colonnes corinthiennes, différentes de dessin : deux sont d'albâtre, deux autres de porphyre et deux de jaspe. Ce lieu servit d'église aux premiers chrétiens ; quelques-uns même y souffrirent le martyre. On y voit sept tombeaux : l'un du fondateur de l'abbaye, l'autre de sainte Théodécile, première abbesse ; les autres de plusieurs Saints ; parmi ces derniers se trouvaient sans doute celui de sainte Pélagie. Tous les ans, les populations affluaient aux processions où l'on porte ces chasses vénérées, que les habitants ont pu sauver des outrages de la Révolution.
Cependant nous lisons dans la *Vie des Saints du diocèse de Dijon*, que vers l'an 1463, des reliques de sainte Pélagie, célèbre pénitente d'Antioche, furent apportées de l'Orient, avec des reliques de saint Julien, martyr d'Alexandrie, et de saint Macaire d'Égypte, par les comtes d'Armagne, seigneurs du Mont-Saint-Jean, et déposées dans l'église de ce bourg, au doyenné actuel de Pontily. Conservées avec un soin jaloux et entourées de pieux hommages, elles sont, tous les ans, fêtées par un concours empressé de prêtres et de fidèles.
Voir sa vie écrite par Jacques, diacre d'Héliopolis et rapportée par Sarius ; Balliat ; l'*Histoire de l'Église d'Anton* ; *Vie des Saints de Dijon*, par M. l'abbé Duplus.
Événements marquants
- Célèbre comédienne à Antioche vivant dans le luxe
- Conversion après avoir entendu une exhortation de l'évêque Nonne
- Baptême par l'évêque Nonne et confirmation
- Distribution de ses biens aux pauvres et affranchissement de ses esclaves
- Fuite à Jérusalem déguisée en homme sous le nom de Pélage
- Vie d'anachorète sur le mont des Oliviers
- Découverte de son identité féminine à sa mort
Miracles
- Conversion subite par la grâce divine
- Triomphe des tentations du démon par le signe de la croix
Citations
Au saint disciple de Jésus-Christ, la pécheresse et la disciple du démon.
Lætantur et mundi sunt, qui et præterita plangunt, et fienda iterum non committunt.