Abraham et Sara

Père de la nation juive et père des croyants

Fête : 9 octobre • saint

Résumé

Patriarche originaire d'Ur, Abraham est appelé par Dieu à quitter sa patrie pour devenir le père d'une multitude de nations. Accompagné de son épouse Sara, il traverse l'Orient, vit l'épreuve de la stérilité puis la naissance miraculeuse d'Isaac, et manifeste une foi absolue lors du sacrifice sur le mont Moria. Il est considéré comme le modèle universel de la confiance en la Providence divine.

Biographie

ABRAM OU ABRAHAM D'UR, EN CHALDÉE,

PÈRE DE LA NATION JUIVE, ET SARAÏ OU SARA, SON ÉPOUSE

2366-2191 avant Jésus-Christ.

Justus in sua fide vivet.

Le juste vivra de sa foi.

Hebreus, 11, 4.

Lorsque les races de Sem, Cham et Japhet, fils de Noé, se furent partagé l'univers, et que, se frayant chacun leur route, elles commencèrent à s'égarer dans l'erreur, Dieu choisit le chef futur d'un grand peuple pour en faire aussi le chef et le père des croyants : élection merveilleuse qui avait pour but de rendre la vérité plus stable parmi les hommes et plus manifeste à leurs yeux, en la fixant dans une famille et dans une nation, et en lui donnant une forme et une expression sociales.

Ce privilégié illustre, qui portait l'espoir de l'avenir, se nommait Abram. Il avait épousé Saraï, fille de son frère ; en ces temps primitifs, la parenté ne pouvait pas empêcher toutes les alliances qu'elle empêcherait aujourd'hui : c'est seulement après l'universelle diffusion du genre humain que les chrétiens ont dû élargir le champ de leurs libres affections, afin que l'égoïsme, chassé des consciences par le précepte de la charité, ne vînt pas se réfugier dans les familles sous le voile du mariage. Saraï était aussi appelée Jescha, comme si on avait voulu dire, par ce mot, que sa beauté lui attirait tous les regards, sans doute parce que son âme jetait au dehors cet éclat pudique que l'harmonie des lignes et la pureté des traits ne peuvent ni remplacer ni couvrir.

Saraï, comme Abram, descendait de Sem, qui fut, selon la commune opinion, l'aîné des enfants de Noé. Elle naquit vers 2020, environ huit siècles avant la guerre de Troie, peu de temps avant l'époque où les historiens profanes placent le règne de Sémiramis. Abram et Saraï habitaient la ville d'Ur, en Chaldée. Le pays était dès lors adonné à l'idolâtrie : le feu y recevait un culte. Assurément, de toutes les lettres qui reproduisent le nom de Dieu dans le grand livre de la nature, la lumière des astres et la chaleur du soleil étaient les plus apparentes pour les habitants des vastes plaines qui s'étendent aux bords du Tigre et de l'Euphrate, sous un ciel toujours pur et brûlant. Le temps affaiblissant les souvenirs traditionnels, et l'ardeur des sens troublant la raison, ce qui n'était qu'un signe fut pris pour la réalité vivante, et le Créateur disparut, en quelque sorte, sous la magnificence de son œuvre. On adora le soleil et les astres qui atteignent l'homme de si loin, la lumière et la chaleur, dont il subit l'influence inévitable. Le feu devint l'emblème général de ces divinités imaginaires. Le vrai Dieu voulut donc tirer Abram du milieu de ces erreurs ; il lui dit un jour : « Quitte ton pays, et ta parenté, et la maison de ton père, et viens en la terre que je te montrerai. Je te ferai un grand peuple... Je bénirai qui te bénira, je maudirai qui te maudira, et en toi seront bénies toutes les nations de la terre ». Douces et honorables paroles qui promettaient une gloire et

ABRAM OU ABRAHAM D'UR, ET SARAÏ OU SARA, SON ÉPOUSE. 183

une postérité selon l'esprit plutôt encore qu'une gloire et une postérité selon la chair, et qui venaient à la fois soutenir l'espoir de l'humanité déchue et l'associer au travail de sa propre réhabilitation.

Abram obéit à l'appel d'en haut : il se mit en marche avec Saraï, avec Tharé, son père, et Loth, son neveu. On séjourna quelque temps à Haram, ville de Mésopotamie ; là Tharé mourut. On continua la route vers l'ouest, en passant vers Damas ; s'il en faut croire les vieilles traditions, Abram aurait exercé dans ces lieux une sorte d'autorité royale. Ce qu'il y a de certain, c'est que Damas se trouve sur la ligne que l'on mènerait de la Mésopotamie à la terre de Chanaan, où se rendait le pèlerin de la foi ; c'est que le souvenir du grand patriarche remplit encore aujourd'hui tout l'Orient, et que la commune opinion lui attribue la fondation de Dimschak ou Damas. Quoi qu'il en soit de ces récits, adoptés d'ailleurs par Trogue-Pompée et les divers historiens de Syrie, Abram poursuivit son voyage et arriva au sein d'une large vallée où fut bâtie ensuite Sichem, qui est devenue un faubourg de la ville actuelle de Naplouse : terre maintenant inculte, mais toujours féconde, suave et douce comme l'éternelle jeunesse de sa verdure, mélancolique comme ses longs horizons et comme ses ruines.

Il y a des hommes qui semblent résumer dans leurs destinées personnelles le sort de tout un peuple, ou bien quelqu'une des faces de la vie générale du monde. Semblable aux générations humaines, que le temps précipite, le long de ces rives changeantes, vers un avenir mystérieux, aïeul de l'Arabe vagabond et du Juif qui traîne sous tous les soleils son espérance indéfinie, Abram passait véritablement sur terre en voyageur. La tente qu'il avait plantée la veille, il la pliait le lendemain, comme un exilé qui n'a pas de séjour permanent et qui cherche une patrie. Des campagnes de Sichem, il descendit vers le sud de la Palestine, et bientôt même vers l'Égypte, à cause de la famine qui désolait le pays de Chanaan. Saraï, bien qu'elle ne fût plus jeune, n'avait pas encore reçu dans sa beauté les atteintes du temps, soit privilège accordé à une existence pleine de merveilles, soit vigueur naturelle du corps dans ces âges primitifs où la vie plus longue avait sans doute une fleur moins rapide. L'hospitalité fraternelle où les anciens peuples vivaient, comme dans une douce et favorable atmosphère, pouvait-elle donc assez défendre Saraï contre les insultes d'un peuple étranger ? Abram ne le crut pas : « Je sais que tu es belle », lui dit-il avec simplicité, « et que les Égyptiens diront en te voyant : « Elle est « sa femme », et ils me tueront pour t'avoir. Fais donc connaître, je t'en prie, que tu es ma sœur, afin qu'on me traite bien à cause de toi, et qu'on me laisse la vie sauve en ta considération ». En effet, on ne tue pas un homme pour avoir sa sœur, tandis que le faire périr est souvent la seule ressource pour lui ravir sa femme.

A peine le voyageur avait-il franchi la frontière d'Égypte, que déjà le roi était informé de la beauté de Saraï ; la race des courtisans a toujours été savante et prompte à subodorer et à découvrir ce qui peut flatter les passions du maître. Saraï se vit enlevée et conduite au palais. À cause d'elle, Abram fut traité avec égard ; on lui offrit en présent ce qui faisait la richesse des siècles primitifs et des peuples pasteurs, de grands troupeaux de bœufs et de brebis, d'ânes et de chameaux, une foule de serviteurs et de servantes. Cependant des châtiments extraordinaires atteignirent le prince et sa maison. Éclairé, par suite de ces coups d'en haut, sur la vérité des faits qu'on lui avait laissé ignorer, il respecta Saraï, âme droite et pure, qui

9 OCTOBRE.

s'était confiée avec ingénuité à la Providence et que la Providence n'abandonnait pas. Pharaon fit venir Abram : « De quelle sorte m'as-tu traité ? » dit-il. « Pourquoi ne m'avoir pas averti que c'était ta femme ? D'où vient que tu l'as nommée ta sœur, m'exposant à la prendre pour épouse ? » Puis il donna ordre à ses gens de veiller à ce que l'étranger ne souffrît aucun mal en quittant l'Égypte, et il remit Saraï entre ses mains.

A quelque temps de là, lorsque Saraï suivit Abram au pays de Gérare, dans l'Arabie Pétrée, le même incident survint avec des circonstances à peu près semblables : Saraï fut miraculeusement protégée contre Abimélech : c'était le nom commun des chefs de la contrée, de même que le nom de Pharaon était commun aux rois qui gouvernaient l'Égypte.

Cependant Abram quitta l'Égypte avec Saraï et tout ce qu'il possédait, et il rentra dans la Palestine. Loth, de son côté, avait de grands biens aussi. Il leur fallait, à tous deux, une vaste étendue de pays, de peur que leurs troupeaux ne vinssent à manquer de pâturages et leurs gens à se prendre de querelle. On se sépara : Loth choisit la partie orientale de la contrée et se fixa sur les bords du Jourdain, qui arrosait les plaines alors riantes et fertiles de Sodome et de Gomorrhe ; Abram se retira vers l'Occident et habita la vallée de Mambre, qui est restée si célèbre. Peu de temps après, des troupes venues, comme on le croit, de l'empire d'Assyrie, et renforcées par quelques petits princes du voisinage, essayèrent de soumettre définitivement les rois de la Pentapole, qui se lassaient d'une domination étrangère et refusaient un tribut toujours payé depuis douze ans. La Pentapole était cette région occupée alors par les villes de Sodome, Gomorrhe, Adama, Séboïm et Bala, nommée aussi Ségor, et où s'étendent aujourd'hui les flots muets et pesants de la mer Morte. Les rois chananéens furent battus et leurs biens livrés au pillage ; Loth, qui demeurait parmi eux et leur avait porté secours, devint, avec toutes ses richesses, la proie des vainqueurs. Abram fut rapidement informé de ce désastre ; il ramassa en toute hâte les plus braves de ses gens, et, soutenu par quelques alliés qu'il avait dans le pays, il tomba, pendant la nuit, sur les troupes assyriennes, les mit en déroute, et ramena Loth et les captifs avec tout le butin. C'est au retour de cette expédition qu'il fut salué et béni par Melchisédech, roi de la ville qui se nomma plus tard Jérusalem, et prêtre du Très-Haut, figure d'un autre pontife et d'un autre monarque qui a purifié le monde par l'effusion de son propre sang, et établi son règne sur les esprits et les cœurs, et qui, l'Évangile à la main, est venu au-devant de l'humanité pour l'aider dans cette course souffrante et ce combat laborieux qu'on nomme la vie.

Abram avait reçu la promesse et nourrissait l'espoir d'une postérité illustre, et toutefois la vieillesse arrivait sans lui amener d'enfants. « Lève les yeux au ciel », lui dit le Seigneur, « et compte, si tu le peux, les étoiles. Ainsi sera ta race ». Le patriarche n'eut pas moins foi en la parole divine que le jour où il avait quitté, sur un ordre d'en haut, les champs de la Chaldée. Saraï, qui déplorait sa longue stérilité, n'imagina pas qu'elle dût jamais partager avec Abram le privilège et la joie de revivre dans des fils ; elle lui conseilla donc d'épouser Agar, sa servante, selon l'usage de ces siècles, où la polygamie était tolérée. Elle voulait se consoler ainsi par une maternité d'emprunt ; mais elle y trouva, au contraire, une source de vifs chagrins : des rivalités éclatèrent entre les deux épouses. Peut-être la triste Saraï, ne sachant pas se résigner avec assez de courage, fut-elle sévère et exigeante, comme la plupart de ceux que le malheur atteint ; peut-être aussi Agar, oubliant sa condition, se montra-t-elle imprudente et trop fière

ABRAM OU ABRAHAM D'UR, ET SARAÏ OU SARA, SON ÉPOUSE. 183

de sa fortune, car elle allait avoir un fils. Bientôt, en effet, elle donna le jour à Ismaël, le dur aïeul du peuple arabe.

Mais Ismaël n'était pas l'enfant de la promesse. Un jour donc, le Seigneur apparut à Abram, et lui dit : « Je suis le Dieu tout-puissant ; marche en ma présence et sois parfait. Je contracterai alliance avec toi et te multiplierai jusqu'à l'infini... Je te rendrai chef de plusieurs nations, et des rois naîtront de ton sang. Mon pacte avec toi et avec ta race, dans la suite des générations, restera toujours durable, et je serai ton Dieu et le Dieu de ta postérité. À toi et à tes descendants, je donnerai en héritage éternel la terre où tu passes en voyageur, tout le pays de Chanaan... »

Une alliance fut contractée. Abram jura, pour lui et sa race, de fuir l'idolâtrie et d'obéir à Dieu avec une inviolable sincérité ; il tint son serment, mais sa race, à la tête indocile et au cœur déréglé, fut souvent rappelée en vain à l'accomplissement de ses obligations. Dieu s'engagea, de son côté, à donner au vieil Abram de nombreux descendants, prémices et symboles de ces générations croyantes qui devaient briller, un jour, au firmament de l'Église, comme les étoiles dans l'azur des cieux. Pour ajouter à sa parole une sanction expresse et laisser un monument indestructible de ces faits, Dieu changea le nom d'Abram, qui veut dire père élevé, en celui d'Abraham, père des multitudes, et le nom de Saraï, qui signifie ma princesse, en celui de Sara, la princesse par excellence, parce qu'elle devait être la mère de plusieurs peuples. « Car je la bénirai », continua le Seigneur, « et tu auras d'elle un fils que je bénirai aussi ; il sera chef des nations, et des princes sortiront de lui ». Les noms d'Abraham et de Sara, ainsi modifiés, portaient des espérances qui soutinrent la Synagogue durant vingt siècles, et qui charment encore tout Israël dispersé ; aujourd'hui que nous avons recueilli dans la foi les bénédictions qu'ils exprimaient prophétiquement, ils résonnent avec douceur à toute oreille chrétienne, et jusqu'à l'éternité ils seront sur les lèvres du genre humain.

Étonné d'entendre de si grandes choses, Abraham se prosterna la face contre terre, il sourit dans sa joie naïve, et dit au fond de son cœur : « Un centenaire aura-t-il donc un fils, et Sara va-t-elle enfanter à quatre-vingt-dix ans ? Puisse seulement Ismaël vivre à nos yeux ! » ajouta-t-il en s'adressant au Seigneur. Son sourire ne venait pas de l'incrédulité ; c'était plutôt un tressaillement de reconnaissance et de respect ; car il savait bien que Dieu peut faire fleurir le désert et donner quelques rayons de plus à un soleil d'automne. Aussi, loin de le reprendre comme d'un doute, Dieu lui dit : « Un fils te viendra de Sara, ta femme, et tu l'appelleras Isaac ; je ferai alliance avec lui et ses descendants pour l'éternité. J'ai aussi exaucé tes vœux pour Ismaël ; je le bénirai et lui donnerai de croître et de multiplier à l'infini ; il sera père de douze princes et chef d'un grand peuple. Mais mon pacte n'aura lieu qu'en faveur d'Isaac, que Sara doit enfanter dans un an, à pareille époque ». Alors la voix qui disait ces mots s'arrêta, et la vision s'évanouit.

Peu de temps après, par la plus grande chaleur du jour, Abraham était assis à l'entrée de sa tente, dans la vallée de Mambre. Tout à coup il leva les yeux du côté du chemin et aperçut trois hommes qui approchaient. Il courut à leur rencontre et se prosterna devant eux jusqu'à terre, selon l'antique et orientale manière de saluer. « Seigneurs », dit-il, « si j'ai trouvé grâce devant vous, recevez l'accueil de votre serviteur. J'apporterai un peu d'eau pour laver vos pieds, et vous prendrez quelque repos sous cet arbre. Je vous servirai un peu de pain pour vous fortifier, et vous continuerez ensuite

9 OCTOBRE.

votre route ». On sait avec quelle religion l'hospitalité fut pratiquée chez les anciens, et surtout en Orient, et quels rapports intimes et sacrés elle établissait entre les hommes. Les plus humbles soins étaient généreusement accordés au voyageur ; son nom même ne lui était demandé qu'après le premier repas ; à son départ, il recevait et donnait quelques présents comme témoignage d'indissoluble amitié : heureuses coutumes qui assuraient partout à l'étranger un pain presque aussi doux que le pain du foyer domestique, et qui lui faisaient trouver dans ses hôtes des frères et des sœurs, chère image de sa famille absente !

Les pèlerins mystérieux se rendirent à l'invitation d'Abraham. Le patriarche entra dans sa tente et dit à Sara : « Pétris à la hâte trois mesures de farine, et fais cuire des pains sous la cendre ». Il courut lui-même à son troupeau pour choisir ce qu'il avait de meilleur. Les délicatesses de la table étaient alors ignorées ; on ne s'appliquait pas à irriter l'appétit par la diversité des aliments et par le luxe des apprêts. Une viande commune, abondante, mais non pas variée, du lait et du beurre : tels furent les mets offerts aux hôtes de Mambre. Ce serait bien simple pour une époque de raffinement, où le prix des choses se mesure surtout à leur rareté ; mais ce fut un festin magnifique en ces temps de vie modérée et frugale, où l'homme n'avait pas encore soumis la faim même aux artifices de la civilisation. Les voyageurs prirent leur repas sous l'ombrage ; Abraham se tenait debout, prêt à les servir au besoin.

Ce n'étaient pas des hommes que ces étrangers assis à la table d'Abraham : c'étaient des formes humaines habitées, pour un moment, par des esprits célestes. Ils lui demandèrent où était Sara ; peut-être les mœurs du peuple et du pays interdisaient à Sara de se tenir en présence des étrangers, peut-être aussi les soins de l'hospitalité l'appelaient ailleurs. Elle était peu éloignée, du reste, et les paroles de la conversation pouvaient arriver jusqu'à son oreille. « Sara est dans sa tente », répondit Abraham. « Dans un an, à pareille époque », ajouta l'un des augustes pèlerins, « je reviendrai te visiter, vous serez tous deux en vie, et Sara, ta femme, aura un fils ». Sara entendit ces mots, et, songeant à son grand âge, elle sourit en secret ; car, séparée des voyageurs par la porte de la tente, elle ne pouvait en être aperçue. Mais l'un d'eux, s'adressant à Abraham : « Pourquoi Sara a-t-elle ri en disant : Aurai-je donc un fils à mon âge ? Y a-t-il rien de difficile à Dieu ? Je reviendrai dans un an, à pareille époque ; vous serez tous deux en vie, et ta femme aura un fils ». Sara, tout effrayée de la réprimande : « Je n'ai pas ri », dit-elle. « Non pas », reprit l'interlocuteur, « vous avez ri ». Sara regardait sans doute ses hôtes comme de simples hommes, et son sourire n'eut rien d'impie ; mais elle eut tort de mentir, parce qu'on ne doit jamais renier la vérité, lors même qu'elle paraît à craindre.

Les anges se levèrent pour continuer leur voyage : Abraham voulut les reconduire, et marcha quelque temps avec eux. On se dirigeait vers la ville de Sodome. C'est en cette rencontre que le patriarche fut instruit à l'avance du châtiment préparé aux habitants corrompus de la Pentapole, et qu'il soutint avec son céleste interlocuteur ce dialogue d'une familiarité sublime, où se révèle tout ce que la Providence met de paternelle tendresse dans le gouvernement du monde, et tout ce que les hommes peuvent mettre de filiale confiance en Dieu. Quand donc le Seigneur eut prononcé sa menace : « S'il se trouve cinquante justes dans la ville », dit Abraham, « périront-ils également ? » — « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d'eux, je l'épargnerai ». — « J'ai commencé, je parlerai de nou-

ABRAM OU ABRAHAM D'UR, ET SARAÏ OU SARA, SON ÉPOUSE. 187

veau, bien que je sois cendre et poussière. Qu'arrivera-t-il s'il y a quarante-cinq justes ? » — « Je ne détruirai pas la ville » — « Et s'il y en a quarante ? » — « Je ne frapperai pas » — « Et trente ? » — « Je m'arrêterai » — « Et vingt ? » — « Je ne perdrai point Sodome » — « Et dix ? » — « Je pardonnerai ». Abraham garda le silence, la vision disparut, et il revint à Mambré.

Le soir, deux des voyageurs arrivèrent à Sodome. Ils purent se convaincre que l'iniquité y était portée à son comble ; Loth, qui leur offrait sa maison et voulait les protéger, eut peine à échapper aux plus graves insultes. Ils l'invitèrent à quitter ce lieu infâme, et, comme il hésitait, ils l'emmenèrent, le lendemain matin, avec sa femme et ses filles. Au lever du soleil, Loth entrait à Ségor. En ce moment, une effroyable pluie de soufre et de feu bondit sur les villes réprouvées. Le sol, qui est bitumineux, s'enflamma sans doute, après s'être déchiré et entr'ouvert sous les coups de la foudre et dans des ébranlements intérieurs. Tout fut envahi et dévoré par l'incendie. Au souvenir des malédictions données à la Pentapole, Abraham était revenu à l'endroit même où, la veille, il avait laissé ses hôtes. De là, il vit s'abîmer Sodome, Gomorrhe, Adama, Séboïm et le pays d'alentour ; des cendres embrasées s'élevaient de terre comme la fumée d'une fournaise ardente. Depuis ce jour, la vie n'est pas retournée en ces lieux, et elle ne peut y prendre racine. Sur la vallée autrefois couverte des îlots de tout un peuple, un grand lac étend ses eaux assoupies, qui s'éveillent à peine dans les tempêtes. On dit que les poissons ne l'habitent pas, et que les oiseaux ne volent jamais au-dessus. Du sel semé sur la grève, plus loin des sables mouvants, çà et là quelques plantes qui croissent lentement et comme à regret, le sol sans verdure, l'air sans fraîcheur, la vallée sans bruit ; tout présente la triste image de la mort.

Les jours prédits par le Seigneur étaient arrivés, et celui qui renouvelle la jeunesse de l'aigle réjouit enfin la vieillesse de Sara en lui envoyant un fils. L'enfant reçut le nom d'Isaac, selon l'ordre reçu du ciel, et pour rappeler que son père avait souri à la promesse d'une postérité sur laquelle, depuis longtemps, il ne comptait plus. Sara, faisant allusion à ce nom mystérieux : « Dieu m'a donné le sourire de joie », dit-elle, « et tout le monde, en l'apprenant, me sourira ». Et, en effet, tous les siècles chrétiens ont honoré, dans cet enfant qui vint mettre un terme aux longues désolations de Sara, la figure prophétique de cet autre Isaac qui, après quatre mille ans d'attente, apparut au milieu des nations frappées de stérilité pour la vérité et la vertu, et fit luire à leurs yeux l'Évangile comme un rayon de lumière et comme un sourire de charité.

Sara nourrit elle-même Isaac, comme font toutes les mères qui savent que la souffrance est un doux mystère où se fortifie la tendresse, et qu'en puisant la vie si près du cœur maternel, les enfants y trouvent sans doute quelque chose de plus généreux et de plus pur. Du reste, c'était la coutume des siècles primitifs, parce que c'était l'ordre de la nature. Le temps de sevrer Isaac étant venu, il y eut un grand festin à Mambré ; car, autrefois, on ne célébrait la naissance d'un homme que lorsqu'il avait échappé aux premiers périls de l'existence, et qu'il pouvait déjà supporter des aliments solides et paraître en convive à la fête que la famille lui donnait.

Ismaël, fils d'Agar, avait environ quatorze ans de plus qu'Isaac, et il abusait envers lui de sa supériorité d'âge et de force. Le cœur de Sara souffrait beaucoup de ces mauvais traitements ; craignant pour Isaac les suites de ces antipathies naissantes, elle obtint le renvoi d'Agar et d'Ismaël. Les

9 OCTOBRE.

proscrits se réfugièrent dans l'Arabie Pétrée. Abraham, de son côté, trouva l'occasion de s'affermir dans la Palestine, en faisant alliance avec un prince du voisinage nommé Abimélech, peut-être le même qui lui avait donné l'hospitalité à Gérare. Abimélech vint un jour solliciter l'amitié du patriarche : « Dieu », dit-il, « est avec toi dans tout ce que tu entreprends. Jure donc, au nom de Dieu, que tu ne feras jamais de mal ni à moi, ni à mes enfants, ni à ma race, mais que la bonté que j'ai eue pour toi, tu l'auras pour moi et pour le pays où tu habites comme étranger ». Abraham y consentit, mais après s'être plaint des violences exercées contre ses gens par les gens d'Abimélech : il s'agissait d'un puits dont on l'avait injustement dépouillé. C'était un légitime et grave sujet de mécontentement dans un pays riche en troupeaux, mais où les rivières et la pluie sont rares. Abimélech protesta qu'il n'avait jamais ouï parler de cette injustice : ainsi la difficulté fut levée sans peine. On se promit donc une amitié mutuelle, qui fut scellée, selon l'usage antique, par le sang des animaux égorgés : le lieu où fut conclue cette alliance prit le nom de Bersabée, c'est-à-dire puits du serment. Abraham y planta un bois et y dressa un autel au Seigneur ; car alors il n'existait qu'un temple qui avait le firmament pour dôme, le soleil pour luminaire, et la cime des montagnes pour autel ; Dieu se l'était bâti de sa propre main.

Toute vie a ses épreuves, et nos plus chères affections deviennent souvent nos plus durs chagrins ; mais aussi toute épreuve a son but, et la souffrance est un élément de gloire. Le fils unique et bien-aimé de Sara faillit lui être enlevé d'une manière inattendue et tragique : une voix connue, la voix du Seigneur, demanda qu'il fût sacrifié. N'était-ce pas cruel et déraisonnable de mettre à mort un fils si longtemps désiré, et sur qui reposait l'espoir d'une postérité nombreuse ? Un homme sans foi l'eût pensé ; mais le croyant patriarche savait que Dieu, souverain arbitre de la vie humaine, peut en marquer le terme, comme il en a marqué le commencement, et la faire cesser par le moyen qu'il lui plaît ; il savait aussi que Dieu règne sur la mort non moins que sur la vieillesse, et retire, à son gré, des cendres éteintes du sépulcre la fleur d'une jeune vie, comme il couronne la femme stérile des honneurs de la maternité. Sara fut-elle immédiatement informée de ce qui allait advenir, ou bien Abraham voulut-il lui épargner le spectacle d'un drame si affreux pour un cœur de mère ? C'est probablement cette dernière conclusion qu'il faut tirer du silence des Écritures ; qui doute, en effet, que, prévenu de l'événement funèbre qui devait clore les destinées d'Isaac, Sara ne lui eût donné un de ces baisers éclatants que les mères attachent aux lèvres de leurs fils au moment d'un suprême adieu, et qui retentissent jusque dans la postérité la plus reculée ?

Quoi qu'il en soit, Abraham se prépara courageusement à exécuter l'ordre qu'il avait reçu. Il prit Isaac avec deux jeunes serviteurs, et s'achemina vers le lieu du sacrifice : c'était, au dire de quelques-uns, la montagne de Moria, où s'éleva plus tard le temple de Salomon ; d'autres pensent que c'était le Calvaire, où Jésus-Christ livra sa vie. Merveilleuse correspondance des figures qui prophétisent avec tant de précision, et de la réalité qui vient tout accomplir avec tant de plénitude ! De Bersabée, où demeurait Abraham, à Jérusalem, où il allait, on compte environ vingt lieues ; il y parvint après deux jours de marche. Sur l'ordre de leur maître, les deux serviteurs s'arrêtèrent ; Abraham, tenant le fer qui devait frapper la victime et le feu qui devait la consumer, Isaac, chargé du bois nécessaire au sacrifice, gravirent ensemble la colline désignée par le ciel. Cependant Isaac disait à son

ABRAM OU ABRAHAM D'UR, ET SARAÏ OU SARA, SON ÉPOUSE. 189

père : « Voici le bois et le feu ; mais où est la victime pour l'holocauste ? » — « Mon fils », répondit Abraham, « Dieu lui-même se pourvoira d'une victime pour l'holocauste ». On atteignit enfin la cime de la montagne ; des pierres furent disposées en autel ; le bois y fut placé ; Isaac, car c'était la victime, se laissa docilement lier sur le bûcher funèbre. Le père avait saisi le glaive, il étendait la main, lorsqu'une voix lui cria d'en haut : « Abraham ! Abraham ! » Le coup resta suspendu, et la voix reprit : « N'étends pas la main sur le jeune homme, et ne lui fais aucun mal. Je sais que tu crains Dieu, puisque, pour m'obéir, tu n'as point épargné ton fils unique... Je te bénirai, je multiplierai ta race comme les étoiles du ciel et comme le sable des bords de la mer, et tes fils posséderont les villes de leurs ennemis. Et en ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre, parce que tu m'as obéi ». Abraham aperçut un bélier dont les cornes s'étaient embarrassées dans un buisson ; il le prit pour l'offrir en holocauste à la place de son fils. Puis il revint à Bersabée. C'est ainsi que les oracles divins, fréquemment réitérés, marquaient d'une manière décisive la dynastie du Libérateur annoncé pour la première fois aux exilés d'Eden, promis ensuite à la race d'Abraham, salué de loin par la Judée croyante, attendu par l'Orient fidèle aux traditions, par la Grèce amie de la science, et par tous les peuples que les passions avaient divisés, mais qu'une force intime retenait dans de communes espérances. C'est encore ainsi que l'offrande d'Isaac immolé d'intention, et l'offrande des victimes immolées réellement dans les religions antiques, furent les ombres et les symboles d'un sacrifice meilleur, qui s'accomplit il y a dix-huit siècles, et qui, se renouvelant chaque jour à nos yeux, couvre le monde entier d'un immense pardon.

On ne sait rien des dernières années de Sara. Elle mourut fort avancée en âge, dans la petite ville de Cariath-Arbé, que les Israélites nommèrent Hébron, lorsqu'ils eurent conquis la terre de Chanaan.

Le vieux patriarche, en perdant Sara, répandit des larmes, et, selon la coutume qu'on suivait en de semblables deuils, il resta quelque temps assis à terre auprès du cadavre. Ce devoir rempli, il alla trouver les habitants de la ville et leur dit : « Je suis étranger et voyageur parmi vous ; donnez-moi le droit de sépulture ici, afin que j'enterre celle qui m'est morte ». La piété envers les morts est de tous les siècles, comme la certitude d'une autre vie. La demande d'Abraham fut accueillie avec faveur ; on lui accorda même de choisir entre les plus beaux sépulcres pour y enterrer Sara. Mais les tombeaux deviennent une chose sacrée par la présence des cendres chéries ; les anciens n'auraient pas vu sans scandale qu'on les laissait passer en d'autres mains, et ils se consolaient, d'ailleurs, par l'espoir de reposer un jour à côté de leurs aïeux. Abraham voulait donc que le sépulcre lui fût acquis par un droit réel et permanent. « Si vous le trouvez convenable », dit-il aux habitants d'Arbé, « soyez mes intercesseurs auprès d'Ephron, fils de Séor, afin qu'il me donne la caverne de Macphéla, qu'il possède à l'extrémité de son champ, et que, devant vous, il me la cède en toute propriété pour le prix qu'elle vaut ». — « Non pas ainsi, Seigneur », répondit généreusement Ephron ; « mais écoute ce que je vais te dire. Je t'abandonne, en présence des fils de mon peuple, le champ et la caverne qui s'y trouve. Enterres-y elle que tu as perdue ». Abraham témoigna sa reconnaissance ; mais en même temps il insista pour obtenir, au lieu d'une concession gratuite, un véritable contrat de vente. Ephron se vit obligé de mettre fin au débat. « La terre que tu demandes », dit-il, « vaut quatre cents sicles d'argent ; ce prix nous convient à tous deux. Mais qu'importe ? » Alors Abraham fit

9 OCTOBRE.

peser, aux yeux de la foule réunie, la quantité d'argent indiquée (à peu près sept cent cinquante francs, si on s'en rapporte aux savants qui ont écrit sur la valeur comparative des monnaies anciennes et modernes). À ce prix, le champ d'Ephron, la caverne qui s'y trouvait et les arbres environnants, passèrent en la possession d'Abraham, et les habitants de la ville furent témoins et garants du traité conclu. Telle était la manière primitive de faire et d'assurer les transactions.

Abraham plaça donc les restes de Sara dans la caverne qu'il venait d'acheter, au midi, et non loin de la ville, qui, plus tard, fut appelée Hébron (tribu de Juda); quelques années après, il y trouva lui-même un lieu de repos pour ses cendres, en attendant la Résurrection.

Le sacrifice d'Abraham était la figure du sacrifice de la Croix : Isaac représentait le Sauveur, et le bélier, pris par les cornes dans le buisson, était l'image de Notre-Seigneur couronné d'épines. Représentée dans les catacombes et dans les lieux de réunions chrétiennes en général, cette histoire avait pour but d'inspirer aux fidèles la résignation dans la persécution, le courage dans le martyre, et, de plus, l'amour et la reconnaissance envers l'Agneau de Dieu immolé pour le salut des hommes.

Une belle fresque représente la première scène du drame, Abraham montrant du doigt le feu allumé sur un petit autel, et de l'autre côté, Isaac portant le bois du sacrifice. Voici le type ordinaire de la seconde et principale scène : Isaac est agenouillé, tantôt sur un autel ou au pied de l'autel quand le feu y est allumé, tantôt sur un monceau de bois, conformément au récit de la Genèse, tantôt sur la terre nue, tantôt sur un rocher brut. L'autel se compose quelquefois de deux pierres debout et d'une troisième placée en travers, comme quelques autels chrétiens primitifs. Les artistes l'ont figuré le plus souvent sous la forme des autels profanes, avec la patère (espèce de soucoupe destinée à recevoir le sang des victimes) et le sympulum (vase des libations), sculptés sur les flancs.

Isaac est ordinairement vêtu d'une tunique simple et il a les mains liées derrière le dos. Abraham tient une main sur la tête de son fils, et de l'autre élève le glaive prêt à le frapper. Son regard se porte en arrière sur une main sortant d'un nuage, laquelle, dans les monuments chrétiens en général, est le signe de l'intervention de Dieu le Père et de sa Providence, et, dans le sujet qui nous occupe, présente la main de l'ange arrêtant le bras du père des croyants. Abraham n'a quelquefois pour vêtement qu'une tunique, libre ou ceinte, très-courte ou descendant jusque sur les pieds ; mais on le trouve le plus souvent drapé dans le pallium.

Sara est honorée comme la mère spirituelle de tous les croyants, à raison de sa confiance en Dieu et de son ferme courage à s'exiler de sa patrie et à parcourir une terre étrangère sur la foi d'Abraham et par sentiment de religion. Elle est honorée aussi comme une figure mystérieuse soit de la Vierge Marie, qui donna le jour au véritable Isaac, soit de l'Église chrétienne, dont les enfants égalent en nombre les étoiles du firmament. Femme véritablement forte, qui porta sans fléchir le poids des tribulations ; épouse incorruptible, qui n'avait besoin que de son propre cœur pour se trouver au-dessus des périls où la force des circonstances la jeta deux fois ; noble tige d'un grand peuple, qui, depuis quatre mille ans, se perpétue sans se confondre avec les autres nations du globe : telle fut Sara. Plusieurs traits de sa vie ont tenté le crayon ou le pinceau de maîtres illustres :

ABRAM OU ABRAHAM D'UR, ET SARAÏ OU SARA, SON ÉPOUSE. 491

Benedetto Castiglione a peint quelques-uns des voyages qu'elle fit avec Abraham ; d'autres l'ont représentée au moment où elle rit des promesses de prochaine maternité apportées par les anges. Ce dernier sujet fut traité par Raphaël d'abord dans les Loges du Vatican, puis dans une autre composition où l'incrédulité de Sara est bien plus fortement accusée. Sébastien Bourdon, de l'école française, a trouvé dans ce même sujet la matière d'un tableau remarquable, qui ouvre sa belle série des Œuvres de Miséricorde.

## CULTE ET RELIQUES. — MONUMENTS.

La description la plus complète que nous connaissions d'Hébron, lieu de la sépulture d'Abraham et de Sara, est celle que nous donne Mgr Mislin.

« Les Arabes appellent Hébron El-Khalil, ville de l'ami de Dieu. La ville actuelle est divisée en trois parties ; celle du milieu est la plus considérable. Elle s'élève en amphithéâtre sur la colline ; elle n'est pas entourée de murailles ; elle a quatre cents maisons et environ cinq mille habitants, tous musulmans, à l'exception de quatre cents Israélites établis dans le bas de la ville. Son altitude est de deux mille huit cent quarante-deux pieds ; elle dépasse de deux cent soixante-trois pieds celle de Jérusalem. L'église de Saint-Abraham est convertie en mosquée, et les musulmans l'appellent : Medjid-el-Khalil ; il est interdit aux chrétiens d'y pénétrer. Nous en avons une description que nous devons à Aly-Bey.

« La sépulture d'Abraham et de sa famille », dit-il, « est dans un temple qui était jadis une église grecque. Pour y arriver, on monte un large et bel escalier, qui conduit à une longue galerie d'où l'on entre dans une petite cour ; vers la gauche, est un portique appuyé sur des piliers carrés. Le vestibule du temple a deux chambres ; l'une à droite qui contient le sépulcre d'Abraham, et l'autre à gauche qui contient celui de Sara. Dans le corps de l'église, qui est gothique, entre deux gros piliers à droite, on aperçoit une maisonnette isolée, dans laquelle est le sépulcre d'Isaac ; et dans une autre maisonnette pareille, sur la gauche, celui de sa femme Rébecca. Cette église, convertie en mosquée, a son quéhâreb ou tribune pour les prébicateurs des vendredis, et une autre tribune pour les moûdens ou chanteurs. De l'autre côté de la cour est un autre vestibule qui a également une chambre de chaque côté. Dans celle de gauche est le sépulcre de Jacob, et dans celle de droite celui de sa femme (sans doute Lis).

« À l'extrémité du portique du temple, sur la droite, une porte conduit à une espèce de longue galerie qui sert encore de mosquée. Tous les sépulcres des patriarches sont couverts de riches tapis de soie verte, magnifiquement brodés en or ; ceux de leurs femmes sont rouges, également brodés. Les suhans de Constantinople fournissent ces tapis, qu'on renouvelle de temps en temps. J'en comptai neuf l'un sur l'autre, au sépulcre d'Abraham. Les chambres où sont les tombeaux sont aussi couverts de riches tapis. L'entrée en est défendue par des grilles en fer et des portes en bois plaquées en argent, avec des serrures et des cadenas de même métal. Pour le service du temple on compte plus de cent employés et domestiques.

« Tout le monument paraît avoir cent cinquante pieds de longueur, sur quatre-vingts de largeur ; la mosquée a une seconde enceinte de murs élevés, flanqués d'anciennes tours qui tombent en ruines ».

« En sortant de la ville d'Hébron », ajoute Mgr Mislin, « en allant vers le sud, on trouve dans la vallée trois ponts qui portent les noms d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Plusieurs femmes y puisent une eau claire et abondante ; je m'approchai pour en boire ; une jeune fille vint à ma rencontre, et, comme une autre Rébecca, elle posa promptement sur son bras le vase en terre qu'elle portait sur sa tête, et me donna à boire ».

Le lieu où Abraham reçut les trois anges, c'est-à-dire le chêne de Mambré, fut honoré par les chrétiens et même par les Juifs et les païens. On a bâti une chapelle sur le mont Moriah, qui fait partie de celui de Sion ou du Calvaire, parce que la tradition disait que c'était là qu'Abraham avait voulu sacrifier son fils.

« Le térébinthe sous lequel Abraham reçut les trois anges », dit de Calmet, « est très-fameux dans l'antiquité ». Josèphe, dans son ouvrage de la Guerre des Juifs, affirme qu'on montrait, à quelques stades d'Hébron, un fort grand térébinthe que les peuples du pays croyaient aussi ancien que le monde. Eusèbe assure qu'on voyait encore de son temps le térébinthe d'Abraham, et que les peuples des environs, chrétiens ou gentils, l'avaient en singulière vénération, tant à cause de la personne du patriarche qu'à cause de ceux qu'il y reçut. Eusèbe, saint Jérôme, Suxomène ont parlé de ce térébinthe. Il n'est pas étonnant que quelques récits fabuleux se soient rattachés à ces lieux devenus si célèbres et où passèrent successivement tant de nations ; mais ces nations se sont toutes accordées dans la vénération pour Abraham et dans la pieuse coutume de visiter les tombeaux et les vestiges des saints patriarches. Qu'importe, par exemple, au savant qui veut se rendre

9 OCTOBRE.

compte de la réalité de l'histoire d'Abraham, que le térébinthe, dont on parle ici, soit identiquement le même que celui qui abrita ce patriarche, ou bien qu'un autre de la même famille et du même lieu ait succédé à son père ? Le fait essentiel est la fixation de l'emplacement par une tradition ininterrompue et le respect universel de tout l'Orient pour Abraham.

« Le chêne qu'on voit aujourd'hui », dit Mgr Mislin, « est à deux milles d'Hébron. Il est à l'extrémité de la vallée de Mambré, où il y a une source et des ruisseaux ; ainsi on ne peut guère douter qu'il ne soit vers le lieu où étaient l'ancien chêne et la tente d'Abraham ; mais ce n'est plus le même arbre, car il ne ressemble plus à la description des anciens auteurs. Saint Jérôme, en parlant de sainte Paule, dit qu'elle a vu les restes de ce chêne de Mambré, tandis que celui-ci est un des plus beaux arbres que j'aie vu, et qu'il est dans un parfait état de conservation. Il a plus de trente pieds de circonférence à la hauteur de huit pieds.

Extrait des Femmes de la Bible, par feu Mgr Darboy ; du Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, par M. l'abbé Martigny ; et de la Bible sous la Bible, par M. l'abbé Gainet.

Événements marquants

  • Départ d'Ur en Chaldée sur l'ordre de Dieu
  • Séjour à Haram en Mésopotamie
  • Arrivée en terre de Chanaan (Sichem)
  • Séjour en Égypte et rencontre avec Pharaon
  • Alliance avec Dieu et changement de nom
  • Hospitalité aux trois anges au chêne de Mambré
  • Destruction de Sodome et Gomorrhe
  • Naissance d'Isaac
  • Sacrifice d'Isaac (interrompu par l'ange)
  • Achat de la caverne de Macphéla pour la sépulture de Sara

Miracles

  • Maternité de Sara à quatre-vingt-dix ans
  • Protection de Sara chez Pharaon et Abimélech
  • Apparition des trois anges à Mambré

Citations

Justus in sua fide vivet.

— Habacuc 2, 4 / Hébreux 11, 4

Quitte ton pays, et ta parenté, et la maison de ton père, et viens en la terre que je te montrerai.

— Genèse

Date de fête

9 octobre

Décès

2366-2191 avant Jésus-Christ (période globale citée) (naturelle)

Invoqué(e) pour

résignation dans la persécution, courage dans le martyre, foi

Autres formes du nom

  • Abram (he)
  • Saraï (he)
  • Sara (he)
  • Jescha (he)
  • El-Khalil (ar)

Prénoms dérivés

Abraham, Abram, Sara, Sarah

Famille

  • Tharé (père)
  • Sara (épouse)
  • Loth (neveu)
  • Agar (servante et épouse secondaire)
  • Ismaël (fils)
  • Isaac (fils)