Sainte Catherine de Bologne (Vigri)
Clarisse
Résumé
Née à Bologne en 1413, Catherine Vigri fut élevée à la cour de Ferrare avant de se consacrer à la vie religieuse chez les Clarisses. Mystique favorisée de visions, notamment de l'Enfant Jésus, elle fut la première abbesse du couvent de Bologne et une artiste accomplie. Son corps, resté miraculeusement intact et assis sur un trône, est toujours vénéré à Bologne.
Biographie
SAINTE CATHERINE DE BOLOGNE, CLARISSE
Rosa rubea charitatis, liliom condens virginitatis, balcamum fragrans pauperiatis, de Francisci prodiit hortis : Tu ergo nobis miseris, quondamque comes itineris, succurre nunc suffragiis in eulesti collegio.
Rose vermeille de charité, lis éclatant de virginité, balsamine odorante de pauvreté qui êtes sortie du jardinet de saint François d'Assise, ô vous qui filiez autrefois voyageuse comme nous sur la terre, du milieu de l'assemblée des Saints où vous avez pris rang, inclinez-vous miséricordieusement vers nous, pauvres pèlerins.
Antivone de l'office de sainte Catherine.
Cette illustre sainte est née à Bologne, le jour de la Nativité de la très-sainte Vierge, en l'an 1413. Son père se nommait Jean. C'était un gentilhomme de Ferrare, de l'illustre famille des Vigri, et orné de toutes les qualités qui peuvent recommander un personnage que sa position met en vue. Il était devenu, à Bologne, docteur utriusque juris (en droit civil et en droit canon), et il donnait des leçons publiques. Il épousa dans cette ville la vertueuse Benvenuta, de l'antique famille d'Accommobini. Le mérite et le digne caractère du professeur attirèrent sur lui l'attention de son prince, Nicolas d'Este, marquis de Ferrare, qui l'envoya en qualité d'ambassadeur auprès de la république de Venise, où il resta désormais.
Lorsque Catherine naquit, il était à Padoue; la nuit précédente, la sainte Vierge lui apparut, et lui prédit que la fille qu'il allait avoir serait un jour une grande lumière pour le monde entier.
L'enfant ne cria point à sa naissance, et demeura trois jours sans prendre aucune nourriture. Avant de savoir marcher, elle montra une grande affec- tion pour les pauvres; et quand elle fut un peu plus grande, elle leur donnait tout ce qu'elle trouvait sous sa main. A onze ans, à la demande du marquis d'Este, et sur l'ordre de son père, elle alla, avec sa mère, habiter Ferrare, où elle fut élevée à la cour avec Marguerite, fille du marquis, et elle conserva toujours avec elle la plus grande intimité. Quoique bien jeune encore, elle avait déjà la prudence de l'âge mûr, et s'attachait tous les cœurs par ses vertus en même temps que par ses dons naturels. Elle continua fort assidûment l'étude de la langue latine qu'elle avait commencée à Bologne, et fut bientôt à même de comprendre tous les auteurs. Elle a même composé, dans un latin très-pur et très-élégant, divers écrits que l'on possède encore aujourd'hui. Mais lorsqu'elle eut donné son cœur entièrement à Dieu, elle ne voulut plus lire aucun auteur païen, et ne trouva plus de plaisir qu'à étudier la sainte Écriture et les Pères de l'Église.
Après trois années environ passées à la cour de la princesse Marguerite, Catherine sentait un penchant de plus en plus irrésistible à se consacrer exclusivement au Seigneur; elle ne tarda pas à trouver une occasion favorable pour s'affranchir des liens qui la tenaient encore attachée au monde. Marguerite épousa le comte de Rimini; Catherine, qui avait conçu un grand dégoût pour le luxe et les amusements de la cour, ne voulut pas la suivre; la princesse se vit alors obligée de la renvoyer à sa mère. Catherine, qui devait être l'unique héritière des grandes richesses de ses parents, fut recherchée en mariage par plusieurs grands seigneurs; mais sa mère, qui était devenue veuve et ne s'occupait plus que de Dieu, laissa sa fille absolument libre de suivre sa vocation. Il y avait alors à Ferrare une pieuse fille de grande famille, Lucie Mascaroni, qui vivait avec sa tante et avec quelques demoiselles qu'elle instruisait à servir Dieu, et qui ne sortaient jamais que pour assister aux offices dans l'église des Frères Mineurs, située tout près de là. Catherine fut admise dans leur association, où elle se fit aimer et admirer par son affabilité, sa douceur, son obéissance. Un jour qu'elle priait dans l'église, Dieu lui révéla qu'il lui avait pardonné tous ses péchés et remis toutes les peines qu'elle avait méritées. Elle avait alors seize ans. Vers la même époque elle eut une autre vision: elle se trouvait, au jour du jugement dernier, à la droite du trône de Dieu qu'elle invoquait avec confiance. Ces faveurs célestes ne lui firent rien perdre de son humilité, et elle se considérait au contraire comme la plus indigne des créatures.
La pieuse association dont elle faisait partie, se composait de cinquante filles sous la direction de Lucie, qui entretenait la maison aux frais de sa tante. Celle-ci, qui était veuve et fort riche, avait institué sa nièce son unique héritière, à la charge de faire convertir sa maison en un couvent d'Augustines. Lorsque cette tante mourut, Lucie aurait immédiatement rempli la condition prescrite, si quelques-unes des pieuses filles ne se fussent senti plus d'inclination pour l'ordre des Franciscains, sous la direction desquels elles avaient vécu jusqu'alors. Une des congréganistes, nommée Alise, mit de son côté la plupart des autres, et intenta un procès à Lucie, l'accusant de méconnaître la dernière volonté de sa tante, et de vouloir fonder un couvent de Franciscaines. L'affaire fut portée devant un tribunal laïque et tourna en faveur d'Alise : Lucie fut privée de son héritage. Mais celle-ci en appela à l'évêque, qui jugea le cas tout différemment. Alise et celles de son parti furent exclues de la communauté, et les autres renvoyées chez elles jusqu'à ce que le couvent fût construit. Toutes ces contestations et ce dernier contre-temps affligèrent profondément Catherine, qui ne désirait que la solitude et le calme. Aussi, dès qu'il y eut dans le monastère
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une habitation convenable, elle s'y rendit avec cinq de ses premières compagnes. Le nombre des saintes filles augmenta rapidement ; mais elles ne suivaient pas toutes la même règle. Lucie et quelques autres penchaient encore pour celle de saint Augustin ; Catherine et le reste avaient adopté celle de sainte Claire. Enfin, Catherine rangea tout le monde à son sentiment, et, avec la permission de l'évêque, elles se mirent toutes sous la direction des Frères Mineurs ; le provincial leur donna solennellement l'habit des Clarisses en 1432. Catherine avait alors vingt ans.
La règle fut observée si rigoureusement dans le nouveau monastère, que plusieurs sœurs tombèrent malades, et quelques-unes moururent. Aussi le vicaire général de l'Ordre, saint Jean Capistran, se vit obligé de modérer leur zèle et d'adoucir les observances. Il réduisit le jeûne quotidien aux vendredis seulement, et autorisa l'usage des sandales, et, quand elles en auraient besoin, celui des bas. Mais Catherine ne profita jamais de ces permissions. Bien plus, elle n'était pas encore satisfaite, parce que le couvent n'était pas cloîtré.
Elle fuyait avec le plus grand soin la perte du temps ; aussi la voyait-on toujours occupée à quelque chose d'utile. « Que les hommes sont donc aveugles », disait-elle souvent, « de faire si peu de cas du temps ! Ils auront un jour à rendre compte de l'emploi inutile qu'ils en font ; ce temps, si court qu'il soit, peut nous mériter l'éternité ; mais, une fois passé, nul ne saurait le retrouver ! » Elle se fit un bréviaire écrit tout entier de sa main, et peignit elle-même un grand nombre d'images dont elle l'orna. On le conserva longtemps avec grand respect dans le couvent de Bologne.
Elle mettait au-dessus de tout la sainte obéissance, qui est la pierre fondamentale de la vie religieuse. Quoiqu'elle fût l'une des sœurs les plus âgées, elle la pratiquait avec autant d'exactitude que si elle ne fût entrée dans l'Ordre que depuis peu, et elle se soumettait même aux volontés des plus jeunes sœurs. Elle ne faisait rien sans la permission de la supérieure ; ou, si elle s'y voyait forcée par l'absence momentanée de cette dernière, elle l'avertissait ensuite dès qu'elle la voyait. L'abbesse la réprimandait et la punissait souvent sans qu'elle eût commis la moindre faute. Elle acceptait tout avec humilité, sans jamais se permettre la moindre excuse.
Lorsqu'elle fut maîtresse des novices, elle ne cessa d'exhorter ses filles à la soumission et à la docilité : « Prenez, mes filles », leur disait-elle souvent, « prenez le calice de la sainte obéissance, qui ne doit pas vous être si amer, puisque le Fils de Dieu est mort sur la croix pour nous donner l'exemple de cette vertu ». Elle ne pouvait souffrir que l'on blâmait les confesseurs et les supérieurs, même quand ils étaient dans leur tort ; elle disait que c'était bien assez pour eux de la responsabilité dont ils étaient chargés devant Dieu.
Elle avait un grand respect pour les religieux de tous les Ordres ; aussi enseignait-elle que, lorsqu'on remarquait en eux quelque défaut, il ne fallait pas s'en scandaliser, mais seulement en avoir compassion et se dire : « Un tel a cette infirmité, et moi j'en ai d'autres ». Et elle ajoutait cette parole de l'Apôtre : « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez la loi de Dieu ».
Quant à la sainte chasteté, Catherine la chérissait tellement, et la conservait avec tant de soin, qu'elle désapprouvait une trop grande familiarité avec les confesseurs. Elle disait que la confession doit toujours être pleine de simplicité, d'humilité et d'une pieuse crainte, comme si on la faisait à Jésus-Christ lui-même ; et qu'une fois l'absolution reçue, il faut quitter le
confesseur, fût-il un saint. Dieu voulut rendre un témoignage éclatant à cette pureté admirable et à cette vie d'austérités, lorsque, après la mort de la sainte fille, il permit que son corps restât si longtemps dans un parfait état de conservation.
Le démon, voyant la grande perfection à laquelle Catherine était parvenue, lui livra de cruels assauts. Dans les commencements, elle en sortait toujours triomphante. Mais un jour, se voyant l'objet d'une de ces rudes attaques, elle répondit au démon avec hardiesse : « Sache que tu ne peux m'envoyer aucune tentation, que je ne reconnaisse à l'instant ». Dieu, voulant corriger cette trop grande confiance, et lui montrer que l'ennemi était bien plus habile qu'elle, permit qu'il la troublât pendant longtemps d'une manière bien propre à la décourager. Le malin esprit se servit pour la combattre de la vertu même qu'elle chérissait le plus, l'obéissance. Il lui apparut, tantôt sous la figure de Notre-Seigneur, et tantôt sous celle de sa très-sainte Mère, lui reprochant de ne point être assez détachée de sa propre volonté. Puis il lui suggérait mille pensées contre la soumission, qu'elle prenait pour des effets de son propre caractère ; elle croyait se sentir continuellement disposée à critiquer et à souffrir avec impatience tous les ordres de la supérieure. L'affliction qu'elle en ressentait lui faisait verser tant de larmes que sa vue s'en trouvait affaiblie ; et son intelligence, accablée par cette idée incessante, s'obscurcissait et s'épuisait. Elle ne pouvait plus prier ni lire ses heures sans éprouver de vives douleurs ; elle fut obligée de ne plus veiller aussi longtemps qu'auparavant. Mais elle avait tellement l'habitude de la prière, qu'au milieu de son sommeil elle se levait, étendait les bras et se mettait à prier. Elle aurait infailliblement succombé à ces persécutions de l'ennemi, si elle n'eût su que le désespoir était la plus grave de toutes les fautes. Par une grâce évidente de Dieu, elle conserva toujours, au milieu de ces terribles luttes, la ferme volonté de ne rien faire qui pût déplaire à Dieu. Aussi le Seigneur lui fit-il connaître ensuite que tout cela n'était qu'une tromperie de l'esprit du mal. Dieu l'avait permis ainsi pour donner à la sainte fille une plus profonde connaissance d'elle-même, et une plus grande prudence contre les artifices du démon.
Mais l'ennemi, se voyant frustré dans son attente, voulut l'inquiéter d'une autre manière. Il remplit alors son esprit de pensées impies qui l'assiégeaient pendant ses confessions, ses prières et ses pénitences. D'autres fois c'étaient des pensées de vanité qui l'obsédaient, surtout lorsqu'elle était dans le chœur occupée à chanter les louanges de Dieu. Mais, pour son cœur embrasé de l'amour céleste, il n'y avait point d'épreuve plus pénible que les tentations d'incrédulité à l'égard du Saint Sacrement. Aussi le Seigneur, qui à son insu se tenait à côté de sa servante pendant ses luttes, finit par lui assurer un triomphe complet, et lui enseigna que celui qui ne ressent point de dévotion en recevant le Saint-Sacrement, ne perd pas toutefois le fruit de la communion, pourvu qu'il ait la conscience pure et qu'il ne consente point aux tentations d'incrédulité ; elle comprit qu'une âme est plus méritante au milieu d'une pareille épreuve, lorsqu'elle la supporte avec patience, que si elle approchait de la sainte table avec les sentiments de la piété la plus tendre.
Catherine ayant ainsi acquis par sa propre expérience une grande connaissance des luttes spirituelles, écrivit un ouvrage où elle racontait ses longues tentations et les nombreuses grâces dont Dieu l'avait comblée ; elle y exposait, pour l'instruction du prochain, les dangers de cette guerre acharnée que nous livre le démon, et les moyens d'en sortir victorieux.
VIES DES SAINTS. — JOUR 11.
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S'étant aperçue qu'on avait eu connaissance de cet ouvrage, elle le brûla par humilité; mais, sur l'ordre de Dieu, elle en écrivit un autre qu'elle intitula : *Les sept Armes spirituelles*. Tant qu'elle vécut, ce livre ne fut connu de personne; mais on le publia aussitôt après sa mort. Tout le monde peut tirer beaucoup de fruit de sa lecture. Quoiqu'elle y parle d'elle-même comme d'une autre personne, il est facile de voir que la noble héroïne est en même temps l'auteur. Du reste, suivant son propre témoignage, tout cela n'a été mis par écrit qu'afin de prémunir les âmes contre la trop grande confiance en soi-même, et contre les artifices du démon: Il faut, dit-elle, se défier de soi, alors même que l'on est l'objet de grandes faveurs célestes. Nous ne devons jamais nous imaginer que nous savons ou connaissons quoi que ce soit, sinon par la lumière et la force que nous recevons de Dieu. D'un autre côté, il ne faut point, dans les tentations, nous laisser trop aller à la tristesse, comme si toutes ces pensées venaient de nous-mêmes; soyons assurés qu'elles ne sont que l'effet de la jalousie du démon, car il ne peut souffrir que nous goûtions la paix intérieure en servant Dieu d'un cœur humble et soumis. Il faut, dit-elle encore, résister aux inspirations de l'ennemi avec courage et patience, et par là nous mériterons la couronne d'une sorte de martyre spirituel.
Dans les conseils qu'elle donnait de vive voix, elle répétait souvent qu'il faut faire connaître à temps ses tentations à ceux qui ont soin de notre âme, attendu qu'il est impossible de guérir une blessure cachée. Elle soutenait que, plus les révélations et autres faveurs du ciel nous paraissent éclatantes, plus nous devons en instruire les médecins de nos âmes, afin de ne point être dupes de l'apparence du bien, comme elle l'avait été elle-même.
Pour imiter son Sauveur, qui nous dit dans l'Évangile : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur », Catherine visa de toutes ses forces à perfectionner en elle cette belle vertu d'humilité. Dans ses rapports avec ses sœurs, elle se montrait affable et serviable, se soumettait aux moindres d'entre elles, et se plaisait aux plus intimes services du cloître. Lorsqu'on en témoignait de la surprise, elle répondait : « Oui, je suis la servante des épouses de Jésus-Christ; ma gloire et mon repos consistent à travailler pour tous, afin que je ne mange pas le pain des pêcheurs pour ma condamnation ». Elle portait toujours les habits les plus usés, sans prendre soin de les bien ajuster, si ce n'est lorsqu'elle approchait de la sainte Table. Son voile était fait avec d'autres vieux voiles dont elle cousait ensemble les morceaux.
Afin de cacher sa sainteté, elle feignait une profonde ignorance de toutes choses, et cherchait à paraître douée de fort peu d'intelligence. Encore déplorait-elle souvent de n'avoir pas fait preuve d'assez d'estime et de charité envers les gens qui l'avaient affligée ou méprisée. Elle s'accusait de ne point mériter le nom de servante du Seigneur, parce qu'elle ne chérissait pas assez cette croix de douleur et d'humiliation que le Sauveur avait embrassée avec un si ardent amour.
Quoique les autres religieuses ne vissent pas avec plaisir le mauvais état de ses habits et de son voile, elles avaient fini par admirer sa patience et son humilité; elles se disaient entre elles : « Combien cette âme doit être grande devant Dieu ! et pourtant personne n'en conçoit une haute idée ». Sa droiture lui gagna même la confiance de l'abbesse, qui ne craignit pas de la consulter et de suivre son avis dans toutes les affaires importantes. Catherine le donnait toujours avec fermeté en même temps qu'avec modestie.
Elle se chargea longtemps toute seule du soin de faire le pain pour tout le monastère, et lorsque l'ancien couvent de Ferrare fut réparé, on conserva
soigneusement, non plus avec sa destination première, mais comme un souvenir vénérable, le four où elle avait ainsi travaillé. Elle exerça aussi pendant plusieurs années, avec le même dévouement, la charge de portière.
Lorsqu'elle fut elle-même devenue supérieure, elle ne voulut pas qu'on l'appelât ni mère ni abbesse. Elle apprit aux sœurs, par son exemple et par ses avis, à être humble, non-seulement intérieurement, mais encore au dehors. Elle leur recommandait de parler peu, sans élever la voix, et d'attendre qu'on demandât leur avis; de se considérer chacune comme la dernière personne au monde, d'obéir promptement et de renoncer à leur propre volonté. Elle leur conseillait de se confesser souvent des fautes même les plus légères, et surtout d'aimer et de craindre Dieu avec la simplicité de l'enfance.
Elle eut toujours pour ses sœurs la plus grande indulgence et l'affection la plus dévouée. Elle leur prodiguait les consolations, leur rendait tous les services qui étaient en son pouvoir. Lors de la reconstruction des couvents de Ferrare et de Bologne, qui occasionna pour les sœurs un surcroît d'ouvrage, Catherine fut toujours, même pendant qu'elle était abbesse, la première et la dernière à la tâche; elle voulait, disait-elle, laisser ainsi aux religieuses plus de temps et de calme pour travailler à leur perfection.
Elle connaissait souvent les secrètes pensées des cœurs. Une novice étant un jour fort tourmentée par le démon, Catherine la fit venir et lui dit: « Luttez avec courage, je suis prête à satisfaire dans le purgatoire pour vos péchés, que je prends sur moi; je ferai pénitence pour vous, et je vous abandonne une part de mes mérites, si j'en ai quelqu'un, à condition que vous continuiez à servir dans l'Ordre ». La sœur, fortifiée par ces paroles, persévéra dans sa vocation, et devint plus tard abbesse elle-même, ce qu'elle attribua toujours à la tendre sollicitude de sainte Catherine.
Illuminée Bembi, fille d'un sénateur vénitien, qui reçut ensuite l'habit, avait encore beaucoup d'attachement aux vanités du monde, et Catherine craignait qu'elle ne persistât point dans son dessein d'embrasser la vie religieuse. Mais un jour la sainte Vierge lui apparut et lui promit que la jeune fille resterait dans l'Ordre. Illuminée fit en effet sa profession. Quelques années plus tard, dans un entretien qu'elles avaient ensemble, Catherine dit tout d'un coup à la religieuse: « Cœur lâche que vous êtes! ne sauriez-vous mieux lutter? Et laisseriez-vous l'ennemi prendre le dessus?» Sœur Illuminée, toute consternée, regarda Catherine et sentit à l'instant une grande force contre les tourments auxquels elle était en proie, mais qu'elle n'avait point fait connaître à Catherine; son cœur inquiet fut tout éclairé, ses incertitudes firent place à une grande confiance. Alors elle fit part à Catherine de ses angoisses, et celle-ci lui raconta la vision qu'elle avait eue à son égard. Illuminée sentit un redoublement de courage, et leur intimité ne fit que s'accroître. Cette sainte religieuse fut trois fois abbesse après la mort de Catherine, et mourut en odeur de sainteté. C'était une personne de grande prudence et d'une intelligence rare. Elle savait fort bien le latin. Elle a écrit une vie de sainte Catherine; outre les renseignements qu'on lui a fournis, elle raconte ce qu'elle a vu de ses propres yeux.
Dévorée de zèle pour le salut des âmes, Catherine était accablée de tristesse en songeant à l'outrage que le péché mortel fait à Dieu, et à l'état déplorable où se jettent les pécheurs; aussi ne cessait-elle de prier pour leur conversion.
Un malfaiteur avait été condamné à être brûlé vif. Il appelait le démon à son aide, et ne voulait pas entendre parler de confession. A cette nouvelle,
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Catherine se mit à prier devant le Saint Sacrement; elle y resta un jour et une nuit, versant des larmes brûlantes; dès que les Matines furent terminées, elle se remit en oraison, puis, pleine de confiance, elle dit au Seigneur: « Mon Dieu, je ne me lèverai point d'ici que vous ne m'ayez accordé le salut de cette âme, que vous avez rachetée par votre précieux sang; ne me refusez pas cette grâce, malgré l'indignité de mes prières ». Alors elle entendit une voix lui dire: « Je ne puis vous refuser cette âme plus longtemps; grâce à vos prières, elle sera bienheureuse». En même temps, quelqu'un accourait au monastère et demandait les prières des sœurs pour ce criminel qui venait de déclarer qu'il voulait faire l'aveu de ses crimes au confesseur du couvent. C'est ce qu'il fit, en effet, en témoignant la douleur et les regrets les plus sincères. Il ne cessa, au milieu des flammes, d'invoquer le nom de Jésus, ainsi que Catherine le lui avait prescrit dans une lettre où elle consolait le criminel repentant.
Sainte Catherine obtint ainsi, par la ferveur et la persistance de ses prières, la conversion de plusieurs autres personnes, entre autres d'un religieux qui, après avoir mené une vie impie sous l'habit monastique, avait apostasié. Catherine, à force d'intercéder auprès de Dieu, attira sur cet homme une grâce si puissante, qu'il rentra de lui-même au couvent avec les sentiments de la plus profonde pénitence.
Les âmes du purgatoire avaient aussi une large part à sa sollicitude; elle offrait à Dieu pour elles le mérite de ses bonnes œuvres, et exhortait ses sœurs à en faire autant. Elle lisait chaque nuit les heures des morts, et elle ressentait pendant cette lecture une force d'âme surnaturelle, d'où elle espérait que les âmes souffrantes en éprouvaient quelque soulagement.
Elle cherchait, par le salut des âmes, à augmenter la gloire de Dieu; elle désirait ardemment qu'il fût connu, aimé et servi de tous, et disait que nous devons aimer Dieu uniquement pour sa gloire, et non pour notre propre avantage. On l'entendait souvent se plaindre que l'amour de Dieu fût si rare et si faible parmi les hommes. La plupart, disait-elle, ne recherchent que leur avantage et non la gloire de Dieu; ceux mêmes qui devraient être animés de la plus ardente charité, craignent plus les jugements des hommes que ceux de Dieu; bien loin d'imiter notre Sauveur qui, pour sauver les âmes, a voulu souffrir toutes les humiliations, on ne songe qu'à mériter l'estime et la considération du monde. Dieu, affirmait-elle aussi, est encore de nos jours tout aussi bon pour les hommes qu'il l'a jamais été; c'est notre amour pour lui qui a diminué. S'il trouvait actuellement sur terre des âmes brûlant d'autant de charité qu'autrefois sainte Madeleine, ou d'autant de zèle pour sa gloire que l'illustre saint François, il leur prodiguerait aujourd'hui comme alors tous les trésors de sa bonté.
Sainte Catherine disait que la prière triomphe de toutes les tentations, donne la volonté de faire pénitence, allume l'amour de Dieu dans nos cœurs et en chasse l'amour du monde; elle ajoutait que la persévérance dans la prière avait fait toute sa consolation, tout son plaisir et tout son bonheur, et l'avait délivrée du péché mortel. Néanmoins elle n'approuvait pas les religieuses qui manifestent dans la prière des signes extérieurs de piété, et à cause du goût qu'elles y trouvent, y laissent tout d'abord entraîner leur esprit. Lorsque, par obéissance, elle était obligée de travailler avec les autres, et qu'en même temps elle s'occupait de Dieu par la prière, elle ressentait une union plus douce et plus intime avec Dieu que lorsque, par son inclination particulière, elle était seule dans l'église en dehors du temps ordinaire. Et elle adressait fréquemment à ses sœurs l'exhortation suivante:
« Tenez-vous seulement dans le silence; restez en repos dans la cellule de votre cœur; représentez-vous devant les yeux les souffrances et les humiliations de votre Époux, car il se laisse trouver partout où le saint silence est observé ».
Elle ne pouvait se lasser d'être à l'église, parce que là elle trouvait l'unique objet de son amour caché sous l'espèce du pain. Elle surpassait de beaucoup les autres sœurs dans son zèle à assister aux heures canoniales; et souvent elle était dans le chœur tellement absorbée dans la contemplation des saints mystères, qu'elle ne voyait rien de ce qui se faisait autour d'elle. Lorsqu'on disait les heures des morts, son cœur tressaillait de joie, car elle les trouvait pleines d'une onction céleste capable de toucher les cœurs les plus froids. Elle lisait aussi tous les jours avec la plus grande dévotion les heures de la sainte Vierge. Elle tenait pour certain que lorsqu'on avait une fois bien compris toute la valeur des heures canoniales, on ne reculait plus devant aucune difficulté ni aucune peine, pour y assister.
Après le dîner elle interrogeait les sœurs sur ce que l'on avait lu pendant le repas, afin de tenir leur piété toujours en éveil.
Les souffrances du Sauveur étaient si profondément empreintes dans son cœur, qu'elle n'en parlait qu'avec les expressions les plus ardentes. Le Sauveur et sa sainte Mère lui apparurent plusieurs fois, témoignant la plus tendre affection à leur fille bien-aimée. Dans une de ces visions, la sainte Vierge remit l'Enfant Jésus entre les bras de Catherine. Ses sœurs s'aperçurent de cette faveur divine aux traits de sa figure, qui conservèrent pendant quelque temps un éclat inaccoutumé, ainsi qu'à une odeur délicieuse qui se répandait autour de sa personne. Elle fut encore favorisée de plusieurs autres visites miraculeuses. Les trois personnes de la sainte Trinité vinrent lui communiquer une connaissance approfondie de cet auguste mystère.
Un jour, étant lassée du travail, elle s'assoupit dans l'oraison: saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, lui apparut, revêtu des ornements pontificaux, et lui dit que la prière devait être réglée, et qu'il se fallait donner quelque relâche, afin qu'ayant repris ses forces, l'on y retournât avec plus de ferveur. Ensuite, il lui donna sa main à baiser et disparut.
Une des manières dont elle prouvait son amour pour Jésus était le soin avec lequel elle décorait ses statues; elle fit aussi représenter en peinture diverses circonstances de la vie de Notre-Seigneur, pour en orner le monastère. On montra longtemps dans le couvent de Bologne une image de l'Enfant Jésus qu'elle aimait à parer de ses propres mains.
Le Seigneur récompensa encore ce grand amour en lui accordant l'esprit de prophétie. Elle prédit la révolte des habitants de Bologne contre Annibal Bentivoglio. Elle annonça aussi par avance la chute de l'empire d'Orient et la prise de Constantinople. Le 24 juillet 1446, elle vit monter au ciel l'âme du bienheureux Jean l'Ossignano, évêque de Ferrare.
La mère de Catherine avait eu d'un second mariage un fils et une fille. Ce fils ne menait pas une vie édifiante, aussi Catherine priait-elle avec ferveur pour son frère égaré. En 1450, elle fut miraculeusement présente à Rome en esprit pour la canonisation de saint Bernardin de Sienne. Alors elle invoqua le glorieux triomphateur de cette solennité, et obtint de lui la conversion de son frère. Quant à sa sœur, après s'être faite Clarisse et avoir atteint en peu d'années un très-haut degré de perfection, elle était morte au couvent de Ferrare. Catherine vit son âme dans la gloire.
Les vertus de Catherine l'ayant fait remarquer de bonne heure dans le cloître, elle fut d'abord nommée maîtresse des novices. Bien qu'elle se re- gardât comme indigne de ces fonctions d'où dépendent en grande partie la prospérité d'un monastère, elle ne tarda pas à faire faire de grands progrès aux jeunes religieuses placées sous sa direction. Elle prêchait d'exemple encore plus que par ses instructions ; en outre, elle aimait à être avertie de ses moindres fautes, et priait d'une manière toute spéciale pour les sœurs qui lui rendaient ce service. Elle leur enseignait que le fondement de toutes les vertus est une ferme volonté de plaire à Dieu et de chercher sa gloire en toutes choses. Ses élèves mirent par écrit plusieurs de ses recommandations, que l'on possède encore aujourd'hui.
La ville de Ferrare trouvant de grands avantages dans une libre communication avec les pieuses filles du couvent, s'opposa longtemps à sa clôture ; mais Catherine ne cessait de prier Dieu et sainte Claire pour que le Pape accordât la bulle nécessaire. Elle finit par l'obtenir ; en effet, l'abbesse qui dirigeait le couvent depuis vingt ans, étant venue à mourir, Catherine donna le conseil suivant à la fondatrice Lucie Mascaroni : « Puisqu'elles étaient toutes devenues Clarisses, et qu'en même temps elles n'étaient pas suffisamment au courant des obligations de la règle, il était à propos de demander quelques religieuses à un couvent où la règle stricte était en vigueur, et de choisir parmi elles une abbesse qui établirait la vie cloîtrée ». Ce conseil plut beaucoup à Lucie, mais les Pères de l'Ordre avaient déjà les yeux sur Catherine pour la nommer abbesse, et Lucie, qui connaissait sa sainteté, s'y montra aussi fort disposée. Lorsque la sainte fille eut connaissance de ces intentions, elle ne put cacher son étonnement et son déplaisir, et l'on ne put se résoudre à tourmenter cette âme sainte dont l'humilité redoutait un pareil fardeau.
On fit donc venir à Ferrare quelques religieuses du couvent de Mantoue, et, avec l'autorisation du Pape, on choisit parmi elles une abbesse qui fit observer la clôture. Mais sa joie ne fut pas de longue durée. Le couvent de Ferrare et ceux des villes voisines étant devenus trop petits pour contenir toutes les religieuses qui vinrent demander l'habit de sainte Claire, on fonda deux nouveaux monastères, l'un à Crémone, l'autre à Bologne, et Catherine fut élue abbesse de ce dernier.
Elle témoignait à Dieu dans ses prières combien elle désirait ne point être revêtue de cette dignité, et finir son pèlerinage d'ici-bas dans l'endroit où elle avait embrassé la vie religieuse ; mais le Sauveur lui révéla que, suivant la volonté de son Père céleste, elle devait accepter à Bologne les fonctions de supérieure, et que c'était à Bologne aussi qu'elle finirait ses jours. En même temps elle vit dans le ciel deux sièges resplendissants, dont l'un était un peu plus grand et plus riche que l'autre ; et comme elle les contemplait avec admiration, se demandant qui pourrait les occuper, une voix céleste lui répondit que le plus beau des deux était pour Catherine de Bologne.
Ce fut en 1456 que cette installation eut lieu. Quatre gentilshommes bolonais et trois Pères distingués de la même ville étaient venus apporter à l'abbesse de Ferrare les bulles du Pape et la requête du grand conseil de Bologne. L'abbesse, qui était alors sœur Léonarde, de l'illustre famille d'Ordelaffi, leur dit qu'elle voulait les voir repartir pour Bologne parfaitement pourvus, et qu'elle donnait pour abbesse à leur monastère une seconde Claire, une vraie fille de saint François, une sainte religieuse qui avait mérité de tenir l'Enfant Jésus entre ses bras. Quant aux sœurs qu'elle envoyait sous sa direction, elles étaient dignes d'avoir une aussi sainte mère et elles étaient presque toutes de Bologne. Catherine voulut encore une fois que l'on fit
choix d'une autre, mais le vicaire général et le provincial lui ordonnèrent d'obéir. La veille de son départ pour Ferrare, elle baisa les pieds de toutes les religieuses en les inondant de ses larmes, et demanda pardon de toutes ses fautes ; elle promit de ne jamais oublier le monastère où elle avait servi Dieu si longtemps, et de lui laisser après sa mort un souvenir durable. Dieu tint la promesse de sa fiancée, en envoyant un parfum céleste qui se faisait sentir chaque année dans le monastère vers l'époque de sa fête. Catherine partit avec quinze religieuses et une novice ; elle fut aussi accompagnée par sa vieille mère Benvenuta, qui, veuve de son second mari, était entrée dans le Tiers Ordre. Avec la permission du Pape, elle fut reçue dans le couvent de Bologne, et y mourut saintement, aveugle et très-âgée, quelques mois après la mort de son illustre fille.
Lors de l'arrivée de Catherine à Bologne, la ville était divisée en plusieurs partis, qui se chassaient tour à tour, suivant que l'un ou l'autre avait le dessus ; ils s'accordèrent pourtant d'une manière édifiante à recevoir dans leurs murs ces pauvres religieuses, et à leur donner toutes sortes de témoignages d'honneur, comme s'ils eussent prévu qu'elles apportaient avec elles le calme et la concorde dans leur patrie. Deux cardinaux allèrent à leur rencontre : Bessarion, légat du Pape, et Philippe Calandrini, évêque de Bologne. Elles furent escortées d'un grand nombre de personnes de distinction et accompagnées d'une foule considérable jusqu'à l'hôpital de Saint-Antoine de Padoue, qui leur fut assigné pour demeure en attendant que le nouveau cloître fût terminé, ce qui eut lieu quatre mois après.
Pendant l'octave de la Nativité de la très-sainte Vierge, la nouvelle supérieure eut le bonheur de recevoir dans l'Ordre les six premières sœurs dont s'accrut le monastère. Elles se distinguèrent toutes par leur sainteté, et toutes aussi devinrent abbesses. Catherine compta bientôt soixante religieuses dans son couvent, et au bout de quelques mois il était devenu insuffisant pour recevoir celles qui continuaient à se présenter. Alors, au moyen des aumônes qui affluaient, le conseil municipal acheta quelques maisons voisines pour l'agrandir.
Catherine s'attirait l'affection de toutes les sœurs par sa tendre sollicitude. Elle les consolait dans leurs afflictions, allant même au-devant de leurs confidences, sans acception de personne. Aussi n'entendait-on jamais de plaintes ni de murmures ; et les religieuses écoutaient avec une soumission dévouée ses affectueuses recommandations, qui avaient presque toujours pour objet l'humilité, la charité mutuelle et le détachement du monde. Elle regardait comme une grande folie de remarquer et de condamner réciproquement ses fautes, car il arrive fort souvent qu'une personne qui nous semble répréhensible, est cependant en état de grâce, et bien plus agréable à Dieu que d'autres qui ont en apparence de grandes vertus.
Elle rappelait souvent à ses sœurs la pensée de la mort, en citant ces paroles de l'Apôtre : « Tandis que nous en avons le temps, faisons-le bien, car nous ne savons ni le jour ni l'heure où le sévère Juge nous appellera ». Toutefois, elle ne voulait pas qu'elles traitassent leur corps avec une rigueur démesurée, ni qu'aucune pratiquât sans permission quelque pénitence particulière ; elle considérait cela comme des tromperies de l'ennemi qui, lorsqu'il désespère de pouvoir décourager dans l'exercice de la vertu une religieuse pleine de zèle, lui suggère des pénitences inconsidérées, qui l'exposent à tomber malade et à se rendre incapable d'accomplir ses devoirs ordinaires. Mais, en même temps, elle leur inculquait cette maxime, qu'il faut souffrir les dégoûts et les amertumes, en vue de la récompense éternelle, et
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se dire avec saint François : « Le bonheur que j'attends plus tard est si grand, que je considère comme rien toutes les infortunes et toutes les souffrances ». Elle considérait la bonne volonté comme le don le plus précieux que nous puissions recevoir de Dieu, puisque personne ne saurait être sauvé sans elle, ni perdu avec elle.
Sa compassion et sa sollicitude pour les malades étaient sans bornes. Quelque repoussants que fussent leurs maux, on ne la vit jamais en témoigner le moindre dégoût. En outre, elle les guérissait presque tous elle-même, car elle avait des remèdes appropriés à chacun d'eux. Quelquefois même ses guérisons furent miraculeuses, comme cela eut lieu dans la circonstance suivante :
Des pénitences excessives ou des privations inévitables, auxquelles les religieuses se trouvaient exposées dans le nouveau couvent, avaient tellement compromis la santé de quelques-unes, que les médecins avaient déclaré qu'elles ne guériraient jamais, ou tout au moins qu'elles resteraient incapables de remplir leurs obligations de chaque jour. Catherine, pleine d'espérance en Dieu, alla prier à l'église ; à son retour, elle donna à quelques-unes d'entre elles ce que les médecins leur avaient prescrit, et en quelques jours celles-là furent sur pied. Elle en rétablit d'autres par de bonnes paroles, les exhortant à s'en remettre à la volonté de Dieu ; et, quant à celles qui étaient le plus dangereusement atteintes, elle les envoya bien portantes à l'église, remercier Dieu de leur guérison.
En 1458, le pape Pie II ordonna par une bulle que les fonctions d'abbesse chez les Clarisses ne seraient que de trois ans. Le bienheureux Marc Fantuzzi, alors provincial, avait été le promoteur de cette bulle, et lorsqu'il vint en annoncer la publication au couvent de Bologne, il prévoyait bien que cette mesure ferait autant de plaisir à sainte Catherine qu'elle serait désagréable à certaines autres supérieures. En effet, Catherine remercia vivement Dieu de la délivrer ainsi de ce fardeau, et témoigna aussi sa reconnaissance au provincial, porteur d'une si heureuse nouvelle.
Lorsque ses trois années furent révolues, on élut une autre abbesse ; mais celle-ci étant devenue aveugle cette année même, fut obligée de renoncer à ses fonctions. Les sœurs avaient résolu de ne plus choisir Catherine, de crainte que son extrême bonté ne portât quelque atteinte à la sévérité de la règle. Elles avaient, chacune en particulier, fait connaître au provincial cette détermination. Aussi l'étonnement de ce dernier fut-il à son comble, lorsqu'il constata, le jour de l'élection, que toutes les voix, moins une, étaient pour Catherine. Il dit, d'un air assez mécontent, que toutes les sœurs étaient fort inconséquentes, de faire ainsi le contraire de ce qu'elles avaient annoncé. Tandis que toutes honteuses elles gardaient le silence, celle qui n'avait pas voté pour Catherine se leva pleine d'assurance, et joignit sa voix à celle des autres, ajoutant que Dieu faisait connaître assez clairement qu'il ne voulait pas pour le couvent d'autre supérieure que Catherine, tant qu'elle serait de ce monde. Alors le provincial, à la satisfaction générale, rétablit Catherine dans ses fonctions. Elle fut la seule attristée, mais elle ne put résister à cette unanimité, où la volonté du ciel se manifestait d'une manière si sensible.
A peine eut-elle repris la direction du monastère, qu'un grand nombre de pieuses filles vinrent demander l'habit. La place manquait pour les recevoir toutes ; la sainte abbesse eut recours, comme toujours, à la prière, et en peu de temps de riches postulantes obtinrent de leurs parents des aumô-
nes considérables qui permirent de nouveaux agrandissements. Plus tard le monastère s'accrut encore notablement, grâce à la générosité de Grégoire XIII ; on en forma alors un vaste carré, entouré de hautes murailles, et d'environ un tiers de mille de circuit. Outre la belle église où l'on célébrait l'office divin, on y voit encore l'église paroissiale de Saint-Christophe, et celle de Notre-Dame-des-Anges. Le nombre des religieuses était ordinairement de trois cents, et s'élevait quelquefois jusqu'à trois cent cinquante ; c'était donc l'un des couvents les plus considérables de toute l'Italie, en même temps que l'un de ceux où régnait au plus haut point l'esprit de perfection et de pauvreté.
Catherine avait repris depuis peu de temps ses fonctions de supérieure, lorsqu'elle tomba dangereusement malade. Elle eut alors une vision, où Notre-Seigneur lui apparut assis sur le trône de sa majesté, et environné d'une foule d'Anges et de Saints, qui chantaient ces paroles d'Isaïe : « Et sa gloire sera vue en vous ». Le Sauveur prit Catherine par la main, la conduisit près de son trône et lui dit : « Ma fille, écoutez ce chant, et comprenez bien le sens de ces mots : Et sa gloire sera vue en vous ». Puis il lui expliqua la signification de cette parole, et lui assura en même temps qu'elle ne mourrait pas de sa maladie actuelle.
En effet, Catherine se rétablit peu à peu, et continua une année encore sa vie d'active charité et d'ardente dévotion. Plus que jamais elle rechercha la solitude, et fut tout entière à la prière et à la méditation. Comme il arriva à tous les saints, elle croyait n'avoir encore fait que le premier pas vers la perfection, alors qu'elle était déjà presque parvenue à sa dernière limite. Le Jeudi saint qui avait suivi sa guérison, elle avait lavé les pieds à toutes les religieuses, selon l'habitude qu'elle en avait prise avant de tomber malade. Mais l'année suivante, le premier vendredi du Carême, elle les réunit toutes au chapitre et leur annonça que sa mort était proche. Elle leur donna ses dernières instructions, et insista, en finissant, sur la charité qu'elles se devaient réciproquement. Les sœurs étaient navrées de douleur ; toutefois, elles ne pouvaient se figurer que son pressentiment dut se justifier, car ni ce jour-là, ni les deux jours suivants, elles ne découvrirent en elle aucun signe précurseur de la mort. Mais le dimanche soir, en retournant à sa cellule, elle s'écria tout d'un coup en soupirant : « Mon bon Jésus, vous auriez pu me faire la grâce de ne point mourir avant d'avoir résigné mes fonctions, et d'avoir vu une nouvelle supérieure en ma place ; alors, suivant mon désir, j'aurais pu mourir sujette ; mais, s'il vous plaît ainsi, que votre volonté soit faite ! » Sœur Illuminée Bembi, qui entendit ces paroles, lui demanda si elle ne se trouvait pas bien : « Comment ne me trouverais-je pas bien, puisque ma course est terminée ? » — « A Dieu ne plaise », s'écria la sœur ; « si vous mouriez, que deviendrions-nous ? » — « Soyez unies », reprit la sainte abbesse, « pratiquez la pénitence ; Dieu vous assistera mieux que si je restais parmi vous. Observez seulement la règle comme il faut, et après la mort, je vous serai d'un plus grand secours. Dieu soit loué de m'accorder après mon exil le repos tant désiré ! » Alors, presque instantanément, toutes les maladies qu'elle avait eu à souffrir pendant vingt-huit ans la saisirent à la fois : de cruelles souffrances dans la tête et dans la poitrine se compliquèrent d'un flux de sang terrible, puis d'une fièvre ardente. Elle resta dans cet état toute la semaine, supportant ses douleurs avec une patience inaltérable. Le mercredi de la semaine suivante, elle fit venir la vice-supérieure, la bienheureuse Jeanne Lambertini, et lui recommanda le monastère. Sans doute, elle prévoyait ce qui devait arriver après sa mort, car Jeanne Lambertini dirigea
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deux ans le couvent sans que les religieuses voulussent choisir une nouvelle abbesse. Catherine, après s'être confessée plusieurs fois, se tourna vers les sœurs et leur dit : « Mes enfants, je vais vous quitter ; mais après ma mort, je vous serai plus utile que pendant ma vie, pourvu que vous viviez dans la concorde et la charité mutuelles. Cette vertu est l'héritage que Jésus-Christ a laissé, non-seulement à ses Apôtres, mais encore à tous les chrétiens, et je vous la lègue comme mon testament ». Elle leur ordonna ensuite d'avoir grand soin des novices, d'obéir avec respect à celle qui la représenterait, et de servir avec la plus tendre charité leur supérieure aveugle. « Honorez, craignez et aimez Dieu », dit-elle en terminant, « conservez votre bonne réputation et celle de votre couvent, et vous éprouverez que je ne vous abandonnerai jamais ».
Les religieuses fondirent en larmes ; alors Catherine leur représenta qu'elles devraient bien plutôt la féliciter de ce qu'elle passait de la prison de cette vie au séjour de la joie éternelle. Après une dernière confession, elle demanda humblement pardon aux sœurs de toutes les fautes qu'elle avait pu commettre contre elles en paroles et en actions. Elle reçut ensuite le très-saint Sacrement, et son visage parut animé d'une joie céleste ; elle tourna pour la dernière fois ses regards vers ses sœurs bien-aimées, ferma les yeux, et, soupirant doucement, elle exhala son âme bienheureuse entre les mains de l'Époux des vierges. Il était huit heures du matin, 9 mars 1463. Catherine avait vécu cinquante ans sur la terre, et en avait donné trente-neuf à Dieu dans les couvents de Ferrare et de Bologne.
## CULTE ET RELIQUES. — SES ÉCRITS.
Il serait difficile d'exprimer quelle fut la désolation des sœurs à la mort de leur sainte supérieure.
Cependant le visage de la défunte devint tout radieux d'une céleste lumière, et son corps exhalait une suave odeur qui fortifiait les sœurs et adoucissait leur tristesse. Lorsqu'on le plaça devant le tabernacle, les traits du visage s'embellirent encore d'une plus grande expression de joie. A cette vue les religieuses, dans l'enthousiasme de leur admiration, embrassaient sa figure, pressaient ses mains et ses pieds, et ne pouvaient se rassasier de contempler la précieuse dépouille de leur mère.
Les obsèques eurent lieu avec une grande solennité : le corps fut mis en terre et maintenu entre deux planches, afin de ne pas être endommagé. Les sœurs allèrent souvent visiter son tombeau, y prier et pleurer. Un parfum très-doux s'en échappait, et en le vit quelquefois couronné d'une brillante lumière. Plusieurs religieuses y furent guéries de diverses maladies ou délivrées de tentations, de tristesses, de troubles de conscience ; ainsi la sainte abbesse paraissait dès lors tenir la promesse qu'elle avait faite de leur être d'un grand secours après sa mort.
À la vue de tant de prodiges attestant la faveur du ciel, les religieuses regrettaient vivement que le corps de leur sainte mère fût enseveli si humblement dans le cimetière commun. Elles obtinrent du confesseur la permission de le mettre dans un cercueil. Le dix-neuvième jour après sa mort, on l'exhuma, elle était encore parfaitement conservée ; on devait, après l'avoir placée dans le cercueil, la remettre en terre ; mais, par une impulsion surnaturelle, les sœurs qui la portaient la conduisirent dans l'église, devant le tabernacle. On ouvrit le couvercle, et son visage apparut comme inondé de joie. Un grand nombre de personnes vinrent la visiter et furent témoins de cette expression radieuse et vivante de sa figure. On raconte même qu'elle prit la parole pour appeler une jeune fille, Léonore Poggi, qui, dans le grand désir de la voir, était accourue au monastère à l'insu de ses parents. Comme cette jeune fille fendait la foule pour arriver jusqu'à la grille, Catherine ouvrit les yeux, et lui faisant signe de la main, dit d'une voix très-distincte : « Léonore Poggi, venez donc ». Quand Léonore fut auprès de la grille, Catherine ajouta : « Tenez-vous prête, car je veux que vous soyez religieuse dans ce couvent, où vous deviendrez la plus aimée de mes filles, et la gardienne de mon corps ». Léonore n'avait alors que onze ans. Huit ans plus tard, elle refusa un riche parti que sa famille lui proposait, se fit Clarisse, et fut chargée en effet d'avoir soin du corps de sainte Catherine. Elle vécut saintement dans le monastère pendant cinquante-cinq ans.
Le corps ayant été exposé pendant sept jours à la vénération publique, le cardinal archevêque de Bologne le fit mettre dans un double cercueil et renfermer dans un tombeau en forme d'autel, qu'on avait fait construire exprès. Les religieuses allèrent souvent l'y visiter, et plusieurs furent guéries de diverses maladies par le simple attouchement de ses précieux restes. Un enfant près de mourir recouvra la santé, et une personne morte fut ressuscitée par le moyen de quelques reliques de la sainte abbesse. On éprouva encore d'autres guérisons miraculeuses en invoquant son intercession, en venant visiter son tombeau ou en se servant de quelque objet qui avait touché sa dépouille mortelle.
Environ un an plus tard, on s'aperçut que les parties du corps qui n'étaient point couvertes par ses habits, noircissaient à cause de l'humidité du tombeau, qui avait été bâti trop à la hâte. On porta alors le corps dans une chambre voisine de l'Église, que la Sainte avait occupée autrefois ; et on le transportait au chœur toutes les fois qu'on voulait l'exposer aux yeux des visiteurs. Mais, comme il fallait la transporter à bras en descendant et montant un escalier, on fit ensuite faire un siège roulant, dans lequel elle fut assise ; ce siège fut placé dans le chœur, et on le faisait approcher de la grille à volonté.
La reine de Navarre, Isabelle, épouse de Ferdinand d'Aragon, ayant beaucoup entendu parler de ses miracles, et lu avec grand plaisir son livre des sept Armes spirituelles, que lui envoya le cardinal Capranite, mit sous sa protection son époux et son royaume. Cette dévotion eut sa récompense, car en 1463, alors que son trône courait le plus grand danger, le roi de Naples, au moment où l'on pouvait le moins s'y attendre, remporta une victoire décisive qui le délivra de ses ennemis. Isabelle voulut prouver sa reconnaissance d'une manière digne de son rang. Elle se rendit à Bologne deux ans après, 1465, et après être entrée au couvent des Clarisses, elle ôta sa couronne et la mit sur la tête de sainte Catherine, en disant avec effusion : « Je sais, vierge bienheureuse, que c'est par votre intercession que le trône de Naples a été rendu à mon époux, à moi et à mes enfants ; je viens acquitter ma dette envers celle à qui je suis le plus redevable après Dieu : nous ne possédons qu'un royaume passager, tandis que le vôtre est éternel ; cette couronne vous convient donc mieux qu'à moi : je vous prie de vouloir bien la recevoir pour toujours et de me prendre sous votre protection ». Ensuite Isabelle mit au doigt de la sainte abbesse sa bague, ornée d'un diamant très-précieux ; et, après avoir fait une généreuse aumône au couvent, elle retourna à Naples, où elle mourut pieusement quelques mois après.
Au bout d'un certain temps, avec l'autorisation de deux cardinaux, le légat du Pape et l'archevêque de Bologne, on transporta le corps de sainte Catherine, toujours assis sur le même siège, dans une chambre que l'on convertit en chapelle. Ce siège, dont elle s'était servi pendant sa vie, finit enfin, après plus de cent ans, par être détérioré ; on le remplaça par un autre artistement sculpté et orné de riches dorures. La tête de la Sainte porte une couronne d'or ; ses mains et ses pieds sont couverts de pierreries ; la main droite tient un crucifix, la gauche repose sur un livre, dans la reliure duquel des perles sont enchâssées. Tout le corps est enveloppé d'habits magnifiques et d'un manteau d'étoffe précieuse. Ces diverses parures sont les dons de plusieurs personnes remarquables, entre lesquelles on doit citer Charles Borromée, qui l'invoquait souvent comme sa protectrice toute spéciale. Ce corps est assurément l'une des reliques les plus remarquables et les mieux conservées que possède l'Italie.
Monsieur le secrétaire de l'archevêché de Bologne, Dom Francesco Fantoni, nous écrivait, le 27 novembre 1858, sur les reliques de sainte Catherine, une lettre en italien, dont voici la traduction française :
« Monsieur,
« Voici quelques renseignements sur notre sainte Catherine. Je n'ai pu me transporter moi-même au sanctuaire pour observer minutieusement chaque chose ; mais j'ai chargé de ce soin une dame sur le bon sens, la grande intelligence et l'instruction de laquelle je puis compter : c'est Mlle Levis ; j'ai l'honneur de vous transmettre la lettre qu'elle m'a adressée. J'ai vu moi-même bien souvent ce que cette lettre rapporte ; cela est connu de tout le monde, parce que, chaque année, pendant huit jours consécutifs, du 9 au 16 mars, les populations accourent en foule, de la ville et de la campagne, pour voir la Sainte et baiser son pied vénéré. Cependant, j'ai voulu que la personne qui aurait à en faire le récit, pût dire avoir eu toute liberté pour voir, toucher, observer par elle-même. En effet, d'après l'ordre que j'en avais donné au gardien du sanctuaire, il y a introduit mon envoyée, et lui a fait tout voir. Je pense avoir satisfait ainsi au désir qu'exprime votre lettre ».
La lettre si intéressante de Mlle Maria Levis est en français ; nous la transcrivons en son entier :
« Monsieur l'abbé, j'ai accompli, avec tout le soin possible, la commission que vous m'aviez donnée, d'aller voir sainte Catherine de Bologne, et de vous donner tous les renseignements que je crois les plus intéressants sur le corps de cette Sainte. Voici ce que j'ai pu remarquer par moi-même, et les notices que le Père Confesseur et Madame l'abbesse ont eu la bonté de me donner.
« Le Père Giry aura vu la Sainte par une grille de fer d'une ouverture ovale, faite dans une chapelle de l'église, et qui donne sur le cabinet où l'on garde le précieux corps de sainte Catherine. Moi, je l'ai non-seulement vue de près, mais je l'ai touchée, et je puis vous assurer qu'on n'y voit
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pas maintenant cette apparence de vie que le Père Giry avait remarquée, à cause du teint presque noir de sa peau qui s'est desséchée sur les os, et du sensible changement de formes qui est arrivé dans son visage. Elle est néanmoins préservée de toute corruption et elle a ses membres complets : ce qui est d'autant plus admirable, qu'elle n'a jamais été embaumée, et qu'on l'a toujours laissée dans l'état où elle se trouvait à sa mort. Elle paraît assise, mais les religieuses m'ont assuré qu'elle se soutient par elle-même, et qu'elle ne s'appuie que sur un de ses pieds. Sur son visage, on voit à peine la trace des yeux ; le nez est encore intact ; la bouche laisse apercevoir quelques dents assez blanches. Elle a une tache blanchâtre près du menton, et, selon la tradition, c'est la marque d'un baiser qu'elle reçut de Notre-Seigneur, l'Enfant Jésus. Ce fut durant une nuit de Noël que la Mère de Dieu remit son Fils entouré de langes, entre les mains de cette Bienheureuse. Ses mains, ses pieds aussi, conservent une belle forme, et les bras ont encore une flexibilité qui permet de les soulever. Les religieuses, chargées d'habiller la Sainte, sont touchées de l'odeur suave que répandent les vêtements qu'on lui ôte. Le scapulaire, qu'elle portait à sa mort, est parfait, malgré quatre siècles de durée. On voit encore, près d'elle, une fiole qui contient une liqueur toujours liquide, très-odorante (selon l'assertion des religieuses) ; c'est la sœur qu'elle émana après sa mort. Plusieurs ouvrages de la Sainte sont aussi à remarquer : il nous reste quelques peintures de sa main, de très-beaux manuscrits, où elle imitait le caractère imprimé du XIVᵉ siècle. Son violon nous reste encore ».
Comme sainte Catherine peignait admirablement, au moins la miniature, l'académie de peinture, à Bologne, l'a prise pour patronne.
La bienheureuse Catherine a composé plusieurs traités spirituels pour l'instruction des âmes dévotes et religieuses. Elle écrivait en latin et en italien. Dans son livre des Sept Armes spirituelles, elle nous apprend à combattre les ennemis de notre âme. Dans celui de Ses Révolutions, elle montre qu'il faut toujours être sur la défiance et sur ses gardes dans le combat que nous avons avec le démon. Elle avoue qu'elle y a été trompée, et que, se fiant trop sur les grandes grâces qu'elle avait reçues de Dieu, elle s'était imaginée être au-dessus des artifices du démon, qui l'avait cependant abusée, lui apparaissant sous la figure de Jésus attaché en croix, et sous celle de la Sainte Vierge. De là, elle tire pour conséquence qu'il n'y a que Dieu qui puisse nous faire découvrir la malice du démon : car, pour elle, sa trop grande crédulité l'a mise dans des états où elle ne savait si elle était aimée de Dieu ou abandonnée de lui. Après sa mort, on trouva ce livre cacheté, parce qu'elle ne voulait pas qu'il parût de son vivant. Elle en avait fait un autre sur les tentations que le démon avait suscitées en elle, et les secours qu'elle avait reçus de Dieu pour les surmonter. Mais, s'étant aperçue qu'on avait eu connaissance de cet ouvrage, elle le jeta au feu pour éviter la vaine gloire. Enfin, on trouve une hymne d'elle, sur l'origine de la créature intellectuelle, et sur les cinq mystères joyeux du Rosaire.
Voici une courte analyse du Traité des armes spirituelles :
« Toute personne », dit-elle, « qui veut prendre sur elle la croix du Souvenir mort le premier au champ de bataille pour nous donner la vie, doit saisir d'abord les armes nécessaires à ce genre de combat. La première est la diligence ou l'application à bien faire : donc pas de tiédeur ; elle est manette ; pas de négligence, et un grand soin à éviter le trop comme le trop peu : en un mot, avoir de la discrétion. La seconde arme est la défiance de soi-même et la confiance en Dieu ; car sans Dieu nous ne pouvons rien. La troisième est le souvenir de la Passion et de l'instructif pèlerinage de Jésus-Christ sur la terre. La quatrième arme est le souvenir de la mort : donc faisons le bien pendant qu'il en est temps. La cinquième est le souvenir des biens du paradis : il est impossible, a dit saint Augustin, de jouir des biens présents et des biens futurs. Répétons avec saint François d'Assise : « Seigneur, les justes m'appellent en attendant que vous me donniez la récompense ». La sixième arme est l'autorité des saintes Écritures : c'est avec cette arme que Jésus-Christ a vaincu le démon au désert, c'est cette arme que la bienheureuse vierge Cécile portait toujours cachée dans sa poitrine.
Nous avons encore, de sainte Catherine de Bologne, deux échelles mystiques : la première, qui est l'échelle des vertus, a dix degrés ; la seconde, qui est l'échelle de l'humilité, en a douze. Les dix degrés de la première échelle sont 1° la clôture ou séparation du corps et de l'esprit de toutes les choses du monde ; 2° l'audition ou promptitude à entendre la parole de Dieu, suivant ce mot du prophète : « J'écouterai tout ce que le Seigneur mon Dieu daignera dire à mon cœur » ; 3° la retenue qui est la gardienne des vertus de la religieuse ; 4° le silence ; 5° la gracieuseté, c'est-à-dire la bonté, l'honnêteté, la courtoisie envers toutes sortes de personnes ; 6° la vigilance ; 7° la pureté de l'esprit qui consiste particulièrement à penser toujours bien des autres ; 8° l'obéissance : obéir est la manière la plus sûre de ne pas se tromper ; 9° l'humilité qui est si odieuse au démon et si conforme aux exemples de Jésus-Christ ; 10° l'amour de Dieu et du prochain, lequel est la fin de la vie de tout chrétien et la perfection de la vie religieuse.
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Les douze degrés de l'échelle de l'humilité consistent 1° à avoir un extérieur bienveillant et des manières cordiales ; 2° à parler, en peu de mots, avec discrétion et bas ; 3° à n'être point facile, ni prompt à rire ; 4° à garder le silence jusqu'à ce que l'on soit interrogé ; 5° à observer exactement la règle ; 6° à se croire la plus misérable des personnes du monde ; 7° à confesser qu'on est inutile et inhabile à la moindre chose ; 8° à fréquenter souvent le sacrement de pénitence ; 9° à embrasser promptement l'obéissance, sans murmure ni intérieur ni extérieur ; 10° à se soumettre parfaitement à ceux qui sont au-dessus de nous ; 11° à ne jamais faire sa propre volonté ; 12° à craindre Dieu d'une crainte filiale.
Un jour, une de ses compagnes lui dit : « Si je pouvais faire comme vous, je serais très-heureuse ». Catherine lui répondit : « Ma chère sœur, si vous prétendez avoir ce qu'ont les autres, il faut aussi y mettre un peu du vôtre ». — « Et en quoi consiste ce que je dois mettre du mien ? » La Sainte répondit : « A acquérir les choses suivantes : la première est de mépriser les choses de la terre, jusqu'à oublier même vos parents et vos amis ; la seconde est d'endurer sans murmure la souffrance de toutes vos peines ; la troisième est l'extirpation des vices intérieurs et des airs extérieurs du monde ; la quatrième est la mortification du corps et de l'esprit, la fidélité à écouter les dictées de notre conscience ; la cinquième c'est la compassion envers le prochain.
« Et lorsque votre âme aura acquis ces cinq choses, il sera encore nécessaire de donner tous vos soins à acquérir les cinq suivantes : 1° l'occupation continuelle du corps et de l'esprit, car l'oisiveté engendre beaucoup de péchés ; 2° la sérénité de l'âme et du visage ; 3° la confiance en Dieu ; 4° l'humilité du cœur ; 5° la crainte de Dieu. Et lorsque votre âme aura franchi ces degrés, il faudra qu'elle en monte encore cinq autres, après quoi elle sera dès ce monde admise à la participation de la béatitude dont jouissent dès ici-bas les vrais serviteurs du bon Dieu. Or, voici ces cinq degrés : Le premier est la connaissance de la voie de la perfection, laquelle consiste à connaître particulièrement Jésus-Christ, l'Éternelle Vérité, et à l'imiter ; le second est la liquéfaction, c'est-à-dire que l'on doit tellement aimer Dieu que, par l'effet de cet amour, on se sente comme fondre ; le troisième est l'union avec Dieu, soit par les œuvres soit par les verbes ; le quatrième est la joie en Dieu avec Dieu et pour Dieu ; le cinquième et dernier degré est la louange perpétuelle, c'est-à-dire un désir continu et de glorifier Dieu duquel procèdent tous les biens ».
A propos de l'efficacité de l'oraison, on l'entendait souvent répéter ces belles paroles : « Lorsque vous verrez une personne religieuse qui ne s'adonne pas à l'oraison, ne faites pas grand fondement sur elle et n'ayez pas grande confiance en ses œuvres, parce que, bien qu'elle porte au dehors l'habit d'une personne consacrée à Dieu, manquant de l'esprit d'oraison, elle ne pourra persister longtemps dans ce genre de vie. Qui ne pratique pas assidûment l'oraison et qui ne la coûte pas, n'a pas en soi ces liens qui tiennent noué, attaché et comme étreint à Dieu ; aussi ne sera-ce pas chose étonnante que le monde et le démon la trouvant ainsi seule, l'amènent à se lier avec eux ? »
Sa vie a été écrite en italien environ cinquante ans après sa mort, par Denis Palvetti, de l'Ordre de Saint-François, et traduite en latin par Jean-Antoine Flamini ; voilà d'ici Barcelona l'a tirée pour l'inadver au dix-septième tome des *Annales ecclésiastiques*. L'évêque de Poitiers en fait aussi mention au supplément des *Annales de Barcellona*, et Indulgentius en rapporte la vie, composée par divers auteurs. — Celle que nous donnons ici est extraite du *Palmier séraphique*.
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SAINT PACIEN, ÉVÊQUE DE BARCELONE, PÈRE DE L'ÉGLISE (390).
Saint Pacien, espagnol de naissance, évêque de Barcelone, naquit et mourut dans le IVe siècle de l'Église : selon saint Jérôme, il se rendit également recommandable par la pureté et la sainteté de sa vie, et par son éloquence, c'est-à-dire par la pureté et l'exactitude du discours et la beauté de l'esprit. Il avait été engagé dans le mariage avant son épiscopat, et avait un fils nommé Flavius Dexter, qui fut de si grande considération dans l'empire, qu'on l'honora de la dignité de préfet du prétoire, et qui fut l'ami particulier de saint Jérôme. Il n'employa pas moins ses grands talents à combattre les hérésies que les vices. Nous en avons des preuves, surtout à l'égard des Novatiens, contre les erreurs desquels il écrivit quelques lettres à un homme qui était engagé dans leur secte. On nous en a conservé trois, qui non-seulement justifient le jugement avantageux que saint Jérôme faisait de lui, mais qui font voir encore combien il était attaché à la vérité de la doctrine reçue successivement dans toute l'Église depuis les Apôtres, par le canal d'une tradition pure et constante. C'est là qu'il apprend à tous les fidèles à se distinguer de toutes les sectes, en prenant,
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comme lui, le nom de chrétien et le surnom de catholique, tandis que les hérétiques portent le nom de leurs chefs ou de leurs auteurs. Ce n'est pas seulement dans des écrits contre les Novatiens que notre Saint s'est rendu le défenseur de la pénitence : il n'a pas moins travaillé auprès des catholiques pour en établir la nécessité et les avantages. Dans une de ses exhortations qui nous est restée sur ce sujet, il reconnaît qu'il est quelquefois plus à propos de ne point parler de certains vices, que de les reprendre en les exposant au jour, parce qu'on apprend quelquefois le mal plutôt qu'on ne l'empêche, et qu'il y a des manières d'éteindre le feu qui ne servent qu'à le rallumer. Il se plaignait d'en avoir fait une fâcheuse expérience contre son intention, en publiant son petit livre du Cerf. Il avait composé cet ouvrage contre une sorte de jeu profane appelé le petit Cerf, qui était fort en usage dans la Gaule Narbonnaise et l'Aquitaine, et qui s'était introduit dans la Catalogne. Mais, au lieu du bon effet qu'il s'en était promis, il avait remarqué que son écrit n'avait servi qu'à exciter davantage la curiosité des personnes portées au mal, et qu'il fallait des remèdes plus sûrs, mais d'une vertu plus secrète, pour agir contre des désordres qui sont publics, et soutenus par la multitude. Ce petit traité du Cerf est du nombre des ouvrages de saint Pacien que nous avons perdus : et il ne nous reste, outre ceux dont nous avons parlé, qu'un discours du Baptême, adressé aux catéchumènes. Ce que valent de si précieux restes doit nous faire juger de la grandeur de la perte que nous avons faite. Outre l'élégance du style, qui était très-rare en son siècle, et plus encore dans les suivants, on y trouve une justesse fort grande dans ses pensées, beaucoup de solidité dans ses raisonnements, du tour, de la vivacité et de l'agrément dans sa manière d'écrire : qualités qui, se trouvant jointes à la pureté de la doctrine et des mœurs dans saint Pacien, l'ont fait regarder comme l'un des plus grands ornements de l'Église. Il mourut dans une grande et heureuse vieillesse, sous le règne de Théodose l'ancien, vers l'an 390.
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## SAINTE ALVÈRE.
Alvère se fit la servante du Christ dès son jeune âge. Elle cultiva la piété et la charité avec persévérance et avec progrès, et ainsi se rendit digne du martyre. Frappée avec une hache, par la main de scélérats, elle rendit son âme à Dieu le 9 de mars. Elle a donné son nom au village de Sainte-Alvère, situé dans le diocèse de Périgueux ; on y conserve le chef de la vierge martyre, lequel est marqué d'une large cicatrice. Dans la partie du diocèse de Rodez qui constituait autrefois le diocèse de Vabre, cette vierge martyre est honorée d'un culte spécial. Ses reliques sont conservées dans l'église de Vabre, lieu près duquel coule un petit ruisseau nommé ruisseau de Sainte-Alvère.
C'est le 6 de mars que l'on fait sa fête au diocèse de Rodez.
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## X° JOUR DE MARS
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## MARTYROLOGE ROMAIN.
A Sébaste, en Arménie, les QUARANTE BIENHEUREUX MARTYRS. 320. — A Apamée, en Phrygie, la naissance au ciel des saints martyrs Caius et Alexandre, qui, comme le rapporte Apollinaire, évêque d'Hiérapolis, dans son livre contre les hérétiques Cataphryges, remportèrent, dans la persécution de Marc-Antonin et de Lucius Vérus, la palme d'un glorieux martyre. Vers 168. — En Perse, le supplice de quarante saints martyrs. Vers 375. — A Corinthe, les saints martyrs Codrat, Denis, Cyprien, Anaclet, Paul et Crescent, qui, dans la persécution de Dèce et de Valérien, et sous le président Jason, périrent par le tranchant de l'épée. 258. — En Afrique, saint Victorin, martyr : le jour de sa fête, saint Augustin fit un sermon au peuple. — A Jérusalem, saint Macaire, évêque et confesseur, à l'exhortation duquel les saints lieux furent portés par Constantin et Hélène, et décorés de basiliques saintes. Vers 334. — A Paris, le décès de saint DROCTOVÉN, abbé, disciple de saint Germain, évêque. 580. — Au monastère de Bobbio, saint ATTALE, abbé, illustre par ses miracles. 627.
## MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ.
A Lagny-sur-Marne, au diocèse de Paris, saint Emilien ou Imelin, abbé, disciple et successeur de saint Fursy. Vers 675. — A Poitiers, sainte Disciole, vierge, religieuse de Sainte-Croix. VIe s. — A Nesle-la-Reposte, près de Villeneuve, en Brie, saint Blanchard, confesseur, dont le corps est honoré en ce lieu avec des reliques de saint Boot. Il y a dans le diocèse d'Auch, près de Mirande, une paroisse qui de son nom s'appelle Saint-Blanquart. 659. — A Montenois, au diocèse de Nevers, consécration d'un autel qui renferme les reliques de saint Savinien et saint Potentien, apôtres du Senonais. — En Belgique, à Vissenaeken, près de Tirlemont, la fête de saint Himelin, prêtre, originaire d'Écosse, proche parent et contemporain de saint Rombaud. Il fut trouvé après sa mort la figure illuminée d'un éclat céleste. VIIIe s.
## MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX.
**Martyrologe des Frères Prêcheurs.** — A Palerme, en Sicile, le bienheureux Pierre de Jérémie, confesseur, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, qui, encouragé dans le ministère de la parole de Dieu par saint Vincent Ferrier, se donna tout entier au salut des âmes.
**Martyrologe des Carmes Chaussés.** — Les quarante bienheureux Martyrs, dont le supplice et le triomphe sont rappelés à la mémoire la veille de ce jour.
## ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES.
En Arménie, saint Pierre, évêque de Sébaste, qui ensevelit les restes des quarante bienheureux Martyrs. Vers 328. — A Venise, saint Méliton et son compagnon, martyrs, dont les corps sont conservés dans l'église de Saint-Lazare. — A Nicée, en Bithynie, les saints Gorgone, officier palatin, et Ferme ou Firmin, martyrs, mentionnés dans le martyrologe de saint Jérôme et dans plusieurs autres. — A Antioche, les saintes Agape et Mariane ou Marine, vierges et martyres. — A Nicomédie, les saints Palatin, Firmien et Rustique, martyrs. — En Écosse, saint Kessog, évêque, qui était fils d'un petit roi d'Irlande. VIe s. — En Égypte, sainte Anastasie, patricienne, qui refusa d'épouser l'empereur Justinien pour se consacrer à Dieu. An 567. — En Toscane, le bienheureux André, abbé, de la congrégation de Vallombreuse, disciple de saint Arisid. An 1097. — Encore à Vallombreuse, le bienheureux Jean, qui s'adonna d'abord à l'art de la magie et de la nécromancie : les remontrances de son abbé firent une telle impression sur son esprit qu'il expia par une pénitence rigoureuse les erreurs d'une partie de sa vie. On dit que sa dévotion particulière à saint Domitilla, nièce de l'empereur Domitien, lui mérita de voir souvent cette habitante des cieux. 1380. — A Holleschan, dans l'archidiocèse d'Olmutz, le bienheureux Jean Sarcander, prêtre séculier, né à Skotsochan, dans la Silésie supérieure, le 20 décembre 1578, puis curé de Holleschan, où il mourut le 10 mars 1620, martyrisé de la façon la plus cruelle par les hérétiques, soit en haine de la foi de Jésus-Christ, soit parce qu'il refusa de violer le secret de la confession.
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Événements marquants
- Naissance à Bologne en 1413
- Éducation à la cour de Ferrare avec Marguerite d'Este
- Entrée dans l'association de Lucie Mascaroni à 16 ans
- Réception de l'habit des Clarisses en 1432
- Nomination comme abbesse du nouveau couvent de Bologne en 1456
- Vision de l'Enfant Jésus remis par la Vierge Marie
- Rédaction du traité Les Sept Armes spirituelles
- Mort à Bologne à l'âge de 50 ans
Miracles
- Corps préservé de la corruption sans embaumement
- Vision de l'Enfant Jésus la nuit de Noël
- Guérisons de religieuses malades
- Parfum céleste émanant de son tombeau
- Appel miraculeux de la jeune Léonore Poggi après sa mort
Citations
Prenez le calice de la sainte obéissance, qui ne doit pas vous être si amer, puisque le Fils de Dieu est mort sur la croix pour nous donner l'exemple de cette vertu.
Et sa gloire sera vue en vous.