Sainte Reinelde (Reinilde)
Vierge et Martyre
Résumé
Noble vierge du Hainaut au VIe siècle, Reinelde refusa le mariage pour se consacrer à Dieu. Après un pèlerinage en Terre Sainte, elle fut décapitée par des envahisseurs barbares à Saintes, aux côtés du clerc Grimoald et du serviteur Gondulphe. Elle est honorée pour ses nombreux miracles et sa fontaine guérisseuse.
Biographie
SAINTE REINELDE, VIERGE, ET SES COMPAGNONS,
MARTYRISÉS À SAINTES OU SAINTES, EN HAINAUT.
> Quam mirandi generis mors est, cui parum fuit non esse in penis, nisi exact inceperit in delitiis? > Oh ! l'admirable mort que celle qui est non-seulement la fin de tous les maux, mais encore le commencement de tous les biens. > S. Aug., Tract. xxv sup. Evang. Joan.
Dans les dernières années du VIe siècle, des bandes de barbares, auxquels les peuples effrayés ont donné le nom de Huns, déjà si terribles dans l'histoire, mais qui étaient plutôt des Frisons, se jetèrent sur les provinces du Nord des Gaules et causèrent de grands ravages dans le Hainaut, le Brabant, et jusque dans la Morinie, le Ponthieu et la Picardie. C'est de la main de ces idolâtres que la noble vierge sainte Reinelde, patronne de Condé, sa patrie, reçut la couronne du martyre.
Elle avait pour père le bienheureux Witger, et pour mère sainte Amalberge, dont il a été déjà parlé : son frère, saint Emebert, succédera bientôt à saint Vindicien, sur les sièges de Cambrai et d'Arras, et sainte Gudule, sa sœur, après avoir imité fidèlement ses exemples, méritera un jour comme elle l'auréole des élus. Ainsi toute cette illustre et sainte famille était appelée à embellir nos contrées par le spectacle de ses vertus, et sainte Reinelde, à l'arroser de son sang virginal.
Dès ses premières années, elle donna de grandes espérances qui devaient pleinement se réaliser. Aussi ses parents l'environnaient-ils de leurs soins et de leur sollicitude, afin de faire croître dans son cœur innocent les germes de vertu que Dieu y avait déposés. Lorsqu'elle fut arrivée à l'âge de l'adolescence, elle se vit recherchée, à cause de sa naissance et de ses brillantes qualités, par un grand nombre de jeunes seigneurs, qui tous ambitionnaient l'honneur d'avoir pour épouse une personne si accomplie.
Reinelde sut décliner avec prudence toutes ces prétentions, et déclara ouvertement qu'elle ne vivrait que pour Dieu, à qui elle voulait consacrer ses biens, sa virginité et toute son existence. Déjà même elle se préparait à l'accomplissement de ce généreux sacrifice, par la pratique des bonnes œuvres. Les jeûnes, les veilles et les prières faisaient ses délices ; elle soulageait les pauvres, les malades, les infirmes, et leur procurait tous les secours qui étaient en son pouvoir. Sa présence rappelait partout la joie, la paix et la confiance en Dieu. Elle parlait sans cesse de lui avec un sentiment de bonheur qui se trahissait dans ses traits, et qui pénétrait le cœur de tous ceux qui l'entendaient. Dans sa demeure, on la voyait toujours soumise aux volontés de ses parents, et pleine de douceur et d'affabilité envers les serviteurs, à qui elle rendait même plus de services qu'elle n'en recevait.
Lorsque Witger et son épouse, déjà avancés en âge, se retirèrent chacun
Alias : Ernelle, Renelle, Reinilde.
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Dans un monastère, pour y terminer tranquillement leurs jours, sainte Reinelde, et sa sœur sainte Gudule, qui était animée des mêmes sentiments, se disposèrent à faire à Dieu le sacrifice de leurs biens, et à les consacrer en bonnes œuvres. Après avoir pris toutes les mesures que la prudence commandait, elles se rendirent à l'abbaye de Lobbes, où leur père était mort depuis peu, et où leur vénérable mère sainte Amalberge, alors au monastère de Maubeuge, devait bientôt après faire transporter sa dépouille mortelle.
Les religieux leur ayant dit que ce lieu, d'après leur règle, était interdit aux personnes du sexe, et que jamais aucune d'elles n'y était entrée, sainte Gudule se retira et alla vivre presque aussitôt dans le monastère de Morselle, sur les rives de la Meuse. Pour Reinelde, pleine de confiance en Dieu qui sans doute lui inspirait cette résolution, elle demeura trois jours et trois nuits près de l'abbaye, ne cessant de conjurer le Seigneur d'exaucer ses prières et de lui faire connaître sa sainte volonté. Au milieu de la troisième nuit, tandis que tous les religieux reposaient, les portes de l'église s'ouvrent tout à coup, sans que personne y porte la main, et la cloche du monastère se fait entendre. Réveillés par ce bruit étrange, les frères accourent de toutes parts pour en connaître la cause. Quelle n'est pas leur surprise de rencontrer sainte Reinelde, en prière et les bras étendus devant l'image du Sauveur ! Ils lui demandent aussitôt la raison du bruit qu'ils ont entendu, et comment elle a pu pénétrer dans l'église. « Si vous n'avez point voulu y introduire une pécheresse comme moi », répond l'humble servante de Jésus-Christ, « Dieu, dont la miséricorde est infinie, la lui a ouverte malgré ses péchés, et c'est par sa puissance que vous m'y voyez entrée ». En entendant ces paroles, le supérieur du monastère et ses religieux reconnurent la haute sainteté de la Vierge de Condé et l'étonnant prodige que Dieu venait de faire en sa faveur : tous alors se prosternèrent devant elle, la suppliant d'adresser au ciel des prières pour leur communauté. Sainte Reinelde, à son tour, leur demanda de la recommander au Seigneur, afin qu'en toutes choses elle accomplisse son adorable volonté.
Après avoir rendu à Dieu ses hommages et fait à l'apôtre saint Pierre, patron du monastère, l'offrande d'une partie de ses biens, sainte Reinelde, accompagnée seulement d'un serviteur et d'une servante d'une vertu éprouvée, entreprit le pèlerinage de la Terre Sainte. Les différentes particularités de ce lointain voyage ne sont point connues ; on voit seulement qu'à son retour, elle rapporta un grand nombre de reliques précieuses, entre autres, un morceau du saint Sépulcre, du bois de la vraie Croix et de l'habit de la sainte Vierge.
Rentrée au milieu des siens, Reinelde continua la vie édifiante et mortifiée qu'elle avait menée jusqu'alors. Tous les habitants de la contrée l'appelaient la Sainte et lui témoignaient le profond respect dont son éminente piété les pénétrait. L'humble Vierge rapportait fidèlement à Dieu ces hommages, et en profitait pour attirer les âmes à lui et faire fleurir partout auprès d'elle les vertus chrétiennes.
Ce fut pendant qu'elle se livrait à l'exercice de toutes sortes de bonnes œuvres, que des tribus barbares fondirent tout à coup sur le pays et y causèrent d'épouvantables ravages. À l'approche du danger, un grand nombre d'habitants s'étaient retirés dans des cavernes, des forêts et d'autres lieux inaccessibles, pour y mettre leur vie en sûreté. Pour sainte Reinelde, se confiant en Dieu et remettant son sort entre ses mains, elle resta dans l'église avec deux personnes, un clerc appelé Grimoald ou Grimold et un ser-
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viteur du nom de Gondulphe. Là, les bras en croix et prosternée humblement devant l'autel du martyr saint Quentin, elle demandait à Jésus-Christ la grâce de répandre pour lui son sang, comme il avait daigné répandre le sien pour le salut des hommes.
Les barbares, semblables à des animaux furieux, se jetèrent avec rage et violence sur toute la contrée : bientôt ils arrivèrent dans le village abandonné, et se dirigeant vers l'église, ils y égorgèrent les trois victimes qui s'étaient comme dévouées pour le salut du peuple entier. Sainte Reinelde et le sous-diacre saint Grimoald eurent la tête tranchée ; Gondulphe, sans qu'on puisse expliquer la raison d'un semblable supplice, eut la tête percée de gros clous. Après ce massacre, les idolâtres essayèrent de mettre le feu à l'église, mais toutes leurs tentatives furent inutiles. Lorsqu'ils eurent ravagé tout le pays, ils retournèrent vers les côtes de la Frise, et c'est alors que les habitants, en rentrant dans leur village, retrouvèrent les restes sanglants des trois Martyrs qu'ils enterrèrent dans l'église avec tous les honneurs dus à des corps saints.
On représente sainte Reinelde : 1° traînée par les cheveux, puis décapitée par les barbares ; 2° ayant à ses côtés l'épée, caractéristique de son martyre ; 3° dans un groupe, avec sa mère sainte Amalberge et sa sœur sainte Gudule.
Elle est patronne de Maeseyck, petite ville du Limbourg belge, sur la Meuse.
## CULTE ET RELIQUES.
De nombreuses guérisons ont été opérées au tombeau de sainte Reinelde ; ses Actes citent entre autres celle d'un paralytique de sept ans, d'un grand nombre d'aveugles et de boiteux. Des ex-voto multipliés rappellent le souvenir de ces bienfaits de la Vierge martyre. Il y eut plusieurs élévations de son corps : l'une, qui paraît être la première, fut faite en 806 par les évêques de Cambrai, de Tournai et de Liège ; l'autre, qui eut lieu sous le pontificat de saint Grégoire VII, par Gérard, évêque de Cambrai et d'Arras. Dans les années 1170 et 1352, les abbés de Lobbes, Jean et Pierre, visitèrent ces saintes reliques et les exposèrent à la vénération du peuple. Enfin, en 1621, l'illustre François van der Burch, archevêque de Cambrai, visita lui-même ce lieu si cher à la piété des fidèles.
Le culte de sainte Reinelde a été de tout temps très-célèbre dans le Hainaut et le Brabant, et surtout dans le village où elle a été martyrisée. On l'invoque particulièrement pour la guérison des ulcères invétérés, des blessures et d'autres infirmités semblables. Pour cet effet, on emploie surtout avec succès l'eau d'une fontaine, distante de l'église d'environ un demi-quart de lieue, et qui porte aussi le nom de Fontaine de Sainte-Reinelde. Dieu a bien souvent récompensé par des guérisons extraordinaires la foi et la piété des infirmes et des malades qui en venaient chercher, ou à qui on en portait. On voit quelquefois des personnes qui se rendent en ce lieu, non-seulement de Halle, mais encore de pays très éloignés.
La dévotion envers sainte Reinelde amène souvent beaucoup de pèlerins auprès de ses précieuses reliques. Le jour de sa fête surtout, 16 de juillet, on en aperçoit des multitudes qui arrivent de tous les villages voisins. Les travaux sont alors suspendus, et les habitants profitent de ce repos pour remplir leurs devoirs religieux.
La fête de la Sainte-Trinité attire aussi à Saintes un immense concours de pèlerins : ce jour-là, on fait une procession très-solennelle dans laquelle les reliques de la Vierge martyrisée sont portées triomphalement sur un char, avec les deux châsses qui renferment celles de saint Grimoald et de saint Gondulphe.
La châsse qui contient la précieuse dépouille de sainte Reinelde est en cuivre doré et d'un très-beau travail : des deux côtés on voit douze petites statuettes en argent qui représentent les Apôtres. La Patronne occupe seule une de ces faces de la châsse, et la sainte Vierge la face opposée. Cette statue de sainte Reinelde est aussi en argent et de la hauteur de trente centimètres environ : elle est représentée en costume de pèlerin, un bourdon dans la main gauche et une palme dans la main droite.
Outre les indulgences accordées par les souverains Pontifes, en faveur des pieux fidèles qui viendraient honorer la Sainte, dans le lieu où elle a répandu son sang pour Jésus-Christ, une confrérie, établie par les habitants de Saintes et des lieux voisins, attire encore, sur toute la contrée,
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d'abondantes bénédictions. Les règles de cette association sont très-sages et très-propres à faire avancer dans la vertu tous ceux qui les suivent avec fidélité.
Il y a auprès de Halle, sur la route qui conduit à Enghien, un village qui porte le nom de Sainte-Reinelde, et où cette sainte Martyre est aussi très-vénérée.
A Condé, rapporte un très-respectable témoin oculaire, on désigne encore l'endroit où existait le château qu'elle habitait. De toutes parts on vient l'invoquer devant sa statue placée dans l'église, et les pèlerins vont tous puiser au puits de sainte Reinelde une eau qui a opéré souvent, dit-on, des guérisons remarquables. Ce puits se trouve aujourd'hui dans le vaste enclos de l'arsenal : il est entouré de margelles à hauteur d'appui, et entretenu avec soin et respect par le commandant de l'artillerie. L'église de Condé possède aussi un très-ancien reliquaire sur lequel on lit l'invocation suivante : « Sainte Reinelde, native de Condé, priez pour nous ».
Nous avons emprunté cette biographie à la Vie des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par l'abbé Destombes.
Événements marquants
- Vœu de virginité et refus de mariage
- Retraite de ses parents en monastère
- Tentative d'entrée à l'abbaye de Lobbes et miracle de l'ouverture des portes
- Pèlerinage en Terre Sainte
- Retour avec des reliques (Saint Sépulcre, Vraie Croix)
- Martyre par décapitation lors d'une invasion de barbares (Frisons)
Miracles
- Ouverture miraculeuse des portes de l'église de Lobbes
- Sonnerie spontanée de la cloche du monastère
- Incombustibilité de l'église après le massacre
- Guérisons d'aveugles, de boiteux et d'un paralytique à son tombeau
- Propriétés curatives de sa fontaine
Citations
Dieu, dont la miséricorde est infinie, la lui a ouverte malgré ses péchés, et c'est par sa puissance que vous m'y voyez entrée