Sainte Marguerite (Marine) d'Antioche

Vierge et Martyre

Fête : 20 juillet • sainte

Résumé

Vierge d'Antioche de Pisidie, Marguerite fut rejetée par son père, prêtre idolâtre, pour sa foi chrétienne. Après avoir refusé les avances du préfet Olybrius, elle subit d'atroces supplices, triomphant d'un dragon en prison avant d'être décapitée. Elle est particulièrement vénérée comme protectrice des femmes enceintes.

Biographie

SAINTE MARGUERITE OU MARINE,

VIERGE ET MARTYRE À ANTIOCHE DE PISIDIE

Recuit homines infeliciter felices sunt, martyres autem feliciter infelices erant : erant enim ad tempus infelices, sed in aeternum felices.

Les hommes du siècle sont malheureusement heureux, tandis que les martyrs étaient heureusement malheureux ; car un bonheur éternel était la récompense de quelques instants de malheur.

B. Aug., sup. psalm., cxxvii.

Cette Vierge admirable, que les Grecs appellent Marine, était d'Antioche de Pisidie, aujourd'hui Ak Cheher, sur la frontière de la Pisidie et de la Phrygie. Elle eut pour père un prêtre idolâtre, de grande réputation, nommé Aédésius. Sa mère étant morte peu de temps après sa naissance, elle fut mise en nourrice à cinq ou six lieues de la ville, chez une vertueuse femme qui lui inspira de bonne heure l'horreur du vice et l'amour de la vertu.

20 JUILLET.

Marguerite grandissait merveilleusement en prudence, en modestie, en pudeur et dans toutes les autres vertus convenables à son sexe. Ayant entendu la parole vivifiante de la foi et la prédication de l'Évangile, elle embrassa aussitôt le christianisme, et ne voulut plus reconnaître d'autre maître que Jésus-Christ. Elle lui consacra même sa virginité et le choisit pour son Époux éternel.

Le père, s'étant aperçu que sa fille était chrétienne, entreprit de la faire renoncer à sa religion. Comme ses efforts restaient sans résultat, il déchargea sur elle toute l'amertume de sa fureur, au point qu'il ne pouvait pas même supporter sa vue ; car il l'avait en abomination, et finit par l'éloigner d'auprès de lui. Mais le Seigneur, qui n'abandonne jamais ceux qui espèrent en lui, daigna la consoler dans sa grande bonté, et il la rendit si chère à sa nourrice, que celle-ci l'aimait comme l'enfant de son sein ; car, elle aussi était chrétienne, et ses œuvres étaient d'accord avec sa foi. Entre autres vertus admirables que la grâce divine avait départies à la jeune Vierge, on voyait briller en elle un tel amour de la sainte humilité, qu'elle ne s'enorgueillissait jamais de la noblesse de son origine, et, comme son père l'avait chassée de sa maison, elle obéissait en tout à sa nourrice, comme une simple servante ; elle gardait même ses brebis, et ne rougissait point de les mener paître avec les autres jeunes filles ; s'acquittant de cet office avec beaucoup d'humilité et de douceur, à l'exemple de la belle et humble Rachel, mère du patriarche Joseph, qui, dans ses jeunes années, gardait les troupeaux de son père.

Sur ces entrefaites, il arriva qu'un préfet du prétoire, nommé Olybrius, homme gonflé de fureur et d'impiété, se rendait de l'Asie à Antioche pour persécuter les chrétiens. Comme il passait dans cette ville, il aperçut la bienheureuse Marguerite qui paissait ses brebis avec d'autres jeunes filles de son âge. Frappé de sa beauté, et vaincu par la concupiscence, il donna cet ordre à ses serviteurs : « Allez de suite, informez-vous diligemment de cette jeune fille. Si elle est de condition libre, j'en ferai mon épouse ; si, au contraire, elle est née dans l'esclavage, je donnerai pour la racheter le prix qu'elle mérite, et elle prendra rang parmi mes concubines ». Les serviteurs s'empressèrent d'exécuter les ordres de leur maître, et lui amenèrent en toute hâte la jeune Marguerite. Tandis que ces impies la conduisaient ainsi, la bienheureuse Vierge, saisie de crainte et d'épouvante à la pensée de la fragilité de son sexe, se mit à trembler de tous ses membres ; et sa terreur redoublait en songeant à l'atroce barbarie des tourments que les païens faisaient alors endurer aux fidèles.

Elle s'adressa donc à Jésus, son époux, et le conjura de lui donner le courage de supporter les tourments les plus horribles plutôt que de trahir la foi qu'elle lui avait jurée. « Envoyez », lui dit-elle, « votre saint Ange ; qu'il garde, protège et défende mon corps et mon âme ». Tandis que la bienheureuse Vierge priait ainsi, les gens du préfet arrivèrent devant lui et lui dirent : « Cette jeune fille est ennemie des dieux et de l'empire ; elle adore Jésus jadis crucifié par les Juifs, et ni nos menaces ni nos promesses n'ont pu l'ébranler ». Le juge inique ordonna qu'on la lui présentât sans retard. Lorsqu'elle fut devant lui, il lui parla ainsi : « Ne crains rien, jeune fille ; mais dis-moi quelle est ton origine, et découvre-moi clairement si tu es libre ou esclave ». La Vierge lui répondit : « Ma famille est très-connue dans cette ville, et je ne suis pas d'une naissance si obscure que je doive cacher mon origine ; mais, puisque tu parles de liberté, sache que je ne dépends d'aucun homme : je confesse de cœur et de bouche que je suis servante de mon maître Jésus-Christ, que dès l'âge le plus tendre j'ai appris à révérer, à honorer, et que j'adorerai toujours ». — « Quel est ton nom? » — « Les hommes m'appellent Marguerite ; mais au saint Baptême j'en ai reçu un autre plus illustre : je me nomme Chrétienne ». Cette réponse remplit le président d'une fureur indicible ; et aussitôt il donna l'ordre de l'enfermer dans une prison ténébreuse, et défendit de lui donner aucun secours, pas même à boire ni à manger ; il espérait que cette privation de toute assistance humaine et les ténèbres du cachot la feraient consentir à ses volontés. Mais Marguerite, consolée par une visite des saints Anges et favorisée d'une lumière céleste, n'en persévérait qu'avec plus de constance dans la confession du nom du Christ, et regardait comme très-peu de chose tout ce qu'on avait imaginé pour la faire souffrir.

Le préfet, voyant que rien ne pouvait l'ébranler dans sa foi, ni les bons traitements, ni la crainte des supplices, continua sa route vers la ville d'Antioche. Dès qu'il y fut arrivé, il convoqua la noblesse de la ville avec tous ceux qui paraissaient avoir le plus de sagesse, afin de prendre conseil d'eux sur tous les moyens, non pas de perdre Marguerite en la faisant mourir, mais de la vaincre, soit par des raisonnements artificieux, soit par la terreur. Après qu'il eut longuement exposé l'affaire, il s'arrêta au dessein de produire la jeune Vierge dans l'assemblée du peuple et de l'examiner publiquement, ajoutant : « Peut-être que la honte de se voir ainsi exposée aux regards de la multitude la fera fléchir, et ce que n'ont pu faire ni la faim, ni la prison, l'intimidation l'obtiendra ». Le deuxième jour après son entrée dans la ville, le préfet donna donc l'ordre qu'on lui érigât un tribunal splendide et que l'on convoquât toute la ville au spectacle qu'il voulait lui donner dans l'interrogatoire de la Vierge.

Au jour indiqué, il se fit une grande réunion de peuple de l'un et l'autre sexe. Le préfet, paré de ses plus magnifiques ornements, s'assit sur son trône et commanda d'amener en présence de tout le monde celle qui cultivait en son cœur la foi du Christ. Après qu'elle lui eut été présentée, il commença par lui adresser de bienveillantes paroles ; il l'invita à renoncer à ses erreurs, qui lui attireraient des tourments et même la mort, tandis qu'en revenant à des idées plus saines, elle gagnerait ses bonnes grâces. « Choisis », lui dit-il en finissant, « je te propose aujourd'hui la vie ou la mort, la joie ou les tourments ».

La Vierge du Christ répondit : « La vie et la joie véritables, grâces à Dieu, je les ai déjà trouvées, je les ai placées, pour n'en plus sortir, dans la forte citadelle de mon cœur : je veux dire que j'adore, que je glorifie le Seigneur Jésus-Christ, que je le vénère avec une confiance assurée, et que je ne cesserai de l'honorer de toute mon âme. Du reste, ne te donne plus autant de peine à mon sujet, et ne te fatigue point par tes incertitudes ; sache-le bien, nulle puissance humaine, aucune torture, ne sont capables d'enlever de mon cœur un si précieux trésor ». Olybrius lui dit alors : « Ton orgueil, ton opiniâtreté sont étranges ! plus je suis clément, plus tu montres d'âpreté. C'est ce qui nous ferait croire que ces discours ne viennent pas de toi, mais qu'un autre te les a suggérés ; je suis persuadé que quelqu'un t'a enlacée dans toutes ces chimères comme dans un filet. De là vient que tu ne sais pas rentrer en ton cœur, et que tu nous as fait de telles réponses. Ton âge seul prouve évidemment ce que j'avance ; car de toi-même tu n'aurais pas su parler de la sorte. Eh bien ! dis-nous sans détour quelle est la personne qui t'a si bien stylée ». La bienheureuse Marguerite repartit : « Tu prétends que j'ai été séduite et endoctrinée de folles extravagances »

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si tu veux m'écouter, tu ne tarderas pas à savoir ce qu'il en est, à la condition, toutefois, que tu croiras au Christ ». Et le préfet : « Oui, je t'écouterai volontiers ; car je désire connaître ce que tu as à nous dire ».

Marguerite, reprenant la parole : « Ne sois pas étonné, ô juge », dit-elle, « de ce que ma faiblesse va dérouler à tes yeux ; car ce ne sont point des arguments humains. Écoute donc, et que ta sagesse en fasse son profit. Celui qui sert Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a pas besoin d'un maître mortel qui l'instruise et lui enseigne à préparer ce qu'il doit répondre ; car il a voulu lui-même en faire la promesse à ceux qui se confient en lui, leur disant : Lorsque vous serez livrés aux puissances du siècle, et que vous comparaitrez devant les rois et les présidents, ne pensez point à ce que vous aurez à dire, ni de quelle manière vous devez répondre ; l'Esprit-Saint parlera dignement pour vous. Donc, si cela est, ou plutôt parce que c'est ainsi, ce n'est point par des moyens humains, mais par la foi que j'ai été instruite. En effet, c'est en croyant que j'ai trouvé un maître, et c'est aussi en croyant que nous apprenons à conserver notre foi et à résister à vos infernales persuasions ».

Le président repartit : « Nous pensions que tu allais nous dire quelque chose de sensé ; mais tu n'as produit qu'un impudent mensonge. Nous avions déjà appris que la séduction du Christ est telle que celui qui a été une fois imbu de sa doctrine, nulle discussion, nulle violence ne peuvent l'ébranler. Ainsi donc, grâce à ton entêtement, nous connaissons maintenant par expérience ce que nous avions déjà ouï dire. Mais que jamais un pareil maître ne vienne s'adresser à mon intelligence ; loin de moi une semblable doctrine qui, en faisant mépriser la puissance des princes, nous prive des joies les plus séduisantes et nous jette dans une tribulation perpétuelle. C'est parce que tu ignores, jeune fille, combien est grande l'indignation des empereurs contre la foi des chrétiens, que tu prétends conserver sans inquiétude ce qui te semble droit et saint. Si tu voulais écouter les conseils que nous t'adressons, tu verrais clairement quel est le moyen d'éviter la mort et de trouver la vie. Mais ne te laisse pas tromper par un vain espoir ; sache, au contraire, que les invincibles empereurs m'ont constitué juge en ce lieu, afin que tous les partisans du Christ qui n'adorent pas les dieux, je les mette en pièces sans pitié, par divers supplices, et qu'après les avoir ainsi déchirés, je leur fasse subir la mort la plus amère. Et comme ces ordres ont été sanctionnés par les édits impériaux, vois ce que tu as à faire, maintenant que tu en as le loisir et que notre indulgence veut bien ainsi condescendre à ta jeunesse, de peur qu'ensuite tu cherches ce temps d'indulgence, sans le pouvoir plus trouver, lorsque ton entêtement aura commencé à sentir notre indignation. Encore une fois, ne te laisse point aller à la folle espérance que tu pourras, d'une manière ou d'une autre, échapper à la puissance de mon bras, et sois bien persuadée qu'aucune force n'est capable de te délivrer de mes mains. Si telles étaient tes pensées, désabuse-toi. Rentre plutôt en toi-même, hâte-toi d'accomplir ce que nous ordonnons, et prépare-toi à venir avec nous, au jour indiqué, adorer la majesté des dieux : sinon, tu expireras au milieu des tourments les plus cruels ».

La bienheureuse Marguerite répondit : « À quoi bon me menacer des tourments, juge impie ? Pourquoi vouloir détruire par la terreur la religion chrétienne, et te glorifier de ce que personne ne saurait m'arracher de tes mains ? Si mon Seigneur Jésus-Christ n'était qu'un homme, comme ta folie te le fait croire, et s'il n'était pas plutôt et très-véritablement Dieu et homme tout à la fois, et de plus le roi du ciel et de la terre, tes menaces

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pourraient m'inspirer de la frayeur et me contraindre à l'obéir en adorant des simulacres muets ; mais, parce qu'il habite dans les cieux, d'où il voit tout ce qu'il y a de plus humble, et que, selon un prophète, « le ciel est le trône de sa gloire, et la terre l'escabeau de ses pieds » ; et qu'il a une puissance telle que, s'il le voulait, à l'instant même l'enfer t'engloutirait tout vif avec ton entourage : quelle insigne stupidité ne serait-ce pas que d'abandonner un tel Seigneur pour baisser la tête devant de vaines idoles et leur rendre gloire ! Donc, ô juge, je ne dois te laisser dans aucune incertitude à cet égard ; écoute et sois assuré de ce que je vais te dire : je n'obéis pas aux édits des empereurs, je ne redoute point l'effet de tes menaces. Tue-moi, si tu veux, déchire-moi, fais-moi brûler vive, jette-moi sous la dent des bêtes ; tu peux me mettre à mort ; mais me séparer de l'amour du Christ, jamais ».

Le président, furieux de tels discours, ordonna de la suspendre par la tête et de la frapper de verges à coups redoublés. Les bourreaux exécutèrent ces ordres d'une manière si cruelle, que le sang qui s'échappait du corps si délicat de la jeune vierge ruisselait sur la terre comme d'une source. Bon nombre d'hommes et de femmes témoins d'une exécution si barbare, ne purent retenir des larmes de compassion et des gémissements ; et, comme pour la consoler, ils disaient à la bienheureuse martyre : « O vierge si belle, nous sommes grandement affligés des tourments que tu endures en tes membres, et nous voudrions tout entreprendre pour te délivrer ; mais nous ne le pouvons. Écoute cependant notre conseil : ce tyran, comme tu vois, est toujours dans le bouillonnement de sa fureur, et ainsi hors de lui par la colère, il se hâte d'effacer ta mémoire de dessus la terre. Mais toi, ô vierge, toi qui es douée de tant de sagesse, épargne enfin ta vie, aie pitié de toi-même : et pour cela acquiesce au moins un instant à ce que le juge demande de toi, et probablement touché de compassion, il ne te livrera pas à la mort ». La sainte martyre leur répondit : « Assez, assez, ô hommes illustres ; retirez-vous, ô nobles femmes, et n'allez pas, par vos pleurs, affaiblir mon courage ; car, comme dit l'Apôtre, les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs. Je vous pardonne toutefois, parce que vous agissez en cela par humanité, et que, marchant dans les ténèbres, vous ne jouissez pas de la vraie lumière. Si vous connaissiez la lumière de la vérité, non-seulement vous ne voudriez pas me faire abandonner le droit sentier, mais plutôt vous vous livreriez vous-mêmes spontanément aux supplices pour le nom de Jésus-Christ ».

Alors le président Olybrius, indigné, donna l'ordre de la suspendre au chevalet, et de lui déchirer les flancs avec des ongles de fer très-aigus. Les bourreaux, se mettant aussitôt à l'œuvre, lacérèrent si impitoyablement les chairs de la jeune martyre, qu'ils les enlevèrent par lambeaux jusqu'aux entrailles, qui parurent à découvert, et que le sang jaillissait de toutes parts. Les assistants ne purent tenir à un tel spectacle, et tous, jusqu'à l'exécrable préfet, détournaient leurs visages, tant cette atroce barbarie leur faisait horreur. Quant à la Sainte, fortifiée par un secours céleste, elle comptait pour rien les tourments qu'elle endurait ; et plusieurs de ceux qui étaient présents, admirant son courage, se disaient : « Voyez comme une tendre et délicate jeune fille supporte de sanglants supplices que les hommes les plus vaillants n'oseraient pas même regarder ». Mais les gens du préfet prirent occasion de ce qui aurait dû fléchir leur inhumanité pour inventer de nouveaux tourments qui devaient aboutir à la mort. Voyant que la vierge du Seigneur se riait des ongles de fer, ils s'étudièrent à imaginer des tortures encore plus atroces, qui devaient ou la contraindre à se rendre, ou lui procurer le genre de mort le plus cruel. Ils résolurent donc de la livrer aux flammes le jour suivant. Et après qu'ils eurent arrêté ce projet, ils donnèrent l'ordre de la reconduire dans les ténèbres de sa prison.

La martyre y étant entrée, leva les mains vers le Seigneur, et pria Dieu de lui accorder une persévérance virile dans le supplice et les tentations. Pendant qu'elle implorait ainsi le secours de Dieu, le démon, avec ses mille moyens de nuire, s'apprêta à l'effrayer par divers artifices et des prestiges fantastiques. Se transformant devant elle en dragon, et lançant de la gueule et des narines un feu infect, il semblait prêt à la dévorer. La bienheureuse vierge, à la vue de cette forme menaçante, recourut, selon son ordinaire, aux armes de la prière, et formant le signe de la croix contre l'ennemi, elle implorait ainsi le secours d'en haut : « Seigneur Jésus-Christ, défenseur de vos soldats, vous qui avez humilié par la victoire de votre croix l'orgueil du démon, levez-vous pour me secourir ; dites à mon âme : Je suis ton salut. Car vous avez dit vous-même : Tu marcheras sur l'aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon ». À ces paroles, l'antique serpent se retira confus, et ne put rien entreprendre contre la vierge. Et aussitôt, ravie de joie de l'assistance céleste, Marguerite rendit de grandes actions de grâces à Dieu, Sauveur de tous ceux qui espèrent en lui. L'ennemi du nom chrétien essaya encore d'effrayer la Sainte en lui apparaissant sous la forme d'un homme horrible ; mais Marguerite lui ordonna, au nom du Seigneur, de s'éloigner d'elle, et il lui obéit en lui avouant sa défaite.

À ces attaques infernales succéda une visite céleste qui combla de joie la vierge du Christ. Une lumière divine, resplendissante comme le soleil, brilla dans la prison ; puis, dans cette lumière, apparut l'image de la croix du salut, au sommet de laquelle vint se reposer une colombe plus blanche que la neige, et aussitôt une voix se fit entendre pour féliciter la jeune martyre et l'exhorter à la persévérance. Cette visite fortifia de plus en plus la bienheureuse vierge ; et son âme en reçut un tel accroissement de vigueur et de patience, qu'elle aurait défié tous les tourments.

Le matin étant venu, le juge, qui n'avait rien perdu de sa fureur contre la Sainte, donna l'ordre de l'extraire de la dégoûtante prison où il l'avait fait enfermer, et de l'amener à son tribunal devant le peuple assemblé. Comme elle se présentait avec le visage d'une personne qui n'aurait souffert aucun mal, Olybrius lui fit de terribles menaces pour ébranler sa constance : il lui dit que si elle ne consentait sur-le-champ à adorer les dieux de l'empire, il lui ferait souffrir le supplice du feu. La sainte martyre répondit au superbe tyran : « De quoi t'inquiètes-tu, ô juge ! et à quoi bon ces menaces de me faire brûler vive ? Nous ne craignons point tes menaces, et nous ne redoutons nullement tes supplices ; car celui qui envisage la grandeur des récompenses méprise aisément les tourments. C'est pourquoi ni le feu, ni le glaive, ni le péril de la mort, ne pourront jamais me séparer de mon Seigneur Jésus-Christ. Seulement, je te prie de ne point différer ce que tu veux faire ; car nous te méprisons aussi bien que tes dieux, et je ne cesserai point d'adorer et de glorifier le Seigneur et lui seul ».

Quand elle eut cessé de parler, le cruel juge, encore plus exaspéré, ordonna de la dépouiller et de la suspendre au moyen de poulies, puis de lui brûler tous les membres avec des torches ardentes. Durant ce supplice il lui disait par dérision : « Réjouis-toi, Marguerite, tressaille en ton Christ,

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que tu ne renieras en aucune manière, à ce que tu assures. C'est lui qui t'a acquis ce repos, cette volupté. Eh bien ! qu'il vienne te secourir, s'il le peut, et qu'il te délivre de ce feu. Mais si tu veux obéir à nos ordres et prendre pitié de toi-même, il en est temps encore ; nous te procurerons tant et de si grandes délices, que tu oublieras promptement tous les tourments que tu as endurés ». La bienheureuse Marguerite lui répondit : « Tu plaisantes de ce supplice d'un feu qui n'est que momentané, et tu ne songes pas à celui qui est éternel ! C'est là la gloire des chrétiens, qui les conduit à une joie qui ne finira jamais. J'ai toujours eu le désir de souffrir ce que tu me fais endurer, et cette pensée me faisait soupirer. Ce feu, il est vrai, brûle mes membres durant quelques instants ; mais toi, si vieilli dans l'idolâtrie, tu seras livré à des brasiers éternels. Ce même Seigneur du ciel et de la terre, qui délivra trois enfants d'une fournaise ardente, me procure aussi à moi, sa servante, un doux rafraîchissement qui tempère mes souffrances, afin que ce feu ne me surmonte pas, et qu'après avoir vaincu ton opiniâtre persistance, j'aie le bonheur de chanter avec eux l'hymne de glorification ». Après avoir ainsi parlé, elle leva les yeux au ciel et fit cette prière : « Seigneur, créateur de toutes choses, vous à qui tous les éléments obéissent, exaucez mes cris qui s'élèvent jusqu'à vous, et faites que je ne sois pas vaincue par ce feu ». O prodige de la puissance du Seigneur ! Ces lampes embrasées lui procuraient un rafraîchissement comme d'une douce rosée, et elle disait au juge : « Comprends, du moins à présent, quel est mon Seigneur que j'adore ; il est doué d'une telle puissance que ce feu a perdu toute sa vigueur et ne brûle plus mes membres ».

Les bourreaux fatigués et vaincus la laissèrent suspendue, mais sans aucune lésion, et ils dirent au préfet : « Que notre maître daigne ordonner de quelle manière il faut punir cette ennemie des dieux, car jusqu'ici tous nos efforts ont été vains ». Olybrius ordonna alors d'apporter une grande chaudière, de la remplir d'eau bouillante et d'y précipiter la Martyre, pieds et mains liés. Lorsque Marguerite eut été jetée au fond de la chaudière, elle priait ainsi : « Brisez ces liens, Seigneur, afin que je vous offre un sacrifice de louange, et que les peuples, en le voyant, croient que vous êtes le seul Dieu plein de gloire, que ce malheureux monde ignore ». Elle parlait encore que ses liens se rompirent, et la Sainte se leva debout saine et sauve. Ceux qui étaient présents, voyant tant de merveilles que Dieu opérait en elle, s'écriaient, ravis d'admiration : « Oui, il est vraiment grand, il est le seul véritable, le Dieu que sert cette jeune vierge et qui, à sa prière, a fait éclater tant et de si grands prodiges ! » La sainte martyre prit de là occasion de leur parler de Dieu. Elle leur dit donc : « O hommes sages ! considérez et sachez que le Seigneur est le créateur de toutes choses, à qui toutes les créatures obéissent, ainsi que vous avez pu vous en convaincre par ce qui m'est arrivé. Laissez donc le culte de ces vains simulacres, et convertissez-vous à votre Créateur, le Sauveur des âmes, qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Si vous revenez à lui de tout votre cœur, et si, après avoir été lavés par le saint baptême, vous observez par vos œuvres et vos paroles la foi chrétienne, non-seulement vos âmes jouiront du bienheureux repos, mais, de plus, lorsque la résurrection générale aura lieu, vous recevrez une double récompense ; alors vos corps, comme vos âmes, nageront dans une joie ineffable qui n'aura point de terme ». Cette exhortation produisit son effet ; et une multitude de personnes, quittant les erreurs du paganisme, embrassèrent la foi du Christ.

Le détestable président, ayant appris ce qui s'était passé, commença à

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craindre que le peuple ne s'insurgeât contre lui et ne lui fît perdre, avec la vie, ses honneurs et ses dignités. C'est pourquoi, sans faire aucune enquête, il ordonna de décapiter tous ceux qui avaient suivi les conseils de la bienheureuse vierge. Il est hors de doute que ces Martyrs reçurent dans l'effusion de leur sang la régénération du saint baptême et méritèrent la vie éternelle.

Après qu'ils eurent été exécutés, le perfide tyran, voyant l'invincible constance de la vierge et désespérant de rien obtenir d'elle, ordonna de lui faire subir la sentence capitale. Les bourreaux se saisirent d'elle et la conduisirent hors de la ville, au lieu destiné pour les exécutions. La bienheureuse Marguerite demanda quelques instants pour se recueillir, et lorsqu'elle eut achevé sa prière, elle dit au bourreau qu'il pouvait frapper. Et celui-ci, saisissant son glaive, comme il en avait reçu l'ordre, lui trancha la tête. Cette bienheureuse vierge fut martyrisée pour le nom du Christ le 16 des calendes d'août.

On représente sainte Marguerite d'Antioche : 1° menant un dragon enchaîné, symbole des tentations que lui suggéra l'ennemi du salut et qu'elle sut vaincre ; 2° portant à la main une ceinture, parce que, dans quelques pèlerinages en l'honneur de cette Sainte, les femmes se mettent une ceinture où se trouvent de ses reliques, et cette dévotion a pour but d'éviter les accidents de la grossesse ou divers maux de reins. En Italie, en France surtout, et particulièrement à Saint-Germain des Prés, sainte Marguerite était honorée comme protectrice des femmes enceintes ; 3° ayant près d'elle un grand vase qui rappelle la chaudière d'eau bouillante où elle fut enfoncée ; 4° portant à la main une petite croix, symbole de son grand amour pour Jésus ; 5° en costume de bergère, gardant les moutons de sa nourrice.

## CULTE ET RELIQUES.

Les fidèles, ayant appris son martyre, vinrent enlever son corps et lui donnèrent une sépulture honorable, selon le rite des chrétiens. Lorsque la paix eut été rendue à l'Église, on érigea une basilique en ce lieu à l'honneur de la sainte vierge martyre. Ce fut dans le XIe siècle, et durant les croisades, que son culte passa d'Orient en Occident. Il y devint bientôt fort célèbre, surtout en France, en Angleterre et en Allemagne.

Vida, la gloire des muses chrétiennes, a fait deux hymnes en l'honneur de la Sainte, qui est un des patrons titulaires de la ville de Crémone, patrie du poète. Dans la première, il conjure la Sainte de jeter un œil de compassion sur l'Italie, sur Crémone en particulier, qui, dans ce temps-là, étaient exposées aux ravages de la guerre. Dans la seconde, le poète demande, par l'intercession de celle dont il chante les louanges, non une longue vie, des richesses ou des honneurs, mais la grâce de vivre et de mourir saintement, afin d'obtenir le bonheur de louer Dieu dans la compagnie des élus.

Diverses reliques de sainte Marguerite furent apportées en France : dans l'abbaye de Saint-Germain des Prés, à Paris, un os du menton, placé au bas d'une riche statue d'argent, présent de Marie de Médicis, femme d'Henri IV, et de plus une ceinture de la Sainte ; chez les Religieuses de l'Ave Maria, de Paris ; à l'abbaye de Froidmont, au diocèse de Beauvais ; dans l'église de Saint-Bieux, à Senlis ; dans la collégiale d'Andrelec, au faubourg de Bruxelles, quelques parties de la tête ; à Abbeville, à Gisors, etc., divers ossements. La plus grande partie de son corps se trouve, dit-on, à Montefiascone, dans les États de l'Église. La cathédrale de Troyes possède encore, dans un reliquaire de bois doré, le pied, bien conservé, avec les os, les nerfs, et même la chair, de sainte Marguerite ; cette insigne relique existe depuis des siècles dans le trésor de la basilique. Elle a été sauvée, pendant la Révolution de 1793, par les soins de M. Rebours, chanoine-trésorier, qui l'a rendue à ladite cathédrale à l'époque du rétablissement du culte catholique. La reconnaissance en a été faite, en 1802, par MM. les chanoines de l'ancien chapitre de Troyes. Monseigneur de Boulogne en a constaté l'authenticité, en 1811, par des lettres testimoniales.

Acte Sanctorum, traduction des Bénédictins de France ; Notes locales fournies par M. l'abbé Cœur, vicaire-général de Troyes.

SAINT WULMER OU WILMER, FONDATEUR DE L'ABBAYE DE SAMER. 517

Événements marquants

  • Éducation chrétienne secrète chez sa nourrice
  • Chassée par son père Aédésius
  • Rencontre avec le préfet Olybrius alors qu'elle gardait ses brebis
  • Emprisonnement et apparition du démon sous forme de dragon
  • Supplices du chevalet, des ongles de fer, des torches et de la chaudière d'eau bouillante
  • Décapitation hors de la ville

Miracles

  • Victoire sur un dragon apparu en prison
  • Guérison instantanée après le supplice des ongles de fer
  • Extinction de la chaleur des torches ardentes
  • Rupture miraculeuse des liens dans une chaudière d'eau bouillante

Citations

Je confesse de cœur et de bouche que je suis servante de mon maître Jésus-Christ.

— Réponse à Olybrius

Date de fête

20 juillet

Décès

16 des calendes d'août (martyre)

Catégories

Invoqué(e) pour

accidents de la grossesse, maux de reins, délivrance des femmes enceintes

Autres formes du nom

  • Marine (el)
  • Chrétienne (fr)

Prénoms dérivés

Marguerite, Marine

Famille

  • Aédésius (père)
  • Inconnue (mère)
  • Inconnue (nourrice)