Sainte Marie-Madeleine
Sainte amante et pénitente
Résumé
Disciple de Jésus-Christ, Marie-Madeleine est honorée en Provence, particulièrement à Saint-Maximin et à la Sainte-Baume. Ses reliques, cachées pour les protéger des Sarrasins, furent redécouvertes au XIIIe siècle et préservées à travers les siècles, malgré les profanations de la Révolution française. Son culte s'étend de l'Orient à Paris, où un temple célèbre porte son nom.
Biographie
CULTE ET RELIQUES.
Les précieuses dépouilles de cette sainte amante et pénitente ont de tout temps été honorées à Saint-Maximin, mais principalement depuis que Charles II, prince de Salerne et ensuite roi de Naples, de Sicile, de Jérusalem et de Hongrie, y a fait bâtir, sur la fin du XIIIe siècle, la célèbre couvent de l'Ordre de Saint-Dominique, un des plus magnifiques monastères de France. On voit, au-dessus du grand autel, un tombeau de porphyre, présent du pape Urbain VIII, où, l'an 1060, les principaux ossements qui étaient dans la sépulture furent transférés en présence de Louis XIV et de toute sa cour, par Jean-Baptiste de Marinis, archevêque d'Avignon, du même Ordre de Saint-Dominique ; et, dans un petit caveau qui est dans la nef, on voit le précieux chef de la Sainte, sur le front duquel il paraît encore un peu de sa chair, à l'endroit où l'on croit que Notre-Seigneur la touche après sa résurrection, en lui disant : Noli me tangere. Il y a, au même lieu, une touffe de ses cheveux ; et dans sa chapelle, qui est à l'opposite, un ossement de ses bras qui, sans aucune cause naturelle, exhale une odeur très-douce et très-agréable, à peu près comme le vrai bois de Sainte-Lucie.
Les Grecs, dans leur ménage, ainsi que les historiens Cédrénus, Jean Curopulat et Zonare, disent que les reliques de sainte Madeleine, étant à Éphèse avec celles de saint Lazare, furent transportées à Constantinople, l'an 886, par le commandement de l'empereur Léon, ce qui est conforme à ce que dit saint Grégoire de Tours au livre Ier des Miracles, chapitre 30, que, de son temps, elles étaient à Éphèse, n'ayant point de couverture au-dessus ; et encore à ce que dit Richard de Vassebourg, au livre II des Antiquités de la Gaule-Belgique, que saint Magdalvée, évêque de Verdun, étant allé à Éphèse, dans son pèlerinage de la Terre Sainte, en lui donna deux dents et un peu des cheveux de sainte Madeleine. Mais cette Madeleine, dont parlent les Grecs et ceux qui les ont suivis, n'est pas notre sainte pénitente, disciple de Jésus-Christ, mais quelque autre du même nom, qu'ils ont confondue avec elle : cette Madeleine, d'après certains auteurs, était une vierge et martyre.
Sigebert, dans sa Chronique sur l'année 745, dit que les Sarrasins ayant saccagé la Provence, le corps de sainte Madeleine fut transporté par Girault, comte de Bourgogne, en monastère de Vézelay, que lui-même avait fait bâtir : ce que plusieurs autres auteurs ont écrit après lui ; mais, entre que Sigebert ne parle qu'en doutant, la tradition des Églises de Provence est bien plus certaine, puisque, en 1279, on trouva à Saint-Maximin, dans un lieu fort secret, une sépulture de marbre dans lequel le corps de sainte Marie-Madeleine avait été caché par crainte des Sarrasins, avec deux inscriptions très-sacrées et dont même l'une était écrite sur des tables enduites de cire, lesquelles portaient son nom, avec le sujet qui obligea de cacher ce grand trésor. Si Girault, comte de Bourgogne, a fait transférer un corps saint de Provence à Vézelay, ce qui ne lui était pas difficile, étant seigneur d'Avignon, ce n'a pas été celui de sainte Madeleine, mais de quelque autre saint ou sainte que l'on a pris pour elle.
Pendant la Révolution française, l'église de la Sainte-Baume fut profanée et détruite. Celle de Saint-Maximin se vit aussi dépouillée de son trésor : le boucher Barras fit changer la chasse en numéraire, et les saintes reliques furent jetées pêle-mêle. Cependant l'ancien sacristain laïque des Dominicains, Joseph Bastide, enleva secrètement le chef de sainte Madeleine, la fiole de cristal dite la Sainte-Ampoule, le noli me tangere avec sa boîte, une partie des cheveux et des os du bras. L'église de Saint-Maximin ne fut point incendiée et ruinée comme la Sainte-Baume, grâce à la sage prévoyance de Lucien Bonaparte, qui fit écrire sur la porte : Fournitures militaires. Dès que le calme commença à se rétablir, Bastide rendit à l'église de Saint-Maximin le chef de sainte Madeleine : de plus, on trouva dans la sacristie les corps saints jetés pêle-mêle, comme nous l'avons dit ; on ne put distinguer que deux ossements de saint Maximin, le chef de saint Sidonine et quelques autres, qui furent mis dans des châsses de bois. On renferma, dans un reliquaire de cuivre doré, en forme de bras, négligé par les spoliateurs, les deux ossements qui étaient dans l'ancienne châssée appelée le Bras de sainte Madeleine.
Relevée de ses ruines en 1814, et visitée le 5 du même mois par vingt-cinq ou trente mille pèlerins, la Sainte-Baume subit de nouvelles dévastations pendant les Cent-Jours. Le maréchal Brune, qualifié, dit-on, par Napoléon, d'intrépide déprédateur, renouvela les horreurs, les impétés de 93.
Le 22 août suivant, il périt misérablement à Avignon, victime de la fureur politique du peuple ; son cadavre, jeté à l'eau, partout où le Rhône le porta sur ses bords, fut rejeté dans son cours ; la Justice divine le priva d'une sépulture qu'on ne refuse pas aux inconnus. Depuis, la piété des Provençaux, la munificence de Louis XVIII, restaurèrent une seconde fois ce monument. Pie VII accorda de nouveau l'indulgence plénière à ceux qui visiteraient la grotte de sainte Madeleine en quelqu'une des fêtes survivantes : celles de la Pentecôte, de sainte Madeleine, de saint Louis, de saint Maximin et de l'Exaltation de la sainte Croix.
Au mois de mai 1822, tous les ouvrages d'art étant terminés, l'autel de sainte Madeleine et celui de la sainte Vierge entièrement remis à neuf, l'archevêque d'Aix bénit solennellement la grotte ; plus de quarante mille pèlerins y entrèrent successivement. Cela ne suffisait pas sans doute pour l'accomplissement de cette prédiction sortie de la bouche du Sauveur, lorsque Madeleine eut répandu ses parfums sur l'Auteur de toute gravité : « En vérité, je vous le dis, partout où cet Évangile sera prêché, on racontera, à la mémoire de cette femme, l'action qu'elle vient de faire ». Un édifice prodigieux s'éleva, dont Napoléon voulut faire le temple de la Gloire ; en effet, il publie une gloire proclamée par le meilleur Juge, par Dieu lui-même : ce temple porte le nom de la Madeleine. Ainsi, cette humble femme éclate dans ce foyer même de toute célébrité, dans ce Paris d'où la renommée rayonne sur le monde. Voilà le reliquaire que la Providence préparait pour les restes de sainte Madeleine.
En 1781, par l'ordre de Louis XVI, on ouvrit, pour la première fois, l'urne de porphyre où le corps de sainte Madeleine était renfermé, et l'on en détacha une relique insigne, qui fut portée à Don Ferdinand, duc de Parme. Dieu prit à temps cette mesure. Douze ans plus tard, tout ce qu'il y avait dans l'urne fut dispersé : il ne resta plus d'autre relique insigne de sainte Madeleine que la portion envoyée au duc de Parme et le chef honoré dans l'église de Saint-Maximin, avec deux ossements d'un bras.
La Providence voulut que Napoléon envoyât à Paris, parmi les dépouilles du duc de Parme qui devaient être couvertes en numéraire, la chasse même qui renfermait cette précieuse relique ; après la Restauration, ce trésor, cédé en toute propriété par l'ancienne reine d'Étrurie, fut transféré dans le monument qui l'attendait d'après les décrets éternels.
Nous avons, dans Origène, une excellente homélie à sa tonange, que l'on croit toutefois être originellement latine et non pas grecque. Le cardinal de Bérulle a donné aussi au public un admirable traité de ses excellences ; et Coiffureau, évêque de Marseille, avec Godoux, évêque de Vexau, ont parfaitement bien décrit ses larmes et sa pénitence. Le P. Alexandre, Jacobin, en second tome de ses Dissertations sur le 1er siècle, établit fort solidement ce que nous avons avancé dans cette vie touchant la critique de son histoire. — Cf. Monuments inédits de l'épiscopat de sainte Madeleine, etc., par M. Faillou, de la Société de Saint-Sulpice, 2 vol. Migne ; et Sainte Marie-Madeleine, par le R. P. Locardaire.
Événements marquants
- Onction des parfums sur le Sauveur
- Présence à la Résurrection (Noli me tangere)
- Translation supposée à Constantinople en 886
- Découverte du corps caché à Saint-Maximin en 1279
- Sauvetage des reliques pendant la Révolution par Joseph Bastide
- Restauration du culte à la Sainte-Baume en 1814 et 1822
Miracles
- Odeur très douce exhalée par un ossement du bras
- Conservation d'un morceau de chair sur le front (Noli me tangere)
Citations
Noli me tangere
En vérité, je vous le dis, partout où cet Évangile sera prêché, on racontera, à la mémoire de cette femme, l'action qu'elle vient de faire