Sainte Marie-Françoise des Cinq Plaies de Jésus
Vierge, du Tiers Ordre de Saint-François d'Assise
Résumé
Née Anna-Maria Gallo à Naples, elle subit la violence de son père pour avoir refusé un mariage et choisi la vie religieuse dans le Tiers Ordre franciscain. Mystique stigmatisée, elle vécut une vie de souffrances physiques et spirituelles extrêmes, marquée par des visions de la Vierge et des anges. Elle mourut en 1791 après avoir été un modèle de charité héroïque envers les pauvres et les malades.
Biographie
8° MARIE-FRANÇOISE DES CINQ PLAIES DE JÉSUS,
VIERGE, DU TIERS ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS D'ASSISE
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ration de tous, universellement regardée comme une sainte, elle était seule à s'ignorer. Rien ne l'affligeait davantage que de s'entendre louer et appeler « la petite sainte » : rien ne la réjouissait autant que de se voir méprisée; aussi devint-elle un modèle admirable de toutes les vertus pour ses parents et leurs voisins. Elle demanda, dès cet âge, à se présenter au tribunal de la pénitence; sa mère le lui accorda, après l'avoir recommandée à un saint prêtre de sa paroisse. L'homme de Dieu fut stupéfait de l'entendre s'exprimer, avec une connaissance si extraordinaire, sur la doctrine de Jésus-Christ, et de voir avec quelle rapidité elle avait atteint le faîte de la perfection. Déjà, à cette époque, la chère enfant désirait s'asseoir au banquet eucharistique, mais elle ne put l'obtenir de son sage et prudent confesseur, avant l'âge de sept ans. Ce fut pour elle un jour d'une consolation indicible, que celui où elle participa pour la première fois au pain des anges. Des torrents de larmes exprimèrent les transports de sa joie de pouvoir s'unir à son Dieu et de l'avoir pour hôte. Son visage était enflammé comme un charbon ardent, et une telle chaleur se développa de son corps, que ceux qui étaient auprès d'elle en ressentaient les effets. Ces transports extraordinaires et ce don des larmes lui obtinrent, de ses confesseurs et directeurs spirituels, la permission de la communion quotidienne, qui fut pour toute sa vie sa consolation dans ses peines, et les délices de son cœur. De là cet ardent et insatiable amour envers le très-auguste Sacrement de l'autel, dont elle fut consumée sans interruption jusqu'aux derniers jours de sa vie; de là, cette constance, cette énergie croissant toujours avec l'âge, qu'elle déploya contre les vains et stériles efforts de l'enfer, une fois surtout qu'elle eut reçu le sacrement de confirmation.
Arrivée à l'âge où les jeunes personnes commencent à s'adonner aux travaux domestiques et au genre d'occupations auxquelles elles se destinent, Anna-Maria dut, par les ordres de son père, apprendre la fabrication des galons d'or. François Gallo, qui connaissait les bonnes dispositions de sa fille, voulait par là lui créer une position avantageuse et se la rendre utile dans son commerce. La faiblesse de la complexion d'Anna-Maria ne correspondait pas à la longue et pénible tâche qui lui était imposée, aussi elle ne tarda pas à vomir le sang avec abondance et à contracter une fièvre violente, qui la réduisit à toute extrémité, au point qu'elle dut recevoir les derniers sacrements. Elle s'adressa alors à sa chère protectrice, la Vierge Marie, et sa guérison fut regardée comme un miracle.
Arrachée à un si grand danger, elle quitta la navette pour prendre le fuseau et filer l'or, ce qui était l'occupation de sa mère et de ses sœurs. Elle sut, d'une manière admirable, concilier l'esprit d'oraison avec le travail manuel que son père lui imposait, sans rien retrancher de ses pratiques habituelles de piété; ses confessions, ses communions et le Chemin de la Croix qu'elle faisait tous les jours, n'en souffrirent jamais. Elle suppléait, pendant les autres heures de la journée, à son travail, et quelque peu de temps qu'il lui restât, le soir arrivé, elle se trouvait toujours avoir dépassé ses sœurs. Celles-ci ne pouvaient concevoir une chose si extraordinaire et durent reconnaître que l'Ange gardien d'Anna-Maria l'assistait dans sa tâche, afin qu'elle fût plus libre de s'adonner à l'oraison. Elles comprirent aussi qu'elles s'efforceraient en vain de l'égaler, alors même qu'elles s'occuperaient sans relâche la journée tout entière.
Elle venait d'atteindre sa seizième année; la simplicité de ses mœurs, sa modestie singulière, son maintien, sa réserve dans les conversations, l'innocence, l'humilité, l'ensemble de toutes les vertus qui transpiraient de
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sa conduite, avaient charmé un riche jeune homme, qui sollicita sa main. Le père, heureux de l'augmentation de fortune que ce mariage semblait lui promettre, engagea sa parole sans avoir consulté sa fille. Il l'appela ensuite et lui communiqua son dessein ; mais quelle ne fut pas sa surprise de l'entendre lui répondre : « Mon père, il est inutile de vous donner de la peine à mon sujet sur ce point puisque, ne voulant rien connaître du monde, j'ai déjà, depuis longtemps, résolu de prendre l'habit religieux dans le Tiers Ordre de Saint-François d'Assise, et dès à présent je vous en demande la permission ». Le père n'oublia rien pour la dissuader de son projet, et employa tour à tour les caresses et les menaces. Mais la trouvant toujours plus ferme, transporté de colère, il saisit une corde et se mit à la frapper sans pitié, jusqu'à ce que la mère accourût pour l'arracher de ses mains. Pour elle, loin de chercher à se soustraire aux coups, elle se tenait immobile, s'estimant heureuse de souffrir quelque chose pour l'amour de Jésus-Christ ; elle offrait, comme prémices, à son céleste Époux, les mauvais traitements d'un père insensé qui refusait ainsi de fiancer sa fille au Roi des rois et de contracter avec lui une alliance spirituelle.
Son père l'enferma ensuite dans une chambre où il la laissa plusieurs jours sans autre nourriture que du pain et de l'eau, défendant à sa mère et à ses sœurs de la visiter. Ainsi recluse, elle consacrait tout son temps à l'oraison, et demandait à Dieu de la délivrer de cette rude épreuve, plus affligée du trouble de sa famille que de sa triste position. Le Seigneur fut touché des prières de sa servante, et, par le moyen du Père Théophile, Mineur de l'Observance et grand serviteur de Dieu, il éclaira si bien ce pauvre père que, de retour à la maison, celui-ci réunit sa famille, avoua ses torts et permit à Anna-Maria de prendre le genre de vie qui lui plairait. La jeune fille ne répondit point, les larmes lui ôtaient la parole, mais elle se jeta aux genoux de son père et lui baisa la main avec des transports de reconnaissance ; elle se retira ensuite dans sa chambre pour remercier la bonté divine d'une si grande grâce, et ne pensa plus qu'à se préparer, avec une ferveur extraordinaire, à recevoir l'habit du Tiers Ordre de Saint-François d'Assise, sous la direction des Pères Réformés de Saint-Pierre d'Alcantara. Le jour fixé pour l'immolation de tout son être au Seigneur fut le 8 septembre, jour où l'Église célèbre la Nativité de l'auguste Mère de Dieu, la très-sainte Vierge Marie. Venue au monde sous la protection de Marie, allaitée par un miracle de la sainte Vierge, rappelée à la vie, des portes du tombeau, secondée dans ses desseins et ses vœux les plus ardents par le secours puissant de la Reine du ciel, à qui aurait-elle dédié le jour de son triomphe, sinon à Marie ? Elle s'y prépara pendant les neuf jours qui précédèrent, en redoublant de ferveur ; elle s'adonna sans relâche à la prière, à la méditation, aux jeûnes, aux pénitences de tout genre, ne prenant d'autre nourriture que la sainte communion.
Le jour si désiré arriva enfin, et aux pieds d'un modeste autel, qu'elle avait elle-même préparé chez elle, elle fut admise dans les rangs des Tertiaires du séraphique Patriarche, par son directeur, le Père Félix de la Conception, prêtre de la Réforme de Saint-Pierre d'Alcantara, de la Province de Naples, homme d'une remarquable piété. En renonçant à tous les biens terrestres, elle prit le nom de sœur Marie-Françoise des Cinq Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; ce fut en l'année 1731. Revêtue de l'habit religieux, la servante de Dieu mit tous ses soins à accomplir, avec la plus scrupuleuse exactitude, les règles et les usages du saint Institut qu'elle avait embrassé : jeûnes, pénitences, disciplines, elle savait tout allier avec
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une continuelle oraison. Il ne se passait pas de jour, sans qu'elle se rendît à l'église, pour méditer les plaies de Jésus crucifié, en parcourant les stations du Chemin de la Croix qu'elle inondait de ses larmes. Arrivée à la seconde ou troisième station, son cœur battait si violemment, au souvenir des souffrances que le Sauveur avait endurées par amour pour nous, et elle en ressentait de si fortes commotions, que, épuisée de forces et privée de ses sens, elle tombait sur le carreau. Dans les commencements, on regardait ces chutes comme l'effet de convulsions; cependant, on vit bientôt son confesseur, averti, la rappeler à elle-même, au nom de la sainte obéissance, en faisant sur elle le signe de la croix. On comprit que la cause n'en était point naturelle et qu'il fallait attribuer ces défaillances à une faveur extraordinaire du ciel, puisqu'un ordre suffisait pour la faire revenir à elle-même, lorsqu'elle était hors de ses sens par la violence de la douleur et les transports de son amour. Aussi sa louange fut-elle sur toutes les lèvres, et il n'y eut qu'une voix pour la proclamer la grande servante de Dieu.
Marie-Françoise, dont le seul désir était de mener une vie cachée et crucifiée en Jésus-Christ, en apprenant l'opinion du peuple à ce sujet, se mit à demander instamment à son céleste Époux de ne plus permettre qu'elle éprouvât de pareilles défaillances en public; le Seigneur l'exauça, mais il la dédommagea amplement en particulier. Pendant les méditations qu'elle faisait sur la passion de son divin Bien-Aimé, les jeudis et vendredis de chaque semaine, surtout pendant ceux du mois de mars, elle était transformée, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, en une si parfaite copie de Jésus-Christ, que les mouvements de son corps semblaient exprimer successivement toutes les tortures et toutes les souffrances du Sauveur. Dieu joignit à toutes ces faveurs le don de prophétie et la révélation de choses futures les plus incompréhensibles; c'est pourquoi, malgré tout le soin et tous les moyens qu'elle prenait pour rester ignorée, la renommée de sa sainteté croissait de jour en jour.
Convaincu des grâces extraordinaires que sa fille avait reçues de Dieu, au nombre desquelles se trouvaient le don de prophétie et le don de miracles, et considérant la réputation de sainteté qu'elle s'était par là universellement acquise, François Gallo, poussé par sa cupidité, voulut tirer avantage des mérites de Marie-Françoise. Dans ce but pervers et sacrilège, il voulut l'obliger à venir trouver une dame noble, qui désirait apprendre d'elle si le fruit qu'elle portait dans son sein serait le fils qu'elle attendait si ardemment. Cette proposition et les instances de son père firent frémir d'horreur Marie-Françoise, et se jetant à ses pieds, les yeux baignés de larmes: « Mon père », lui dit-elle, « oh! pour cela, non! pardonnez-moi si je ne vous obéis pas; je ne peux perdre mon âme en trompant ainsi le prochain. Comment pourrai-je me faire passer pour sainte, moi pauvre pécheresse? Béni soit celui qui prie pour moi ». Mais qui pourrait attendrir le cœur d'un avare? Le père entra en fureur et se mit à la flageller cruellement jusqu'à ce que sa mère et ses sœurs vinssent l'arracher de ses mains; elle n'opposait à tant de barbarie que le langage de la patience et du pardon. Comme son père continuait ses menaces et ne cessait de l'accabler d'affronts et d'outrages, Marie-Françoise, se rendant au conseil et à l'autorité de sa mère, s'enfuit de la maison paternelle et vint humblement se jeter aux pieds de l'évêque, qui était en même temps conseiller du tribunal mixte. Don Jules Torno était un seigneur d'une grande probité et d'une haute puissance; il écouta le récit de la servante de Dieu dont la vertu lui était connue, et touché de compassion, il la consola ainsi: « Ce
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n'est rien, ma fille, soyez sans crainte, votre père se laisse séduire par Satan, mais j'y pourvoirai : il la fit ensuite accompagner chez elle par ses serviteurs, et fit faire à son père de justes remontrances, l'avertissant qu'il eût à ne plus molester sa fille, avec ses étranges et inconvenantes prétentions, sans quoi il aurait à en rendre compte. Ainsi se termina la persécution que la bienheureuse eut à subir de l'avarice de son père.
Pour consoler Marie-Françoise dans ses tribulations et en adoucir l'amertume, notre divin Sauveur l'honora de fréquentes apparitions. La première fois que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui apparut, ce fut sur le chemin qui conduit à l'église de Sainte-Lucie du Mont, dite l'église des Croix. Son Bien-Aimé lui découvrit alors les secrets de son cœur divin, secrets connus d'elle seule; mais elle avoua dans la suite qu'elle s'était sentie comme transportée en dehors de ce monde et plongée dans un océan d'indicibles délices accompagnées d'un vif tressaillement dans son âme. De même qu'autrefois les disciples d'Emmaüs, elle conversait avec le Seigneur sans le connaître; elle le prenait pour un grand serviteur de Dieu qu'elle n'avait jamais vu jusqu'alors, mais elle ne se doutait point que, sous cette forme humaine, était caché l'unique objet de ses désirs et de son amour. Elle vint ensuite trouver son confesseur, et celui-ci, éclairé intérieurement, n'eut pas de peine à reconnaître, d'après les indications de la Sainte, que celui qu'elle avait vu était Notre-Seigneur Jésus-Christ en personne. De pareilles apparitions, au témoignage de sa fidèle compagne sœur Marie-Félix, vinrent bien souvent réjouir la servante de Dieu.
Au milieu des ineffables joies qu'elles lui causaient, notre Bienheureuse recevait aussi fréquemment la visite de son ange gardien. Elle avait pour l'ange tutélaire une tendre dévotion et s'efforçait de l'inspirer aux autres. La présence presque continuelle et les fréquents entretiens de cet esprit céleste lui procuraient une grande force et une vive allégresse. C'était lui, disait-elle, qui prenait sa défense contre les assauts que lui livrait son père, et ses prières lui obtenaient d'en haut les précieux et innombrables secours dont elle avait besoin. À son école et par ses leçons, elle apprit à discerner les vraies apparitions des fausses, et à se tenir en garde contre les illusions du démon. L'ange lui donna pour règle de ce discernement de le saluer toujours, lorsqu'il se présenterait à elle, avec les saints noms de Jésus et de Marie, l'assurant qu'elle trouverait dans ces noms la lumière pour son esprit, la force pour son cœur, et un refuge assuré contre toute puissance ennemie.
Après la mort de sa mère et alors qu'elle n'avait pas encore cessé de pleurer cette perte douloureuse, une nouvelle épreuve lui survint de la part de son père. Désireux de convoler à de nouvelles noces, celui-ci fit peser sur Marie-Françoise tout le poids de l'entretien de sa famille; elle avait trois femmes et un homme à nourrir; mais comment suffire à une pareille tâche, elle toujours infirme, qui vivait avec la plus grande économie, aidée de la charité de ses bienfaiteurs! Ce n'était point assez pour François Gallo de répéter sans cesse à sa fille, que chez lui, qui ne travaillait pas ne mangeait pas; ce n'était point assez pour ce père avare d'exiger d'elle, pour le loyer de sa petite chambre, dix écus par an, somme que lui fournissaient son parrain et un autre homme de bien qui s'intéressait à elle; il voulait encore qu'elle eût à subvenir à tous les frais de la famille, pour pouvoir lui-même atteindre plus facilement le but de ses désirs. Marie-Françoise s'excusa, en représentant à son père son extrême pauvreté et l'état malheureux de sa santé; cependant, tout ce que lui procurait la cha-
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rité elle le distribuait à sa famille, se réservant pour elle-même un peu de pain qu'elle trempait dans de l'absinthe par mortification ; elle ne cessait, malgré sa résignation parfaite, de demander à Dieu ses lumières et le secours de sa grâce. Les sœurs de Marie-Françoise ne possédaient point une si héroïque patience ; elles vinrent trouver la personne que leur père désirait épouser, et lui persuadèrent de rompre entièrement avec lui. François Gallo, se figurant que cette disgrâce lui venait de Marie-Françoise, entra dans une grande colère et abandonna la maison, en menaçant sa fille et emportant avec lui tout ce qu'il y avait de plus précieux. La servante de Dieu se contenta de tourner ses regards vers le ciel et de prier le Seigneur de venir à son aide.
Pendant qu'elle était en oraison, elle entendit tout à coup une voix lui répéter par trois fois très-clairement : « Sors, sors, Marie-Françoise, sors de cette demeure ». Elle ne savait quel parti prendre, lorsque son confesseur survint et lui enjoignit de partir de suite. Il la conduisit lui-même chez un honnête négociant, Marcien d'Amelio. Cet homme, digne de toute estime, l'accueillit avec un bonheur indicible ; il connaissait l'innocence et la sainteté de notre Bienheureuse. Elle resta sept mois dans cette maison hospitalière ; pendant son séjour, de l'avis de son confesseur, et pour se rendre aux instances de la dame Amélio, elle tint sur les fonts du baptême une des filles de cette dame et fut marraine de l'aînée au jour de sa confirmation. Elle avait mis un zèle infatigable à instruire cette enfant des mystères de la foi et de la doctrine chrétienne, employant en outre les heures qui lui restaient aux plus vils offices de la maison. Les sept mois écoulés, elle prit un petit appartement dans la rue de la Coutellerie, et par l'ordre de son confesseur, s'associa sœur Marie-Félix de la Passion, à laquelle elle avait elle-même prédit depuis longtemps qu'elles s'uniraient un jour pour vivre ensemble jusqu'à leur mort. Une fois avec sa compagne, elle profita du calme dont elle jouissait pour se livrer tout entière à la contemplation, à la pénitence et aux plus dures mortifications. Mais Satan ne dort jamais ; il ourdit et suscita contre elle une persécution qui devait, pendant plusieurs années, ne laisser aucune trêve à son esprit et remplir son âme d'amertumes et d'angoisses.
Sœur Marie-Félix avait passé trois ans, en qualité de servante, chez une dame amie de la Bienheureuse ; son confesseur lui avait ordonné d'en sortir afin qu'elle pût, lui dit-il, s'accoutumer à porter la croix toute seule et à vivre du travail de ses mains. La dame, très-satisfaite de son service, eut recours à Marie-Françoise, espérant pouvoir, par son intervention, garder Marie-Félix auprès d'elle. La servante du Seigneur s'excusa, sous prétexte que les confesseurs sont inspirés de Dieu, et qu'il lui était impossible de s'opposer à l'accomplissement de leurs ordres. Cette dame commença à murmurer contre elle, puis à la calomnier, et enfin, elle se déclara son implacable ennemie. Elle vint elle-même trouver le cardinal Spinelli, alors archevêque de Naples, et lui représenta la servante de Dieu comme une illuminée, une sorcière, une possédée du démon. Ému par de pareilles accusations, l'archevêque jugea prudent de soustraire Marie-Françoise à la direction de ses confesseurs, et ordonna au curé de Sainte-Marie, D. Ignace Mostillo, d'examiner les mœurs, les habitudes et le caractère de l'accusée, et de l'informer ensuite du jugement qu'il en aurait porté. Cet ecclésiastique, aussi dur et sévère que savant et habile à discerner les cœurs, n'omit rien pour mettre aux plus dures épreuves la patience, l'humilité, l'obéissance de la Bienheureuse, et cela non pas pendant quelques mois, mais
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pendant sept années entières, au témoignage de la fidèle compagne de Marie-Françoise, qui la suivait toujours à l'église et qui fut témoin de tout ce qui lui arriva dans cet intervalle.
Lorsqu'une si longue épreuve fut terminée, il lui en survint une autre plus violente et plus cruelle, de la part de la femme même de Marcien Amélio, chez qui Marie-Françoise avait trouvé un asile, et dont elle avait tenu une enfant sur les fonts du baptême et l'autre à la confirmation. Cette dame était depuis quelque temps en différend avec son mari, au sujet d'une perte de deux mille ducats survenue dans leur commerce, et leur dissension domestique avait fini par les amener devant les tribunaux. Ne sachant plus que faire pour irriter davantage son époux, et connaissant l'estime qu'il avait pour Marie-Françoise, cette malheureuse, poussée par sa passion et par les conseils de ses parents, résolut de s'en prendre à cette innocente fille. De plus en plus irritée, elle s'unit à la première persécutrice de la Bienheureuse, dont nous avons parlé plus haut, et toutes deux vinrent ensemble trouver son père et firent tout leur possible pour l'irriter contre sa fille, l'accusant de n'avoir d'autre métier que celui de troubler les ménages. François Gallo, indigné, résolut d'aller ce jour-là même trouver Marie-Françoise dans sa demeure, pour décharger contre elle toute sa colère. Mais, par l'inspiration de son ange gardien, Marie-Françoise s'était réfugiée chez une de ses amies, Angèle Furlaccio, où elle rencontra son confesseur ; celui-ci, pour la soustraire aux persécutions soulevées contre elle, résolut de l'envoyer au couvent dit du Bon-Chemin.
Marie-Françoise s'enferma, en effet, dans ce saint asile, mais elle ne put empêcher que son père et ses sœurs ne vinssent l'y accabler d'injures, ainsi qu'une femme impudente, envoyée par ses persécutrices, au grand scandale des saintes filles qui habitaient cette demeure. Le démon, ne se tenant pas pour satisfait de tout ce qu'elle avait si patiemment souffert, voulut encore changer cette retraite en un nouveau champ de bataille et lui livrer d'autres combats. Deux des religieuses, jalouses de voir que toute la communauté regardait Marie-Françoise comme une sainte et se recommandait à ses prières, en éprouvèrent tant de dépit, que l'une d'elles chercha à la précipiter du haut d'un long escalier, et, n'ayant pu y réussir, lui jeta une terrine de feu à la figure ; la seconde mit tout en œuvre pour la dénigrer. La Bienheureuse, pour éviter de pareilles scènes, se tenait enfermée dans sa cellule, mettant toutes ses peines aux pieds de son crucifix, ou bien elle se rendait sans être aperçue dans la chapelle pour y adorer son Bien-Aimé caché dans le tabernacle. Il lui arrivait quelquefois d'entrer à la sacristie pour y baiser les ornements sacrés et satisfaire par là l'inexprimable dévotion qu'elle avait pour tout ce qui servait au divin sacrifice. Un jour qu'elle était ainsi occupée, elle entendit une voix distincte lui dire : « Marie-Françoise, fuyez, fuyez ». Elle prit cette voix pour celle de son ange gardien et se hâta de regagner sa cellule ; elle y était à peine arrivée, qu'un baril de poudre vint à sauter dans le palais voisin, et l'explosion fut telle, que la sacristie ayant été ensevelie sous les ruines, elle dut regarder son salut comme un miracle. Pendant les sept mois qu'elle passa dans cet asile, Marie-Françoise eut encore beaucoup à souffrir de ses infirmités ; se trouvant parfois enflée des pieds à la tête, rien cependant ne pouvait assouvir sa soif des souffrances ; sa résignation à la volonté divine, dans les plus cruelles douleurs, la rendait bien conforme à son aimable Sauveur crucifié. Elle serait volontiers revenue à la maison paternelle, quel que dût être le sort qui l'y attendit, si son confesseur ne s'y était formellement opposé ;
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mais, par sa direction, elle vint habiter la maison de la dame Candide Principe, épouse de D. Joseph de Mase ; c'était une femme d'une piété et d'une charité remarquables.
Les tribulations, les persécutions et les outrages étaient pour Marie-Françoise autant de faveurs signalées de son divin Maître et autant de sources de mérites personnels. Sa soif des souffrances paraissait insatiable, et on voyait clairement combien elle était persuadée que la devise de Jésus-Christ c'est la croix, et que nous ne pouvons sans la souffrance être agréable à Celui qui a voulu s'appeler l'Homme des douleurs, et dont l'âme fut triste jusqu'à la mort. Une infirmité, pour la servante de Dieu, était toujours suivie d'une autre. Pendant qu'elle se trouvait en proie à de violentes douleurs d'intestins, qui la mirent pendant cinq jours en continuel danger, elle apprit que son père touchait à sa dernière heure. Marie-Françoise se mit à pleurer à la pensée de la nouvelle perte qu'elle allait faire, et son plus grand chagrin était de ne pouvoir se trouver au chevet du mourant. Mais combien la charité est ingénieuse ! Elle fit si bien et pria tant le Seigneur qu'elle prit sur elle et obtint de souffrir, à la place de son père, les douleurs de son agonie.
En 1763, elle connut par révélation divine que l'année suivante, le royaume de Naples devait être désolé par une grande famine accompagnée d'une terrible peste. Atteinte elle-même de l'épidémie, dès le commencement de l'année 1764, et bientôt conduite aux portes du tombeau, elle dut recevoir les derniers sacrements de l'Église. Elle resta pendant plusieurs mois entre la vie et la mort et ne se rétablit que vers la fin de l'épidémie. Elle s'efforçait d'inspirer à tous ceux qui venaient la visiter, particulièrement aux prêtres, la piété envers les pauvres. Toutes les aumônes qu'elle recevait, elle les consacrait à faire dire des messes pour les âmes du purgatoire, et elle s'efforçait de gagner le plus d'indulgences possible, surtout le jour de la Portioncule, pendant lequel elle ne s'éloignait pas d'une église de Franciscains, afin de délivrer le plus grand nombre qu'elle pourrait de ces âmes si dignes de compassion. Lorsque ses infirmités la retenaient au lit, elle suppléait à son impuissance en recommandant aux prêtres et aux autres personnes qu'elle voyait, de gagner des indulgences à son intention, et elle les appliquait toutes au soulagement de ces chères âmes.
À tant d'épreuves de tout genre, à tant de souffrances et de peines, le Seigneur en ajouta une nouvelle, en affligeant sa fidèle servante d'une désolation d'esprit qui la réduisit à l'état de squelette. Elle passait les jours et les nuits à pleurer, sans trouver ni repos ni consolation, et ses troubles d'esprit étaient tels qu'elle avait continuellement besoin de l'assistance de son directeur. Le pieux et dévoué D. Jean Pessiri était appelé, à toute heure, auprès d'elle, pour lui prêter ses lumières. Afin de pouvoir plus facilement s'acquitter de ce devoir, il résolut, par inspiration d'en haut, de venir habiter la maison de la servante de Dieu, et ce fut pour ne plus la quitter jusqu'à la mort de la Sainte. Cet apôtre de la charité espérait, par des soins plus assidus, pouvoir apporter à cette âme affligée quelque soulagement au milieu de ses mortelles angoisses ; mais Dieu, qui voulait la faire passer par le creuset des tribulations, la visita par une série d'afflictions, telle qu'elle mérita bien le nom de martyre de la patience. En proie à une ébullition de sang, elle avait pris inutilement les bains froids ordonnés par les médecins ; ceux-ci pensèrent porter remède au mal, en pratiquant une saignée au pied. Le chirurgien la blessa maladroitement et, pendant cinq jours, elle souffrit les douleurs les plus aiguës et de violents spasmes. Son
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pied devint comme un fer rouge, et la gangrène s'y étant mise, il fallut couper et brûler dans les chairs vives. Cependant la patiente ne pouvait se lasser de répéter : « Que la volonté de Dieu soit faite ! Mon Dieu, faites de moi ce que vous voudrez !... Soyez béni, mon Dieu, pendant tous les siècles ! » On eût dit qu'elle jouait avec le mal qui la tourmentait, et qu'elle s'en faisait un motif d'une joyeuse hilarité. Sa compagne ayant, par mégarde, laissé du soufre brûler trop longtemps dans la chambre de la Bienheureuse, il lui survint une toux violente qui lui occasionna un vomissement de sang, suivi d'une telle inflammation de gorge, que, pour l'adoucir, elle dut porter un collier de plomb, pendant douze années entières. Elle remerciait Dieu et le bénissait de cette nouvelle croix, et la regardant comme une marque de son amour, elle disait, avec un admirable sourire : « Le Seigneur m'a ornée, comme son épouse, de ce collier de perles ».
« Oh ! que ne puis-je mourir », s'écriait souvent la Bienheureuse, « que ne puis-je donner ma vie, comme témoignage de ma foi au grand mystère de la Très-Sainte Trinité ! Que ne puis-je, au prix de mon sang, le faire connaître et adorer par tous les hommes ! » Elle ne commençait jamais aucune de ses oraisons, sans avoir d'abord récité un Gloria Patri. Elle ne pouvait souffrir que quelqu'un récitât, en sa présence, cette prière sans être profondément incliné, et si quelquefois sœur Marie-Félix omettait de le faire par distraction, la Bienheureuse lui courbait elle-même la tête avec ses mains. Elle avait au-dessus de son lit un tableau représentant ce grand mystère, et chaque fois qu'elle recevait dans sa chambre un précepte d'obéissance, elle levait les yeux vers ce tableau pour lui demander la force de bien accomplir ce qui lui était commandé. L'adoration de la Très-Sainte Trinité était la première et la dernière action de sa journée. À l'approche de la fête instituée par l'Église, pour honorer cet auguste mystère, elle s'y préparait, pendant neuf jours, avec une dévotion extraordinaire et un profond recueillement uni aux jeûnes et aux autres mortifications. Elle, dont la nature était si calme et si douce, on la voyait s'animer d'un saint zèle, le visage tout en feu, si quelqu'un avait voulu discuter non-seulement sur ce mystère, mais même sur tout autre, répondre sans égard pour personne : « Il n'est point permis à un vil ver de terre de vouloir scruter et comprendre les mystères les plus sacrés de la sagesse divine, sans une téméraire présomption ; beaucoup sont tombés dans l'incrédulité, et se sont damnés pour toujours, pour avoir voulu raisonner sur les mystères ».
Chaque vendredi de l'année était pour elle un jour sacré, en mémoire de celui qui fut sanctifié par la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ ; elle le passait dans les pratiques de la pénitence, et d'un jeûne très-rigoureux. Pendant la semaine sainte, après avoir reçu la communion le jeudi, à la messe solennelle, elle ne prenait plus aucune nourriture jusqu'au samedi matin, et passait tout cet intervalle à visiter trente-trois sépulcres, en l'honneur des trente-trois années de la vie du Sauveur. Notre-Seigneur récompensait un si vif et si tendre amour par le privilège singulier des marques visibles de ses plaies, et en faisant participer son Épouse à tout ce qu'il a voulu souffrir pour le salut éternel de nos âmes, dans les diverses parties de sa Passion.
Marie-Françoise avait une si vive confiance et un si tendre amour envers la Très-Sainte Vierge, qu'elle ne priait jamais sans avoir recours à elle ; non contente de pratiquer elle-même cette piété envers Marie, elle s'efforçait de l'inculquer aux autres. « Soyez dévots », disait-elle à tout le monde, « soyez vraiment dévots à Marie et recommandez-vous constamment à
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elle, vous obtiendrez de Dieu toutes les grâces que vous désirerez ». Il n'y avait pas de coin dans sa maison où Marie ne fût représentée; son image se trouvait sur les murs, dans les embrasures de fenêtres, sur les portes, dans les escaliers; elle avait bien raison d'en agir ainsi, puisqu'il n'y avait pas de repli dans son cœur où le nom de Marie ne fût gravé profondément. La Servante de Dieu se préparait à toutes les fêtes de la bonne Mère, par des neuvaines de jeûnes, de prières et de mortifications, méditant les divers privilèges dont Dieu a honoré cette Vierge incomparable. Tous les titres de Marie étaient autant de trésors pour elle; elle en parlait souvent avec un amour capable d'amollir le marbre. Le titre cependant pour lequel elle se sentait plus d'attrait, était celui de Mère du divin Pasteur; elle aimait à reconnaître dans celle qui en est honorée, la mère de son Époux, de son Bien-Aimé, de son Tout. Elle s'efforçait d'en propager la dévotion, et elle la fit répandre par ses amis au moyen de statues, d'images et de livres. Malade, elle voulait avoir le portrait de sa divine Mère entre les mains, et elle l'avait sur-le-champ, malgré l'impossibilité où elle se trouvait de le prendre par elle-même, à cause de la distance, et sans que personne ne lui donnât visiblement. Ses jeûnes de tous les vendredis et samedis de l'année étaient offerts à Marie; elle n'omit jamais, jusqu'à sa mort, de dire, en son honneur, le rosaire, les litanies et d'autres prières encore. À peine sortie de son agonie, et lorsqu'il ne lui restait plus que quelques heures à vivre, sa première pensée fut de tourner son regard vers sa tendre Mère et de dire en son honneur cinq dizaines de chapelet.
Quelqu'un avait-il recours à la Bienheureuse, dans quelque nécessité, ou bien s'y trouvait-elle elle-même, elle s'adressait de suite à la Très-Sainte Vierge. Elle le faisait avec une confiance toute filiale et la priait de l'assurer sur-le-champ, par un signe sensible, que sa prière serait exaucée; la Très-Sainte Vierge, sa bonne Mère, se rendait à ses désirs. Il n'y avait pas de grâce qu'elle n'obtint par Marie; elle l'appelait sa mère, et Marie la regardait bien comme sa fille. Âme fortunée, combien votre sort est digne d'envie! Heureuse d'être aussi honorée par la Reine du ciel, trésorière de toutes les grâces de Jésus! Mais comment obtenir tant d'honneur? Oui, soyez dévots à Marie, répond-elle, ayez confiance en Dieu et en sa Mère très-sainte, efforcez-vous de ne jamais déplaire à Marie en offensant Jésus, et alors, par Marie, Dieu vous accordera toutes ses grâces. Elle le disait et le prouvait par ses œuvres, opérant par cette confiance les miracles les plus extraordinaires.
Marie-Françoise avait une grande confiance et une tendre dévotion envers les saints Anges: elle se préparait à célébrer leurs fêtes par des neuvaines, des pénitences et des jeûnes; elle en parlait avec une affection tendre et ne négligeait rien pour inspirer aux autres cette dévotion. Aussi fut-elle, pendant tout le cours de sa vie, favorisée de l'assistance visible de son Ange gardien; c'est lui qui l'instruisit de la doctrine chrétienne, lui qui la protégeait dans les périls spirituels ou temporels. Parce qu'elle était habituellement malade, il plut au Seigneur de la confier d'une manière spéciale à l'archange Raphaël. En 1789, il lui apparut sous une forme d'une beauté extraordinaire; cette vue causa une telle surprise à Marie-Françoise, qu'elle n'avait plus de souffle pour parler; la voyant dans cet état, l'Archange lui annonça qu'il était envoyé vers elle pour guérir sa plaie du côté; en effet, le lendemain elle se trouva guérie. Il l'assista de même dans une autre circonstance, où une veine de la poitrine s'était dilatée, ce qui l'empêchait de faire le moindre effort. Un jour, le Père D. François Bianchi
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se trouvait avec elle lorsqu’il sentit un parfum tout céleste; il lui en demanda la raison, et elle lui apprit que l’archange Raphaël était au milieu d’eux. Par reconnaissance pour tous les bienfaits qu’elle avait reçus de ce prince du ciel, elle voulut, au moment de sa mort, lui en témoigner sa gratitude, en récitant, à haute voix et avec l’accent d’une tendre dévotion, neuf Gloria Patri, pour rendre grâces de cette assistance à la Très-Sainte Trinité. Elle aimait encore, d’un amour spécial, l’archange saint Michel, son protecteur et son défenseur contre les mauvais esprits, ainsi que l’archange Gabriel, qui avait annoncé au monde le grand mystère de l’Incarnation du Verbe. Enfin elle vénérait et aimait toutes les hiérarchies des esprits célestes; ange elle-même par sa pureté, il était juste qu’elle jouît de la familiarité et de l’amitié des Anges.
Marie-Françoise brûlait d’amour pour son Dieu. La soif qu’elle avait de souffrir pour lui, son désir du martyre, ses mortifications volontaires, sa patience dans les tribulations, les maladies et les persécutions, sa foi, son espérance, sa dévotion admirable envers les mystères de notre sainte religion, ses transports pour la sainte Eucharistie, sa tendre piété envers la sainte Vierge, les Anges, les Saints et les âmes du purgatoire, son respect envers les prêtres et la sainte Église, les faveurs dont son Bien-Aimé l’enrichit, tout nous dit qu’elle aimait d’un amour immense et héroïque le Père céleste, le Dieu de son âme et de son cœur. Cet amour était si tendre, que souvent, en pensant à la bonté de Dieu, elle versait des torrents de larmes et en trempait son mouchoir et ses vêtements; il était si violent qu’il la privait de ses sens, la saisissait et la soulevait de terre.
Les principaux caractères de la charité, dit saint Paul, sont la patience et la bénignité; la charité n’est point envieuse, elle n’est point téméraire et précipitée, elle ne s’enfle point d’orgueil, elle n’est point ambitieuse, elle ne cherche point ses propres intérêts, elle ne s’irrite point, elle ne pense point le mal, elle ne se réjouit point de l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité; elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout, sans jamais s’éteindre. Telles étaient les maximes de la Bienheureuse; voilà l’école qui l’éleva à la sainteté. Accoutumée, dès son jeune âge, aux tribulations et aux persécutions, elle façonna si bien son caractère à la patience et à la bénignité, que ces vertus paraissaient personnifiées en elle. Il suffisait de l’offenser pour acquérir un droit à ses bienfaits. Il n’y avait pas de souffrance à laquelle elle ne compatit. Elle pouvait bien se considérer comme la mère des pauvres et des affligés, puisque ceux-ci étaient ses frères les plus chers et les plus tendrement aimés. Lui demandait-on l’aumône pour l’amour de Dieu, elle donnait tout ce qu’elle avait sous la main, chemises, mouchoirs, linges. Un jour elle rencontra une pauvre femme qui n’avait pas suffisamment de vêtements pour se couvrir, elle la fit venir chez elle et, ôtant ses jupes, elle les lui donna. Elle donna de même son matelas à un pauvre malheureux qui n’avait pas de grabat pour dormir, et pendant longtemps elle soutint une mère et ses sept filles, en se privant elle-même du nécessaire. Elle vendit son habit neuf pour subvenir à la misère de quelques jeunes personnes, et eut beaucoup à souffrir du froid, pendant l’hiver, manquant elle-même de quoi se couvrir. Elle n’avait pas plus tôt reçu une aumône, qu’elle l’appliquait au soulagement des uns et des autres. N’avait-elle plus rien à donner, notre Bienheureuse se jetait aux pieds du Crucifix et, saisissant une discipline, elle s’ensanglantait pour émouvoir le cœur de son Dieu et en obtenir ce dont elle avait besoin pour les malheureux; le Seigneur lui faisait aussitôt
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trouver ce qui lui était nécessaire. C'est ainsi qu'elle secourut un pauvre gentilhomme, en lui mettant secrètement dans les mains cinquante ducats, à condition qu'il n'en dirait pas un mot, même au vénérable Père Bianchi ; elle en donna encore trois cents à une famille indigente, et le Seigneur voulut qu'elle en retînt cent pour elle-même, afin de pourvoir à ses besoins les plus pressants.
Marie-Françoise visitait fréquemment les hôpitaux et, passant dans la salle des femmes, elle faisait ses délices de se tenir auprès des malades les plus repoussantes, et de celles atteintes de maladies contagieuses ; elle arrangeait leurs lits, les soutenait sur son épaule et leur rendait tous les services dont elles avaient besoin. Toutefois les premiers objets de sa charité étaient les âmes, et elle eut le bonheur d'en gagner beaucoup à Dieu et d'en ramener un bon nombre du désespoir. L'amour de la Servante de Dieu envers les âmes du purgatoire était vraiment héroïque. Elle ne passait pas de semaine sans se flageller jusqu'au sang afin de les soulager. Presque tous ses jeûnes de l'année étaient offerts à leur intention. Non contente de gagner elle-même le plus d'indulgences possible en leur faveur, elle les recommandait encore aux autres.
Notre-Seigneur voulant manifester combien était grande la pureté de son épouse chérie, faisait souvent exhaler de son corps un suave parfum ; ses habits, comme tout ce qu'elle touchait de sa main, répandaient une odeur toute céleste. Afin qu'on ne pût douter que ce don lui venait de son Bien-Aimé, et par les mains de Marie sa tendre Mère, on observa constamment que ce parfum devenait plus sensible aux fêtes solennelles de la sainte Vierge et les vendredis de mars, jours où elle souffrait les mystères de la passion de Jésus-Christ. Les gardiens de cette vertu qui lui était si chère, furent ses jeûnes continuels, ses macérations, ses disciplines, ses cilices, l'habitude de la présence de Dieu, l'esprit d'oraison avec lequel elle commença et finit la vie de son exil. Tels sont les moyens qui nous conduisent à remporter la victoire sur nous-mêmes, et qui obtiennent du cœur de Dieu, qu'il nous défende, quand il en est besoin, même par des miracles.
La vertu qui trouve une grande répugnance appuyée sur l'orgueil du cœur humain, et qui, d'après saint Grégoire, tue la volonté propre, c'est l'obéissance. Voilà pourquoi Notre-Seigneur, voulant avoir une preuve non équivoque de notre amour pour lui, nous invite à lui offrir ce sacrifice plus excellent à ses yeux que tous les holocaustes : Qui vult post me venire, abneget semetipsum : « Que celui qui veut venir après moi se renonce lui-même ». Marie-Françoise avait entendu cette invitation, et, dès son premier âge, elle se dépouilla si bien de sa propre volonté, que l'obéissance paraissait en elle plutôt une inclination naturelle qu'une vertu acquise. On lui demandait un jour quelle était la vertu qui lui plaisait le plus : « Toutes les vertus », répondit-elle, « me plaisent, mais la plus grande est celle de se sentir comme anéanti par les résistances de la partie inférieure de l'âme, et de ne jamais s'opposer néanmoins à la volonté de ceux qui ont le droit de nous commander ». Ce qu'elle disait, elle le faisait. Pour ce qui regarde l'obéissance aux commandements de Dieu et de son Église, telle était la maxime que la Servante du Seigneur cherchait continuellement à inculquer aux autres : « Tout chrétien », disait-elle, « est obligé de croire et d'obéir aveuglément à tout ce que la sainte Église enseigne, avec tout le respect convenable, et personne ne doit jamais oublier l'obéissance et la soumission dues au souverain Pontife, dans tout ce qu'il commande ». Afin de
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rendre ses enseignements plus efficaces, Marie-Françoise racontait tout ce que les premiers chrétiens avaient enduré pour rester fidèles à cette obéissance ; et elle le faisait avec tant d'émotion et une telle abondance de larmes, que tous, à sa voix, se sentaient prêts à voler au martyre ; alors, elle qui le désirait si ardemment, s'écriait : « Oh ! l'heureux sort que le nôtre, si nous étions martyrisés pour notre sainte foi ! »
Il n'y eut pas un moment, dans toute la vie de la Bienheureuse, qui ne fût occupé par la prière, l'exercice de la pénitence, la tribulation, la pratique de toutes les vertus, ou par les faveurs les plus singulières de son céleste Époux. Aussi l'histoire de cette vie peut se définir en un mot, une agonie continuelle. Au mois de mai 1791, l'état de la Bienheureuse s'aggravant de plus en plus, elle alla passer quelque temps à la campagne de Don Antoine Cervellini, située au-dessus de Sainte-Marie la Grande. Le bienfait du changement d'air ne se fit pas longtemps sentir ; sœur Marie-Françoise fut bientôt prise d'une toux violente qui eut les plus graves conséquences ; malgré toutes les ressources de l'art, il se produisit deux hernies étranglées, qui, pendant vingt-quatre heures, lui causèrent d'affreux vomissements. Il ne se trouvait personne dans cette solitude pour l'assister, en sorte que Don Pessiri se vit obligé de lui donner une absolution qu'il croyait la dernière.
Marie-Françoise désirait son confesseur et le demandait d'une voix éteinte ; Dieu, qui écoute toujours la prière de ses serviteurs, inspira intérieurement à Don Antoine de se transporter auprès de la malade, et aussitôt qu'il fut arrivé, il fit venir d'habiles médecins et lui ordonna, par un précepte d'obéissance, de consentir à l'opération devenue nécessaire pour la sauver. La Bienheureuse se soumit à cet ordre et, étouffée par ses larmes, souffrant des angoisses plus cruelles que la mort, elle s'enferma dans sa douleur et laissa échapper ces seules paroles : « Que Dieu soit béni ! »
Marie-Françoise fut ensuite reconduite à Naples, et au milieu des continuelles agonies qui l'obligèrent, depuis le mois de mai jusqu'à la fin d'août, à être sans cesse assistée par des prêtres, elle voulut toujours réciter avec eux le Rosaire, les litanies, et toutes ses longues prières et même se préparer par une neuvaine à la fête de l'Assomption de la sainte Vierge. Ce jour-là, elle descendit de sa couche pour venir, dans son oratoire, s'associer aux prières des ministres du Seigneur ; elle y fut prise tout à coup d'une douleur si violente dans un pied, que, ne pouvant s'empêcher d'éclater en sanglots, elle dit à ces serviteurs de Dieu : « Priez pour moi, misérable pécheresse ; oh ! priez la très-sainte Vierge qu'elle m'obtienne de Jésus-Christ miséricorde et courage dans les souffrances que j'endure ». Ils prièrent, et la douleur se calma. Délivrée de ce spasme, elle devint ensuite la proie d'horribles convulsions accompagnées d'un feu intérieur qui la dévorait et de douleurs aiguës par tout le corps ; ses pieds et ses jambes s'enflèrent rapidement, au point qu'elle ne put plus garder le lit, et dut passer les jours et les nuits sur une chaise, sans pouvoir prendre aucun repos. Sa patience et sa constante conformité à la volonté de Dieu, furent si grandes en cette circonstance, que, d'après l'expression des témoins oculaires, elles étaient plus qu'héroïques. Ses lèvres ne s'ouvraient que pour bénir et remercier le Très-Haut, offrant au Père Éternel ses nombreuses et douloureuses crises, en union avec les mérites infinis de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
On approchait de la fête de la Nativité de Marie, et pendant qu'elle s'y préparait avec une extrême ferveur, la Bienheureuse fut prise d'une mortelle crampe d'estomac ; il semblait qu'elle fût traversée d'un glaive acéré,
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et les convulsions furent si grandes, les vomissements si violents, qu'il semblait qu'on lui arrachât les entrailles; mais la Bienheureuse, laissant échapper les deux gémissements de la colombe, ne savait que répéter ces admirables paroles: « Que le Seigneur soit béni! » Le jour de la fête arrivé, comme elle ne put quitter sa couche, elle demanda d'y recevoir la sainte communion, et elle la reçut des mains de son confesseur avec un recueillement et une dévotion qui firent l'admiration de tous les assistants. Comme le mal croissait toujours, et que les convulsions devenaient de plus en plus fortes, sœur Marie-Françoise désira recevoir le saint Viatique et l'Extrême-Onction, le 11 septembre, fête du saint nom de Marie, bien qu'elle eût déjà communié le matin. Le 13, après avoir pareillement reçu son Bien-Aimé, tandis qu'elle était crucifiée sur son lit de douleurs, elle eut une profonde extase, pendant laquelle elle vit s'élever, du seuil de sa chambre jusqu'au plafond, une grande croix nue. Elle communiqua cette vision à Dom Antoine Cervellini, et celui-ci en fit part à tous les prêtres qui se réunissaient souvent dans son oratoire, afin de prier pour elle; tous pensèrent que cette vision était un présage assuré de sa mort prochaine. Se souvenant alors de la puissance qu'avait sur elle le précepte d'obéissance, et combien de fois il avait suffi pour la rappeler des portes de la mort, dans leur désir de la conserver pour le bien de leurs âmes, ils résolurent de lui commander de prier elle-même le Seigneur, qu'il daignait la laisser vivre encore, pour sa plus grande gloire et l'accroissement des mérites de sa Servante. Le Père Toppi fut choisi pour lui communiquer cet ordre, de la part de toute l'assemblée. La Bienheureuse obéit et, quelque pénible que lui fût devenue la vie, elle inclina la tête et offrit ce nouvel acte de soumission en union avec la soumission de Jésus sur la croix.
La maladie continuait son cours, s'aggravant de plus en plus; néanmoins, les serviteurs de Dieu, désirant toujours posséder la Bienheureuse, lui renouvelaient sans cesse le précepte d'obéissance. Le 5 octobre elle reçut, avec sa ferveur accoutumée, la sainte communion qui était devenue sa seule nourriture, depuis quelque temps; pendant qu'elle était toute recueillie à faire son action de grâces, elle fut ravie en extase, en présence de plusieurs personnes qui l'entendirent s'écrier: « Mon Époux bien-aimé, vous êtes mon Maître, faites de moi tout ce que vous voudrez ». C'est pendant ce ravissement, que Notre-Seigneur lui fit entendre qu'il ne voulait plus qu'on lui donnât des préceptes d'obéissance, pour la retenir encore dans l'exil; mais que tous devaient se conformer à sa divine volonté. Revenue à elle, et se tournant vers Dom Antoine Cervellini qui lui rappelait le précepte qu'elle avait reçu: « Mon Père », lui dit-elle, « ne me donnez plus de préceptes, parce que le Seigneur s'en irrite ». — « Sœur Marie-Françoise », reprit le bon prêtre, « ce précepte est dans les mains de l'abbé Toppi ». — « Oui », reprit la Bienheureuse; « mais le Seigneur m'a dit que vous étiez mon confesseur et qu'il voulait que j'en fusse déliée par vous ». Puis, s'adressant à François Borelli qui faisait des instances: « François », lui dit-elle, « vous devriez avoir du scrupule de votre conduite; vous voyez où j'en suis réduite, ma pauvre humanité est consumée, le Seigneur m'appelle, ces bons Pères me retiennent liée par l'obéissance, et moi je suis obligée de rester et de souffrir. Dites-leur donc qu'ils ne me donnent plus de préceptes, et recommandez à Dom Pessiri de se résigner à la volonté de Dieu ». Son confesseur, après avoir réfléchi, s'écria: « Puisqu'il en est ainsi, je ne veux point déplaire au Seigneur, qu'il fasse sa sainte volonté, et vous, sœur Marie-Françoise, accomplissez-la. Je vous délie de tout pré-
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cepte ». Il se tourna ensuite vers le Père Gaétan Laviosa, qui était présent, et le pria de la bénir; celui-ci, s'approchant de son lit, la bénit en disant : *Benedictio Dei omnipotentis Patris et Filii et Spiritus sancti, descendat super te et maneat semper*. Marie-Françoise inclina la tête à ces paroles, et aussitôt, saisie d'une forte crise, elle tomba en agonie.
C'est ainsi que notre Bienheureuse resta obéissante à ses directeurs jusqu'à la mort; elle ne pouvait toucher à ses derniers moments, tant qu'elle n'était point déliée du précepte qui la retenait à la vie; le Seigneur voulut qu'elle donnât par là la preuve la plus éclatante de son amour pour cette vertu, qu'elle avait aimée avec prédilection pendant toute sa vie, et qu'elle porta jusqu'au point le plus prodigieux à sa mort. Entrée en agonie, Marie-Françoise acheva de retracer en elle la parfaite image de son divin Époux crucifié. Cette agonie dura trois heures. Elle tremblait dans tous ses membres, tous ses os étaient disloqués. Douze prêtres ou amis de la Bienheureuse entouraient son lit et élevaient leurs mains pour elle vers le Seigneur. Son confesseur lui suggérait les sentiments que son expérience lui avait appris être les plus efficaces sur son cœur. Tout à coup, la Servante de Dieu ouvrit les yeux, et, les fixant au ciel d'une voix éteinte et suppliante, elle répéta trois fois ces paroles : « Pardonnez, ô mon Père bien-aimé, pardonnez, pardonnez ! » Ceux qui l'entouraient comprirent alors qu'elle était arrivée à ce moment de la passion de Jésus-Christ, où l'Homme-Dieu pria pour ses bourreaux et en leurs personnes pour tous les pécheurs; pour s'unir à ses prières, ils récitèrent les litanies et des psaumes. Quelques minutes après, d'une voix affaiblie et plaintive, elle cria de toutes ses forces : « Père, aidez-moi, Père, aidez-moi, aidez-moi ! » Elle en était au mystérieux abandon qui fut le moment le plus douloureux de Jésus sur la croix, et alors les assistants de prier avec plus de ferveur encore, tandis qu'elle-même resta presque deux heures dans un profond silence, le gosier desséché et la bouche entrouverte. On aurait dit qu'à chaque instant sœur Marie-Françoise allait rendre l'âme à son Créateur, lorsque, revenant de son sommeil léthargique, elle se mit à réciter, d'une voix claire et distincte, cinq dizaines de chapelet et treize *Gloria Patri*, pour remercier la très-sainte Trinité de l'assistance que lui avait prêtée, dans son agonie, l'archange Raphaël.
Le 6 octobre 1791 arriva enfin, il devait être le dernier jour de sa vie sur la terre, et le commencement de ces triomphes sans fin, par lesquels la bonté de Dieu récompense les vertus et les victoires de ses serviteurs. La Bienheureuse avait passé toute la nuit dans la même position, laissant échapper d'ardents soupirs, qu'elle interrompait lorsque Dom Pessiri lui suggérait de pieux sentiments sur la passion du Sauveur. Le matin venu, bien qu'elle eût les yeux fermés et les dents serrées, au point de ressembler presque entièrement à un cadavre, Dom Jean lui demanda si elle désirait la sainte communion ; ne pouvant répondre, elle fit un signe affirmatif. Il célébra la sainte Messe, et, lorsqu'il présenta à Marie-Françoise son Époux bien-aimé, elle recouvra toutes ses facultés, adora profondément son Dieu caché sous la sainte hostie, et communia. Ravie bientôt en extase, elle se prit à dire : « La Madone, la Madone !... Voici que ma Mère vient au-devant de moi... O ma Mère !... » La Bienheureuse, qui avait prédit qu'elle quitterait ce monde sans qu'on s'en aperçût, changea bientôt de couleur, et il ne lui resta plus qu'un souffle de vie à exhaler. Dom Pessiri alluma le cierge bénit, lui donna une dernière absolution, et voulant s'assurer si elle était déjà morte, il lui présenta le crucifix : « Sœur Marie-Françoise », lui dit-il,
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« haisez les pieds de votre Époux, mort pour nous sur la croix ». Et, soulevant la tête, la mourante colla ses lèvres sur les pieds de son Sauveur, et après les avoir tendrement baisés, retombant sur son oreiller, elle expira.
## CULTE ET RELIQUES.
Aussitôt que le bruit de sa mort se fut répandu, le peuple, dans un saint enthousiasme, accourut en foule à sa maison et se mit à crier, dans le transport de sa dévotion : « La sainte religieuse est au ciel, la Servante de Dieu est morte ». Le même jour, une femme qui s'était cassé le col du fémur droit ayant été miraculeusement guérie, le bruit de ce miracle se répandit rapidement dans la ville de Naples, alimenta la foi du peuple et devint le principe d'une longue série de prodiges par lesquels Dieu se plut à honorer la mémoire de sa Servante.
Le soir du 7 octobre, son corps fut religieusement déposé dans son cercueil et processionnellement porté à l'église des Frères Mineurs Alcantaristes de Sainte-Lucie du Mont, où on avait préparé un caveau creusé dans le roc, à l'intérieur de la chapelle de l'Immaculée-Conception de la très-sainte Vierge. À peine le corps fut-il arrivé à l'église, suivi d'une foule immense de fidèles, que le peuple, n'écoutant plus que l'impétuosité de sa dévotion, se jeta sur le cercueil, désireux de se procurer des reliques de la Bienheureuse ; l'un enlevait la palme, un autre la couronne de fleurs, un autre coupait un morceau de son vêtement, un autre enfin quelques-uns de ses cheveux. Alors des soldats de la garde du roi de Naples se pressèrent autour du cercueil qui fut transporté dans une chapelle protégée par une grille en fer. Pour satisfaire la dévotion du peuple, on faisait toucher aux restes de la Sainte des médailles et des chapelets.
Après la reconnaissance juridique du corps, faite par les officiers de la cour archiépiscopale, on le déposa dans un cercueil de châtaignier ferme à rief et scellé avec soin, puis placé dans une autre caisse et ainsi déposé dans le caveau, recouvert d'une pierre sépulcrale. Dieu se plut à accorder par l'intercession de sa servante, dans cette circonstance, des grâces innombrables ; mais les plus précieuses furent celles de la conversion de beaucoup de pécheurs : ce qui avait été, pendant toute sa vie, l'objet des désirs et des prières de sœur Marie-Françoise.
Le 18 mai 1863, elle fut déclarée Vénérable par le pape Pie VII. Le 12 février 1852, le pape Grégoire XVI approuva par un premier décret l'instinct de ses vertus, et un second décret du même Pontife, en date du 23 décembre 1839, déclara l'authenticité incontestable et l'excellence de deux miracles opérés par l'intercession de cette servante de Dieu. Le 20 avril 1840, un troisième décret établit qu'on pouvait procéder à sa béatification : la cérémonie fut célébrée le 10 novembre 1843, et le souverain pontife Grégoire XVI l'inscrivit au catalogue des Bienheureux.
De nouveaux miracles ayant été opérés par son intercession, Sa Sainteté le pape Pie IX signa la reprise de la cause pour la canonisation, et deux miracles furent proposés à l'approbation de la Sacrée Congrégation des Rites. Conformément aux constitutions apostoliques, elle les soumit à un sérieux examen, savoir : premièrement, dans une assemblée antipréparatoire, réunie le 5 mai 1862, ensuite dans l'assemblée préparatoire du 21 avril 1863, et enfin dans l'assemblée générale tenue au palais du Vatican, le 24 novembre 1863. Le 17 janvier 1864, le pape Pie IX daigna prononcer qu'il constait de deux miracles opérés de Dieu par l'intercession de la bienheureuse Marie-Françoise. Sa Sainteté ordonna de publier ce décret et de l'enregistrer parmi les actes de la Sacrée Congrégation des Rites.
Le dimanche 24 avril 1864, Sa Sainteté le pape Pie IX se rendit à l'église du collège Urbain de la Sacrée Congrégation de la Propagande, et après avoir pris place sur son trône, on donna lecture du décret par lequel Sa Sainteté déclare que l'on peut procéder en toute sûreté à la canonisation de la bienheureuse Marie-Françoise des Cinq Plaies de Jésus, tertiaire professe de l'Ordre des Mineurs de Saint-Pierre d'Alcantara, de la province de Naples.
Enfin, le 29 juin 1867, le souverain Pontife l'insérait au catalogue des Saints.
Tiré de la Vie de la bienheureuse Marie-Françoise, par le R. P. Bernard Laviosa C. R. S., traduite de l'italien par le P. M.-A. des Frères Mineurs Capucins.
Événements marquants
- Première communion à l'âge de sept ans
- Guérison miraculeuse par la Vierge Marie après avoir vomi le sang
- Refus d'un mariage forcé à seize ans et maltraitance paternelle
- Entrée dans le Tiers Ordre de Saint-François le 8 septembre 1731
- Réception des stigmates (marques visibles des plaies du Christ)
- Épidémie de peste et famine à Naples en 1764
- Mort le 6 octobre 1791 après une longue agonie mystique
Miracles
- Guérison d'une fièvre mortelle par la Vierge Marie
- Assistance de l'Ange gardien dans son travail manuel
- Multiplication de l'argent pour les pauvres
- Parfum céleste exhalé par son corps et ses vêtements
- Guérison d'une plaie au côté par l'archange Raphaël
- Guérison instantanée d'une femme au col du fémur cassé le jour de sa mort
Citations
Mon père, il est inutile de vous donner de la peine à mon sujet sur ce point puisque, ne voulant rien connaître du monde, j'ai déjà, depuis longtemps, résolu de prendre l'habit religieux
Le Seigneur m'a ornée, comme son épouse, de ce collier de perles
Que le Seigneur soit béni !